| Deuxième
partie
A dater de
ce moment-là, [lorsque fut enseigné le Sutra du Lotus]
les grands bodhisattvas, aussi bien que Bonten,
Taishaku, les divinités
du Soleil et de la Lune
et les Quatre Rois du Ciel, devinrent
les disciples du Bouddha Shakyamuni. Ainsi, dans le chapitre
Hoto (réf),
le Bouddha traite ces grands bodhisattvas comme ses disciples, les apostrophant
en ces termes: "Je le demande à la Grande
assemblée: après mon trépas, qui protégera
et transmettra, lira et récitera ce Sutra? Maintenant, en présence
du Bouddha, qu'il s'avance et s'y engage en prêtant serment!"
C'est d'une manière aussi directe qu'il s'adressa à eux.
Et les grands bodhisattvas à leur tour réagirent, selon
les mots du Sutra, "comme les branches d'un arbuste sous le souffle
d'un vent fort." Comme les herbes kusha
qui plient par grand vent, ou comme des rivières et des ruisseaux
entraînés vers le grand océan, ils eurent le désir
de suivre le Bouddha.
Mais le Bouddha n'avait entrepris d'enseigner [le Sutra du Lotus]
au Pic du Vautour que depuis peu
de temps, et ses propos semblaient à ses auditeurs-shravakas
comme sortis d'un rêve et irréels. L'apparition de la Tour
aux Trésors eut d'abord pour fonction de confirmer la véracité
de l'enseignement théorique
[dans la première partie du Sutra du Lotus]; ensuite,
de préparer la voie à la révélation de l'enseignement
essentiel. Les bouddhas des
Dix directions se rassemblèrent, et le Bouddha Shakyamuni annonça
qu'ils étaient tous des parcelles de son Corps fractionné.
La Tour aux Trésors resta suspendue dans les airs,
avec à l'intérieur Shakyamuni et Taho
assis côte à côte, comme la lune et le soleil apparaissant
ensemble dans un ciel bleu. La grande Assemblée des êtres
humains et célestes
emplissait le ciel comme autant d'étoiles, et les bouddhas, émanations
du Bouddha Shakyamuni, étaient sur le sol, assis sur leurs trônes
de rois-lions (note)
sous des arbres précieux.
Dans le monde du Trésor du lotus que décrit le Sutra
Kegon, les bouddhas, sous l'aspect de leur Corps
de sagesse, séjournent tous sur leur terre respective. Les
bouddhas des autres mondes ne viennent pas dans ce monde-ci, en tant qu'émanations
de Shakyamuni, comme c'est le cas dans le Sutra du Lotus, et
les bouddhas de ce monde-ci ne vont pas non plus dans les autres mondes.
Seuls Hoe et les autres des quatre bodhisattva (note)
vont et viennent de leur monde au nôtre.
Quant aux Neuf Honorés sur
les huit pétales du lotus et aux Trente-Sept Honorés,
décrits dans les sutras Vairocana
et Sutra du Diamant,
même si on les présente comme des incarnations du bouddha
Vairocana, ils n'ont pas
les caractéristiques d'un véritable bouddha intégralement
doté des Trois Propriétés.
Les mille bouddha décrits dans le Sutra
Daibon hannya et les bouddhas des six directions représentés dans le Sutra
Amida ne se sont jamais assemblés en ce monde, comme le
firent les émanations du Bouddha dans le Sutra
du Lotus. [D'autre part,] les bouddhas dont le Sutra
Daijuku
décrit l'Assemblée en ce monde n'étaient pas des
émanations de Shakyamuni. Pareillement, les bouddhas des quatre
directions dépeints dans le sutra Konkomyo
n'incarnent qu'eux-mêmes (note).
Par conséquent dans les sutras autres que le Sutra du Lotus,
Shakyamuni n'a pas rassemblé des bouddhas qui accomplissent différentes
austérités et pratiques et qui possèdent les Trois
corps d'un véritable bouddha, pas plus qu'il ne les a présentés
comme des émanations de lui-même. [Il le fait seulement dans
le chapitre Hoto (réf)
du Sutra du Lotus.] Ce chapitre constitue une introduction au
chapitre Juryo (réf)
qui vient plus loin. Le Bouddha
Shakyamuni, dont on croyait qu'il avait atteint pour la première
fois l'Eveil seulement une quarantaine d'années plus tôt,
rassemble les bouddhas ayant atteint l'Eveil dans un passé
illimité, un ou même dix kalpa
plus tôt, et déclare qu'ils sont des émanations de
lui-même. Cela diffère radicalement des enseignements habituels
du Bouddha sur l'égalité de tous les bouddhas, et de fait,
cela suscite un grand étonnement. Si Shakyamuni avait atteint pour
la première fois l'Eveil seulement quarante ans auparavant, il
semblait peu probable qu'un aussi grand nombre de disciples, dans les
Dix directions, aient pu recevoir ses enseignements. Et même s'il
avait eu le pouvoir de posséder des émanations, dans quel
but les rendait-il ainsi manifestes? Zhiyi
commente ainsi l'étonnement de l'assemblée: "Lorsqu'ils
virent d'aussi nombreuses émanations, il devint évident
pour eux que le Bouddha Shakyamuni avait dû atteindre l'Eveil dans
un passé illimité."
De plus, une multitude de grands bodhisattvas
de la Terre apparut, sortant du sol. Même Fugen
et Manjushri, les principaux
disciples de Shakyamuni, ne pouvaient soutenir la comparaison avec eux.
Les grands bodhisattvas des assemblées décrites dans les
sutras Kegon, Hodo
et Hannya, et dans le chapitre Hoto (réf)
du Sutra du Lotus, Kongosatta
et les autres seize grands bodhisattvas du Sutra
Vairocana ressemblaient à une bande de singes, auprès
de ces bodhisattvas nouvellement arrivés, resplendissants comme
Taishaku. Ce fut comme si des
nobles de la cour étaient venus se mêler à des montagnards
incultes. Et même Maitreya,
qui devait devenir le prochain bouddha après Shakyamuni, fut stupéfait
de leur apparition, pour ne rien dire des personnages moindres de l'Assemblée.
Parmi ces innombrables grands bodhisattvas se trouvaient quatre grands
sages appelés Jogyo, Muhengyo,
Jyogyo et Anryugyo.
Les autres bodhisattvas, présents dans
les airs ou assis au Pic du Vautour, n'auraient pas eu l'audace de
les regarder en face ni de prétendre les égaler même
en pensée. Devant ces quatre personnages, même les quatre
bodhisattva du Sutra Kegon,
les quatre bodhisattva du Sutra
Vairocana (note)
ou les seize grands bodhisattvas du Sutra
Kongocho (note) étaient
comme des hommes éblouis s'efforçant de fixer le soleil,
ou comme de simples pêcheurs en présence de l'empereur. Ils
ressemblaient à Tai-gong Wang
et aux trois autres des quatre sages de la Chine antique, que leurs
qualités plaçaient très au-dessus de la multitude.
Ils étaient comparables aux quatre
ermites aux cheveux blancs du mont Shang
qui conseillèrent l'empereur Hui Di
de la dynastie Han. C'étaient des
êtres majestueux, pleins de dignité, de grandeur et de noblesse.
Après le Bouddha Shakyamuni, le bouddha Taho,
et les émanations du Bouddha Shakyamuni des Dix directions, ils
étaient les meilleurs amis bouddhiques
de tous les êtres humains.
Le bodhisattva Maitreya se dit
alors: "Depuis l'époque où le Bouddha Shakyamuni était
prince héritier et pendant les quarante-deux ans qui se sont écoulés
depuis son Eveil à l'âge
de trente ans, jusqu'à ce rassemblement au Pic du Vautour, j'ai
connu tous les bodhisattvas de ce monde et tous les grands bodhisattvas
(mahasattva) venus des mondes des Dix directions
pour participer à cette Assemblée. De plus, j'ai visité
toutes les terres pures et impures des Dix directions, parfois comme envoyé
du Bouddha, parfois de ma propre initiative, et j'ai fait connaissance
avec tous les grands bodhisattvas de ces diverses terres. [Alors qui sont
ces grands bodhisattvas Surgis de Terre et] quelle sorte de bouddha est
leur maître? Il doit sûrement s'agir d'un bouddha qui surpasse
même Shakyamuni, Taho et les émanations
des Dix directions! A la violence de la pluie, on devine la grandeur du
dragon qui l'a fait tomber, et à la taille de la fleur du lotus,
on imagine la profondeur de l'étang dans lequel elle a poussé.
Alors, de quelle terre sont venus ces grands bodhisattvas, quel bouddha
les a instruits, et quel grand Dharma pratiquent-ils?"
C'est ainsi que s'interrogeait Maitreya,
stupéfait au point de ne plus pouvoir articuler un son. Mais, peut-être
grâce au pouvoir du Bouddha, il parvint finalement à formuler
ses doutes: "Une multitude innombrable, des milliers de myriades
de millions de bodhisattva tels qu'on n'en a jamais vus par le passé...
Une si grande multitude de bodhisattva s'avançant majestueusement,
vigoureusement... Qui leur a enseigné le Dharma, qui les a instruits
pour les mener à leur état présent? De quel maître
ont-ils été les disciples lorsqu'ils se sont tournés
vers la Voie? Des enseignements de quel Bouddha font-ils l'éloge?...
