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Première
partie
Il y a trois catégories de personnes qu'hommes et femmes doivent
tous respecter. Ce sont le souverain, le maître, et le parent. Il
y a trois types de doctrines qu'il faut étudier. Ce sont le confucianisme,
le brahmanisme et le bouddhisme.
Le confucianisme décrit les Trois
Augustes [Fu Xi, Shen Nong, et Huang-Di], les Cinq empereurs [Shao-Hao,
Zhuang-Xin, Di-Kao, Tang-Yao et Yu-Shun], et les Trois
rois [Yu, de la dynastie Xia, Tang de la dynastie Yin et Wen de la
dynastie Zhou], qu'il appelle les Honorés du Ciel. Ces hommes sont
dépeints comme la tête et les yeux du gouvernement et les
piliers et les poutres du peuple. Avant l'époque des Trois Augustes,
les êtres humains vivaient comme des animaux et ne reconnaissaient
même pas leur propre père. Mais à partir de l'époque
des Cinq Empereurs, ils apprirent à reconnaître leur père
et leur mère et à obéir aux règles de la piété
filiale. Ainsi, Yin
Shou, le dernier des
Cinq Empereurs, servit son père avec respect, bien que ce dernier
fut borné et entêté. De même, le gouverneur
de Pei, une fois devenu le premier empereur
de la dynastie Han,
continua à respecter profondément son père, le sire
vénérable. Le roi Wu,
de la dynastie Zhou, fit graver sur
bois un portrait de son père ,
le comte de l'Ouest, et Ding Lan (note) fit sculpter une statue de sa mère. Tous sont des modèles
de piété filiale.
Le haut dignitaire Bi Gan, voyant
la dynastie Yin en passe de s'effondrer,
fit de sévères remontrances au souverain, et fut pour cela
décapité. Hong Yen (note),
découvrant que son seigneur, le duc Yi,
avait été tué, s'ouvrit le ventre pour y cacher le
foie du duc et mourut [l'ayant ainsi protégé du déshonneur].
Ces hommes sont des modèles de loyauté.
Yin Shou fut le maître de l'empereur
Yao, Wu Zheng
celui de l'empereur Shun,
Tai-gong Wang
fut le maître du roi Wen, et Lao
Zi celui de Confucius. Ces
maîtres sont appelés les "quatre sages". Même
les Honorés du Ciel inclinent la tête devant eux en signe
de respect, et tous les hommes joignent les mains en signe de vénération.
De tels sages ont laissé derrière eux des écrits
qui couvrent plus de trois mille volumes, au nombre desquels les Trois
Registres ,
les Cinq Canons
et les Trois Histoires. Mais tous ces écrits ne vont pas
au-delà de l'explication des Trois Mystères. Le premier
des Trois Mystères est l'Etre. C'est le principe enseigné
par le duc de Zhou et quelques autres.
Le second mystère est le Non-être, exposé par Lao-Zi.
Le troisième est la Double Qualité de 1'Etre et du Non-être,
mystère énoncé par Zhuang-Zi.
On appelle mystère ce qui reste obscur. Certains affirment que,
si l'on s'interroge sur ce qui existait avant l'apparition de nos ancêtres,
on découvre que la vie est née d'une force primordiale,
tandis que d'autres déclarent que la gloire et l'obscurité,
la joie et la peine, le vrai et le faux, le gain et la perte, font seulement
partie de l'ordre naturel.
Il s'agit là de théories habilement articulées, mais
qui ne permettent pas d'accéder à la connaissance du passé
ou de l'avenir. [Comme nous l'avons vu,] c'est parce qu'il y a ténèbres
ou obscurité que l'on parle de mystère. Ces théories
n'expliquent que le présent. Pour le présent, les confucianistes
affirment qu'il faut suivre les principes de bienveillance et de droiture
pour assurer ainsi sa propre sécurité aussi bien que la
paix et l'ordre dans l'Etat. Selon eux, ceux qui s'écartent de
ces principes verront la disparition de leur famille et la ruine de leur
maison. Mais même si les savants vertueux qui prônent ces
principes sont célébrés comme des sages, ils sont
aussi incapables de connaître le passé qu'une personne ordinaire
de voir son propre dos, aussi incapables de voir l'avenir qu'un aveugle,
ce qui se trouve devant lui. [Selon ces sages du confucianisme] si une
personne, de son vivant, maintient l'ordre dans sa famille, satisfait
aux exigences de la piété filiale, et pratique avec constance
les cinq vertus, alors, elle sera
respectée de ses contemporains et son nom sera connu dans tout
le pays. S'il y avait un souverain sage sur le trône, il inviterait
une telle personne à devenir son ministre ou son conseiller, voire
même lui céderait la place. Le ciel même viendrait
le protéger. Ce fut le cas de ceux qu'on appela les Cinq Aînés,
qui se rassemblèrent pour soutenir le roi Wen
et le roi Wu de la dynastie Zhou,
ou des vingt-huit généraux de l'empereur Guang-wu
à la fin de la dynastie Han, que l'on
comparait aux vingt-huit constellations du ciel. Mais puisque de telles
personnes ne savent rien du passé ou de l'avenir, elles ne peuvent
aider leurs parents, leur souverain ou leur maître dans leurs vies
prochaines, et de ce fait, ils ne peuvent s'acquitter de leur dette de
reconnaissance. De telles personnes ne sont pas véritablement sages
ou vertueuses.
Confucius déclara qu'il n'y avait pas d'hommes vertueux ou de sages
dans son pays, mais que sur la terre de l'ouest il y avait une personne
appelée le Bouddha qui était un [véritable] sage.
Cela indique que les enseignements non bouddhiques doivent être
considérés comme la première étape vers la
doctrine bouddhique. Les confucianistes enseignèrent tout d'abord
les principes de bienséance et de musique
de sorte que, quand les écrits bouddhiques furent introduits en
Chine, les concepts de préceptes,
méditation et sagesse-prajna
furent plus aisément compris. Ils décrivirent des modèles
idéaux de souverain et de ministre afin d'établir clairement
la distinction entre supérieur et subordonné; ils enseignèrent
un idéal de gratitude envers les parents pour faire comprendre
l'importance de la piété filiale; ils définirent
un modèle de maître pour faire comprendre l'intérêt
de suivre [un maître].
Le Grand-maître Zhanlan
écrivit: "La propagation du bouddhisme s'appuie véritablement
sur cela. Il faut d'abord exposer les doctrines de bienséance et
de musique; après quoi on peut introduire les véritables
principes bouddhiques."
Zhiyi déclara: "Dans le Sutra Konkomyo,
il est indiqué que "Tous les bons enseignements qui existent
en ce monde découlent de ce Sutra. Avoir une profonde connaissance
de ce monde est en soi le bouddhisme."
On lit dans le Maka Shikan
: "Moi, le Bouddha, j'ai envoyé Trois
sages pour instruire le peuple de Chine." Dans le Guketsu,
commentaire de Zhanlan sur le Maka
Shikan, on lit : "Le Sutra
Shojohogyo établit que le bodhisattva Gakko
apparut là-bas sous le nom de Yen Hui,
le bodhisattva Kojo y apparut sous la forme
de Confucius, et le bodhisattva
Kasho sous celle de Lao-Zi.
Puisque le sutra se place du point de vue de l'Inde, il désigne
la Chine par les mots "là-bas".
En second lieu, nous avons les enseignements non bouddhiques de l'Inde.
Dans le brahmanisme, nous trouvons
deux dieux: Shiva qui a trois yeux
et huit bras, et Vishnu. On les
considère comme le père aimant et la mère bienveillante
de tous les êtres vivants et on leur donne également le titre
d'Honoré du Ciel et de souverain. De plus, trois personnages, Kapila ,
Ulaka
et Rishabha ,
sont appelés les Trois ascètes.
Ces ascètes vivaient environ huit cents ans avant l'époque
du Bouddha. Les enseignements qu'ils exposèrent, les Quatre Veda,
comprennent soixante-mille ouvrages.
Ultérieurement, à l'époque du Bouddha, il y eut les
Six maîtres non-bouddhiques
qui étudièrent et transmirent ces divers écrits non
bouddhiques et furent les conseillers des rois des Cinq régions
de l'Inde. Leurs enseignements se divisèrent en quatre-vingt-quinze
ou quatre-vingt-seize branches différentes, formant quantité
d'écoles. L'étendard de leur orgueil s'élevait plus
haut que le faîte des cieux, et leurs dogmes étaient plus
rigides que le métal ou la pierre. Mais par leur habilité
et la profondeur de leur compréhension, ils étaient incomparablement
supérieurs aux confucianistes.
Ils étaient capables de voir dans le passé, de percevoir
deux, trois, ou même sept existences antérieures, de savoir
ce qui s'était passé quatre-vingt
mille kalpa plus tôt, aussi
bien que ce qui se passerait quatre-vingt mille kalpa
plus tard. Le principe fondamental de la doctrine de certaines de ces
écoles était tantôt que les causes produisent des
effets, tantôt qu'elles n'en produisent pas, ou encore que les causes
produisent parfois des effets et parfois n'en produisent pas. Telles étaient
les doctrines de base de ces écoles de pensée non bouddhiques.
Les fervents adeptes des enseignements non bouddhiques observent les cinq
préceptes et les dix
préceptes du bien, pratiquent une forme élémentaire
de méditation et, s'élevant à travers les mondes
de la forme et de l'absence de forme, s'imaginent avoir atteint le
nirvana lorsqu'ils parviennent
au plus haut niveau du monde des trois
plans. Mais bien qu'ils aient grimpé ainsi, petit à
petit, comme une chenille, ils retombent du niveau le plus haut et se
retrouvent au contraire dans les trois
mauvaises voies. Pas un seul ne parvient à se maintenir au
niveau du Ciel, malgré leur conviction qu'une fois ce stade atteint,
il est impossible de régresser. Chacun d'eux adhère aux
doctrines enseignées par son maître, et les pratique exclusivement.
