En cette
heure,
le prince du Dharma (kumara)
Manjushri,
le bodhisattva-mahasattva, s'adressa
au Bouddha: "Vénéré du monde, il est fort
difficile de trouver des bodhisattvas tels que ceux-ci; par respect
et obéissance envers l'Éveillé, ils ont prononcé
un grand voeu: dans les mauvais âges
qui suivront, ils préserveront, liront et exposeront le Sutra
du Lotus du Dharma. Vénéré du monde, comment
les bodhisattvas-mahasattvas, seront-ils
capables, dans les mauvais âges à venir, d'exposer ce Sutra?"
L'Éveillé
déclara à Manjushri
:
Si les bodhisattvas-mahasattvas,
désirent exposer ce Sutra dans les mauvais âges
à venir, ils devront s'en tenir fermement à quatre façons
d'être [dharmas]
.
En premier
lieu, en s'en tenant fermement à la sphère des pratiques
du bodhisattva et à sa sphère de affinité
personnelle,
ils seront capables d'exposer ce Sutra aux êtres.
Qu'appelle-t-on, Manjushri,
la sphère des pratiques du bodhisattva-mahasattva? Si un bodhisattva-mahasattva
demeure en la terre de la patience, doux et conciliant, que son
coeur ne connaît ni la colère ni l'envie; si en outre
sa pratique ne se fait pas selon la substantialité, mais s'il
contemple les phénomènes
selon leur aspect réel,
sans plus s'agiter ni discriminer, c'est ce qui constitue la
pratique du bodhisattva-mahasattva.
En quoi
consiste la sphère de affinités personnelles
d'un
bodhisattva-mahasattva? Un bodhisattva-mahasattva ne recherche pas
les rois, princes, ministres,
hauts mandarins, il n'est pas entouré
d'hétérodoxes
,
de brahmachari,
de nirgrantha et
autres, pas plus que de ceux qui composent de la littérature
pour les profanes
ou
chantent les louanges des traités hétérodoxes,
ni des lokayatins ou
des anti-lokayatins.
Il ne recherchera
pas non plus les bateleurs pernicieux, les pugilistes, les lutteurs,
de même que les danseurs et autres, les divers artistes de l'illusion.
Pas plus qu'il ne s'entourera des hors-castes
ni ceux qui élèvent porcs, moutons, volaille ou chiens,
qui s'adonnent à la chasse, à la pêche ou aux activités
illicites. Si de telles gens viennent à lui, il leur exposera
le Dharma, sans chercher à en tirer avantage.
Il n'est
pas davantage proche de ceux qui recherchent l'état d'auditeur-shravaka,
les bhiksu,
les bhiksuni,
les upasaka, les upasika,
et il ne les interroge pas sur eux et ne les accompagne pas dans leur
maisons, leurs promenades ou dans une salle de conférence. S'ils
viennent à lui, il leur prêchera le Dharma conformément
à leurs dispositions, sans chercher à en tirer avantage.
En outre,
Manjushri,
un bodhisattva-mahasattva ne devra prêcher le Dharma aux femmes
qui prennent une apparence pour engendrer des idées de désir,
et il ne se délectera pas de leur vue. S'il entre chez autrui,
il ne conversera pas avec les fillettes, les vierges ou les veuves.
Il n'approchera pas non plus ceux qui ont les cinq déficiences
de virilité
pour
devenir leur intime.
Il n'entrera
pas tout seul chez autrui. Si, en raison des circonstances, il lui est
nécessaire d'y entrer, il ne fera que parler de tout coeur du
Bouddha. S'il prêche le Dharma à une femme, il ne sourira
pas en montrant les dents
et ne découvrira pas sa poitrine. Même pour servir le Dharma,
il ne deviendra pas son intime; à plus forte raison, pour d'autres
raisons. Il ne prendra
pas plaisir à entretenir disciples, shramanera
et moinillons, pas plus qu'il ne se délectera d'être leur
maître.
Il aimera toujours s'asseoir en méditation-dhyana,
résider dans un lieu désert et s'exercer à contenir
sa pensée.
Voilà, Manjushri,
en quoi consiste la première sphère de proximités.