Honoré du monde, jamais par le passé je n'ai vu personne
qui leur ressemble! Je vous supplie de nous expliquer d'où ils
viennent, de nous dire quel est le nom de leur terre. Bien que je visite
sans cesse d'autres mondes, jamais je n'ai rien vu de pareil! Dans toute
cette multitude, je ne reconnais pas une seule personne. Brusquement,
ils sont surgis de Terre - Je vous supplie d'en expliquer la raison!"(réf)
Zhiyi dit à ce propos: "Depuis
l'époque où, juste après son Eveil, Shakyamuni enseigna
le Sutra Kegon, jusqu'au
rassemblement au Pic du Vautour, des bodhisattvas étaient constamment
venus des Dix directions pour rejoindre l'Assemblée. Ils étaient
en nombre illimité, mais Maitreya,
avec la sagesse et le pouvoir propres à celui qui devait succéder
au Bouddha, les avait vus et les connaissait tous. Pourtant, parmi cette
multitude de nouveaux arrivants, il ne reconnaissait personne - et ceci
en dépit du fait qu'il avait voyagé dans les Dix directions,
servi divers bouddhas, et qu'il était bien connu parmi la multitude."(réf)
Zhanlan commente: "Les hommes
sages savent reconnaître les présages et ce qu'ils annoncent,
de même que les serpents connaissent les mœurs des serpents."(réf)
Le sens de ces passages et commentaires est parfaitement clair. En effet,
depuis l'Eveil de Shakyamuni jusqu'à l'assemblée du Pic
du Vautour, dans toutes les terres des Dix directions, personne n'avait
jamais vu ou entendu parler d'êtres semblables à ces bodhisattvas
Surgis de Terre.
Pour dissiper les doutes de Maitreya, le
Bouddha répondit: "Ajita"...
Ces personnes que ni vous ni les autres n'avez jamais vues auparavant
sont des bodhisattvas que j'ai convertis et guidés après
avoir atteint l'Eveil suprême en ce monde
saha. J'ai convaincu leur cœur et éveillé chez
eux une aspiration profonde pour la Voie."(réf)
Il dit aussi : "Quand je me trouvais près de la ville de Gaya,
assis sous l'arbre bodhi, j'ai atteint
l'Eveil suprême et j'ai fait
tourner la roue du Dharma sans pareille.
Après quoi, je les ai instruits et ai fait naître pour la
première fois chez eux le désir d'atteindre l'Eveil. Et
désormais, tous sont parvenus aux stades d'où l'on ne peut
plus régresser... Je n'ai jamais cessé, depuis le passé
sans commencement, d'instruire et de guider cette multitude."
Mais ces paroles du Bouddha ne firent qu'amplifier la perplexité
de Maitreya et des autres grands bodhisattvas. Quand le Bouddha enseigna
le Sutra Kegon, Hoe
et d'innombrables grands bodhisattvas apparurent dans l'assemblée.
Maitreya et les autres se demandaient qui
ils étaient, mais lorsque le Bouddha leur dit: "Ce sont mes
amis bouddhiques", ils pensèrent que c'était possible.
Plus tard, lorsque le Bouddha enseigna le Sutra
Daijuku dans la Grande Chambre
aux trésors, et le Sutra
Daibon hannya au lac du Héron blanc,
de grands bodhisattvas apparurent dans l'assemblée et Maitreya
et les autres supposèrent qu'ils étaient, eux aussi, de
bons amis bouddhiques.
Mais ces nouveaux bodhisattva qui venaient de surgir de Terre, étaient
plus âgés et d'allure plus noble que les bodhisattvas précédents.
On aurait pu penser qu'il s'agissait des maîtres de Shakyamuni et
pourtant il "avait fait naître pour la première fois
chez eux le désir d'atteindre l'Eveil " et, dans leur jeunesse,
il les avait instruits comme ses disciples. Voilà ce que Maitreya
et les autres trouvaient si profondément étonnant.
Le prince Shotoku était
le fils du trente-deuxième souverain du Japon, l'empereur
Yomei. Alors qu'il avait six ans, des hommes
assez âgés arrivèrent au Japon, venant du royaume
de Paekche et de Koguryo et de Chine. Le jeune prince de six ans s'écria : "Ce sont
mes disciples!" et de leur côté ces personnages âgés
joignirent les mains en signe de respect et répondirent: "Vous
êtes notre maître!" Ce fut un phénomène
bien singulier.
On trouve un récit semblable dans un ouvrage non-bouddhique. Un
homme marchait le long d'une route lorsqu'il vit sur le bas-côté
un homme jeune, d'environ trente ans, battre un vieillard qui pouvait
en avoir quatre-vingts. Sommé de s'expliquer, le jeune homme répondit:
"Ce vieil homme est mon fils."
Toujours aussi perplexe, le bodhisattva Maitreya
dit : "Honoré du monde, quand vous étiez prince héritier,
vous avez quitté le palais des Shakya
pour vous asseoir sur le lieu de méditation, non loin de la cité
de Gaya, où vous avez atteint l'Eveil
suprême. Depuis, il ne s'est écoulé qu'une quarantaine
d'années. Dans un laps de temps aussi court, comment avez-vous
pu accomplir une œuvre de bouddha aussi considérable?"(réf)
Les divers bodhisattvas qui avaient assisté aux multiples assemblées
au cours des quarante et quelques années écoulées
depuis l'exposé du Sutra Kegon, avaient formulé
des doutes à chacune de ces assemblées. Le Bouddha avait
dissipé leurs doutes pour le bien de tous les êtres humains.
Mais ce doute [concernant les bodhisattvas Surgis de Terre] était
de tous le plus grand. Il était même encore plus fort que
le doute éprouvé par Daishogon
et les quatre-vingt mille autres
grands hommes décrits dans le Sutra Muryogi lorsque le
Bouddha, après avoir enseigné pendant une quarantaine d'années
qu'il fallait d'innombrables kalpa
pour atteindre l'Eveil, déclara que l'on pouvait y parvenir en
un temps très court.
Selon le Sutra Kammuryoju,
le roi Ajatashatru, abusé
par Devadatta, emprisonna son
père et s'apprêtait à tuer sa mère, la dame
Vaidehi. Cependant, dissuadé
de le faire par le médecin Jivaka
et par le ministre de la cour, Chandraprabha,
il lui laissa la vie sauve. Sa mère eut alors un entretien avec
le Bouddha. La première question qu'elle lui posa fut: "Quelle
faute ai-je commise par le passé pour avoir donné le jour
à un fils aussi mauvais? Et, Honoré du monde, quelle cause
vous a conduit à être parent d'une personne aussi mauvaise
que votre cousin Devadatta?" Des deux
questions posées ici, la seconde est la plus importante. Pourquoi
le Bouddha a-t-il des liens de parenté [avec une personne mauvaise
comme Devadatta]? On dit qu'un roi qui fait tourner la roue ne naît
jamais en ce monde avec ses ennemis, de même que Taishaku
ne peut jamais se retrouver en compagnie de mauvais génies. Le
Bouddha se comportait avec une grande bienveillance depuis d'innombrables
kalpa. Mais, le fait qu'il ait été
lié à un grand malfaiteur [comme Devadatta]
conduisait à se demander s'il était réellement Bouddha.
Le Bouddha ne répondit cependant pas à la question [de dame
Vaidehi]. Et, si l'on se contente de lire
le Sutra Kammuryoju
sans étudier le chapitre Devadatta
(réf)
du Sutra du Lotus, la question reste sans réponse. (note)
Dans le Sutra du Nirvana,
le bodhisattva Kasho Doji posa
trente-six questions au Bouddha, mais elles ne sont pas du tout de la
même importance que la question concernant les bodhisattvas Surgis
de Terre. Si le Bouddha n'avait pas su dissiper les doutes à ce
sujet, les enseignements sacrés
de toute sa vie n'auraient été en définitive que
de l'écume sur de l'eau, et tous les êtres humains seraient
restés prisonniers des filets du doute. C'est pourquoi il était
si important qu'il enseigne le chapitre Juryo
(réf).
Par la suite, en enseignant le chapitre Juryo
(réf),
le Bouddha déclara: "Tous les dieux, hommes et
asura de ce monde croient que, après avoir quitté le
palais des Shakya, Shakyamuni s'assit à
l'endroit de la révélation non loin de la ville de Gaya
et atteignit là l'Eveil suprême." Ce passage exprime
ce que pensèrent tous les grands bodhisattvas, depuis le moment
où Shakyamuni atteignit l'Eveil jusqu'à ce qu'il enseigne
le chapitre Anrakugyo (réf)
du Sutra du Lotus. (note) "Pourtant, hommes de foi sincère, poursuivit le Bouddha, le
temps est sans limite ni borne - cent, mille, dix mille, cent mille, myriades
kalpa - depuis que j'ai en fait atteint la
boddhéité."
A trois reprises, dans le Sutra Kegon, le Bouddha dit: "Pour
la première fois, j'ai atteint l'Eveil [en Inde]." Dans le
Sutra Agama, il mentionne avoir "pour la première
fois atteint l'Eveil "; dans le Sutra Vimalakirti, il dit:
"Pour la première fois, le Bouddha s'est assis sous l'arbre";
dans le Sutra Daijuku,
il dit: "Seize ans se sont écoulés depuis que le Bouddha
atteignit pour la première fois l'Eveil "; dans le Sutra
Vairocana: "Il y a quelques années, je me suis assis
sur le lieu de la révélation"; dans le Sutra
Ninno, "vingt-neuf années depuis que j'ai atteint
l'Eveil"; dans le Sutra
Muryogi, "auparavant je me rendis sur le lieu de méditation";
et dans le chapitre Hoben (réf)
du Sutra du Lotus: "Quand je me suis assis pour la première
fois sur le lieu de la révélation." Mais cette seule
affirmation du chapitre Juryo (réf)
annule tout cela comme si ces
passages étaient de grands mensonges.
