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Avant-propos
Le penseur réformateur Nichiren (1222–1282)
peut être considéré comme un des fondateurs les plus
progressistes parmi les écoles bouddhistes de Kamakura.
Dans ses écrits il a, en effet, fermement mis en avant la capacité
des femmes de parvenir à la boddhéité. (réf.)
Cet article se propose d'examiner la vision des femmes par Nichiren. Celui-ci
s'appuie sur les 28 chapitres XXVIII du Sutra
du Lotus de Gautama Shakyamuni, dans la traduction du sanskrit
en chinois de l'éminent érudit Kumarajiva,
en 406. Le but de l'article est double: tout d'abord, recenser les doctrines
sur l'aptitude des femmes à la boddhéité, et les
confronter aux traités de Nichiren qui se positionne en contre-courant
des normes sociales et religieuses du Japon médiéval. Ensuite,
d'examiner les solutions pratiques que Nichiren propose, dans le contexte
social auquel doivent faire face ses disciples femmes.
Atteinte de la boddhéité
par les femmes
Historique dans le bouddhisme japonais
Pendant le Moyen Âge, le bouddhisme japonais connut
des transformations significatives. Le courant bouddhique basé
sur une pratique religieuse plus simple et moins ésotérique
(igyo-do) gagna largement les couches
moyennes de la population. Il redéfinissait également le
rôle des femmes dans le bouddhisme.
Il fallait tout d'abord modifier la relation entre les
Ecoles bouddhistes et le femmes. Il est généralement admis
que les trois premières personnes qui renoncèrent au monde
pour se consacrer à la pratique bouddhique étaient des femmes.
Puis d'autres, très nombreuses, suivirent. Durant la période
de Nara (710-794), les moniales bénéficiaient
des mêmes statuts que les moines.
Cependant, durant la période de Heian
(794–1185), alors que les moines commencèrent à jouer
un rôle plus important dans les affaires du bouddhisme d'Etat, les
obligations officielles des moniales déclinèrent. Ainsi
les nonnes furent exclues, par exemple, des fonctions publiques dirigeantes
lors des cérémonies gouvernementales et, en même temps,
les possibilités pour l'ordination formelle des femmes disparut,
du fait de la controverse croissante concernant le manque évident
de kaidans spécifiques pour
la réception des préceptes.
Ensuite la tendance à exclure les femmes s'aggrava. Les écoles
Tendai et Shingon,
instaurèrent pour les prêtres officiellement ordonnés
des quotas annuels de retraites en montage avec un sévère
régime d'ascèse. Cala aboutit à la quasi-disparition
des femmes dans ces écoles. Il s'ensuivit une nette diminution
de moniales officiellement ordonnées. Les couvents existants furent
soit fermés soit convertis en monastères pour hommes. Les
femmes, de plus en plus rejetées par leur homologues masculins
sous prétexte d"impureté", furent interdites dans
les lieux sacrés et les aires de dévotion (nyonin-kinsei,
nyonin-kekkai).
Malgré cela, des documents historiques montrent
qu'un nombre important de femmes de l'aristocratie de la période
Heian, commencèrent à
se retirer du monde, pour se faire nonnes, sans aucune ordination formelle,
mettant en évidence le fait que globalement le bouddhisme comptait
plus d'adeptes dans la population féminine. De fait, certaines
femmes de l'époque jouissaient de positions relativement autonomes
dans la société médiévale japonaise, en dépit
des restrictions concernant leurs activités sociales. Beaucoup
assumaient entièrement la responsabilité de leur foyer,
adoptaient et élevaient seules les enfants, succédaient
à leur maris défunts en tant que chefs de famille ou bien
héritaient des droits de disposer de leur propriété.
On connaît quelques cas de donations personnelles aux temples ou
à des prêtres.
Le nouveau bouddhisme s'implanta dans ce contexte social
et le rôle que jouèrent les femmes dans son développement
est particulièrement évident dans l'Ecole nichirenienne.
Les femmes ont constitué une proportion importante des disciples
de Nichiren qui leur adressa un grand nombre de lettres. Bien que gérées
par des prêtres hommes, les communautés comportaient des
disciples laïcs des deux sexes. Et les disciples femmes étaient
respectées en tant qu'individus ayant fait la démarche pour
adhérer à l'école de Nichiren. (réf.)