Ensuite,
un bodhisattva-mahasattva contemplera la vacuité
de tous les phénomènes, selon leur ainsité,
leur aspect réel. Il verra qu'ils ne se déplacent vers
l'avant ni vers l'arrière, qu'ils ne tournent ni ne s'inversent
mais sont semblables à l'espace sans existence propre. Ils sont
inexprimables par les mots et les discours. Ils ne naissent pas, ne
surgissent pas, ne disparaissent pas. Leurs nom (nama)
et forme (rupa) n'ont aucune substance
par eux-mêmes; ils sont sans poids, sans limite, sans obstacle,
sans obstruction. Ils n'existent que par les causes latentes (in)
et les causes externes (en)
et leur naissance est produite par l'obscurité
fondamentale. C'est de cette manière qu'un bodhisattva-mahasattva
considère constamment tous les dharma et en quoi réside
la seconde sphère de ses proximités.
Alors le
Vénéré du monde, voulant réitérer
cette idée, s'exprima en stances :
S'il est
un bodhisattva,
dans les mauvais âges ultérieurs,
qui, d'un coeur impavide,
veuille exposer ce Sutra,
il devra s'engager dans la sphère des pratiques
et dans la sphère des proximités :
se tenir à l'écart des rois
et des fils de roi,
des ministres et des hauts mandarins,
des saltimbanques pernicieux
comme des hors-castes,
des hétérodoxes et brahmachari.
Il ne fréquentera pas plus
les outrecuidants,
les érudits du Tripitaka
avidement attachés au Hinayana,
les bhiksu transgresseurs des commandements,
qui n'ont d'arhat que le nom.
De même, les bhiksuni
aimant rire et se divertir,
les upasika
profondément attachées aux cinq
désirs,
recherchant l'apparence de la boddhéité,
qu'il n'en fréquente aucune!
Si de telles gens
viennent, avec de bonnes intentions,
auprès du bodhisattva
pour entendre la Voie de bouddha,
alors le bodhisattva,
d'un coeur serein
sans en chercher avantage,
leur prêchera le Dharma.
Des veuves et des vierges,
ainsi que des émasculés,
il ne deviendra intime !
Il ne se lie pas non plus d'amitié
avec les bouchers et les équarrisseurs,
les chasseurs et les pêcheurs,
ceux qui tuent des êtres vivants,
pour en tirer quelque jouissance.
Ceux qui font commerce de la beauté des femmes
et gens de cet acabit,
qu'il n'en fréquente aucun!
Les lutteurs dangereux,
les divers bateleurs et baladins,
les femmes lascives,
qu'il se garde bien de les fréquenter!
Qu'il n'aille pas, seul dans une pièce isolée,
prêcher le Dharma à une femme.
Quand il lui exposera le Dharma,
il ne devra pas rire ou badiner.
Pour entrer dans un village mendier la nourriture,
il prendra avec lui un autre bhiksu;
s'il n'y a pas de bhiksu,
il invoquera de tout coeur le Bouddha.
Voilà en quoi consiste
la sphère des pratiques et la sphère des proximités.
Grâce à cette double activité,
il pourra prêcher en toute commodité.
En outre il ne pratiquera pas
les méthodes en tant que supérieure, moyenne, inférieure,
ni sur les phénomènes en tant que conditionnés
ou inconditionnés,
réels ou irréels,
pas plus qu'il ne fera de distinction
entre homme et femme;
il ne tiendra pas compte des entités,
n'en prendra pas connaissance, ne les percevra pas;
voilà en quoi consiste
la sphère des pratiques du bodhisattva.
L'ensemble des phénomènes
est non-substantiel, dépourvu d'existence,
dépourvu de stabilité perdurable,
Ils ne connaissent ni production ni destruction;
voilà en quoi consiste, pour les sages,
la sphère des des proximités.
C'est à cause des notions erronées que l'on distingue
les entités en existantes et inexistantes,
en réelles et irréelles,
en produites et non produites.
Dans un endroit désert,
il s'exercera à contenir sa pensée,
demeurant ferme et immuable
à l'instar du mont Sumeru.