Lorsque le Bouddha Shakyamuni révéla qu'il avait atteint
l'Eveil dans le passé illimité et se trouvait "toujours
ici à enseigner le Dharma", il devint clair que tous les autres
bouddhas étaient des émanations de Shakyamuni. Dans les
sutras antérieurs et les chapitres
de l'enseignement théorique du Sutra du Lotus, les autres
bouddhas présents étaient dépeints comme pratiquant
diverses austérités et disciplines religieuses aux côtés
du Bouddha Shakyamuni. C'est pourquoi ceux qui considèrent l'un
ou l'autre de ces bouddhas comme objet de vénération commettent
la faute de rabaisser le Bouddha Shakyamuni. Il apparaît maintenant
clairement que le bouddha Vairocana
du Sutra Kegon ainsi
que les divers bouddhas des sutras Hodo,
Hannya et Vairocana sont tous, en fait, des disciples
du Bouddha Shakyamuni.
Quand Shakyamuni atteignit l'Eveil à l'âge de trente ans,
il s'appropria le monde saha qui avait appartenu
jusqu'alors à Bonten et au Démon
du Sixième Ciel. Dans les sutras antérieurs et dans
les chapitres de l'enseignement théorique du Sutra du Lotus,
il appelait les terres des Dix directions "des terres pures"
et parlait de ce monde-ci comme d'une "terre impure". Mais voilà
que dans le chapitre Juryo (réf)
il contredit cette appellation
en révélant que ce monde-ci est la véritable terre
alors que les prétendues terres pures des Dix directions sont en
réalité des terres impures, des terres seulement provisoires.
Puisque le Bouddha du chapitre Juryo (réf)
révèle qu'il
est le Bouddha éternel, il s'ensuit que les grands bodhisattvas
[tels que Manjshri et Maitreya,]
et les grands bodhisattvas des autres terres sont en fait des disciples
du Bouddha Shakyamuni. Si, parmi tous les sutras, ce chapitre Juryo
(réf)
venait à manquer, ce serait comme s'il n'y avait plus ni
soleil ni lune dans le ciel, plus de grand roi dans le pays, plus de joyaux
dans les montagnes et les rivières, et plus d'esprit dans l'homme.
Néanmoins, Cheng-guan, Jizang,
Ci-en, Kukai
et d'autres maîtres des écoles provisoires comme le Kegon
et le Shingon, pour faire l'éloge
des divers sutras sur lesquels sont basées leurs doctrines provisoires,
vont jusqu'à affirmer: "Le bouddha du Sutra
Kegon est le "bouddha du Corps
de la sagesse," alors que le bouddha du Sutra du Lotus
n'est que "le bouddha du Corps
manifesté."(réf)
Ou ils disent: "Le bouddha du chapitre Juryo (réf)
du Sutra du Lotus
est encore aux confins de l'obscurité tandis que le bouddha du
Sutra Vairocana
irradie la lumière de l'Eveil."(réf)
De même que les nuages obscurcissent la lune, des ministres calomniateurs
peuvent dissimuler la véritable vertu d'un homme. Une pierre jaune,
si on en fait l'éloge, peut être prise pour une pierre précieuse,
et des ministres flatteurs peuvent parfois passer pour des hommes vertueux.
Dans l'âge impur où nous vivons, ceux qui étudient
le bouddhisme sont troublés par les calomnies de ce genre de personnes,
et ils n'apprécient pas à sa juste valeur le joyau que représente
le chapitre Juryo (réf).
Même parmi les adeptes de l'école
Tendai, certains se sont à ce point égarés qu'ils
sont incapables de faire la différence entre de l'or [le Sutra
du Lotus] et de simples cailloux [les sutras antérieurs].
Il faut y réfléchir: si le Bouddha n'avait pas atteint l'Eveil
dans le passé illimité, il ne pourrait avoir qu'un petit
nombre de disciples. La lune n'est pas avare de son éclat, mais
sans l'eau [qui lui sert de miroir] on ne verrait pas son reflet. Même
si un bouddha a le plus grand désir de guider tous les hommes,
s'il n'établit pas de relations avec eux, il ne pourra traverser
les Huit époques de l'existence
d'un bouddha. Ainsi, par exemple, les auditeurs-shravakas
avaient atteint la première des dix
étapes de sécurité et la première des
dix étapes de développement,
mais parce qu'ils suivaient les enseignements antérieurs au Sutra
du Lotus et ne recherchaient que leurs propres perfectionnement et
salut, ils ne pouvaient espérer atteindre la boddhéité,
en manifestant les Huit époques de l'existence d'un bouddha que
dans quelque vie future.
Si le Bouddha Shakyamuni avait effectivement atteint l'Eveil pour la première
fois à l'âge de trente ans, [au moment où il enseigna
le Sutra du Lotus,] Bonten, Taishaku,
les divinités du Soleil et de la Lune et les Quatre Rois du ciel
qui règnent sur ce monde depuis des temps immémoriaux n'auraient
été ses disciples que depuis une quarantaine d'années.
Pendant les huit années où il exposa le Sutra du Lotus,
ses auditeurs-shravakas n'auraient pu accepter comme maître une
personne parvenue depuis si peu de temps à la sagesse suprême
et se seraient plutôt inclinés devant Bonten,
Taishaku et d'autres divinités qui,
depuis un passé lointain, gouvernaient ce monde.
Mais comme il est devenu évident que le Bouddha Shakyamuni atteignit
l'Eveil dans le passé illimité, il est certain que les bodhisattvas
Nikko et Gakko,
acolytes du bouddha Yakushi de
l'est, les bodhisattvas Kannon et
Seishi, acolytes du bouddha Amida
de l'ouest, ainsi que les disciples de tous les bouddhas des mondes des
Dix directions et les grands bodhisattvas, disciples du bouddha Vairocana
mentionnés dans les sutras
Vairocana et Kongocho,
tous sont les disciples du Bouddha Shakyamuni. Puisque les divers bouddhas
eux-mêmes sont des émanations du Bouddha Shakyamuni, leurs
disciples sont nécessairement eux aussi des disciples de Shakyamuni.
Et, à plus forte raison, les diverses divinités du soleil,
de la lune, et des étoiles, qui résident en ce monde depuis
des temps immémoriaux, doivent être, certainement, disciples
du Bouddha Shakyamuni.
Cependant, les écoles bouddhiques, à l'exception de l'école
Tendai, se sont trompées pour ce qui
est du véritable objet de vénération.
Les écoles Kusha, Jojitsu
et Ritsu prennent comme objet de
vénération le Bouddha Shakyamuni qui élimina les
illusions en pratiquant trente-quatre
sortes de purifications spirituelles.
On pourrait comparer cela à la situation d'un prince héritier
de la couronne qui se prendrait pour un fils de roturier. Les quatre écoles
Kegon, Shingon,
Sanron, et Hosso
sont toutes des écoles du Mahayana.
Parmi elles, les écoles Hosso et Sanron
vénèrent un bouddha sous l'aspect du Corps manifesté
supérieur (note).
C'est comme si un prince héritier, prétendant légitime
à la couronne, prenait son père pour un simple guerrier.
Les écoles Kegon et Shingon
rabaissent le Bouddha Shakyamuni et affirment que c'est le bouddha Mahavairochana
[Vairocana] qui doit être le véritable
objet de vénération. On peut comparer cela à un héritier
qui rabaisserait le souverain, son propre père, pour honorer une
personne qui n'est même pas de sa famille, seulement parce qu'il
se prétend le roi du Dharma.
L'école Jodo se considère
comme étroitement liée au bouddha Amida,
qui est une émanation de Shakyamuni, et rejette Shakyamuni lui-même.
L'école Zen se comporte comme un parvenu
de basse origine qui surestime ses propres qualités et méprise
son père et sa mère. Ainsi, l'école Zen
rejette à la fois le Bouddha et les sutras. Toutes ces écoles
se trompent en ce qui concerne le véritable objet de vénération.
Elles ressemblent aux personnes qui vivaient avant l'époque des
Trois Augustes de la Chine antique
sans même respecter leurs propres parents. En ce sens, les gens
de cette époque n'étaient pas différents des oiseaux
et des bêtes sauvages.
Les adeptes de ces écoles qui ignorent les enseignements du chapitre
Juryo (réf)
sont, eux aussi, comparables
à des bêtes sauvages. Ils ne comprennent pas à qui
ils sont redevables. C'est pourquoi Zhanlan
dit: "Parmi tous les enseignements exposés par le Bouddha
de son vivant, seul le chapitre Juryo (réf)
révèle la véritable
durée de la vie du Bouddha. Il est nécessaire de connaître
l'âge de son père et de sa mère. Si un fils ne connaît
même pas l'âge de son père, il ne saura pas non plus
sur quel royaume son père règne. Même avec certains
talents et des capacités, il n'est absolument pas digne du nom
de fils véritablement humain!"(réf)
Le Grand-maître Zhanlan vivait
à l'ère Tian-bao [742-755],
dans la dernière période de la dynastie
Tang. Il affirme qu'après avoir étudié
de manière complète et approfondie les écoles Sanron,
Kegon, Hosso
et Shingon ainsi que les sutras sur lesquels
elles s'appuient, si l'on ne reconnaît pas le Bouddha du chapitre
Juryo (réf),
l'on n'est rien de plus qu'un animal doté de talent et de capacités
mais qui ne sait même pas quel royaume son père gouverne.
Le passage: "même avec certains talents et des capacités"
se réfère à des hommes comme Fa-zang
et Cheng-guan de l'école Kegon
ou à Shan-wu-wei de l'école
Shingon. Ces maîtres possédaient
talent et capacités, mais ils étaient comparables à
des fils qui ne reconnaissent même pas leur propre père.