Ainsi, certains se baignent trois fois par jour dans le Gange, même
par le froid des jours d'hiver, tandis que d'autres s'arrachent les cheveux,
meurtrissent leur corps en se jetant contre des rochers, s'exposent au
feu et se brûlent les membres, ou errent entièrement nus.
Il y a aussi ceux qui croient pouvoir acquérir de la bonne
fortune en sacrifiant de nombreux chevaux ou en brûlant herbes
et arbres, ou encore en s'inclinant devant chaque arbre rencontré.
Des enseignements aussi aberrants sont si nombreux qu'on ne peut les compter.
Leurs adeptes accordent autant de respect et d'honneur aux maîtres
qui les exposent que les diverses divinités en accordent au dieu
Taishaku ou les ministres de la
cour au souverain de l'empire. Mais pas un seul de ceux qui adhèrent
à ces quatre-vingt-quinze sortes d'enseignements plus ou moins
élevés ne peut échapper au cycle
de la naissance et de la mort. Ceux qui suivent les meilleurs maîtres
tomberont, après deux ou trois renaissances, dans les états
de vie les plus bas, tandis que ceux qui suivent les plus mauvais maîtres
y tomberont dès leur vie suivante.
Et pourtant, la conclusion finale de ces enseignements non bouddhiques
constitue un moyen important d'accéder au bouddhisme. Certains
affirment: "Dans mille et quelques années, le Bouddha apparaîtra
dans le monde", tandis que d'autres prédisent: "D'ici
cent ans, le Bouddha apparaîtra dans le monde." Le Sutra
du Nirvana stipule: "Tous les écrits ou enseignements,
quelle que soit leur source, sont tous des enseignements du Bouddha. Il
n'y pas d'enseignements non bouddhiques." Et il est écrit
dans le Sutra du Lotus: "Ils [les disciples du Bouddha]
manifesteront les Trois poisons
et sembleront attachés à des philosophies erronées.
C'est par ce moyen que mes disciples sauvent les hommes."
En troisième lieu, nous arrivons au bouddhisme. Il faut savoir
que l'Eveillé, le Bouddha, est un Grand-maître pour tous
les êtres vivants, un Grand oeil, un Grand pilier, un Grand timonier,
un Grand champ de bonne fortune.
Les quatre sages et les trois ascètes des écrits et enseignements
confucianistes et brahmaniques sont considérés comme des
sages, mais en fait ils ne sont que de simples mortels qui n'ont pas encore
dissipé les Trois illusions.
Ils passent pour des sages, mais ils ne sont en fait que des enfants incapables
de comprendre les principes de cause et d'effet. Avec leurs enseignements
pour vaisseau, comment pourrait-on traverser le grand océan de
la naissance et de la mort? Avec
leurs enseignements pour pont, comment pourrait-on passer au dessus du
labyrinthe des Six états de
vie inférieurs? Mais le Bouddha, notre Grand-maître,
a même dépassé les plus hauts états de renaissance,
à plus forte raison le cycle inférieur de la naissance et
de la mort 
Il est capable d'extirper la racine même de l'obscurité
fondamentale, et donc aussi les illusions superficielles qui se logent
dans les ramifications de la pensée et du désir.
Ce bouddha, depuis son Eveil à
l'âge de trente ans et jusqu'à son entrée dans le
parinirvana à quatre-vingts
ans, exposa ses enseignements sacrés
pendant cinquante ans.
Chacun de ses mots, chacune de ses phrases sont des paroles de vérité;
pas un seul mot, pas un seul vers ne sont entachés d'erreur. [Nous
avons déjà constaté que] les paroles des hommes sages
et vertueux conservées dans les écrits du confucianisme
et du brahmanisme sont exemptes d'erreurs et ont été transcrites
avec fidélité. Plus véridiques encore sont les paroles
du Bouddha qui n'a jamais prononcé un seul mensonge depuis d'innombrables
kalpa. Si on les compare aux écrits
et enseignements non bouddhiques, toutes les doctrines qu'il exposa pendant
cinquante ans représentent le Grand
Véhicule, les paroles véridiques d'une personne parvenue
à l'humanité suprême. Tout ce qu'il a enseigné,
depuis l'aube de son Eveil jusqu'au crépuscule de son nirvana,
est pure vérité.
Les doctrines exposées par le Bouddha pendant cinquante ans sont
au nombre de quatre-vingt mille.
On les divise en diverses catégories : Hinayana,
mahayana, sutra provisoires
et définitifs, enseignements exotériques
et ésotériques,
discours développés et non développés, vérités
et apparences mensongères, visions correctes et erronées.
Mais parmi celles-ci, le Sutra du Lotus représente les
enseignements corrects du Bouddha Shakyamuni, les paroles véridiques
des bouddhas des Dix directions,
du passé, du présent et de l'avenir.
Les sutras, aussi nombreux que les grains de sable du Gange, prêchés
par le Bouddha pendant les quarante et quelques premières années
de son enseignement, appartiennent à une époque où
[comme l'a dit le Bouddha lui-même] il n'avait "pas encore
révélé la vérité."
Les huit années pendant lesquelles il enseigna le Sutra du
Lotus correspondent à la phrase: "Je dois maintenant
révéler la vérité."(réf)
Ainsi, le bouddha Taho émergea
de la terre pour certifier: "Tout ce que vous avez exposé
est la vérité"(réf)
et les bouddhas qui sont les émanations du Bouddha
primordial se rassemblèrent et tirèrent la langue
jusqu'au séjour de Brahma
pour marquer leur assentiment. Ces mots sont parfaitement clairs, parfaitement
compréhensibles, plus brillants que le soleil par une belle journée
ou que la pleine lune à minuit. Admirez-les, croyez en eux, et
s'ils sont loin de vos yeux, révérez les toujours dans votre
coeur!
Le Sutra du Lotus contient deux principes importants (note),
dont les écoles Kusha, Jojitsu,
Ritsu, Hosso
et Sanron ne connaissent rien, pas
même le nom. Par contre, les écoles Kegon
et Shingon se sont sournoisement
emparées de ces principes pour en faire le coeur de leurs propres
enseignements. Le principe d'ichinen
sanzen ne se trouve que dans l'enseignement essentiel du Sutra
du Lotus, caché dans les profondeurs du chapitre Juryo
(réf).
Les bodhisattvas Nagarjuna et
Vasubandhu en avaient connaissance
mais ne le révélèrent pas. Seul le Grand-maître
Zhiyi l'adopta et le conserva sans
cesse à l'esprit.
Le principe d'ichinen sanzen
découle de l'implication
réciproque des Dix mondes-états.
Mais les écoles Hosso et Sanron
ne parlent que de huit états ,
ignorant qu'il y en a dix et à plus forte raison ignorant le principe
de leur implication réciproque. Les enseignements des écoles
Kusha, Jojitsu
et Ritsu s'appuient sur les sutras
Agama. Ils ne prennent en compte que les six mondes-états,
les six conditions de vie les plus basses, ignorant tout des quatre autres
mondes-états .
Ils affirment qu'il n'y a qu'un seul bouddha dans les Dix
directions et ne dévoilent pas qu'il existe un bouddha pour
chaque direction. Ils ne font évidemment pas la moindre allusion
au principe selon lequel "tous les êtres
sensitifs possèdent l'état de bouddha."
Ils refusent d'admettre que même une seule personne puisse posséder
l'état de bouddha. Malgré cela, on entend parfois des adeptes
des écoles Ritsu et Jojitsu
déclarer qu'il y a des bouddhas dans chacune des Dix directions
ou que tous les êtres possèdent l'état de bouddha.
La raison en est que, quelque temps après la disparition du Bouddha,
les tenants de ces écoles se sont appropriés ces principes
du bouddhisme mahayana et les ont incorporés
dans les enseignements de leur propre école.
De même, avant l'apparition du bouddhisme, les adeptes du brahmanisme
n'étaient pas si précis dans leurs propres théories.
Mais par la suite, en écoutant et en observant le bouddhisme, ils
prirent conscience des défauts de leurs propres doctrines. Ils
conçurent alors l'idée ingénieuse de s'approprier
les enseignements bouddhiques pour les incorporer aux principes de leur
propre école, ce qui leur valut de tomber encore plus profondément
dans l'erreur. Ce sont là des exemples d'enseignements erronés
connus sous le nom de fubukkyo
et gakubuppojo.
La même chose se produisit en Chine. Avant l'introduction du bouddhisme,
le confucianisme et le taoïsme
étaient flous et puérils. Mais sous la dynastie
des Han postérieurs, le bouddhisme
fut introduit en Chine et lança un défi aux doctrines du
pays. Avec le temps, le bouddhisme se répandit et certains moines
bouddhistes choisirent de revenir aux croyances autochtones ou furent
contraints de retourner à la vie profane parce qu'ils avaient enfreint
les préceptes. Par leur
intermédiaire, les principes bouddhiques furent usurpés
par les écoles confucianiste et taoïste.
On lit dans le cinquième volume du Maka
Shikan : "De nos jours, nombreux sont les moines démoniaques
qui rompent leur voeu pour retourner à la vie laïque. Craignant
d'être punis pour leurs actes, ils adhèrent aux principes
des taoïstes. Dans l'espoir d'acquérir gloire et profit, ils
vantent exagérément les mérites de Lao-Zi
et de Zhuang-Zi, s'appropriant
les concepts bouddhiques pour les intégrer aux écrits taoïstes.