Il considérera l'ensemble des entités
en tant qu'inexistantes en leur totalité,
tout comme l'espace,
dépourvues de substance,
ne se produisant ni n'émergeant,
sans mouvement ni régression,
demeurant constamment en un unique aspect;
voilà en quoi consiste la sphère des proximités.
Si un bhiksu,
après mon parinirvana,
s'engage dans la sphère des pratiques
ainsi que dans la sphère des proximités,
lorsqu'il exposera ce Sutra,
il n'aura nul fléchissement.
Le bodhisattva, au moment opportun,
entrera dans une pièce tranquille
et, en correctes commémoration et vigilance,
considérera les entités conformément à leur
sens.
Emergeant de sa samadhi,
il ira vers les rois,
les princes, les ministres, le peuple,
les brahmanes,
et leur dévoilera, exposera,
prêchera ce Sutra:
sa pensée sera sereine
et ne connaîtra nul fléchissement.
Manjushri,
voilà en quoi consiste, pour un bodhisattva,
la ferme demeure dans la première méthode
afin de pouvoir, dans un âge ultérieur,
prêcher le Sutra du Lotus du Dharma.
Et encore,
Manjushri,
qui voudra, après le parinirvana
de l'Ainsi-Venu, dans la période de la fin
du Dharma, prêcher ce Sutra, devra s'en tenir à
la pratique paisible. Soit qu'il l'expose oralement, soit qu'il lise
le texte, il ne se complaira pas à dénoncer les fautes
des hommes ou des sutra, ni à traiter à la légère
les autres maîtres du Dharma; il ne dissertera pas sur les qualités
et les défauts, les points forts ou faibles d'autrui. En ce qui
concerne les auditeurs-shravakas,
il ne mentionnera pas leur nom pour parler de leurs erreurs et défauts,
pas plus qu'il ne mentionnera leur nom pour faire l'éloge de
leurs vertus. Il ne concevra pas non plus de pensée de rancoeur.
Parce qu'il se sera bien exercé à une telle pensée
de tolérance, ceux qui l'écouteront n'iront pas contre
ses intentions. S'il y a des objections, il n'y répondra pas
par des enseignements du Hinayana,
mais les résoudra uniquement par le Mahayana
afin de permettre l'obtention de la sagesse portant sur tous les dharma.
Alors le
Vénéré du monde, voulant réitérer
cette idée, s'exprima en stances :
Constamment
le bodhisattva se plaira
à prêcher sereinement le Dharma :
sur un terrain pur
il installera son siège,
il enduira son corps d'huile
se lavera de toute saleté,
mettra des habits neufs et propres:
purifié à l'intérieur comme à l'extérieur,
il prendra commodément place sur le siège du Dharma
et prêchera selon les questions qu'on lui posera.
S'il se trouve des bhiksu
ainsi que des bhiksuni,
des upasaka
ainsi que des upasika,
des rois et des princes,
des ministres, seigneurs, hommes du commun,
il prêchera pour eux avec subtilité
et d'un visage conciliant.
S'il y a des objections,
il y répondra selon leur sens.
Par comparaisons et paraboles,
il développera les distinctions
et grâce à ces expédients salvifiques,
il permettra à tous de progresser.
Augmentant graduellement ses bienfaits,
il les fera entrer dans la Voie de bouddha.
Il éliminera la paresse mentale
et les sentiments d'inertie,
supprimera les affres passionnelles
et, d'un coeur compatissant, prêchera le Dharma.
Jour et nuit, constamment, il prêchera
la doctrine de l'insurpassable Dharma.
Par des comparaisons
et d'innombrables paraboles,
il la révélera aux êtres
et les mettra tous en liesse.
Vêtements, literie,
boissons, mets, remèdes,
au milieu de tout cela,
il ne cherchera pas à en tirer avantage;
mais fixant de tout coeur son attention
sur les raisons de prêcher le Dharma,
il souhaitera réaliser la Voie de bouddha
et le permettre également aux êtres.
Voilà ce que seront ses grands profits (kudoku)
et les offrandes de la pratique paisible.