Le Grand-maître Saicho
fut le fondateur du bouddhisme ésotérique aussi bien que
du bouddhisme exotérique au Japon (note).
Dans son Hokke Shuku, il écrit: "Les sutras sur lesquels
sont basés les autres écoles expriment la qualité
maternelle du bouddha. Mais ils ne véhiculent que cette forme d'amour
et la rigueur paternelle leur fait défaut. Seule l'école
Tendai, basée sur le Sutra du
Lotus, allie l'amour et la rigueur. Le Sutra est un père
pour tous les hommes vertueux, les sages, ceux qui étudient et
ceux qui n'ont plus rien à étudier, ainsi que ceux qui ont
éveillé en eux-mêmes l'esprit du bodhisattva."
Les sutras qui forment la base des écoles Shingon
et Kegon ne contiennent même pas les
termes "ensemencement",
"maturation" et "récolte", encore moins les
principes [de l'ensemencement des graines de la boddhéité,
de la maturation de ces graines, et finalement de l'atteinte de la boddhéité]
auxquels ces termes se réfèrent. Lorsque les sutras des
écoles Kegon et Shingon
affirment qu'il suffit de croire en leur enseignement pour entrer dans
la première étape
de développement et atteindre
la boddhéité sans changer d'apparence, ils ne s'appuient
que sur les enseignements des sutras provisoires, enseignements qui voilent
le passé.
Espérer obtenir la récolte sans avoir auparavant planté
de graine, c'est avoir une attitude semblable à celle de l'eunuque
Zhao-gao qui s'empara du pouvoir
impérial en Chine ou du moine Dokyo qui voulut devenir empereur du Japon.
Les diverses écoles polémiquent, chacune prétendant
que son sutra contient les véritables graines de l'Eveil. Mon intention
n'est pas d'entrer dans cette querelle. Je laisse les sutras parler eux-mêmes.
Ainsi, le bodhisattva Vasubandhu,
se référant aux graines de l'Eveil plantées par le
Sutra du Lotus, les appelle "les graines sans pareilles".(réf)
Et ces graines de l'Eveil sont le principe d'ichinen
sanzen tel qu'il est défini par le Grand-maître Zhiyi.
La graine de l'Eveil de tous les bouddhas mentionnés dans le Sutra
Kegon, dans les divers autres sutras du Mahayana,
et dans le Sutra Vairocana, est l'unique principe d'ichinen
sanzen. Et le Grand-maître Zhiyi
fut la seule personne capable de percevoir la vérité de
ce principe. Cheng-guan de l'école
Kegon, s'empara du principe d'ichinen
sanzen qu'il utilisa pour interpréter le passage du Sutra
Kegon qui dit: "L'esprit est semblable à un peintre de
talent."
Le Sutra Vairocana de l'école Shingon
ne fait aucune allusion au fait que les personnes des Deux
véhicules peuvent atteindre la boddhéité et que
le Bouddha Shakyamuni atteignit l'Eveil dans le passé illimité,
ou encore au principe d'ichinen sanzen. Mais,
après son voyage en Chine, Shan-wou-wei
eut l'occasion de lire le Maka
Shikan de Zhiyi et en retira sagesse et compréhension.
Il s'appropria alors le principe d'ichinen sanzen,
l'utilisant pour interpréter les passages du Sutra Vairocana
sur "la réalité de l'esprit" ou celui qui dit
"Je [Vairocana] suis la source et le commencement de toutes choses",
pour en faire le cœur des enseignements Shingon
mais en y ajoutant la pratique des mudra
et des mantra-dharani. Et en comparant
les mérites respectifs du Sutra du Lotus et du Sutra
Vairocana, il déclara que si tous deux sont égaux d'un
point de vue théorique, le dernier est supérieur du point
de vue de la pratique. Les mandala
des deux mondes symbolisent l'atteinte de la boddhéité
par les personnes des Deux véhicules ainsi que l'implication
mutuelle des Dix mondes-états,
mais peut-on trouver ces principes où que ce soit dans le Sutra
Vairocana? Ceux qui l'affirment sont coupables de la plus grossière
tromperie!
C'est pourquoi le Grand-maître Saicho écrivit:
"L'école Shingon récemment
implantée au Japon, déforme les écrits sur lesquels
elle est fondée [pour justifier sa propre supériorité (note)] alors que l'école Kegon, introduite
antérieurement, dissimule le fait qu'elle a été influencée
par les principes de Zhiyi."(réf)
Supposez que quelqu'un se rende dans quelque contrée sauvage comme
l'île d'Ezo [dans le Hokkaido]
et récite le célèbre poème:
Je me souviens -
Pâle, pâle dans la brume du matin
Dans la baie d'Akashi,
De ce bateau qui disparaît dans le lointain
Au delà des îles.(réf)
S'il dit aux insulaires
ignorants d'Ezo qu'il est lui-même
l'auteur de ce poème, ils le croiront probablement. Les maîtres
bouddhistes de Chine et du Japon sont tout aussi crédules.
Le moine chinois de l'école Tiantai, Liang-xu,
écrivit: "Les doctrines du Shingon,
du Zen, du Kegon,
du Sanron... peuvent au mieux former une
sorte d'introduction au Sutra du Lotus." Shan-wou-wei
fut puni par Yama parce que son interprétation
était erronée [lorsqu'il considérait le Sutra
Vairocana comme supérieur au Sutra du Lotus]. Puis
il changea d'opinion et se convertit au Sutra du Lotus, ce qui
lui permit d'échapper à d'autres rétributions négatives.
Par la suite, quand lui, Pukong
(Amoghavajra)
et d'autres créèrent des mandala
pour représenter les enseignements de l'école Shingon,
ils placèrent le Sutra du Lotus au centre des deux mondes,
à la place du souverain suprême; le mandala du Monde
de la matrice du Sutra Vairocana et le mandala du Monde du
diamant du Sutra Kongocho étant représentés
à sa gauche et à sa droite comme les ministres d'un souverain.
Quand Kukai, au Japon, établit
une évaluation théorique des enseignements du Shingon,
influencé par l'école Kegon, il classa le Sutra
Kegon au neuvième niveau de développement et]le
Sutra du Lotus au huitième niveau. Mais lorsqu'il enseigna les
pratiques et cérémonies à ses disciples Jitte,
Shinga, Encho,
Kojo et les autres, il plaça
le Sutra du Lotus au centre, au-dessus des deux mondes [de la
Matrice et du Diamant, à l'instar de Shan-wu-wei
et Pukong].
De la même manière, Jizang
de l'école Sanron, dans son Hokke
Genron en dix volumes, plaça le Sutra du Lotus dans
la quatrième des cinq périodes
d'enseignement, déclarant qu'il ouvrait la voie de bodhisattva
aux personnes des Deux Véhicules. Mais par la suite, il se convertit
aux enseignements de Zhiyi. Il cessa de donner
des cours et renvoya ses disciples pour servir le Grand-maître Zhiyi
pendant sept ans, en le portant [chaque fois que c'était nécessaire]
sur son propre dos.
Ci-en, [fondateur] de l'école
Hosso, déclare, dans le septième
et le douzième volume de son Daijo
Hoon Girin Jo: "Le
principe du Véhicule unique
[énoncé dans le Sutra du Lotus] n'est qu'un simple
moyen; c'est le principe des Trois
Véhicules qui représente la vérité."
Il fait ainsi de nombreuses déclarations tout aussi mensongères.
Mais dans le quatrième volume du Hokke Genzan Yo Shu,
on rapporte qu'il aurait dit: "Il faut accepter les deux principes
à la fois", donnant ainsi une interprétation floue
des principes de sa propre école. Mais même si, en paroles,
il affirma que les deux doctrines étaient conciliables, intérieurement,
il était convaincu de la justesse des enseignements de Zhiyi
[sur le Sutra du Lotus].
Cheng-guan, de l'école Kegon,
écrivit un commentaire sur le Sutra
Kegon dans lequel, comparant le Sutra Kegon et le Sutra
du Lotus, il déclara que le Sutra du Lotus ne semblait
être qu'une doctrine intermédiaire. Mais il écrivit
ailleurs: "Je crois que les enseignements de l'école Tiantai
représentent la vérité. Sur la doctrine et le principe,
ils s'accordent parfaitement avec ma propre école." Il semble
bien, par conséquent, qu'il regretta sa déclaration antérieure.
Kukai offre un exemple similaire.
Sans miroir, on ne peut voir son propre visage, et sans opposants, on
ne peut connaître ses propres erreurs. Les maîtres de l'école
Shingon et des diverses autres écoles
n'étaient pas conscients de leurs erreurs. Mais, après avoir
eu la chance de rencontrer le Grand-maître Saicho,
ils prirent conscience des erreurs de leurs propres écoles.
On pourrait penser que les divers bouddhas, bodhisattva et êtres
dans les mondes-états des hommes
et du ciel décrits dans
les sutras [antérieurs au Sutra du Lotus] ont atteint
l'Eveil grâce aux sutra respectifs dans lesquels ils apparaissent.
Mais, en réalité, ils n'atteignirent l'Eveil que grâce
au Sutra du Lotus. Le premier des grands
voeux faits par Shakyamuni et les autres bouddhas, celui de "sauver
les innombrables êtres humains" se trouve accompli dans le
Sutra du Lotus. Tel est le sens du passage [du chapitre Hoben
(réf)]
dans lequel Shakyamuni déclare: "Le serment que j'ai fait
jadis est maintenant déjà accompli."