Ils dénaturent ce qui est noble pour l'incorporer à ce qui
est vulgaire, ils détruisent ce qui est élevé et
le ramènent vers ce qui est bas, s'efforçant de mettre les
deux au même niveau."
Dans le Guketsu, Zhanlan
commente ce passage ainsi: "Tout en étant moines, ils détruisent
les enseignements du bouddhisme. Certains renoncent à leur voeu
pour retourner à la vie laïque comme le fit Wei
Yuan-song 
Puis, en tant que laïcs, ils s'emploient à détruire
les enseignements du bouddhisme. Les hommes de cette sorte volent et s'approprient
les enseignements corrects du bouddhisme qu'ils utilisent pour compléter
et cautionner les écrits erronés. Les termes "ramener
vers le bas ce qui est élevé" signifient que, en adoptant
le point de vue des taoïstes, ils prétendent que le coeur
du taoïsme équivaut à l'essentiel du bouddhisme et
mettent sur le même plan vérité et mensonge, sans
le moindre argument pour le prouver. Ayant été autrefois
bouddhistes, ils volent ce qui est correct et l'utilisent pour cautionner
ce qui est erroné. Ils rabaissent les doctrines élevées
des douze catégories et
des quatre-vingt mille écrits du canon
bouddhique et, les introduisant de force dans le contexte inférieur
des deux chapitres et cinq mille mots de Lao-Zi,
ils les utilisent pour interpréter les mots bas et erronés
de ce texte. C'est ce que signifie "détruire ce qui est élevé
et le ramener vers ce qui est bas". Il faut bien méditer ces
commentaires car ils correspondent parfaitement aux phénomènes
que nous venons de décrire.
Le même processus se produisit au sein du même du bouddhisme.
Introduit en Chine durant l'ère Yung-ping
[58-75] sous la dynastie des Han postérieurs,
le bouddhisme remplaça peu à peu, comme doctrine officielle
du pays, les enseignements confucianistes et taoïstes. Mais des schismes
se créèrent au sein de la doctrine orthodoxe, aboutissant
à ce que l'on appela les Trois
Ecoles du Sud et les Sept Ecoles du Nord, qui poussèrent ici
et là comme des orchidées ou des chrysanthèmes. Sous
les dynasties Chen
et Shui, cependant, le Grand-maître
Zhiyi triompha de ces diverses écoles
pour rendre au bouddhisme son but originel, celui de sauver tous les êtres
vivants.
Par la suite, les écoles bouddhiques Hosso
et Shingon sont venues d'Inde,
et l'école Kegon fit aussi
son apparition. Parmi ces écoles, l'école Hosso
s'érigea en ennemie jurée de l'école de Zhiyi
parce que leurs
deux doctrines sont aussi incompatibles que le feu et l'eau. Lorsque plus
tard Xuanzang
et Ci-en, fondateurs de l'école
Hosso en Chine, étudièrent
en détail les oeuvres de Zhiyi, ils
découvrirent que les conceptions de leur propre école étaient
erronées. Sans la rejeter ouvertement, il semble bien qu'ils se
soient convertis aux enseignements de Zhiyi.
Dès l'origine, les écoles Kegon
et Shingon furent toutes deux des
écoles provisoires basées sur des sutras provisoires. Mais
Shan-wu-wei
et Jin-gang-zhi,
qui introduisirent les enseignements ésotériques en Chine,
s'approprièrent le principe d'ichinen sanzen
de Zhiyi, pour en faire le coeur des enseignements
de leur école, tout en y ajoutant la pratique de mudra
et de mantra-dharani et prétendirent
que leurs enseignements surpassaient ceux de Zhiyi.
De sorte que ceux qui étudiaient le bouddhisme, ignorant les faits
réels, en vinrent à croire que le principe d'ichinen
sanzen se trouvait déjà dans le Sutra
Vairocana tel qu'il était parvenu d'Inde. De même,
à l'époque de Cheng-guan,
patriarche de l'école Kegon,
le principe d'ichinen sanzen de Zhiyi
fut subrepticement incorporé et utilisé pour interpréter
le passage du Sutra Kegon
qui dit: "L'esprit est semblable à un peintre habile."
Les gens ignorent ces faits.
Pour en venir à notre propre pays, le Japon, les enseignements
du Kegon et des autres écoles
comprises dans les Six écoles
de Nara furent introduits avant le Tendai
et le Shingon. Les écoles
Kegon, Sanron,
Hosso et les autres écoles
de Nara polémiquaient et débattaient
entre elles, aussi antinomiques que l'eau et le feu. Quand le Grand-maître
Saicho apparut au Japon, il ne se
contenta pas d'exposer les erreurs des Six écoles de Nara
mais établit clairement que l'école Shingon
avait volé les principes du Sutra du Lotus exposés
par Zhiyi pour en faire l'essentiel de sa
propre doctrine. Le Grand-maître Saicho
exhorta les maîtres des autres écoles à renoncer à
leurs conceptions et interprétations arbitraires pour n'examiner
les choses qu'à la seule lumière des écrits eux-mêmes.
En conséquence, il parvint à vaincre en débat huit
moines éminents des Six écoles de Nara,
puis douze moines, puis quatorze, puis plus de trois cents, parmi lesquels
Kukai Daishi. Il n'y eut bientôt
plus une seule personne dans tout le Japon qui ne reconnut pas la supériorité
de l'école Tendai, et
les grands temples de Nara, le temple
du Shingon To-ji
à Kyoto, et d'autres temples de toutes
les provinces furent rattachés au temple principal de l'école
Tendai au mont
Hiei. Le Grand-maître Saicho
établit aussi, clairement,
que les fondateurs des diverses autres écoles bouddhiques en Chine,
grâce à leur respect de la doctrine du Grand-maître
Zhiyi, ne commirent pas l'erreur de s'opposer
aux véritables enseignements du bouddhisme.
Par la suite, cependant, les conditions du monde se détériorèrent
et la sagesse des hommes devint de plus en plus superficielle. Ils n'étudiaient
ni ne comprenaient plus les principes profonds de l'école Tendai,
et les autres écoles s'attachèrent de plus en plus étroitement
à leurs idées préconçues. Finalement, les
Six écoles de Nara et l'école
Shingon se retournèrent contre l'école
Tendai et l'attaquèrent. Cette dernière,
s'affaiblissant toujours plus, se retrouva en position d'infériorité.
Pour aggraver la situation, de nouvelles écoles insensées
telles que le Zen et le Jodo
apparurent et s'attaquèrent elles aussi à l'école
Tendai, un nombre croissant d'adeptes laïques
se convertissant à leurs doctrines erronées. Au bout du
compte, même les moines considérés comme les maîtres
les plus éminents de l'école Tendai
s'avouèrent vaincus et prêtèrent leur soutien aux
écoles erronées. Non seulement l'école Tendai,
mais aussi l'école Shingon et les
Six écoles de Nara furent contraintes
de céder leurs terres et leurs domaines aux nouvelles écoles
erronées, et le Dharma correct ne fut plus propagée. Il
en résulta que la déesse de la Lumière
solaire, le dieu Hachiman,
la divinité de la montagne du mont
Hiei, et les autres divinités
bienveillantes qui protègent le pays, ne pouvant plus désormais
goûter la saveur du Dharma correct, abandonnèrent le pays.
Des esprits maléfiques apparurent pour prendre leur place, et il
devint évident que le pays était condamné.
En dépit de mes faibles capacités, j'aimerais donner ici
mon opinion: il existe de nombreuses différences entre les enseignements
exposés par le Bouddha Shakyamuni pendant environ quarante ans
et le Sutra du Lotus qu'il enseigna ensuite pendant huit ans.
Mais comme l'ont remarqué plusieurs érudits de notre époque,
et c'est aussi mon avis, deux de ces différences sont majeures
: Le Sutra du Lotus enseigne qu'il est possible aux personnes
des Deux véhicules d'atteindre
la boddhéité
et que le Bouddha Shakyamuni atteignit en réalité l'Eveil
dans un passé infiniment lointain.
En étudiant le Sutra du Lotus, on y lit diverses prédictions:
Shariputra deviendra l'Ainsi-Venu
"Fleur lumineuse"; Mahakashyapa,
l'Ainsi-Venu "Lumière éclatante"; Subhuti,
l'Ainsi-Venu "Forme merveilleuse"; Katyayana,
l'Ainsi-Venu "Lumière d'or de Jambunada";
Maudgalyayana, le bouddha
"Parfum de bois de santal de Tamalapattra"; Purna,
l'Ainsi-Venu "Dharma brillant"; Ananda,
le bouddha "Roi sage et tout-puissant des mers et des montagnes";
Rahula, l'Ainsi-Venu "Qui foule
les fleurs des sept trésors"; les cinq cents et sept cents
disciples, les Ainsi-Venus "Lumière universelle"(réf);
les deux mille disciples qui ont encore à apprendre ou qui ont
tout appris, les Ainsi-Venus Forme précieuse; et les nonnes Mahaprajapati
et Yashodhara deviendront les
Ainsi-Venus "Vision qui comble de joie tous les êtres sensitifs",
et "Forme resplendissant de dix millions de lumières".(réf)
Par conséquent, le Sutra du Lotus nous indique que ces
personnes sont dignes de grands honneurs. Mais quand nous examinons les
enseignements antérieurs au Sutra du Lotus, notre déconvenue
est très grande.
Le Bouddha Shakyamuni,
Honoré du monde, est un homme dont la parole est véridique.