Après mon parinirvana,
s'il se trouve un moine
capable d'exposer ce
Sutra du Lotus du Dharma merveilleux,
son coeur sera sans jalousie ni courroux,
libre des obstacles passionnels,
sans non plus affres ni tourments.
Il ne sera humilié par personne.
Pour lui, nulle peur
de l'assaut des sabres ou bâtons;
pour lui, il n'y a pas d'exil,
car il demeure sereinement dans la patience.
Ainsi le sage
exerce-t-il bien sa pensée
et peut s'en tenir à la pratique paisible,
comme je viens de l'exposer.
Les mérites d'un tel homme,
dût-on pendant des millions de myriades de kalpa
les énumérer et les comparer,
on ne saurait les exposer jusqu'au bout.
Et encore,
Manjushri,
qu'un bodhisattva-mahasattva dans les âges
de la fin, lorsque le Dharma sera sur le point de disparaître,
recueille et garde, lise et récite ce Sutra, c'est que
son coeur ne renfermera ni jalousie ni flagornerie. Il n'ira pas mépriser
ou insulter les apprentis dans la Voie de bouddha, ni rechercher leurs
mérites ou leurs défauts. Si des bhiksu
ou des bhiksuni, des upasaka
et upasika sont en quête de l'état
d'auditeur-shravaka, en quête
de l'état de pratyekabuddha,
en quête de la voie du bodhisattva,
en aucun cas il ne les tourmentera, ni ne les fera douter en leur tenant
des propos de ce genre: "Vous êtes fort loin de la Voie et
ne pourrez finalement jamais obtenir la la parfaite prajna.
Pourquoi cela? C'est que vous êtes des gens dissipés, paresseux
dans la Voie."
De même,
il ne devra pas se livrer à des discussions oiseuses sur les
dharma ni en débattre, mais il concevra, à l'égard
de l'ensemble des êtres, un grand sentiment de compassion; à
l'égard des Ainsi-Venus, l'affection due à un père
bienveillant; à l'égard des bodhisattvas, les sentiments
dus à de grands maîtres. À l'égard des grands
bodhisattva des dix directions,
il aura constamment un profond esprit de respect et de révérence.
Il prêchera le Dharma en pleine équanimité à
l'ensemble des êtres. Parce qu'il se conformera au Dharma, il
n'y rajoutera ni n'en retranchera, et même à ceux qui aiment
profondément le Dharma, il ne le leur prêchera pas en excès.
Manjushri,
le bodhisattva-mahasattva qui, dans les âges de la fin, lorsque
le Dharma sera sur le point de disparaître, aura mené à
son accomplissement la troisième pratique paisible,
ne pourra, quand il prêchera le Dharma, être troublé.
Il gagnera de bons compagnons d'étude avec qui lire et réciter
ce Sutra, et aura également de grandes foules pour venir
l'écouter. L'ayant écouté, elles pourront le garder;
l'ayant gardé, elles pourront le réciter; l'ayant récité,
elles pourront l'exposer; l'ayant exposé, elles pourront le copier,
ou bien le faire copier et faire offrande aux volumes, leur rendre hommage,
les vénérer et en faire l'éloge.
Alors le
Vénéré du monde, voulant réitérer
cette idée, s'exprima en stances :
Qui veut
exposer ce Sutra,
devra renoncer à jalousie, courroux, orgueil,
à toute pensée de flagornerie et de duperie.
Il s'exercera constamment à la pratique simple et droite,
il ne méprisera pas autrui,
ne tiendra pas non plus d'oiseuses discussions sur les dharma
ne mènera pas autrui au doute et au regret
en disant: "Tu n'obtiendras jamais l'état de bouddha";
Ce fils de bouddha prêchera le Dharma
avec une douceur et une patience constantes.
Compatissant pour tous,
il ne concevra nulle pensée de paresse.
Envers les grands bodhisattvas des dix directions,
qui pratiquent la Voie par compassion pour les êtres,
il devra concevoir une pensée de respect:
"Ceux-ci sont mes grands maîtres."
Pour les bouddhas Vénérés du monde,
il concevra les sentiments dus à un père supérieurement
honoré.