En réfléchissant à cela, je crois que ceux qui pratiquent
les divers sutras provisoires tels que Kegon,
Kammuryoju et
Vairocana seront
sans aucun doute protégés par les bouddhas, bodhisattva
et êtres humains et célestes dans ces sutras. Mais si ces
pratiquants des sutras Vairocana,
Kammuryoju et autres s'opposent
au pratiquant du Sutra du Lotus, les bouddhas, bodhisattva et
les êtres humains et célestes les abandonneront pour protéger
le Pratiquant du Sutra du Lotus.
Cela est comparable à un fils dévoué dont le père
s'opposerait au souverain du royaume. Il abandonnerait son père
pour soutenir le souverain, car une telle attitude représente le
sommet de la piété filiale.
Le même principe s'applique au bouddhisme. Les bouddhas, bodhisattva
et les Dix filles démones
décrites dans le Sutra du Lotus accordent leur protection
à Nichiren. En outre, les bouddhas des six directions
et les vingt-cinq bodhisattva de l'école Jodo,
les 1 200 vénérables (note)
de l'école Shingon, et les divers
êtres vénérables et divinités protectrices
et bienveillantes des Sept écoles
protègent aussi Nichiren. Il en était de même pour
le Grand-maître Saicho protégé
par les divinités gardiennes des Sept écoles.
Moi, Nichiren, je voudrais dire ceci. Les divinités du Soleil
et de la Lune et les autres divinités
étaient présentes dans les Deux
Lieux et les Trois Assemblées lorsque le Sutra du Lotus
fut enseigné. Si un pratiquant du Sutra du Lotus apparaît,
aussi immanquablement que le fer est attiré par l'aimant ou que
le reflet de la lune apparaît dans l'eau, elles viendront instantanément
[endurer les souffrances] à sa place, accomplissant ainsi le voeu
fait en présence du Bouddha. Mais elles ne sont toujours pas venues
à mes côtés. Est-ce à dire que je ne suis pas
le véritable Pratiquant du Sutra du Lotus? S'il en est
ainsi, je dois alors comparer une nouvelle fois le texte du Sutra avec
ma conduite pour voir quelle faute j'ai pu commettre.
Question : Quels yeux de
grande sagesse vous permettent de percevoir que le Nembutsu,
le Zen et les autres
écoles de notre époque s'opposent au Sutra du Lotus
et sont constituées de mauvais
amis?
Réponse : Il ne
s'agit pas d'une interprétation personnelle; je ne fais que tenir
le miroir des sutras et leurs commentaires afin que les opposants
au Dharma puissent y voir le reflet de leur hideux visage, et percevoir
leurs erreurs. Mais, aveugles comme ils le sont, ils n'y parviennent pas.
On lit dans le chapitre Hoto (réf)
du Sutra du Lotus: "A ce moment-là, le bouddha Taho,
dans la Tour aux Trésors, céda la moitié de son siège
au Bouddha Shakyamuni... A ce moment-là, la grande multitude vit
les deux bouddhas assis, jambes croisées, sur le trône de
lion dans la Tour aux sept trésors... Le Bouddha Shakyamuni s'adressa
d'une voix forte aux Quatre sortes
de croyants en disant: "Qui parmi vous propagera le Sutra
du Lotus dans le monde saha ? Il est
maintenant temps de le faire. D'ici peu, j'accéderai au nirvana.
Le Bouddha espère qu'il existe quelqu'un à qui confier la
propagation de ce Sutra du Lotus."
Telle est la première injonction du Bouddha. Plus loin dans ce
chapitre, il est dit: "A ce moment-là, l'Honoré du
monde, souhaitant renouveler l'exhortation qu'il venait de prononcer,
poursuivit en vers:
"Le seigneur sacré,
Honoré du monde [le bouddha Taho]
Bien qu'ayant accédé depuis longtemps au nirvana,
S'assied dans la Tour aux Trésors,
Venant ici pour le bien du Dharma.
Vous, qui écoutez, pourquoi donc
Ne combattez-vous pas, vous aussi,
pour le bien du Dharma?
Mes émanations,
Ces innombrables bouddhas
Semblables aux grains de sable du Gange,
Sont venus, désireux d'entendre le Dharma...
Chacun a délaissé sa terre précieuse
Et la multitude de ses disciples,
Les êtres dans les états d'humanité
Et du monde-état du ciel, les dragons et les divinités,
Ainsi que tous les présents qu'il reçoit d'eux —
Pour assurer la pérennité du Dharma,
Ils se rassemblent en cet endroit...
C'est comparable à des branches d'arbustes
Qui ploient sous un grand vent.
Par ce moyen efficace
Ils s'assurent de la pérennité du Dharma.
Aussi, je le demande
à la grande assemblée :
Après mon trépas, qui protégera, gardera,
Lira et récitera ce Sutra?
Maintenant, en présence du Bouddha,
Qu'il s'avance et s'y engage solennellement!"
Telle est la seconde exhortation du Bouddha.
Le passage se poursuit ainsi :
"Le bouddha Taho,
moi-même,
Et mes propres émanations
Rassemblés ici
Savons dans quel but je parle ainsi...
Hommes de foi sincère,
Chacun de vous doit bien y réfléchir.
La chose est difficile -
Vous devez faire un grand voeu.
Les autres sutras
Sont aussi nombreux que les grains de sable du Gange
Mais même les enseigner tous
N'est pas chose difficile.
Prendre le mont Sumeru
Et le lancer au loin
Jusqu'aux incommensurables terres de bouddha,
N'est pas difficile non plus...
Mais, après la
mort du Bouddha,
A l'époque mauvaise,
Enseigner ce Sutra,
Voilà qui est en vérité bien difficile!
Quand viennent les flammes
qui marquent la fin d'un kalpa
Porter de l'herbe sèche sur son dos
Et pénétrer dans le feu sans être brulé
Cela n'est pas difficile.
Mais après mon trépas,
Pouvoir protéger ce Sutra
Et l'enseigner ne serait-ce qu'à une personne
Voilà qui est réellement difficile...
Hommes de foi sincère,
Après mon trépas,
Qui recevra et pratiquera,
Lira et récitera ce sutra?
Maintenant en présence
du Bouddha,
Qu'il s'avance et s'y engage solennellement!"
Telle est la troisième exhortation du Bouddha. La quatrième
et la cinquième se trouvent dans le chapitre
Devadatta (réf)
et j'y reviendrai ultérieurement.
Le sens de ces passages du Sutra s'impose à nos yeux avec autant
d'évidence que l'éclat du soleil dans un ciel bleu ou qu'un
grain de beauté sur un visage au teint clair. Et pourtant les aveugles,
ceux dont la vue est déformée, les borgnes, ceux qui ne
croient personne d'autre que leurs propres maîtres et ceux qui s'accrochent
à leurs conceptions personnelles ne peuvent le saisir!
A ceux qui sont décidés à surmonter toutes les difficultés
et qui ont l'esprit de recherche, j'essaierai d'expliquer et de montrer
la Voie. Mais ils doivent
comprendre que l'on rencontre plus rarement la véritable voie que
les pêches de l'immortalité (note)
qui poussent dans le jardin de la reine-mère de l'Ouest, ou la
fleur udumbara qui ne fleurit
qu'une fois tous les trois mille ans à l'époque d'un Roi
qui fait tourner la roue.
Pendant huit ans, Liu Bang et Xiang
Yu se disputèrent l'empire de Chine;
pendant sept ans, Minamoto no Yoritomo
et Taira no Munemori se battirent
pour les îles du Japon; Taishaku
lutta contre les asura, et les rois-dragons
contre les oiseaux garuda au lac
de Glace.
La lutte pour déterminer quel sutra est supérieur aux autres
est encore plus violente.
Ce Dharma [dont je parle] a fait deux fois son apparition sur la terre
du Japon. Il faut savoir qu'elle est apparue [une première fois]
avec le Grand-maître Saicho et [de
nouveau] avec Nichiren. Mais les aveugles en doutent et n'ont pas la force
de croire. C'est dans ce Sutra [du lotus] que Shakyamuni, Taho
et les bouddhas des Dix directions
se sont réunis pour déterminer, parmi tous les sutras du
Japon, de Chine, d'Inde, du palais du roi-dragon, des cieux et de tous
les autres mondes des dix directions quel est celui qui surpasse tous
les autres.
Question : Peut-on considérer
qu'enseigner les sutras Kegon,
Hodo, Hannya,
Jimmitsu, Ryoga,
Vairocana et le
Sutra du Nirvana fait
partie des Neuf actes aisés
ou des Six actions difficiles?
Réponse : Dushun,
Zhiyan, Fa-zang
et Cheng-guan de l'école Kegon,
qui tous maîtrisaient les trois parties du Tripitaka,
établirent que le Sutra du Lotus aussi bien que le Sutra
Kegon rentrent dans la catégorie des Six actions difficiles.
Bien qu'étant deux sutra de noms différents, ils sont identiques
dans leurs enseignements et principes. C'est comparable au fait que "bien
qu'il y ait quatre approches distinctes de la réalité, la
vérité (note) à
laquelle on parvient est la même."(réf)
Xuanzang
et Ci-en de l'école Hosso
ont affirmé que le Sutra Jimmitsu et le Sutra du Lotus
exposent tous deux le principe du "Rien-que-conscience".
Ils les ont rangés dans la troisième période des
enseignements du Bouddha (note)
et dans la catégorie des Six actions difficiles.
Jizang de l'école Sanron
déclara : "Le Sutra
de la prajna et le Sutra du Lotus sont des noms différents
qui recouvrent une réalité unique, deux sutra exprimant
la même vérité." Shan-wu-wei,
Jin-gang-zhi et Pukong
de l'école Shingon ont dit que le
Sutra Vairocana et le Sutra du Lotus étaient
identiques en théorie et appartenaient tous deux à la catégorie
des "Six actions difficiles". Mais Kukai,
[le maître de l'école Shingon]
au Japon, a dit: "Le Sutra Vairocana ne rentre ni dans la
catégorie des Six actions difficiles ni dans celle des Neuf actes
aisés. Il est différent de tous les sutras enseignés
par Shakyamuni, puisqu'il fut prêché par le bouddha Vairocana,
bouddha sous l'aspect du Corps du Dharma."