Ces femmes peuvent être divisées en deux
groupes: les femmes plénement intégrées dans la société
(femmes mariées), et d'un autre côté les ama
(nonnes laïques). Parmi les premières on compte Nichimyo
Shonin, l'épouse de Shijo
Kingo et Nichinyo; de même
les épouses d'Ikegami Munenaka
et Ikegami Munenaga. Parmi les nonnes
laïques il y a Sennichi, Nii-ama,
Oama, Myoichi,
Myoshin et Jimyo.
(réf.).
Sur les 447 lettres aux disciples recensées par Kansho Kuwana de
l'université de Minobusan, 90 (plus d'un cinquième) sont
adressées aux femmes. Parmi les 124 mandalas (Gohonzon),
objets de vénération en bois inscrits par Nichiren et conférés
nommément à des personnes ayant prouvé leur foi,
19 le furent à des disciples prêtres et 47 à des croyants
laïcs; on ne connaît pas la destination de 59 restants. Sur
les 47 conférés à des laïcs 15 (c'est à
dire 30%) l'ont été à des femmes, contre 32 à
des hommes. Kuwana estime que cette répartition prouve à
quel point Nichiren était engagé dans la conversion et la
formation des femmes. (réf.)
En examinant le point de vue de Nichiren sur les femmes, il est important
de distinguer deux points clés: sa corroboration doctrinale de
la capacité des femmes de parvenir à la boddhéité
(l'affirmation du droit des femmes à la libération spirituelle),
et les conseils pratiques dans le cadre des contraintes sociales de son
époque.
La misogynie bouddhiste et la réponse de
Nichiren
Comme le signale Masayuki Taira de l'université
d'Osaka, l'entrée dans le Moyen Âge japonais marque la fin
de l'égalité entre hommes et femmes et le début d'une
période de misogynie sociale ancrée dans le religion. Dans
la période de Kamakura (1185–1333), les nonnes ayant reçu
une ordination formelle était rares alors que le nombre de nonnes
laïques augmentait. Dans la plupart des cas les femmes étaient
traités en sujets nécessitant une aide salvatrice. (réf.)
Les racines de la misogynie bouddhiste sont profondes
et s'expliquent, en partie, par le contexte socioculturel et les préjugés
à l'encontre des femmes dans l'Inde de Shakyamuni. La première
mention
de la misogynie bouddhiste doctrinale remonte au premier schisme du Sangha
qui s'est produit un siècle environ après le parinirvana
du Bouddha. Elle est également la plus pernicieuse car elle dénie
aux femmes toute capacité d'Eveil. Cette doctrine, henjo nanshi
en japonais, stipule qu'une femme ne peut parvenir au salut spirituel
tant qu'elle ne s'est pas transformée en homme, soit au sens littéral
attesté par une assemblée publique, soit au sens symbolique
en renonçant au monde et devenant moniales.
La doctrine de henjo nanshi, diffusée par le clergé et les
temples bouddhistes s'est largement répandue et fut assimilée
par la société au point de figurer dans les chansons populaires
comme l'atteste le Ryojin hisho (Sélection secrète
de grains de poussière) compilé vers 1169 (Le Japon
de Kodanasha : Encyclopédie illustrée) (réf.).
Cette assimilation était grandement facilitée par des facteurs
socioculturels inhérents au Japon, et plus tard par l'introduction
du sutra Ketsubon (sutra des menstruations)
que nous examinerons plus loin en détail. Nichiren était
parfaitement au courant de cette doctrine, comme le prouve sa critique
d'une pratique shingon durant la période
Kamakura: "Depuis l'année dernière
les maîtres shingon de Kamakura effectuent des rituels pour
transformer les fœtus féminins en fœtus mâles…
Plus de 700 à 800 maîtres shingon du To-ji de Kyoto ou du
Tendai ont effectué les grandes cérémonies henjo-nansi-no-ho
ainsi que les cérémonies secrètes, mais en vain."(réf.)