Il brisera l'esprit d'orgueil
et prêchera sans obstacle le Dharma.
Telle est la troisième méthode
que le sage devra observer;
unifiant son esprit sur la pratique paisible,
il sera respecté d'innombrables multitudes.
Et encore,
Manjushri,
le bodhisattva-mahasattva, qui, dans les âges de la fin, lorsque
le Dharma sera sur le point de disparaître, préservera
ce Sutra du Lotus du Dharma, devra concevoir un grand esprit
de compassion à l'égard de ceux qui restent dans leur
famille comme de ceux qui l'auront quittée
;
il se fera cette réflexion: de telles gens vivent une grande
perte; alors que l'Ainsi-Venu, par ses expédients salvifiques,
prêche le Dharma selon les dispositions de chacun, ils ne l'entendent
pas, ne la connaissent pas, ne la perçoivent pas, n'interrogent
pas à son propos, ne la croient pas, ne la comprennent pas. Même
si ces gens ne posent pas de questions sur ce Sutra, ne le
croient pas, ne le comprennent pas, lorsque j'aurai obtenu l'Éveil
complet et parfait sans supérieur, en quelque terre que ce
soit, grâce à la force de mes pouvoirs
mystiques et à la force de ma sagesse, je les attirerai et
les ferai demeurer dans cet enseignement.
Manjushri,
le bodhisattva-mahasattva, qui aura, après le parinirvana
de l'Ainsi-Venu, mené à son accomplissement cette quatrième
méthode, ne connaîtra pas l'échec lorsqu'il exposera
cet enseignement. Il recevra constamment l'offrande, l'hommage, la vénération,
la louange des bhiksu et des bhiksuni,
des upasaka et upasika,
des rois, des princes, des ministres, du peuple, des brahmanes, des
maîtres de maison et d'autres encore. Les dieux de l'espace seront
en permanence à sa suite afin d'écouter le Dharma; qu'il
réside dans un village ou une ville, dans un lieu désert
ou dans une forêt, si quelqu'un vient à lui dans le désir
de soumettre questions et objections, toujours les dieux, pour l'amour
du Dharma, lui feront escorte, et il pourra remplir de liesse tous ceux
qui l'écouteront. Pourquoi cela? C'est que ce Sutra
est protégé par les pouvoirs
mystiques de tous les bouddhas du passé, du futur et du présent.
Manjushri,
en d'innombrables royaumes, on ne peut pas même entendre le titre
de ce Sutra du Lotus du Dharma; à plus forte raison,
pour ce qui est de le voir, de le recevoir, de le garder, de le lire
ou de le réciter.
Manjushri,
il en est comme par exemple d'un saint roi
qui fait tourner la roue du Dharma, de grande puissance, qui désire
soumettre les royaumes à son autorité : les rois mandalins
n'obéissent pas à son ordre; le roi qui fait tourner la
roue du Dharmai lève alors toutes sortes d'armées et s'en
va les mater. Le roi considère ses armées: il se réjouit
grandement de ceux qui ont montré de la bravoure au combat et
les récompense selon leurs mérites, soit par des dons
de champs et de domaines, de villages ou de villes, soit par des dons
de vêtements ou de parures corporelles, soit par des dons de diverses
sortes de matières rares et précieuses d'or, d'argent,
de béryl, de nacre, d'agate, de corail et d'ambre, ou avec des
éléphants, des chevaux, des chars, des esclaves, des populations.
Mais seule le joyau limpide qui est dans sa coiffure, il ne le leur
donnera point. Pourquoi cela? Ce n'est que sur le chef d'un roi que
se trouve ce joyau unique; s'il le donnait, toute sa suite en serait
à coup sûr grandement étonnée et intriguée
.
Manjushri,
il en va de même pour l'Ainsi-Venu: il a gagné, grâce
à la force de sa concentration (samadhi)
et de sa prajna, un royaume du Dharma
et règne sur les trois mondes.