De même, certains affirment: "Puisque le Sutra Kegon
fut enseigné par le bouddha sous l'aspect du Corps
de la rétribution, il n'entre ni dans la catégorie des
Six actions difficiles ni dans celle des Neuf actes aisés."
Tels sont les points de vue avancés par les fondateurs de ces quatre
écoles, suivis par leurs milliers d'adeptes.
Je constate avec tristesse que lorsque je dis ouvertement que les points
de vue de ces hommes sont erronés, les gens de notre époque
ne me prêtent pas attention. Ils continuent à suivre leurs
voies erronées et finalement me calomnient auprès de ceux
qui gouvernent le pays et attentent à ma vie. Néanmoins,
notre père bienveillant, le Bouddha Shakyamuni, dans le bosquet
d'arbres shala, nous laissa ces derniers
mots comme un testament: "Suivez le Dharma et non la personne."(réf)
"Ne pas suivre la personne" signifie que, lorsque des personnes
du premier, second, troisième et quatrième rangs (note) enseignent, même s'il s'agit de bodhisattva tels que Fugen
ou Manjushri dont l'Eveil est
presque équivalent à celui du Bouddha, s'ils ne le font
pas avec les sutras à la main, en suivant fidèlement son
enseignement, il ne faut pas les croire.
On lit encore: "Il faut s'appuyer sur les sutras complets et définitifs
et non sur ceux qui ne sont pas complets et définitifs."(réf) Il faut étudier attentivement les sutras pour distinguer ceux qui
sont complets et définitifs de ceux qui ne le sont pas, avant de
leur prêter foi. Dans son Jujubibasha Ron, le bodhisattva
Nagarjuna dit: "Ne vous appuyez pas
sur les traités qui obscurcissent les sutras; ne prenez en considération
que ceux qui les suivent sans les altérer."
Le Grand-maître Zhiyi dit: "Ce
qui est en accord avec les sutras doit être accepté et pris
en considération. Mais ne prêtez aucune foi à ce qui
s'en écarte dans la lettre ou dans l'esprit."(réf)
Le Grand-maître Saicho dit: "Appuyez-vous
sur les enseignements du Bouddha et n'ayez pas foi dans les traditions
transmises oralement."(réf)
Chisho, le Grand-maître Enchin,
dit: "Pour transmettre les enseignements, appuyez-vous sur les écrits."(réf)
En apparence, les maîtres des diverses écoles dont j'ai cité
plus haut les interprétations semblent tous s'appuyer sur quelque
sutra ou traité pour tenter d'établir quels enseignements
sont supérieurs aux autres. Mais ces hommes s'accrochent tous obstinément
aux principes de leur propre école et perpétuent les notions
erronées héritées de leurs prédécesseurs,
si bien que leurs jugements entrent dans la catégorie des "interprétations
déformées et des conceptions personnelles". Leurs principes
ne sont rien de plus que des préjugés personnels, déguisés
et magnifiés.
Les écoles non bouddhiques comme Vatsiputriya
et Vaipulya, qui apparurent [en Inde] après la mort
du Bouddha, professent des conceptions encore plus erronées et
des principes encore plus nuisibles que ceux qui existaient avant l'apparition
du bouddhisme [parce qu'elles détournèrent des principes
bouddhiques]. De même, [depuis l'introduction du bouddhisme en Chine]
à la fin de la dynastie Han, les notions
et les écrits non bouddhiques sont devenus encore plus incorrects
et trompeurs que les écrits pré-bouddhiques du confucianisme
qui traitent des Trois Augustes
et des Cinq Empereurs. Pareillement, les maîtres des écoles
Kegon, Hosso,
Shingon et autres, jaloux des enseignements
orthodoxes de l'école Tendai,
déforment sans scrupules les phrases du Sutra véridique
pour les rendre compatibles avec les enseignements provisoires.
Ceux qui ont à coeur de rechercher la Voie doivent cependant rejeter
des vues aussi partiales, et cesser de traiter avec mépris les
écoles autres que la leur.
Dans le chapitre Hosshi (réf)
du Sutra du Lotus, le Bouddha dit: "Parmi tous les sutras
que j'ai enseignés, que j'enseigne maintenant, et que j'enseignerai,
le Sutra du Lotus est le plus difficile à croire et le
plus difficile à comprendre."
Zhanlan commente: "Même si certains
sutras se disent le roi de tous les sutras, aucun autre ne se présente
comme le plus élevé de tous les sutras passés, présents,
ou à venir."(réf)
II dit aussi: "Devant ce merveilleux sutra qui surpasse tous ceux
du passé, du présent et de l'avenir, certains persistent
à faire fausse route. Ils commettent la faute grave d'opposition
au Dharma et se condamnent à l'enfer pour de nombreux kalpa."(réf)
Stupéfait par ces passages du Sutra et leurs commentaires, j'ai
examiné tous les sutras ainsi que les paraphrases et commentaires
des divers maîtres, et mes doutes se sont évanouis. Pourtant
ces moines insensés du Shingon s'appuient
sur leurs mudra et mantra-dharani
et croient l'école Shingon supérieure
à celle du Sutra du Lotus, uniquement parce que Ennin
et leurs autres maîtres clament la supériorité du
Shingon. Leur position est insoutenable.
Il est dit dans le Sutra Mitsugon:
"Les sutras Juji,
Kegon, Daiju,
Jinzu, Shrimala
et autres découlent tous de ce sutra. Ainsi le Sutra Mitsugon
est le plus grand de tous les sutras." Le Sutra
Daiun affirme: "Ce sutra est le Roi qui fait tourner la
roue parmi tous les sutras. Pourquoi cela? Parce que dans ce sutra est
énoncé le principe de la permanence de l'état de
bouddha, véritable identité de tous les êtres humains."
Il est dit dans le Sutra
Rokuharamitsu: "Tous les enseignements corrects exposés
par les innombrables bouddhas du passé, et les quatre-vingt-quatre
mille lois merveilleuses que j'ai exposées se trouvent dans
ce sutra et peuvent dans leur ensemble se diviser en cinq catégories
: 1. sutra; 2. vinaya;
3. abhidharma; 4. prajnaparamita;
5. dharani. Ces cinq sortes d'ouvrages
instruiront et éclaireront les êtres sensibles. Parmi ceux-ci,
certains ne parviennent pas à croire ni à appliquer les
sutras, vinayana, abhidharma
et prajnaramita; ou d'autres commettent diverses
mauvaises actions telles que les Quatre
délits graves, les Huit
graves infractions, ou les Cinq
forfaits passibles de l'enfer avici...
d'autres encore s'opposent aux sutra du Mahayana
et sont d'une incroyance
incorrigible. Afin d'effacer de tels crimes, de les délivrer
rapidement des souffrances et de leur permettre d'accéder aussitôt
au nirvana, je leur ai enseigné
cet ensemble de dharani.
"On compare respectivement ces cinq catégories aux saveurs
du lait frais, de la crème, du lait caillé, du beurre
et du ghee (beurre clarifié),
le beurre clarifié étant le meilleur. La catégorie
qui contient les dharani se compare
au beurre clarifié. Parmi ces cinq substances, le beurre clarifié
est celle qui a le goût le meilleur et le plus raffiné; il
est capable de guérir diverses maladies et de détendre le
corps et l'esprit des êtres
sensibles. De même, la catégorie des dharani
est la première des cinq formes d'enseignements."
Il est dit dans le Sutra Jimmitsu
: "A ce moment, le bodhisattva Shogisho
s'adressa au Bouddha en ces termes: "Honoré du monde, dans
la première période de votre enseignement, dans le Parc
aux Daims à Varanasi, pour ceux
qui n'aspiraient qu'à s'engager sur la Voie d'auditeur-shravakas,
vous avez exposé le principe des Quatre
Nobles Vérités, faisant tourner ainsi la roue du Dharma
correct. Ce fut une chose tout à fait merveilleuse, une chose très
rare. Aucun être, dans aucun des innombrables mondes, n'avait jamais
été capable d'exposer un tel principe auparavant. Et pourtant,
vous avez fait tourner à cette époque la roue d'un Dharma
qui n'était pas parfait et laissait encore place au doute. Son
sens n'était pas encore définitif et il offrait beaucoup
d'éléments contestables.
"Puis, Honoré du monde, dans la seconde période de
votre enseignement, pour ceux qui n'aspiraient qu'à pratiquer la
Voie du Grand Véhicule, vous avez enseigné que tous les
phénomènes n'ont pas en eux-mêmes de nature propre,
qu'il n'y a ni naissance ni mort, que toute chose est fondamentalement
impermanente, et que la nature intrinsèque des êtres est
le nirvana. Vous avez fait tourner a roue
du Dharma correct sans révéler encore toute la vérité.
C'était d'autant plus merveilleux, d'autant plus rare. Mais le
Dharma correcte dont vous avez fait tourner la roue à cette époque
n'était pas parfaite, et laissait encore place au doute. Son sens
n'était pas encore définitif et elle offrait beaucoup d'éléments
contestables.