(voir
le gosho en anglais)
Dans une lettre intitulée Nyonin
jobutsu sho (Atteinte de la boddhéité par les
femmes) (réf.),
Nichiren nous montre un exemple de la misogynie du bouddhisme de son temps
et cite des passages des nombreux écrits d'avant le Sutra du
Lotus :
Dans les enseignements d'avant le Lotus, les femmes
sont fortement décriées. Le Sutra de la Guirlande des
Fleurs (Kegon) dit
: "Les femmes sont des messagers de l'enfer, capables de détruire
les graines de la boddhéité. Elles peuvent prendre l'apparence
de bodhisattva, mais, dans leur coeur, elles sont comme des démons
yaksha. Le Sutra de la femme argentée dit : " Même
si les yeux de tous les bouddhas du passé, du présent et
du futur devaient tomber à terre, une femme ne pourrait pas devenir
bouddha. Les femmes sont affligées de cinq obstacles et trois obéissances
à cause de leurs profonds péchés. Les écritures
bouddhiques révèlent ces cinq obstacles, les écritures
non-bouddhiques enseignent les trois obéissances: quand elle est
jeune, elle doit obéir à ses parents, à sa maturité
elle doit obéir à son mari et quand elle est vieille, elle
doit obéir à ses fils. Elle ne peut pas réaliser
ses désirs quel que soit le stade de sa vie. Dans ses désirs
réalisés Rong
Qiqi note celui
de ne pas être né femme. Le Grand maître Zhiyi écrit
: "Les autres sutras prédisent la boddhéité
seulement pour les bodhisattvas mais non pas pour les deux véhicules,
ni pour les femmes." Il souligne qu'aucun sutra à part le
Lotus n'a prédit la boddhéité pour les femmes. La
représentation des femmes comme étant en dehors du salut
et condamnées à une éternelle misère est un
thème commun à de nombreux écrits anciens aussi bien
bouddhistes que non bouddhistes.
Nichiren le note dans une autre de ses lettres, le Daimoku
du Sutra du Lotus :
Quant aux textes
bouddhiques, on lit dans le Sutra
Kegon, premier enseignement important exposé par le Bouddha
après son Eveil: "Les femmes sont des messagers de l'enfer,
capables de détruire les graines de la boddhéité.
Elles peuvent prendre l'apparence de bodhisattva, mais, dans leur coeur,
elles sont comme des démons yaksha."
Et dans le Sutra du Nirvana,
le dernier enseignement du Bouddha qu'il exposa dans le bosquet
de shala, il est dit : "Tous les fleuves et les ruisseaux sont
inévitablement sinueux et tortueux et toutes les femmes sont inévitablement
inconstantes et fourbes." Il y est dit encore: "Les désirs
et les illusions de tous les hommes d'un kalpa
majeur ne pèsent pas plus lourd que l'entrave
karmique d'une seule femme." [...] Parlons maintenant des femmes.
On trouve, dans les textes bouddhiques aussi bien que non bouddhiques,
de graves critiques à leur encontre. Les ouvrages intitulés
Les Trois Recueils et Les Cinq Canons, qui décrivent
le règne des Trois Augustes
et Cinq Empereurs de la Chine ancienne, les qualifient d'inconstantes
et de fourbes. Ainsi, on prétend que Trois
femmes maléfiques furent à l'origine d'un désastre.
Ce sont des femmes que l'on rendit responsables de la chute d'un pays
et de son peuple. […] Et dans le Sutra
du Nirvana, le dernier enseignement du Bouddha qu'il exposa dans
le bosquet de shala, il est dit : "Tous
les fleuves et les ruisseaux sont inévitablement sinueux et tortueux
et toutes les femmes sont inévitablement inconstantes et fourbes."
Il y est dit encore: "Les désirs et les illusions de tous
les hommes d'un Système de mondes majeur ne pèsent pas plus
lourd que l'entrave karmique d'une seule femme." […] Ce passage
du Sutra du Nirvana dit que, de même que toutes les rivières
et les ruisseaux font des détours, toutes les femmes sont tortueuses
et retorses. Parce que l'eau est liquide, lorsqu'un objet solide comme
un roc ou une montagne lui barre la route, elle se divise en deux bras,
passant tantôt ici, tantôt là. Le sutra dit qu'il en
va de même des femmes, et les compare à l'eau. Leur esprit
est malléable et indécis. Même lorsqu'elles croient
qu'un certain cours est juste, si elles butent sur l'opposition déterminée
d'un homme, comme l'eau bloquée par un barrage, elles prennent
une direction différente. Des dessins faits sur l'eau, il ne subsiste
pas trace. Elles pensent d'une certaine manière à un moment
donné, quitte à être plus tard d'un avis entièrement
différent. Or, la caractéristique principale du Bouddha
est l'honnêteté et la droiture. Des femmes au comportement
tortueux ne pourront donc jamais devenir bouddha." (réf.)