Or les rois-mara démoniaques
ne consentent pas à se soumettre; les sages et les saints, qui
sont les généraux de l'Ainsi-Venu, engagent le combat
avec eux. De ceux qui ont bien mérité, il est fort content
en son coeur : au milieu des quatre
congrégations, il leur prêche les sutra et leur met
le coeur en allégresse; il leur fait don de concentrations (dhyana),
de délivrances, de racines
et de forces sans infections, de la richesse des diverses méthodes.
En outre, il leur fait don de la cité du nirvana
et leur dit qu'ils obtiendront de passer en parinirvana;
il guide ainsi leurs pensées à tous vers une grande allégresse,
et cependant, il ne leur prêche pas ce Sutra du Lotus du Dharma.
Manjushri,
de même que le roi qui fait tourner
la roue du Dharma, voyant parmi ses armées ceux qui sont
de grand mérite, se réjouit en son coeur et que de ce
joyau inconcevable, posé de longue date dans sa coiffure, qu'il
ne donne pas inconsidérément, il fait à présent
don, ainsi en est-il pour l'Ainsi-Venu. Il est le grand roi du Dharma
dans les trois mondes, il enseigne et convertit par son Dharma l'ensemble
des êtres. Voyant l'armée des sages et des saints combattre
contre les démons-mara des cinq
agrégats,
contre les démons-mara des passions,
contre les démons-mara de la mort
et s'y distinguer par de grands mérites, détruire les
trois poisons, sortir des trois
mondes, briser les filets de Mara,
l'Ainsi-Venu à ce moment se réjouit grandement lui aussi:
ce Sutra du Lotus du Dharma, capable de faire accéder
l'ensemble des êtres à l'omniscience, qui a de nombreux
ennemis dans l'ensemble des mondes, qui est difficilement croyable,
qu'il n'avait jamais exposé auparavant, il le leur prêche
à présent.
Manjushri,
ce Sutra du Lotus du Dharma est la prédication suprême
des Ainsi-Venus; c'est la plus profonde des diverses prédications
et il est donc donné en dernier lieu, comme ce souverain
puissant qui a longtemps gardé son joyau limpide
et en fait don à
présent. Manjushri,
ce Sutra du Lotus du Dharma est le réceptacle des
secrets des bouddhas Ainsi-Venus, le plus haut des sutra; au cours
de la
longue nuit des
siècles, ils l'ont sauvegardé sans l'exposer inconsidérément.
Aujourd'hui enfin il vous est dévoilé.
Alors le
Vénéré du monde, voulant réitérer
cette idée, s'exprima en stances :
Qui pratique
constamment la patience,
qui est plein de compassion pour tous,
peut exposer
le Sutra admiré des bouddhas.
Dans les âges de la fin,
celui qui gardera ce Sutra,
pour ceux qui restent dans la famille ou qui ont quitté la famille,
comme pour ceux qui ne sont pas bodhisattva,
devra concevoir de la compassion :
«Ceux-là n'entendent pas
ou ne croient pas ce Sutra,
grande est leur perte;
si j'obtiens la Voie de bouddha,
grâce aux expédients salvifiques,
je prêcherai pour eux ce Dharma
et ferai en sorte qu'ils y demeurent.»
De même que, par exemple, un puissant
roi qui fait tourner la roue du Dharma,
quand ses armées se sont distinguées au combat,
les récompense de présents :
éléphants, chevaux, chars,
parures corporelles,
et encore champs et domaines,
villages et villes,
ou bien leur donne des vêtements,
toutes sortes de rares joyaux,
esclaves et richesses,
faisant ces dons avec joie.
S'il se trouve un combattant
capable d'exploits difficiles,
le roi défait de sa coiffure
le joyau limpide et le lui donne.
Il en va de même du Bouddha,
le roi des enseignements,
qui possède la grande puissance de la patience,
qui possède le trésor abondant de la sagesse,
par sa grande compassion,
il convertit le monde, conformément au Dharma.
Voyant tous les hommes
subir les affres des passions,
aspirer à la délivrance
et livrer combat aux démons,
à l'intention de ces êtres,
il prêche divers sutra;
usant de grands expédients salvifiques,
Dès qu'il constate que les êtres
en ont bien acquis la force,
en dernier lieu il leur expose
ce Lotus du Dharma,
de même que le roi Balachakravartin
défait de sa coiffure
le joyau limpide pour en faire don.