"Plus tard, Honoré du monde, dans la troisième période
de votre enseignement, pour ceux qui n'aspiraient qu'à pratiquer
la voie du Véhicule unique,
vous avez enseigné que tous les phénomènes n'ont
pas en eux-mêmes de nature propre, qu'il n'y a ni naissance ni mort,
que toute chose est fondamentalement impermanente, et que la nature intrinsèque
des êtres est le nirvana - après
quoi vous avez enseigné que cette "nature intrinsèque
est elle-même dépourvue de tout ce qu'on pourrait appeler
"nature". Vous avez fait tourner la roue du Dharma correct et
présenté ces principes dans leur forme parfaite. C'est la
chose la plus merveilleuse, la plus rare de toutes. Le Dharma dont vous
avez fait tourner alors la roue est parfaite et ne laisse place à
aucun doute. Elle est absolument véridique et définitive
et son sens n'offre aucun élément contestable..."
Il est dit dans le Sutra
Daihannya: "En écoutant et en suivant les enseignements
profanes aussi bien que bouddhiques, tous les êtres peuvent, par
ces moyens efficaces, parvenir à comprendre et à accepter
les profonds principes de la prajna
[sagesse]. Et ils en viendront ainsi à comprendre et à accepter
la vérité selon laquelle, grâce à la
prajna, toutes les actions accomplies dans le monde de la vie quotidienne
sont en accord avec le Dharma bouddhique, et qu'il n'existe absolument
rien qui ne soit régi par ce Dharma."
Il est dit dans le premier volume du Sutra
Vairocana: "Maître
des secrets, il existe une pratique du Mahayana
qui éveille une perception détachée des phénomènes
et amène à comprendre que les phénomènes n'ont
pas de nature intrinsèque. Pourquoi cela? Parce que dans les temps
passés, ceux qui pratiquaient cette Voie parvinrent à observer
la conscience alaya et ce qui
est emmagasiné en elle, et prirent conscience de l'aspect illusoire
de la nature individuelle."
Dans le même sutra, on lit: "Maître des secrets, les
hommes dans cette Voie, abandonnant la recherche du non-moi, parvinrent
au stade où l'esprit est libre et réalise que son existence
individuelle n'a fondamentalement jamais connu de naissance [ou de mort]."
Il y est dit encore: "ku [la vacuité] est par nature distinct
des six organes des sens et de
leurs six objets. Sans forme, ni limites, il est une sorte de non-substantialité
qui transcende toute théorie. Il représente l'absence ultime
de nature individuelle."
Et aussi: "Le bouddha Vairocana s'adressa
au Maître des secrets en ces termes: "Maître des secrets,
en quoi consiste l'Eveil ?" [Il lui répondit:] "C'est
comprendre la véritable nature de notre propre esprit."
Il est dit dans le Sutra Kegon: "Parmi les divers êtres
de tous les différents mondes, rares sont ceux qui cherchent à
pratiquer la Voie des auditeurs-shravaka. Encore plus rares sont ceux
qui cherchent la Voie de pratyekabudda, et
rarissimes ceux qui recherchent le Grand Véhicule. Rechercher le
Grand Véhicule est relativement facile, mais avoir la foi dans
les principes de ce sutra est extrêmement difficile. Et il est plus
difficile encore d'accepter ce sutra, de garder correctement ses enseignements
à l'esprit, de les pratiquer tels qu'ils sont enseignés,
et d'en comprendre le sens véritable.
"Prendre un système de mondes
majeur et le garder en équilibre sur son front sans bouger
pendant la durée d'un kalpa est relativement
facile. Mais avoir foi dans les principes de ce sutra est d'une difficulté
extrême. Offrir, pendant la durée d'un
kalpa, des instruments de musique à tous les êtres
sensibles, aussi innombrables que les particules de poussière d'un
système de mondes majeur,
n'entraînera que peu de bienfaits.
Mais avoir foi dans les principes de ce sutra apportera quantité
de bienfaits. Il est relativement facile de tenir dix terres de bouddha
dans la paume de sa main, en restant immobile dans les airs, pendant la
durée d'un kalpa. Mais il est extrêmement
difficile de croire les principes [exposés dans ce sutra]. Offrir,
pendant un kalpa, des instruments de musique
à tous les êtres sensibles, aussi nombreux que les particules
de dix terres de bouddha réduites en poussière, n'entraînera
que peu de bienfaits. Mais avoir foi dans les principes de ce sutra vous
vaudra quantité de bienfaits. Vous pouvez, pendant la durée
d'un kalpa, rendre hommage et faire des offrandes
aux divers bouddhas, aussi innombrables que les grains de poussière
de ces terres de bouddha. Mais si vous parvenez à accepter les
principes de ce chapitre et à leur rester fidèle, vous obtiendrez
des bienfaits infiniment plus grands."
Il est dit dans le Sutra du
Nirvana: "Même si la croyance dans les divers sutras
du Mahayana entraîne un bienfait inestimable,
incomparablement plus grand est le bienfait obtenu par la foi en ce sutra.
Il est cent fois, mille fois, un milliard de fois plus grand, impossible
à évaluer ou à décrire. Hommes de foi sincère,
le lait est tiré de la vache, la crème tirée du lait,
le lait caillé fait avec de la crème, le beurre fait avec
le lait caillé, et le beurre clarifié (ghee)
fait avec du beurre. Le beurre clarifié est ce qu'il y a de meilleur.
Ceux qui en mangent guérissent de quantité de maladies car
il contient toutes sortes de propriétés médicinales.
Hommes de foi sincère, il en est de même du Bouddha. Le Bouddha
a utilisé douze procédés
d'enseignements sacrés. De ces douze procédés, il
a extrait les sutras, des sutras, il a extrait les sutras du Mahayana,
des sutras du Mahayana, il a extrait les sutras Hannyaharamitsu,
des sutras Hannyaharamitsu, il a extrait
le Sutra du Nirvana.
Le Sutra du Nirvana
est comparable au beurre clarifié (ghee).
Le beurre clarifié est ici une métaphore représentant
l'état de bouddha [inhérent à tous les êtres
humains]."
Quand nous comparons à ces sutras [précédemment cités]
le Sutra du Lotus, le plus grand Sutra du "passé,
du présent et du futur" et sa description des "Six
actions difficiles et Neuf actes aisés ", il est aussi
différent d'eux que la lune des étoiles, ou le mont Sumeru,
[la plus haute de toutes les montagnes] des huit autres montagnes [qui
l'entourent]. Et pourtant, Cheng-guan
de l'école Kegon, Ci-en
de l'école Hosso, Jizang
de l'école Sanron, et Kukai
de l'école Shingon, que l'on croyait
tous dotés des yeux de la sagesse du Bouddha, n'ont pas compris
ces passages du Sutra du Lotus. Comment, alors, les savants bouddhistes
de notre époque, qui semblent bien aveugles, pourraient-ils saisir
la différence [entre le Sutra du Lotus et les autres sutras]?
Elle est aussi éclatante que la différence entre le noir
et le blanc, ou entre le mont Sumeru et une
graine de pavot. Et malgré tout, ils s'égarent. Il n'est,
par conséquent, guère surprenant qu'ils ne comprennent rien
aux principes aussi vastes que le ciel qui découlent de tous les
sutras. Si l'on n'est pas capables de percevoir la profondeur respective
des divers écrits, il est clair qu'on ne peut pas juger de la valeur
des principes qui en découlent.
Les enseignements des sutras diffèrent souvent d'un volume à
l'autre et doivent être replacés dans leur ordre de succession
dans le temps. Parce qu'il est difficile d'évaluer leurs qualités,
je citerai d'autres passages afin d'aider les ignorants à comprendre.
Parmi les rois, il y a de petits rois et de grands rois; et dans tous
les domaines, il y a les parties et le tout. [Si l'on utilise] la comparaison
des Cinq saveurs, il faut savoir
quand elle s'applique aux enseignements bouddhiques dans leur totalité
et quand elle s'applique à un enseignement particulier.
Le Sutra Rokuharamitsu enseigne que les
êtres sensitifs peuvent atteindre l'Eveil, mais il ne dit rien
sur l'Eveil des êtres non sensitifs. Et il ne fait naturellement
aucune allusion au principe de l'Eveil
du Bouddha Shakyamuni dans un passé
illimité.
Le Sutra Rokuharamitsu [qui prétend que les dharani
sont comparables au beurre clarifié], ne soutient pas, en fait,
la comparaison avec le Sutra
du Nirvana [qui se compare lui-même au beurre clarifié],
et encore moins avec les enseignements
théorique et essentiel
du Sutra du Lotus. Et pourtant, le Gand Maître Kukai,
au Japon, égaré par ce sutra, rangea le Sutra du Lotus
dans la quatrième catégorie, la saveur du beurre. Alors
que le prétendu beurre clarifié des
dharani n'est même pas comparable au beurre clarifié
du Sutra du Nirvana,
comment a-t-il pu faire une aussi grossière erreur? Et pourtant
il écrit que "les maîtres de Chine, en rivalisant les
uns avec les autres, ont volé le beurre clarifie!"(réf),
traitant Zhiyi et les autres de voleurs.
Et avec arrogance, il ajoute: "Qu'il est dommage que les hommes vertueux
du passé n'aient pu goûter la saveur de ce beurre clarifié!"(réf)
Je veux faire connaître la vérité à mes disciples.
Si les autres refusent de croire maintenant, ils créeront un lien
d'opposition [n'adoptant finalement la foi qu'après avoir souffert
du mauvais karma qu'ils se seront créé].