C'est pourquoi on l'appelle le Grand Sage et Celui qui est parvenu à
l'humanité suprême. Dans les écrits non bouddhiques
d'Inde et de Chine, il y a aussi des personnes que l'on appelle Hommes
de vertu, sages, divinités ou maîtres ascétiques,
parce que leurs paroles sont véridiques. Mais parce que l'Honoré
du monde les surpasse tous, on le dit parvenu à l'humanité
suprême.
En exposant le Sutra du Lotus, le Bouddha déclara: "C'est
pour une raison importante que les bouddhas apparaissent en ce monde."
Il dit aussi: "En plus de quarante ans, je n'ai pas encore révélé
la vérité" ,
"Cela fait longtemps que l'Honoré du monde expose ses doctrines
et il doit maintenant révéler la vérité" ,
et "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires,
j'exposerai le Dharma suprême." .
Le bouddha Taho confirma la véracité
des propos du Bouddha, et les émanations du Bouddha tirèrent
la langue en signe d'assentiment.
Qui, alors, pourrait encore douter que Shariputra
devienne à l'avenir l'Ainsi-Venu "Fleur lumineuse", Mahakashyapa,
l'Ainsi-Venu "Lumière éclatante", ou que les autres
prédictions du Bouddha s'accomplissent?
Pourtant, tous les sutras antérieurs au Sutra du Lotus
sont eux aussi d'authentiques déclarations du Bouddha. On lit dans
le Sutra Kegon : "Il
n'y a que deux lieux au monde où l'arbre du grand roi-médecin,
qui symbolise la sagesse du Bouddha, ne pourra ni pousser ni apporter
de bienfaits: le vide immense, puits profond où tombent les personnes
des deux véhicules, ou les
eaux agitées par les désirs et les conceptions erronées
dans lesquelles se noient les personnes incapables de croire détruisant
en elles-mêmes les racines de la bonté."
Ce passage peut être expliqué de la manière suivante.
On trouve dans les Montagnes neigeuses
un arbre géant aux racines innombrables. On l'appelle l'arbre du
grand roi-médecin et il est le plus noble de tous les arbres qui
poussent sur le continent de Jambudvipa.
Il est haut de 168 000 yojana. La
floraison et la fructification de tous les autres arbres dépendent
des racines, des branches, des fleurs et des fruits de cet arbre-là.
Cet arbre est donc une métaphore qui illustre l'état de
bouddha, et les divers autres arbres et plantes figurent tous les êtres
sensitifs du monde. Mais ce grand arbre ne poussera ni dans un puits
enflammé, ni dans un tourbillon d'eau. Le puits enflammé
est une comparaison utilisée pour désigner l'état
d'esprit des personnes des Deux véhicules, et le tourbillon d'eau
illustre la condition de vie des personnes d'une incroyance
incorrigible. Le texte dit que ces deux catégories d'êtres
n'atteindront jamais la boddhéité.
On peut lire dans le Sutra
Daijuku :
"Il y a deux types de personnes qui sont destinées à
mourir sans jamais renaître, et qui en définitive ne parviendront
ni à comprendre leurs obligations ni à s'en acquitter. Ce
sont d'abord les personnes dans le monde-état des auditeurs-shravakas,
ensuite celles dans le monde-état des pratyekabuddhas.
Celui qui tombe dans un puits profond ne peut ni obtenir de bienfaits
ni faire du bien aux autres. Les personnes dans ces deux mondes-états
sont ainsi. Elles tombent dans le puits du nirvana
et ne peuvent faire de bien ni à elles-mêmes, ni aux autres."
Les plus de trois mille
volumes des écrits non bouddhiques en Chine enseignent deux principes,
la piété filiale et la loyauté envers le souverain.
Mais la loyauté n'est rien d'autre que la piété filiale
étendue aux personnes extérieures à la famille. On
pourrait qualifier la piété filiale d'élevée.
Même si le ciel est haut, il n'est pas plus élevé
que l'idéal de piété filiale. On pourrait qualifier
la piété filiale de profonde. Même si la terre est
profonde, elle n'est pas plus profonde que la piété filiale.
Les hommes sages et vertueux sont issus de familles où règne
la piété filiale. Par conséquent, comment ceux qui
étudient le bouddhisme pourraient-ils ne pas comprendre leurs obligations
et ne pas s'acquitter de leurs dettes de reconnaissance? Les disciples
du Bouddha doivent absolument comprendre les quatre
types d'obligations et savoir comment s'en acquitter.
De plus, Shariputra, Mahakashyapa
et les autres disciples, personnes des Deux véhicules, observaient
scrupuleusement les Deux cent
cinquante préceptes et les trois mille règles de conduite ,
pratiquaient les trois sortes de
méditation, appliquaient les enseignements des sutras Agama,
et s'étaient libérés des illusions
de la pensée et du désir dans le monde des Trois
plans. Par conséquent, ils auraient dû être exemplaires
dans la compréhension de leurs obligations et l'acquittement de
leurs dettes de reconnaissance.
Et pourtant le Bouddha déclara qu'ils ne comprenaient pas leurs
devoirs. Il dit cela parce que, quand un homme quitte ses parents et leur
foyer pour devenir moine, il devrait toujours conserver pour but le salut
de son père et de sa mère. Mais c'étaient des personnes
des Deux véhicules et même lorsqu'ils pensaient avoir atteint
le nirvana pour eux-mêmes, ils ne faisaient
rien pour le bien des autres. Même s'ils avaient commis quelques
bonnes actions à l'égard des autres, ils étaient
eux-mêmes engagés sur une voie qui ne pourrait jamais les
mener à la boddhéité, si bien qu'ils n'apporteraient
jamais le salut à leurs parents. Ainsi, contre toute attente, ils
devenaient des hommes ne comprenant pas leurs obligations.
Il est écrit dans le Sutra
Vimalakirti: "Vimalakirti
demanda encore une fois à Manjushri:
"En quoi consistent les graines de la boddhéité?"
Manjushri répondit: "Toutes les
illusions et les impuretés
sont les graines de la boddhéité. Même une personne
qui a commis les Cinq forfaits
et qui se trouve dans l'enfer avici
peut conserver le désir de devenir bouddha, c'est cela la graine
de la boddhéité."
Dans le même sutra, on lit aussi: "Nobles auditeurs-shravakas,
je vais vous donner un exemple. Les tiges et les fleurs de lotus
ou de nénuphar ne pousseront jamais dans des plaines ou sur des
plateaux. Mais à basse altitude, dans les champs boueux et humides,
voilà où vous verrez pousser ces fleurs."
Il est dit aussi: "Celui qui est déjà devenu un arhat
et qui est parvenu au niveau de vérité correspondant au
stade d'arhat
ne pourra jamais concevoir le désir d'atteindre la boddhéité
ni prendre conscience de l'état de bouddha en lui-même. Il
est semblable à un homme qui, ayant détruit les cinq organes
des sens, ne pourra plus jamais goûter aux cinq plaisirs qui leur
correspondent."
Ce Sutra Vimalakirti
implique que les Trois poisons,
avidité, arrogance et ignorance, sont les graines de la boddhéité
et que les Cinq forfaits le sont
également. Même si les fleurs de lotus devaient pousser sur
les hauts plateaux, jamais les personnes des Deux véhicules n'atteindraient
la boddhéité. Le texte dit que, si l'on compare les aspects
positifs de ces deux états avec les aspects négatifs de
l'illusion ordinaire, on découvre que même les mauvais côtés
de l'illusion ordinaire peuvent mener à la boddhéité,
alors que les bons côtés des Deux véhicules ne permettront
jamais d'atteindre un tel résultat. Les divers sutras du Hinayana
condamnent le mal et font l'éloge du bien. Mais le Sutra
Vimalakirti condamne les vertus des personnes des Deux véhicules
et fait l'éloge des défauts d'un simple mortel. On pourrait
presque croire qu'il ne s'agit plus d'un écrit bouddhique mais
des enseignements d'une école erronée. En fait, ce sutra
veut clairement indiquer qu'il est impossible aux personnes des Deux véhicules
de devenir bouddha.
On peut lire dans le Sutra
Hodo Darani : "Manjushri
dit à Shariputra: "Un
arbre desséché peut-il produire de nouvelles fleurs? Un
torrent de montagne peut-il remonter vers sa source? Un rocher brisé
peut-il se reconstituer? Une graine brûlée peut-elle germer?"
Shariputra répondit: "Non".
Alors, Manjushri lui dit: "S'il en est
ainsi, alors, comment peux-tu encore venir, avec un coeur joyeux, me demander
s'il a été prédit que tu atteindrais la boddhéité
dans l'avenir?"
Ce passage signifie que, de même qu'un arbre desséché
ne produit plus de fleurs, qu'un torrent de montagne ne reflue jamais
vers sa source, qu'un rocher brisé ne peut se reformer, et qu'une
graine brûlée ne peut germer, les personnes des Deux véhicules
ne peuvent jamais atteindre la boddhéité. Dans leur cas,
les graines de la boddhéité ont été brûlées.
On lit dans le Sutra Daibon
hannya : "Vous tous, protégés du ciel, si
vous n'avez pas encore conçu le désir d'atteindre la boddhéité,
il est maintenant temps de le faire. Si vous pénétriez,
ne serait-ce qu'une fois, dans le monde-état d'auditeurs-shravakas,
vous ne pourriez plus concevoir ce désir de la boddhéité.