Ce Sutra est vénérable
au-dessus de la multitude des sutra,
je l'ai toujours sauvegardé
et ne le révèle pas inconsidérément.
C'est à présent le bon moment
pour vous le prêcher.
Après mon parinirvana,
ceux qui seront en quête de la Voie de bouddha
et désireront pouvoir, dans la sérénité,
exposer ce Sutra
devront acquérir personnellement
ces quatre méthodes telles qu'elles sont.
Celui qui lira ce Sutra
n'aura plus jamais affres ni chagrin,
et ne connaîtra plus les maladies;
Il aura le teint clair et frais;
il ne naîtra point misérable,
sans volonté ou d'apparence repoussante.
Les êtres voudront le rencontrer
avec la ferveur due à des sages ou des saints.
Les enfants des deva
seront à son service.
Sabres et bâtons ne pourront rien contre lui,
le poison sera incapable de lui porter atteinte.
Si des gens l'insultent,
leur bouche se fermera aussitôt.
Il sera sans crainte dans ses pérégrinations,
à l'instar du roi des lions.
Sa sagesse resplendira dans le monde
à l'instar de l'éclat du soleil.
Dans ses rêves,
il ne verra que des choses sublimes;
il aura la vision d'Ainsi-Venus
assis sur le trône de lion,
prêchant le Dharma, entourés
d'une multitude de bhiksu;
il verra encore dragons et divinités terrestres,
asura et autres,
nombreux comme les sables du Gange,
les paumes jointes en révérence,
et il se verra lui-même
en train de leur prêcher le Dharma.
Il verra encore les bouddhas,
avec leurs marques corporelles et leur couleur d'or,
émettre une lumière incommensurable
illuminant toutes choses
et, de leur voix brahmique,
exposer les enseignements.
Aux quatre congrégations
l'Éveillé
exposera l'insurpassable Dharma
et il se verra lui-même parmi elles,
louant, les paumes jointes, l'Éveillé,
écoutant en liesse le Dharma
et lui faisant offrande.
Il maîtrisera les mantra-dharani
et attestera la sagesse sans régression.
L'Éveillé saura que sa pensée
est profondément entrée dans la Voie de bouddha
et lui conférera la prédiction
de la réalisation de l'Éveil
correct sans supérieur:
"Fils de foi sincère (kulaputra),
dans un âge à venir,
tu obtiendras la sagesse incommensurable,
la grande Voie de bouddha;
ton royaume sera orné et pur,
vaste au-delà de toute comparaison,
et les quatre congrégations seront là également
pour écouter, les paumes jointes, le Dharma."
Il se verra encore lui-même
résidant dans les montagnes et les forêts
et s'exerçant aux bonnes méthodes,
attestant les aspects réels,
entré profondément en samadhi
et ayant la vision des bouddhas des dix directions.
Les bouddhas au corps de couleur d'or,
parés des marques de cent mérites,
l'audition du Dharma, sa prédication à autrui,
tels seront les bons rêves qu'il aura constamment.
Il rêvera encore qu'il devient roi,
qu'il renonce à son palais et à sa suite,
ainsi qu'aux cinq désirs
les plus subtils,
qu'il se rend sur le lieu de la Voie,
que, sous l'arbre bodhi,
il prend place sur le siège de lion,
qu'il recherche la Voie pendant plus de sept jours,
obtient la sagesse des bouddhas
et, ayant réalisé la Voie insurpassable,
se lève et met en branle la roue du Dharma,
la prêchant aux quatre congrégations
durant des dizaines de millions de myriades de kalpa;
qu'il prêche le Dharma merveilleux sans infection,
qu'il sauve des êtres innombrables,
qu'il entrera finalement dans le nirvana,
de même qu'une fumée s'épuise, qu'une lampe s'éteint.
Si, dans les mauvais âges ultérieurs,
quelqu'un expose ce Dharma suprême,
celui-là obtiendra de grands bénéfices (kudoku),
des mérites comme on vient de le dire.
SUITE (chapitre XV)
(Références)