La saveur d'une seule goutte d'eau permet de connaître celle du
grand océan, et l'épanouissement d'une seule fleur est une
indication certaine de la venue du printemps. Pour juger des mérites
respectifs des enseignements du Bouddha, nul n'a besoin de traverser les
mers pour aller dans la lointaine Chine, de voyager pendant trois ans
jusqu'au Pic du Vautour, de visiter le palais du Roi-dragon
comme le fit Nagarjuna, de rencontrer le
bodhisattva Maitreya à l'instar d'Asanga,
ou d'être présent aux Deux
lieux et Trois Assemblées [où Shakyamuni enseigna le
Sutra du Lotus.] On dit que les serpents peuvent prévoir
une inondation sept jours à l'avance, parce qu'ils sont apparentés
aux dragons [qui font tomber la
pluie]; que les corbeaux peuvent prédire les événements
heureux ou malheureux qui auront lieu au cours d'une année, parce
qu'ils furent devins dans une existence passée. Les oiseaux ont
cette capacité de voler que les êtres humains n'ont pas.
Et moi, Nichiren, suis plus apte à juger des mérites respectifs
des sutras que Cheng-guan de l'école
Kegon, Jizang
de l'école Sanron, Ci-en
de l'école Hosso, et Kukai
de l'école Shingon. Cela parce que
je suis rigoureusement les traces des maîtres Zhiyi
et Saicho. Par contre Cheng-guan
et les autres, qui n'ont pas totalement pris en compte les enseignements
de Zhiyi et Saicho,
n'ont pu éviter de commettre la faute d'opposition au Dharma.
Nichiren est l'homme le plus fortuné du Japon d'aujourd'hui. Je
consacre ma vie au Sutra du Lotus et mon nom sera transmis dans
les temps à venir. Si quelqu'un règne sur le grand océan,
tous les dieux des multiples rivières lui obéiront. Si quelqu'un
règne sur le mont Sumeru, les dieux
des autres montagnes ne pourront éviter de le servir. Si quelqu'un
comprend le principe des Six actions difficiles et des Neufs actes aisés
du Sutra du Lotus, même sans lire tous les autres sutras,
tous les bouddhas et bodhisattva lui obéiront.
En plus des Trois exhortations du chapitre
Hoto (réf),
le chapitre Devadatta (réf)
contient deux révélations surprenantes. [La première
est que Devadatta atteindra la boddhéité].
Devadatta était un icchantika,
et pourtant il est prédit qu'il deviendra à l'avenir le
bouddha "Roi-du-ciel". Les quarante volumes du Sutra du
Nirvana [qui établissent que tous les êtres, y compris
les icchantika, possèdent la nature
de bouddha], ne sont concrètement vérifiés que par
ce chapitre du Sutra du Lotus. Il y a d'innombrables exemples
de personnes ayant commis les Cinq
forfaits et s'étant opposées au Dharma, telles que le
moine Sunakshatra ou le roi
Ajatashatru, mais Devadatta
est cité comme le représentant de tous les autres; c'est
lui le pire opposant, et ce qui vaut pour lui vaut nécessairement
pour ceux dont les offenses sont moindres. [Ainsi, il est dit que] tous
ceux qui ont commis les Cinq ou sept fautes capitales, qui s'opposent
au Dharma ou qui sont d'une incroyance incorrigible deviendront eux aussi
bouddha, comme l'Ainsi-Venu "Roi-du-ciel". Dans le Sutra
du Lotus, le poison se change
en doux élixir, doté du goût le plus délicieux.
[La seconde révélation est que la Fille
du roi-dragon a atteint la boddhéité.] L'atteinte de
la boddhéité par la Fille du roi-dragon n'implique pas qu'elle
est la seule à y être parvenue. Elle symbolise le fait que
toutes les femmes atteindront la boddhéité. Dans les divers
sutras du Hinayana, antérieurs au
Sutra du Lotus, on dénie aux femmes toute possibilité
d'atteindre un jour la boddhéité. Dans les sutras du Mahayana
autres que le Sutra du Lotus, il semblerait que les femmes puissent
atteindre la boddhéité. Mais elles ne pourraient le faire
qu'après avoir changé
d'apparence. Il ne s'agit donc pas de l'atteinte immédiate
de la boddhéité qu'implique le principe d'ichinen
sanzen. C'est une possibilité théorique, non concrétisée.
La Fille du roi-dragon est, comme le dit le texte, "un exemple qui
vaut pour toutes les autres."(réf)
La Fille du roi-dragon, en devenant bouddha, rendit possible l'atteinte
de la boddhéité par toutes les femmes aux époques
ultérieures.
Le confucianisme enseigne la
piété filiale et la reconnaissance due aux parents, mais
il se limite à la vie présente. Il ne donne aucun moyen
d'aider ses parents dans leur vie future par conséquent, les sages
et les hommes vertueux du confucianisme ne sont des sages et des hommes
vertueux qu'en théorie et non en réalité. [De même,]
tout en reconnaissant les vies passées et futures, le brahmanisme
n'offre aucun moyen d'aider ses parents dans l'avenir. Seul le bouddhisme
a le pouvoir de les aider dans leurs vies futures, c'est donc la véritable
voie des sages et des hommes vertueux.
Mais en suivant les écoles basées sur les sutras du Hinayana
et du Mahayana antérieurs au Sutra
du Lotus, même pour soi-même, il est impossible d'obtenir
l'Eveil. Il serait donc vain d'espérer
l'obtenir pour ses parents. La possibilité existe en théorie
mais elle n'est illustrée par aucun exemple concret. Ce n'est qu'avec
l'enseignement du Sutra du Lotus, qui décrit l'atteinte
de la boddhéité par la fille du Roi-dragon, qu'est donnée
la preuve que toutes les mères du monde peuvent devenir bouddha.
Et lorsqu'il fut révélé que même un homme mauvais
comme Devadatta pouvait atteindre la boddhéité,
il devint évident que tous les pères du monde pouvaient
devenir bouddha. [Le Classique
de la piété filiale est un texte de base du confucianisme,
mais] le Sutra du Lotus est le Classique de la piété
filiale du bouddhisme. Voilà tout ce que je dirai sur les
deux révélations [du chapitre Devadatta].
Impressionnés par les Cinq révélations faites par
le Bouddha dans les chapitres Hoto (réf)
et Devadatta (réf),
les innombrables bodhisattvas promirent au Bouddha de propager le Sutra
du Lotus, comme cela est décrit dans le chapitre
Kanji (réf).
En brandissant ce passage du Sutra, clair comme un miroir, j'exposerai
[aux yeux de tous] l'offense au Dharma commise par les moines du Zen,
du Ritsu et du Nembutsu
ainsi que par leurs disciples laïques.
Le douzième jour du neuvième mois de l'année dernière,
entre l'heure du Rat et l'heure
du Boeuf [23 et 03 heures], la personne du nom de Nichiren a été
décapitée. C'est son esprit qui est parvenu à l'île
de Sado et qui, le second mois de
l'année suivante, dans la neige, écrit ceci à l'intention
de ses proches disciples. [Tout comme la description de l'époque
mauvaise que l'on trouve dans le chapitre Kanji
(réf)]
cela paraît terrifiant, mais parce que je me consacre au Dharma
correct, moi, Nichiren, je ne crains rien. Ceux qui m'observent seront
frappés de stupeur. Ce Traité est le miroir brillant
de Shakyamuni, Taho, et de tous les autres
bouddhas des Dix directions dans lequel se reflète le Japon d'aujourd'hui.
En même temps, on peut le considérer comme un témoignage
que je veux laisser.
Dans le chapitre Kanji (réf)
[les bodhisattvas, s'adressant au Bouddha, disent]: "Nous vous supplions
de ne pas vous inquiéter. Après la disparition du Bouddha,
dans une époque terrifiante et mauvaise, nous irons partout propager
[le Dharma]. Nombreux seront les ignorants qui nous critiqueront et nous
calomnieront, qui nous attaqueront à coup de sabres et de bâtons,
mais nous endurerons tout cela. On verra, dans cette époque mauvaise,
des moines malfaisants, flatteurs et intéressés qui prétendront
être parvenus à un stade d'Eveil qu'ils n'ont pas atteint,
avec orgueil et vanité. Ou bien l'on verra des moines vêtus
de haillons, habiter la forêt et vivre retirés, prétendant
pratiquer la voie authentique et méprisant et regardant de haut
le reste de l'humanité. Avides de profit et de nourriture, ils
enseigneront le Dharma à
des laïcs en robes blanches et seront respectés et révérés
par le monde comme des arhats dotés
des six pouvoirs mystiques. Ces
hommes malfaisants, constamment préoccupés par les affaires
mondaines, se feront passer pour de pieux ermites dans la forêt
et prendront plaisir à critiquer nos fautes... Sans cesse, ils
iront parmi les gens du peuple, en s'efforçant ainsi de nous calomnier.
Ils s'adresseront aux souverains, aux hauts dignitaires, aux brahmanes
et aux grands bienfaiteurs du bouddhisme ainsi qu'aux autres moines, nous
calomniant et disant du mal de nous en ces termes: "Ce sont des hommes
aux vues erronées qui professent des principes non-bouddhiques!"...
Durant un kalpa impur, à une époque
mauvaise, bon nombre de phénomènes terrifiants se produiront;
les démons s'empareront des autres et se serviront d'eux pour nous
dénigrer, nous insulter et nous couvrir d'opprobre... Les mauvais
moines de cette époque impure, incapables de comprendre les moyens
salvifiques [utilisés par le Bouddha], la façon dont
il enseigne le Dharma [aux hommes] en fonction
de leurs capacités, s'opposeront à nous en nous insultant
et en nous montrant des visages furieux. Nous serons bannis encore et
encore."
Dans le huitième volume du Hokke
Mongu Ki, Zhanlan fait
le commentaire suivant: "Ce passage décrit trois groupes de
personnes arrogantes. Une première partie désigne les personnes
aux vues erronées. Elle décrit l'arrogance et la présomption
des personnes ordinaires. La deuxième partie expose l'arrogance
et la présomption de certains moi |