Pourquoi cela? Parce que vous seriez sortis du monde de la naissance
et de la mort." Ce passage indique que le Bouddha n'est pas satisfait
des personnes des Deux véhicules parce qu'elles n'ont pas le désir
de devenir bouddha mais qu'il se réjouit lorsque les protégés
du Ciel conçoivent réellement ce désir.
Il est dit dans le Sutra
Shuryogon : "Si une personne qui a commis les Cinq
forfaits entend parler de cette puissante méditation
et que naît en elle le désir de parvenir à l'Eveil
suprême, alors, contrairement à ce que l'on pourrait
croire, elle sera en mesure d'atteindre la boddhéité. Mais,
Honoré du monde, un arhat
qui a anéanti tous les désirs est comme un vase brisé.
Il ne sera jamais capable de recevoir et de conserver cette méditation."
Il est dit dans le Sutra Vimalakirti: "Ceux qui
vous font des offrandes ne cultivent
aucunement le champ de leur bonne fortune.
Au contraire, ceux qui vous apportent leur soutien tomberont dans les
Trois mauvaises voies."
Ce passage indique que les personnes dans les mondes-états des
hommes et du ciel
qui soutiennent des moines sages tels que Mahakashyapa
et Shariputra tomberont invariablement
dans les Trois mauvaises voies. On aurait pourtant pu penser que des moines
d'une telle sagesse étaient les yeux des mondes des personnes dans
les mondes-états des hommes et du ciel et les maîtres de
tous les êtres, immédiatement après le Bouddha. Il
devait être extrêmement surprenant d'entendre le Bouddha critiquer,
comme il le fit à maintes reprises, des hommes de ce genre devant
de grandes assemblées de personnes dans dans les mondes-états
des hommes et du ciel. Essayait-il vraiment de vexer mortellement ses
propres disciples? De plus, il utilisa quantité d'images différentes
pour condamner les personnes des Deux véhicules, les comparant
au lait d'ânesse, de qualité inférieure au lait de
vache, à des vases d'argile comparés à des vases
d'or, ou à la lueur d'une luciole comparée à la lumière
du soleil.
Il ne se borna pas à dire, sur ce sujet, un ou deux mots, pendant
un jour ou deux, un mois ou deux, une année ou deux, dans un ou
deux sutra, mais, pendant une période de plus de quarante ans,
dans d'innombrables sutras, devant de grandes assemblées et des
foules innombrables, il condamna les personnes des Deux véhicules
sans leur reconnaître la moindre excuse. Ainsi tout le monde sut
qu'il les condamnait réellement. Le Ciel l'apprit et la Terre l'apprit,
et ce n'est pas seulement une ou deux personnes mais un milliard de personnes
qui l'apprirent et l'entendirent: tous les êtres dans les mondes-états
des hommes et du ciel, des mondes-états des auditeurs-shravakas
et des pratyekabuddhas aussi bien
que les grands bodhisattvas, venus des mondes des Dix
directions, des Mondes de la forme
et de l'absence de forme, des Six Cieux
du Monde du désir, des quatre
continents et des cinq régions
de l'Inde; ainsi que les êtres célestes
du Monde des Trois plans, les Rois-dragons,
et les asura. Puis, chacun de ces
êtres retourna dans sa Terre originelle, expliquant aux habitants,
l'un après l'autre, les enseignements du Bouddha du monde saha,
afin qu'il n'y ait plus un seul être dans les mondes innombrables
des Dix directions qui ne comprenne que Mahakashyapa,
et leurs semblables n'atteindraient jamais la boddhéité
et qu'il était mauvais de leur faire des offrandes
et de les soutenir.
Et pourtant, dans le Sutra du Lotus qu'il exposa durant les huit
dernières années de sa vie, le Bouddha revint soudain sur
sa position antérieure et enseigna au contraire que les personnes
des Deux véhicules peuvent en réalité atteindre la
boddhéité. Pouvait-on s'attendre à ce que les personnes
dans les mondes-états des hommes et du ciel qui l'écoutaient
le croient? Ne rejetteraient-elles pas plutôt de tels propos, en
commençant même à douter de tous les sutras prêchés
dans les périodes antérieures? Elles se demanderaient si
tous les enseignements exposés par le Bouddha, cinquante années
durant, n'étaient pas, en fait, des principes vides et erronés.
Indéniablement, un passage du Sutra
Muryogi
dit: "En plus de quarante années, je n'ai pas encore révélé
la vérité." On pourrait se demander si ce n'est pas
le démon qui prit la forme du Bouddha pour enseigner, pendant les
huit dernières années de sa vie, ce Sutra, [le Sutra
du Lotus]. Mais, dans ce Sutra le Bouddha décrit très
précisément comment ses disciples dans les mondes-états
d'auditeurs-shravakas et de prtyekabuddhas
atteindront la boddhéité. Il révèle à
quelle époque et dans quel pays ils apparaîtront, le nom
qu'ils porteront, et les disciples qu'ils instruiront. Il devient donc
évident qu'il y a contradiction dans les propos du Bouddha. C'est
ce que certains veulent dire lorsqu'ils affirment que ses déclarations
sont incohérentes. Voilà pourquoi les brahmanistes
se moquent du Bouddha et le traitent de grand menteur.
Mais, au moment même où les personnes dans les mondes-états
des hommes et du ciel, présentes à la Grande
assemblée, s'étonnaient d'une telle contradiction, le
bouddha Taho, qui réside à
l'est, dans le monde du Trésor de la pureté, apparut dans
une tour décorée des Sept
sortes de joyaux mesurant cinq cents yojana
de haut et deux cent cinquante de large. Les personnes dans les mondes-états
des hommes et du ciel présentes à la Grande assemblée
accusaient le Bouddha de se contredire lui-même, et le Bouddha avait
beau leur répondre d'une manière ou d'une autre, il était
très embarrassé, incapable de dissiper leurs doutes, quand,
devant lui, la Tour aux Trésors
surgit de la terre et s'éleva dans le ciel. Ce fut un apparition
comparable à celle de la pleine lune se levant une nuit obscure,
au-dessus des montagnes, à l'est. La Tour aux Trésors s'éleva
dans le ciel, ne touchant ni la terre ni le faîte des cieux, mais
resta suspendue au milieu des airs,
et, venue de l'intérieur de la tour, une voix pure et sonore se
fit entendre, portant témoignage. [Comme le décrit le Sutra
du Lotus :] "A ce moment-là, une voix sortit de la Tour
aux Trésors, et prononça ces louanges: "Quel prodige!
Quel prodige! Shakyamuni, Honoré du monde, pour le bien de la multitude
vous prêchez avec talent le Sutra du Lotus, grande sagesse
qui sauve tous les êtres avec impartialité, Dharma enseigné
aux bodhisattvas, doctrine que les bouddhas gardent en leur cœur
et protègent. Tout cela est véridique. Shakyamuni, Honoré
du monde, tout ce que vous avez exposé est la vérité."
Dans un autre passage du Sutra du Lotus il est dit: "A ce
moment-là, l'Honoré du monde manifesta ses grands pouvoirs
supranaturels devant Manjushri
et les autres centaines milliers de milliards de bodhisattva vivant depuis
toujours dans le monde saha, ainsi
que devant les êtres humains et les êtres
non humains. Il étendit sa longue et large langue
jusqu'à ce qu'elle atteignit le
séjour de Brahma. Puis de tous les pores de sa peau jaillirent
des rayons de lumière qui éclairèrent les mondes
des Dix directions; et tous les autres bouddhas, assis sur les trônes
de roi-lion, sous les arbres aux trésors de tout l'univers, firent
de même, tirant leur longue et large langue tout en émettant
d'innombrables rayons de lumière."
Dans un autre chapitre ,
on lit: "Tous les bouddhas qui s'étaient rassemblés,
venus des Dix directions de l'univers, retournèrent dans leur terre
originelle, - et le Bouddha ordonna que la Tour aux Trésors du
Bouddha Taho retourne à son lieu d'origine."
Par le passé, quand le Bouddha prêcha pour la première
fois après avoir atteint l'Eveil,
les bouddhas des Dix directions apparurent pour le conseiller et l'encourager,
et envoyèrent vers lui divers grands bodhisattvas. Quand il prêcha
le Sutra de la Prajna,
il couvrit un système de mondes
majeur avec sa longue langue, et mille bouddha apparurent dans les
Dix directions.
Quand il prêcha le Sutra
Konkomyo,
les quatre bouddha apparurent dans
les quatre directions, et quand il prêcha le Sutra
Amida, les bouddhas des six directions
recouvrirent de leurs langues un système de mondes majeur.
Et quand il prêcha le Sutra
Daijuku, les bouddhas et bodhisattva des Dix
directions de rassemblèrent dans la Grande Chambre aux trésors,
à la frontière qui sépare les Mondes
de la forme et du désir.
Mais quand nous comparons ces prodiges à ceux qui accompagnèrent
le Sutra du Lotus, ils sont comme un caillou jaune comparé
à de l'or, un nuage blanc comparé à un sommet neigeux,
de la glace à un miroir d'argent, ou la couleur noire comparée
à la couleur bleue... une personne dont la vision est bonne peut
les distinguer les uns des autres mais ceux qui voient trouble, qui louchent,
qui sont borgnes, ou dont la vision est déformée risquent
de les confondre.
Le Sutra Kegon ayant
été enseigné en premier, aucune parole antérieure
du Bouddha ne vient le contredire, et par conséquent, il ne suscita
aucun doute.
Dans le cas des sutras Daijuku,
Hannya, Konkomyo,
et Amida, le Bouddha, pour
condamner l'idéal hinayana
des personnes des Deux Véhicules, décrivit les Terres
pures des Dix directions
pour donner aux bodhisattva et aux simples mortels le désir d'y
parvenir. Il amena ainsi les personnes des Deux véhicules à
abandonner l'idéal du Hinayana.