Nichiren réfute systématiquement ces allégations
en les comparant aux passages du Sutra du Lotus qui affirme que
les femmes ont la capacité de parvenir à l'Eveil. La réfutation
de la misogynie est un thème récurrent des écrits
de Nichiren, ainsi que ses affirmations que les femmes peuvent parvenir
à l'Eveil. Par exemple, dans le passage suivant du Daimoku
du Sutra du Lotus Nichiren décrit comment le Sutra
a le pouvoir de conférer l'Eveil aux femmes :
Bien
que tous les êtres féminins soient ainsi décriés
dans divers sutras, le bodhisattva Manjushri
n'eut pas plutôt prononcé le seul caractère Myo qu'une
femme devint instantanément bouddha. [...]
Ainsi le passage qui dit, dans
le premier sutra du Bouddha, que "les femmes sont capables de détruire
les graines de la boddhéité" et celui de son dernier
enseignement, dans le bosquet de shala, qui les déclare, "comme
les fleuves et les ruisseaux, inévitablement sinueuses et tortueuses"
furent totalement contredits, et le miroir, ou la carapace de tortue divinatoire
du Sutra Gonjikinyo et du Daichido
Ron se révélèrent des absurdités.
Chishaku et Shariputra
durent tenir leur langue et fermer la bouche, tandis que tous les êtres,
humains et célestes, présents dans la grande assemblée
qui écoutait l'enseignement du Sutra du Lotus, joignirent
leurs mains en prière, transportés de joie. Tel est le pouvoir
du seul caractère Myo.(réf.)
Il semble que Nichiren ait pris un intérêt
particulier à souligner que les "cinq
entraves et trois obéissances" ne condamnaient pas les
femmes à vivre une vie d'esclaves. Il écrit, par exemple,
dans sa lettre à la nonne laïque Konichi
(réf.)
: "Les cordes qui vous lient aux trois obéissances
seront dénouées dans votre vie présente et les cinq
entraves ont déjà disparu. La lune dans votre esprit brille
sans nuages et les impuretés de votre corps ont été
totalement éradiquées.
Vous êtes un bouddha sous votre forme actuelle. Comme cela est digne
de vénération!"
Et, comme il ajoute dans une autre lettre, la clef pour libérer
ses disciples femmes des chaînes imposées par la religion,
est le Sutra du Lotus :
Les femmes sont accablées
par les cinq entraves et les trois obéissances et il est dit que
leurs péchés sont profonds. […] C'est pourquoi les
femmes sont méprisées dans les textes bouddhistes et non-bouddhistes.
Et pourtant, grâce au Sutra du Lotus, même si elles
n'ont jamais lu ou copié ce texte, les femmes qui le reçoivent
et gardent dans leur corps, leur bouche et leur esprit, et tout spécialement
celles qui récitent Namu Myoho Renge Kyo, seront capables d'atteindre
la boddhéité, comme le firent la fille
du Roi-Dragon, Gautami et
Yashodhara qui ont vécu
en même temps que le Bouddha. (réf.)
Etant donné la condamnation portée contre
les femmes, la position de Nichiren n'a pu que faire naître un grand
sentiment d'espoir parmi les femmes-disciples de Nichiren:
Quand moi, Nichiren, je lis les
sutras autres que le Sutra du Lotus, je n'ai pas le moindre désir
de devenir une femme. Un sutra condamne les femmes comme des émissaires
de l'enfer. Un autre les décrit comme de grands serpents. Un autre
encore les compare à des arbres courbés et tordus. Et il
y a même un sutra qui les décrit comme des personnes ayant
brûlé les graines de la boddhéité.
(L'unité
de mari et femme) (réf.)
Et il poursuit, en affirmant que c'est seulement dans le Sutra du
Lotus qu'on peut lire qu'une femme qui se consacre à ce Sutra
surpasse tous les hommes. (réf.)