De plus, parce qu'il y a certaines différences entre les sutras
du Hinayana et les sutras du Mahayana
[mentionnés ci-dessus], nous lisons que dans certains cas, des
bouddhas apparurent dans les Dix directions; dans d'autres, de grands
bodhisattvas arrivèrent en provenance des Dix directions; ou il
est précisé que ce Sutra particulier a été
exposé dans les mondes des Dix directions; ou que divers bouddhas
vinrent des Dix directions et se rassemblèrent [pour l'écouter.]
Il est dit parfois que le Bouddha Shakyamuni recouvrit un système
de mondes majeur avec sa langue, parfois que ce furent les divers bouddhas
qui tirèrent la langue. Toutes ces affirmations ont pour but de
réfuter l'idée, exposée dans les sutras du Hinayana,
qu'il n'y a qu'un seul Bouddha pour tous les mondes des Dix directions.
Mais le Sutra du Lotus est si différent des sutras précédents
du Mahayana que et les auditeurs-shravakas,
les grands bodhisattvas et les divers êtres dans les mondes-états
des hommes et du ciel, en entendant le Bouddha l'enseigner, en vinrent
à penser: "Ne serait-ce pas un démon qui aurait pris
la forme du Bouddha?"
Et pourtant, les hommes à la vue troublée des écoles
Kegon, Hosso,
Sanron, Shingon
et Nembutsu semblent tous penser
que leurs propres sutras sont parfaitement identiques au Sutra du
Lotus. C'est véritablement une vision déformée!
Quand le Bouddha était encore en ce monde, il fut possible à
certains de rejeter les sutras qu'il avait enseignés durant quarante
et quelques années pour adhérer au Sutra du Lotus.
Mais après sa mort, il fut sans doute difficile de trouver des
personnes qui ouvrent et lisent ce Sutra en acceptant ses enseignements.
Tout d'abord, les sutras enseignés précédemment se
composent d'innombrables mots alors que le Sutra du Lotus est
d'une longueur limitée. Les sutras antérieurs sont nombreux,
mais le Sutra du Lotus ne constitue qu'un seul ouvrage. Les sutras
antérieurs furent enseignés pendant de nombreuses années,
mais le Sutra du Lotus ne fut enseigné que pendant huit
ans.
[De plus, comme nous l'avons vu,] le Bouddha fut traité de grand
menteur, et il est donc normal qu'on ait du mal à le croire. En
faisant un grand effort pour croire à l'incroyable, on peut éventuellement
croire aux sutra antérieurs, mais non au Sutra du Lotus.
De nos jours, nombreux sont ceux qui semblent croire dans le Sutra
du Lotus, mais qui, en fait, n'y croient pas vraiment. C'est seulement
quand on leur assure que le Sutra du Lotus est identique au Sutra
Vairocana, au Sutra
Kegon ou au Sutra Amida,
qu'ils se réjouissent et se convertissent à la foi. Si quelqu'un
leur dit que le Sutra du Lotus est totalement différent
de tous les autres sutras, ils ne l'écouteront pas, ou même
s'ils l'écoutent, ils ne croiront pas que cette personne dit réellement
la vérité.
Nichiren voudrait dire ceci: le bouddhisme a été introduit
au Japon depuis maintenant plus de sept cents ans. Pendant cette période,
seul le Grand-maître Saicho
a vraiment compris le Sutra du Lotus, mais personne ne veut tenir
compte de ce fait que Nichiren enseigne sans cesse. Cela correspond parfaitement
à ce que dit le Sutra du Lotus: "Prendre le mont
Sumeru et le lancer très loin dans les innombrables terres
de bouddha n'est pas difficile... Mais à l'époque mauvaise
qui suivra la disparition du Bouddha, il sera très difficile d'enseigner
ce Sutra!"(réf)
Les enseignements que j'expose sont en parfait accord avec le Sutra lui-même.
Comme le dit le Sutra du Nirvana,
exposé dans le but d'enseigner la manière de propager le
Sutra du Lotus: "A l'époque troublée des Derniers
jours du Dharma, ceux qui s'opposeront
à la loi correcte occuperont toute la terre dans les Dix directions,
tandis que ceux qui soutiendront la loi correcte occuperont aussi peu
d'espace que les grains de poussière qui peuvent tenir sur un ongle."
Qu'en pensez-vous? Diriez-vous que tous ceux qui, au Japon, s'opposent
à moi n'occupent pas plus d'espace que des grains de poussière
sur un ongle? Diriez-vous que moi, Nichiren, j'occupe toute la terre dans
les Dix directions? Réfléchissez bien à cela.
Sous le règne d'un roi sage, la justice prévaudra, mais
quand règne un roi insensé, l'injustice triomphera. Il est
important de comprendre que, de la même manière, c'est quand
un sage se trouve dans le monde que le Sutra du Lotus prend sa
pleine signification.
En comparant l'enseignement théorique du Sutra du Lotus
aux sutra qui précèdent, on pourrait croire que ces sutras
lui sont supérieurs. Mais si l'on admet qu'ils sont supérieurs
à l'enseignement théorique du Sutra du Lotus, [cela
revient à admettre que] et les autres personnes des Deux véhicules
ne pourront jamais atteindre la boddhéité. Comme ce serait
regrettable pour eux!
J'en viens maintenant au second point [important du Sutra du Lotus].
Le Bouddha Shakyamuni naquit dans le kalpa
de Continuité, dans le neuvième petit kalpa, à
une époque où la durée de la vie humaine, diminuant
graduellement, était encore de cent ans. Il était le petit
fils du roi Shimhahanu et le fils héritier
du roi Shuddhodana. Enfant,
on l'appelait le prince héritier Siddharta,
ou le bodhisattva "Buts Atteints". A l'âge de dix-neuf
ans, il devint moine, et à trente ans, il atteignit la boddhéité.
A Bodh-Gaya, lieu de son Eveil,
il révéla d'abord l'existence du bouddha Vairocana
et de son monde du Trésor du lotus et exposa les Dix
mystères, les Six formes,
et le Dharma mystique suprême
de l'harmonie parfaite du monde phénoménal. A ce moment-là,
les bouddhas des Dix directions apparurent devant lui, et tous les bodhisattvas
se rassemblèrent autour d'eux comme une nuée. Etant donné
le lieu où Shakyamuni enseignait, les capacités de ses auditeurs-shravakas,
la présence des bouddhas et le fait qu'il s'agissait de son premier
sermon, quelle raison le Bouddha aurait-il pu avoir de dissimuler ou de
garder pour lui le Dharma suprême? C'est pourquoi le Sutra
Kegon dit : "Il exerça pleinement son pouvoir et
exposa un Sutra d'une véritable perfection."
L'ouvrage, composé de
soixante volumes, est véritablement parfait, dans chacun de ses
caractères et de ses signes de ponctuation. On peut le comparer
au joyau qui exauce tous les voeux
qui, à lui seul, a autant de valeur qu'une quantité innombrable
de joyaux. Car ce seul joyau peut faire pleuvoir dix mille joyaux aussi
précieux que dix mille trésors. De même, un seul mot
du Sutra Kegon est aussi
riche de sens que dix mille mots. Le passage "l'esprit, le Bouddha,
et tous les êtres vivants sont identiques", représente
non seulement le coeur des enseignements Kegon,
mais aussi celui des enseignements Hosso,
Sanron, Shingon
et Tendai.
Comment un Sutra aussi remarquable pourrait-il cacher la plus petite vérité
à ceux qui l'écoutent? Pourtant, nous voyons que ce Sutra
déclare que les personnes des Deux véhicules et celles qui
sont d'une incroyance incorrigible
ne peuvent atteindre la boddhéité. C'est là l'imperfection
dans le joyau. De plus, à trois reprises, il est dit dans le Sutra
que le Bouddha Shakyamuni atteignit l'Eveil
pour la première fois en Inde. Cela dissimule donc le fait
que, comme il est dit dans le chapitre Juryo (réf)
du Sutra du Lotus, le Bouddha Shakyamuni atteignit en réalité
l'Eveil dans le passé illimité.
Par conséquent, le Sutra
Kegon est en fait un joyau ébréché, une
lune voilée par des nuages, un soleil au moment d'une éclipse.
Comme c'est difficile à comprendre!
Les sutras Agama,
Hodo, Hannya
et Vairocana, étant
des enseignements du Bouddha, sont des oeuvres splendides, et pourtant
ils sont loin d'être comparables au Sutra
Kegon. Comment des principes encore cachés dans le Sutra
Kegon pourraient-ils être révélés
dans ces sutras? Ainsi le Sutra Zo-Agon dit du Bouddha Shakyamuni:
"Il atteignit l'Eveil pour la première fois en Inde."
On lit dans le Sutra Daijuku:
"Seize ans se sont écoulés depuis que le Bouddha atteignit
pour la première fois l'Eveil." Et dans le Sutra
Vimalakirti: "Pour
la première fois, le Bouddha s'assit sous l'arbre et par sa détermination
triompha du démon." De même, dans le Sutra
Vairocana, le Bouddha décrit son Eveil en disant: "Il
y a quelques années, lorsque je m'assis sur le lieu de méditation",
et le Sutra Ninno
situe cet événement "vingt-neuf ans plus tôt".