Nichiren rejette le point de vue traditionnel qui dénie aux femmes
le salut spirituel du fait de leur sexe. Il traite de la même façon
ses disciples hommes ou femmes en ce qui concerne leur capacité
d'Eveil et parle souvent dans ses écrits de l'atteinte de la boddhéité
par les femmes. Le texte principal qu'il cite pour étayer sa position
est le Chapitre XII du Sutra du
Lotus, appelé Chapitre
Devadatta, d'après le nom du cousin de Shakyamuni et son
persécuteur avéré. Ce chapitre contient la parabole
que Nichiren estime essentielle, celle de la fille-du
Roi-Dragon. Il décrit dans Nyonin jobutsu sho (réf.)
comment Shariputra, qui passait
pour le disciple le plus sage de Shakyamuni et le bodhisattva Prajnakuta
s'interrogent sur sa capacité d'Eveil dans l'optique des enseignement
pré-lotusiens. Les réserves qu'ils expriment sont réfutées
lorsque la fille du Roi-Dragon, âgée de huit ans, apparaît
devant le Bouddha et ses auditeurs et reçoit de Shakyamuni la prédiction
qu'elle atteindra la boddhéité sans changer d'apparence,
afin de propager le Sutra du Lotus, et cela non seulement
en tant que femme, mais aussi en tant qu'animal et enfant. Pour Nichiren,
l'Eveil de la fille du Roi-Dragon est significatif :
En parvenant à la boddhéité,
la fille du Roi-Dragon a ouvert la voie de l'Eveil à toutes les
femmes dans les âges à venir (Traité
pour ouvrir les yeux)
(réf).
Dans un autre de ses goshos, Nichiren
expose ce qui fonde son jugement sur les femmes :
Est-ce que cette interprétation ne rend pas
évident que parmi tous les enseignements du Bouddha durant sa vie
le Sutra du Lotus est le plus élevé et de tous les enseignement
celui sur la boddhéité des femmes est le plus important.
C'est pourquoi, bien que les femmes du Japon soient condamnées
par les autres sutras, du moment que le Sutra du Lotus leur garantit
l'Eveil, ont-elles encore des raisons d'être découragées?(Le
sutra permettant véritablement d'honorer sa dette).
(réf)
Et dans le Nyonin jobutsu sho il écrit
: Différents sutras d'avant le Lotus
dénient aux femmes la capacité d'atteindre la boddhéité
qu'elles appartiennent au monde-état
humain ou céleste. Cela est d'autant plus merveilleux que la
fille du Roi-dragon ait atteint la boddhéité sans avoir
besoin de changer d'apparence alors quelle appartenait au monde-état
animal en rétribution du non respect des préceptes.
(réf)
et L’exemple de l’Eveil dès
ce corps est celui de la fille du roi dragon (L’ouverture
des yeux des images sculptées ou peintes) (réf.)
La conclusion essentielle qui en découle est que
les femmes n'ont pas besoin de changer d'apparence pour atteindre
la boddhéité. Et Nichiren ajoute :
Le Grand-maître
Saicho a déclaré que
le pouvoir du Sutra du Lotus permet à tous les êtres
humains de manifester la boddhéité. Il affirma cela parce
que même la fille du Roi-dragon
réussit à atteindre la boddhéité grâce
au pouvoir du Sutra du Lotus.(La
phrase unique et essentielle) (réf.)
Il affirme également:
La fille du Roi-dragon, âgée de huit
ans, sans quitter son apparence reptilienne, obtint le fruit merveilleux
de la boddhéité dans le royaume du Sud. Cela rend donc
encore plus vraisemblable la possibilité, pour les femmes, nées
dans le monde des humains, de l'obtenir aussi! (Conversation
entre un sage et un ignorant) (réf.)
Le point crucial ici est le corps féminin. La fille-dragon se transforme
en un être masculin s'étant présenté devant
Shakyamuni et son Assemblée,
et dans la Terre Vimala du Sud
elle apparaît en tant qu'être Eveillé, qu'être
femelle, animal et enfant. Du point de vue de Nichiren, sa transformation
en être masculin n'est pas d'ordre biologique ou physiologique,
mais porte une connotation sociale et culturelle. Il est convaincu que
les différences physiques n'interviennent d'aucune façon
dans la libération bouddhique.
Le concept de l'atteinte de la boddhéité sans changer d'apparence
(sokushin jobutsu) était
basé sur la doctrine d'ichinen
sanzen, "3000 mondes en un seul instant de vie". Cette doctrine
enseigne que la vie possède d'infinies possibilités qui
peuvent se manifester en un seul instant. C'est pourquoi Zeho Miwa, Maître
de Conférences à l'université de Minobusan estime
obsolète la nécessité de changer de forme pour atteindre
la boddhéité (réf.)
Nichiren écrit:
Dans les divers sutras du Hinayana,
antérieurs au Sutra du Lotus, on dénie aux femmes
toute possibilité d'atteindre un jour la boddhéité.
Dans les sutras du Mahayana autres
que le Sutra du Lotus, il semblerait que les femmes puissent
atteindre la boddhéité. Mais elles ne pourraient le faire
qu'après avoir changé d'apparence. Il ne s'agit donc pas
de l'atteinte immédiate de la boddhéité qu'implique
le principe d'ichinen sanzen.
C'est une possibilité théorique, non concrétisée.
La fille du Roi-dragon est, comme le dit le texte, "un exemple qui
vaut pour toutes les autres." La fille du Roi-dragon, en devenant
bouddha, rendit possible l'atteinte de la boddhéité par
toutes les femmes aux époques ultérieures. (Traité
pour ouvrir les yeux)
(réf.)
Il faut rappeler ici quelques réserves émises
parfois à l'égard du XIIe
chapitre du Sutra du Lotus qui est considéré
comme étant différent des autres 27 du fait qu'il a probablement
été rajouté plus tardivement. Mais dans le chapitre
Exhortation à la sauvegarde
qui suit immédiatement le chapitre Devadatta,
Shakyamuni déclare que sa tante et mère nourricière,
deviendra l'Ainsi-Venu Sarvasattvapriyadarshana
(Vision de joie pour Tout Etre) et que Yashodhara,
la mère de Rahula, fils de Shakyamuni
deviendra l'Ainsi-Venu Rashmishatasahasrapari puranadhvaja
(Parfaitement Muni des Dix Millions de Marques de Lumière). De
même les dix filles-démones
qui appartiennent au monde-état des esprit
faméliques (preta) atteignent
également la boddhéité.
En donnant ces exemples de la réalisation de l'Eveil
qui ne se trouvent que dans le Sutra du Lotus, Nichiren conclut que les
femmes devraient tout particulièrement suivre ses enseignements
car elles n'ont pas besoin de renaître en hommes. (réf.)
Il rejette ainsi le principe de henjo nanashi
qui prétend le contraire, et s'appuie sur la philosophie qu'impliquent
ces exemples pour traiter de façon égale les hommes et les
femmes, ne tenant compte que de leur capacités spirituelles et
de leur foi dans le Sutra du Lotus. Dans une de ses lettres,
il avertit ses disciples:
Il ne faut pas faire de discrimination entre ceux
qui propagent les cinq caractères de Myoho Renge Kyo, qu'ils soient
hommes ou femmes dans la période des Derniers
jours du Dharma. S'ils n'étaient pas les bodhisattvas
Surgis de Terre, ils ne pourraient pas réciter daimoku
(selon Nichiren récitation du pouvoir salvifique essentiel du Sutra)
(La véritable
réalité de la vie ) (réf.)
En conclusion, c'est la foi qui est déterminante et non le sexe:
Le Bouddha considère sûrement toutes
les personnes qui adhèrent au Sutra du Lotus, qu'elles
soient hommes ou femmes, moines ou laïcs, comme les seigneurs de
tous les êtres vivants. (L'unité
de mari et femme) (réf.).
Et Nichiren écrit encore:
Toute personne, religieuse ou laïque, homme ou femme, qui enseigne
à d'autres une seule phrase du Sutra du Lotus, est sans
conteste l'envoyé du Bouddha.
(Un vaisseau
pour traverser l'océan des souffrances) (réf.)
Par ailleurs, Nichiren estimait qu'une personne n'était pas condamnable
pour son karma négatif s'exprimant dans la féminité
mais à cause de l'offense faite au Dharma par la calomnie du Sutra
du Lotus. Car c'est cela qui crée les causes profondes qui
font qu'une personne naît dans telle ou telle société
et culture qui lui imposent des règles discriminatoires
(réf.).