Il n'est pas étonnant de lire cela dans tous ces sutras. Mais ce
qu'il est surprenant de lire aussi bien que d'entendre, c'est que le Sutra
Muryogi
tienne le même langage. Dans le Sutra Muryogi, le Bouddha
réfute le concept, énoncé dans le Sutra Kegon,
selon lequel le monde phénoménal n'est qu'une création
de l'esprit; il réfute aussi le concept, présent dans le
Sutra Daijuku, de
la méditation du reflet sur l'océan, et le concept, développé
dans le Sutra Hannya, de l'identité et de la non-dualité
fondamentale de tous les êtres lorsqu'il déclare: "Je
n'ai pas encore révélé la vérité."
le Sutra Muryogi considère les pratiques enseignées
dans les sutras antérieurs comme "l'entraînement kalpa
après kalpa" [que le bodhisattva
doit suivre pour atteindre la boddhéité].
Pourtant, dans le même sutra, il est dit: "Auparavant, je suis
allé sur le lieu de méditation, je me suis assis bien droit
sous l'arbre bodhi et, au bout de
six ans, j'ai pu atteindre l'Eveil suprême", utilisant ainsi
le même langage que le Sutra Kegon dans lequel on lit que
le Bouddha Shakyamuni "atteignit l'Eveil pour la première
fois en Inde". Cela nous paraît étrange mais, puisque
le Sutra Muryogi est une introduction au Sutra du Lotus,
peut-être s'abstient-il délibérément d'énoncer
des principes qui ne doivent être révélés que
dans le Sutra du Lotus lui-même. Pourtant, en étudiant
le Sutra du Lotus, nous voyons que, dans les passages où
le Bouddha présente les Trois
voies (note) comme des buts provisoires, il précise: "la véritable
identité de tous les phénomènes ne peut être
comprise et partagée que par des bouddhas."(réf)
"L'Honoré du monde expose depuis longtemps ses enseignements
et doit maintenant révéler la vérité",
dit-il ailleurs, et, "rejetant sincèrement les enseignements
provisoires, j'exposerai la loi suprême." De plus, le bouddha
Taho approuve les huit chapitres
de l'enseignement théorique
[où se trouvent ces passages], en déclarant: "Tout
cela est véridique." Nous pourrions donc penser qu'il n'y
a rien en eux de caché ou de secret. Toutefois, le Bouddha cache
le fait qu'il a atteint l'Eveil d'innombrables kalpa
auparavant, car il dit "Quand pour la première fois, je me
suis assis sur le lieu de la méditation, j'ai contemplé
l'arbre et j'ai déambulé... "(réf)
C'est certainement le plus déconcertant.
Dans le chapitre Yujutsu (réf),
une multitude de bodhisattva, encore jamais vus durant les quarante et
quelques années d'enseignement du Bouddha, apparaît soudain,
et le Bouddha déclare: "Je les ai instruits et j'ai éveillé
en eux pour la première fois l'aspiration à la boddhéité."
Surpris par cette déclaration, le bodhisattva Maitreya
demande: "Honoré du monde, quand vous étiez prince
héritier, vous avez quitté le palais des Shakya, vous vous
êtes assis sur le lieu de méditation, non loin de la ville
de Gaya, et là, vous avez
atteint l'Eveil suprême. Depuis lors, tout juste quarante et quelques
années se sont écoulées. En un laps de temps aussi
court, comment avez-vous pu accomplir une oeuvre de Bouddha aussi gigantesque?"
Afin de dissiper cette perplexité, le Bouddha enseigna alors le
chapitre Juryo (réf).
Se référant tout d'abord à la version des événements
présentée dans les sutras antérieurs et dans l'enseignement
théorique du Sutra du Lotus, il dit : "Tous les
dieux, hommes et asura de ce monde
croient qu'après avoir quitté le palais des Shakya, Shakyamuni
s'assit à l'endroit de la révélation non loin de
la ville de Gaya et atteignit là l'Eveil
suprême." Mais ensuite, afin de dissiper les doutes [des bodhisattvas
qui l'écoutent], il ajoute "Pourtant, hommes de foi sincère,
le temps est sans limite ni borne - cent, mille, dix mille, cent mille
myriades de kalpa - depuis que j'ai réellement
atteint la boddhéité."
Tous les enseignements provisoires tels que les sutras Kegon,
Hannya et Vairocana, non seulement cachent le fait que
les personnes des Deux véhicules peuvent atteindre la boddhéité,
mais ne révèlent pas non plus que le Bouddha atteignit l'Eveil
d'innombrables kalpa auparavant. Ces sutras
commettent deux erreurs. D'abord, parce qu'ils enseignent que les dix
mondes-états s'excluent mutuellement, ils sont incapables d'aller
plus loin que les enseignements
provisoires et de révéler le principe d'ichinen
sanzen tel qu'il est exposé dans les enseignements théoriques
du Sutra du Lotus. Ensuite, parce qu'ils enseignent que le Bouddha
Shakyamuni atteignit l'Eveil pour la première fois en Inde et n'élucident
pas sa véritable identité, ils ne révèlent
pas le fait, établi dans l'enseignement
essentiel, que le Bouddha atteignit l'Eveil d'innombrables kalpa
auparavant. Ces deux grands principes sont la charpente des enseignements
exposés par le Bouddha de son vivant et le coeur même de
tous les sutras. Le chapitre Hoben (réf),
qui fait partie de l'enseignement théorique, expose le principe
d'ichinen sanzen, établissant que
les personnes des Deux véhicules peuvent atteindre la boddhéité.
Il évite ainsi l'une des deux erreurs commises dans les sutras
antérieurs. Mais il ne parvient cependant pas à révéler
que le Bouddha atteignit l'Eveil il y a d'innombrables kalpa.
Ainsi, le principe concret d'ichinen sanzen
reste vague et l'atteinte de la boddhéité par les personnes
des Deux véhicules n'est pas bien définie. De tels enseignements
sont comme le reflet de la lune sur l'eau ou comme des herbes flottant
sur les vagues.
Quand nous arrivons aux chapitres du Sutra du Lotus qui exposent
l'enseignement essentiel, la croyance que Shakyamuni atteignit l'Eveil
pour la première fois en Inde est alors anéantie, et les
effets des Quatre Enseignements
le sont aussi (note).
Quand les effets des Quatre Enseignements sont réduits à
néant, les causes
le sont aussi. Ainsi, l'enchaînement des causes et des effets dans
les Dix modalités d'expression
de la vie, tels que le décrivent les premiers sutras et l'enseignement
théorique du Sutra du Lotus, est annulé, et les
liens de cause et d'effet dans les Dix
mondes-états, tel que les définit l'enseignement essentiel,
sont révélés. C'est le principe de la Cause fondamentale
et de l'Effet fondamental. Il implique que les neuf autres états
sont tous présents dans la boddhéité depuis le temps
sans commencement, et que la boddhéité est inhérente
aux neuf autres états depuis le temps sans commencement. Voilà
la révélation concrète de l'inclusion
mutuelle des dix états, des cent mondes et des mille modalités;
voilà en quoi consiste concrètement ichinen
sanzen.
De ce point de vue, nous comprenons que le bouddha Vairochana
décrit dans le Sura Kegon,
le Bouddha Shakyamuni décrit dans les sutras Agama,
et les bouddhas provisoires décrits dans les sutras Hodo
et Hannya ainsi que dans les sutras Konkomyo, Amida
et Vairocana ne sont que des reflets du Bouddha du chapitre Juryo
(réf),
semblables aux reflets de la lune flottant à la surface de vasques
emplies d'eau, grandes et petites. Et les maîtres des diverses écoles
bouddhiques, égarés par la doctrine de leur propre école
et ignorant les enseignements du chapitre Juryo
(réf)
du Sutra du Lotus, confondent
le reflet dans l'eau avec la lune elle-même, certains entrant dans
l'eau pour essayer de la saisir avec leurs mains, tandis que d'autres
s'efforcent de l'attraper avec une corde. Comme le dit Zhiyi,
"ils ignorent tout de la lune dans le ciel, et ne regardent que la
lune dans l'étang."
Nichiren a cette remarque à
faire: même si le Sutra du Lotus affirme que les personnes
des Deux véhicules peuvent atteindre la boddhéité,
ce principe est souvent occulté parce que les sutras précédents
enseignent le contraire. Et c'est encore plus vrai du principe de l'Eveil
du Bouddha dans un passé sans commencement. Car, dans ce cas, non
seulement le Sutra du Lotus dans son ensemble contredit les sutras
antérieurs, mais l'enseignement
essentiel du Sutra lui-même contredit aussi bien les sutras
antérieurs que l'enseignement
théorique du Sutra du Lotus. Et même les chapitres
du Sutra du Lotus qui constituent l'enseignement essentiel, à
l'exception des chapitres Yujutsu (réf)
et Juryo (réf),
s'appuient tous sur l'idée que le Bouddha Shakyamuni atteignit
l'Eveil pour la première fois en Inde. Les quarante volumes du
Sutra du Nirvana,
basés sur l'enseignement donné par le Bouddha à la
fin de sa vie dans le bosquet d'arbres Shala,
ainsi que les autres sutras du Mahayana à
l'exception du Sutra du Lotus, ne font pas la moindre allusion
au fait que le Bouddha atteignit l'Eveil dans un passé incommensurablement
lointain. Ils définissent hosshin,
[le Corps de Dharma du Bouddha] comme sans commencement ni fin, mais ne
révèlent pas toute la vérité sur les deux
autres corps, hoshin [Corps de la Sagesse]
et ojin [Corps manifesté], qui ne
sont pas des entités distinctes du Corps du Dharma. Comment peut-on
alors rejeter le vaste ensemble des écrits du Mahayana
provisoire, le Sutra du
Nirvana, et la plus grande partie des chapitres du Sutra
du Lotus traitant des enseignements théorique et essentiel,
pour n'avoir foi que dans les deux chapitres Yujutsu
(réf)
et Juryo (réf)?
En examinant les origines de l'école appelée Hosso,
on s'aperçoit que, neuf cents ans après la mort de Shakyamuni
en Inde, apparut un Grand-maître de la doctrine, appelé Asanga.
La nuit, il se rendait au ciel Tushita
pour y rencontrer le bodhisattva Maitreya
et apprendre de sa bouche les enseignements exposés par le Bouddha
de son vivant. Le jour, il travaillait à la propagation de la doctrine
Hosso, dans le royaume d'Ayodhya.
Plusieurs grands maîtres de la doctrine furent ses disciples tels
que Vasubandhu, son frère
cadet, Dharmapala, Nanda
et Shilabhadra. Le grand roi
Shiladitya, se convertit à
ses enseignements, et par la suite, tous les habitants des cinq
régions de l'Inde renoncèrent à leurs conceptions
erronées pour suivre sa doctrine.
Le moine chinois Xuanzang voyagea
jusqu'en Inde, passant dix-sept années à visiter au moins
cent trente royaumes indiens. Il rejeta tous les autres enseignements
du bouddhisme mais rapporta en Chine la doctrine de l'école Hosso
qu'il exposa à un sage souverain, l'empereur Taizong
(T'ai-tsong), de la dynastie Tang.
Xuanzang eut parmi ses disciples
des hommes tels que Chenfang, Jiaxiang,
Puguang, et Kui-ji.
Il enseigna dans le grand temple de la capitale de Chang-an
appelé Ci-en-si et répandit
ses enseignements dans plus de trois cent soixante provinces de Chine.
Sous le règne de l'empereur Kotoku,
trente-septième souverain du Japon, les moines Doji
et Dosho se rendirent en Chine
pour étudier cette doctrine qu'il prêchèrent à
leur retour au temple Yamashina. Ainsi,
l'école Hosso devint l'école dominante du bouddhisme dans
les trois pays .
Selon cette école, dans tous les enseignements du Bouddha, du Sutra
Kegon, exposé le premier, aux Sutra du Lotus
et du Nirvana exposés les derniers, il est établi
que ceux qui ne possèdent pas de prédispositions pour devenir
bouddha et ceux qui sont voués aux états d'auditeurs-shravakas
et pratyekabuddhas
ne pourront jamais devenir bouddha. [D'après cette école]
le Bouddha ne se contredit jamais. Par conséquent, s'il a un jour
déclaré que ces personnes n'auront jamais accès à
la boddhéité, même si le soleil et la lune tombaient
sur la terre et si la terre elle-même se renversait, il ne reviendrait
jamais sur cette déclaration. Dans les sutras antérieurs,
il est dit que ceux qui n'ont pas de prédispositions à devenir
bouddha, ou ceux qui sont prédestinés [aux états
d'auditeurs-shravakas et pratyekabuddhas]
ne pourront jamais parvenir à la boddhéité. Par conséquent,
[pour l'école Hosso] même les
sutras du Lotus et du Nirvana n'affirment pas que ces
personnes y parviendront. "Concentrez-vous et réfléchissez
à cela, [diraient les tenants de l'école Hosso].
S'il avait été absolument établi dans les sutras
du Lotus et du Nirvana, que ceux qui ne possèdent
pas de prédisposition à devenir bouddha ou que ceux qui
sont prédestinés [aux états des Deux véhicules]
peuvent véritablement atteindre la boddhéité, pourquoi
les Grands Maîtres de la doctrine
comme Asanga et Vasubandhu
ou des moines éminents tels que Xuanzang
et Ci-en n'auraient-ils pas pris ce
fait en considération? Pourquoi ne l'ont-ils pas mentionné
dans leurs propres écrits? Pourquoi n'ont-ils pas admis cette croyance
pour la transmettre aux époques ultérieures? Pourquoi Asanga
n'a-t-il pas interrogé le bodhisattva Maitreya
à ce sujet? Vous [Nichiren] prétendez baser vos assertions
sur le texte du Sutra du Lotus, mais, en réalité,
vous cautionnez simplement les déviations de Zhiyi,
Zhanlan et Saicho,
et interprétez le texte du Sutra à la lumière de
leurs enseignements. C'est pourquoi vous croyez que le Sutra du Lotus
est aussi différent des sutras antérieurs que le feu de
l'eau."
Par ailleurs, les écoles Kegon
et Shingon sont d'un niveau incomparablement
plus élevé que les écoles Hosso
et Sanron. Elles prétendent que la
possibilité pour les personnes des Deux véhicules d'atteindre
la boddhéité, et la révélation du fait que
le Bouddha atteignit l'Eveil il y a d'innombrables kalpa
sont énoncées non seulement dans le Sutra du Lotus,
mais également dans les sutras Kegon et Vairocana.
Selon les tenants de ces écoles, les patriarches du Kegon,
Dushun, Zhiyan,
Fa-zang et Cheng-guan
et les maîtres du Shingon,
Shan-wu-wei, Jin-gang-zhi
et Pukong (Amoghavajra)
étaient supérieurs
à Zhiyi ou Saicho.
Mieux encore, ils prétendent que les enseignements de Shan-wou-wei
descendent en droite ligne du bouddha Mahavairochana.
Ils demandent comment des hommes de cette sorte, qui sont des manifestations
du Bouddha, pourraient s'être trompés. Ils citent le passage
du Sutra Kegon qui dit:
"Certains perçoivent qu'un nombre incalculable de kalpa
s'est écoulé depuis que le Bouddha Shakyamuni atteignit
l'Eveil " ou le passage du Sutra
Vairocana: "Je
suis la source et le commencement de toutes choses." Et ils demandent
pourquoi certains prétendent que seul le chapitre Juryo (réf)
du Sutra du Lotus
énonce le principe de l'Eveil du Bouddha dans un passé
illimité? Ils les comparent à des grenouilles au fond
d'un puits qui n'ont jamais vu le grand océan, ou à des
montagnards ignorants qui n'ont jamais vu la capitale. "Vous ne voyez
que le chapitre Juryo (réf)
sans rien connaître des
sutras Kegon, Vairocana et autres. Pensez-vous que les
habitants d'Inde et de Chine, de Silla
et de Paekche, croient, [comme
au Japon,] que ces deux principes ne se trouvent que dans le Sutra
du Lotus?"
[Comme nous l'avons vu,] le Sutra du Lotus, enseigné pendant
huit ans, est très différent des sutras antérieurs,
enseignés pendant quelque quarante ans. S'il fallait choisir entre
les premiers et ce dernier, on pourrait préférer le Sutra
du Lotus, et pourtant de nombreux éléments semblent
justifier la supériorité des sutras antérieurs.
Du vivant du Bouddha, il y avait encore de bonnes raisons de choisir le
Sutra du Lotus. Mais dans les périodes suivant sa mort,
les patriarches et maîtres ont le plus souvent privilégié
les sutras antérieurs. Il est donc devenu très difficile
de croire dans le Sutra du Lotus. De plus, nous entrons dans
l'époque des Derniers jours du
Dharma, époque où les hommes sages et vertueux sont
de plus en plus rares alors que les personnes dans l'ignorance sont de
plus en plus nombreuses. Il est facile de faire des erreurs, même
dans le domaine superficiel des affaires mondaines, n'est-il pas encore
plus facile de se tromper lorsqu'il s'agit des profonds enseignements
bouddhiques qui mènent à l'Eveil ?
Vatsiputriya
et l'ascète Vaipulya étaient
brillants et perspicaces, mais ils confondirent, pourtant, les sutras
du Hinayana et du Mahayana.
Muku et
Mato étaient
très intelligents de nature, mais ils ne purent distinguer correctement
les enseignements provisoires des enseignements définitifs. Ces
hommes vécurent pendant la période de mille ans que l'on
appelle l'époque du Dharma correct, peu de temps après la
mort du Bouddha, et [dans le même pays que lui] en Inde. Et pourtant,
il en fut ainsi. [Comme nous l'avons vu, ils tombèrent dans l'erreur.]
Les chances d'erreur ne sont-elles pas bien plus grandes encore en Chine
et au Japon, pays fort éloignés de l'Inde et où l'on
parle des langues différentes?
[De nombreux siècles s'étant écoulés depuis
la mort du Bouddha,] Ce sutra implique que les Trois
poisons, avidité, arrogance et ignorance, sont les graines
de la boddhéité et que les Cinq
forfaits le sont également.
Dans le Sutra du Nirvana,
le Bouddha prédit: "A l'époque des Derniers
jours du Dharma, ceux qui garderont le Dharma correct n'occuperont
pas plus d'espace que les grains de poussière qui tiendraient sur
un ongle, tandis que ceux qui s'opposeront au Dharma correct seront assez
nombreux pour occuper toutes les terres des Dix directions."
Dans le Sutra Hometsujin,
on trouve ce passage: "Ceux qui s'opposent au Dharma correct seront
aussi nombreux que les grains de sable du Gange, mais ceux qui y adhèrent
ne seront guère plus nombreux qu'un ou deux galets." D'ici
cinq cents ou mille ans, il sera difficile de trouver même une seule
personne qui croie en le Dharma correct. Ceux qui tomberont dans les mauvaises
voies parce qu'ils auront commis des crimes occuperont aussi peu d'espace
que les grains de poussière qui tiennent sur un ongle, mais ceux
qui tomberont dans ces mêmes voies pour s'être opposés
au Dharma bouddhique seront assez nombreux pour peupler les Dix directions.
Il y aura plus de moines que de croyants laïques, plus de nonnes
que de croyante
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