En réalité, comme on l'a dit plus haut, il estimait que
ses disciples femmes étaient meilleurs que leurs pairs hommes lorsqu'elle
devenaient les envoyées du Sutra
du Lotus, se dévouant à la pratique et la propagation:
C'est seulement
dans le Sutra du Lotus que nous lisons qu'une femme qui pratique
ce Sutra, non seulement surpasse toutes les autres femmes, mais dépasse
également tous les hommes.
(L'unité
de mari et femme)
(réf.).
Les enseignements de Nichiren sur l'efficacité du Sutra du
Lotus pour les femmes lui ont assuré la fidélité
des femmes de son petit groupe de disciples comme le montre la lettre
à la nonne Sennichi :
Au 6e jour
du 7e mois, sous le signe cyclique
tsuchinoe-tora, dans la 1re année de l'ère
Koan [1278], une personne du nom de Sennichi-ama, de la province de Sado,
m'a fait parvenir une lettre ici, en ce lieu écarté de montagne,
au mont Minobu, dans le village
d'Hakiri de la province de Kai, au Japon, par l'intermédiaire d'Abutsu-bo
son mari. Dans cette lettre elle dit qu'elle s'était auparavant
préoccupée des fautes et des entraves
interdisant la boddhéité aux femmes mais que, puisque Nichiren
enseigne que le Sutra du Lotus accorde la plus haute importance
à l'atteinte de la boddhéité par les femmes, elle
fait pleinement confiance à ce Sutra.
(Le sutra
permettant véritablement d'honorer sa dette) (réf.).
Sennichi et son mari, Abutsu-bo, aidèrent Nichiren pendant son
exile à l'île de Sado en
1271, lui fournissant la nourriture et d'autres objets de première
nécessité jusqu'à ce qu'il soit gracié trois
ans plus tard. Ils continuèrent à lui faire des dons lorsqu'il
s'installa au mont Minobu en 1274.
Nichiren appréciait la sincérité de Sennichi,
écrivant qu'elle était une réincarnation de sa mère;
il lui offrit dix volumes du Sutra du Lotus en reconnaissance
de sa forte croyance.
Sennichi était l'une des nombreuses
disciples-femmes que Nichiren estimait pour leur foi et leur dévouement.
D'autres, comme Nichimyo, ont été
honorées par Nichiren du titre de sage, ou personne vénérable
(shonin) (réf.).
Position des contemporains de Nichiren
Quelles étaient les points de vue des contemporains
de Nichiren concernant l'atteinte de la boddhéité par les
femmes? Examinons brièvement les positions de Shinran
(1173-1262), fondateur de la Jodo Shinshu
et de Dogen (1200–1253), fondateur
de la Sotoshu.
Pour un moine de son temps, la position de Shinran
était unique, au vu de l'exposé qu'il fit de son "oracle".
Il parle de la révélation reçue en rêve du
bodhisattve Kuse-Kannon concernant les relations
sexuelles avec les femmes (réf.).
Il vivait avec une épouse, Eshinni,
en rupture avérée avec les prescriptions bouddhistes pour
les moines. Mais malgré la violation audacieuse des conventions,
Shinran a rarement abordé les relations hommes/femmes, que ce soit
dans ses écrits, ses traités ou lettres à des disciples-femmes,
ce qui conduit à penser qu'il ne s'est jamais penché sur
ce problème.
Il existe toutefois des témoignages littéraires sur la boddhéité
potentielle des femmes émanant de la Jodo
Shinshu fondée par Shinran. Le 10ème hymne de la
Terre Pure du Grand
Sutra de la Vie Infinie du Bouddha (Jodo wasan; stances
rimées écrites dans une langue clairement compréhensible
et à visée prosélyte) :
La compassion du Bouddha
Amida est large et profonde
Sa sagesse manifeste son pouvoir merveilleux dans ce monde
Il a fait le vœu de transformer les formes féminines en masculines
Pour permettre aux femmes d'atteindre la boddhéité.
(réf.)
Cet hymne est présenté comme étant "l'esprit
du 35 vœu des 48 vœux de Hozo biku
(nom d'Amida dans une vie antérieure)
dans le Grand Sutra de la Sie Snfinie du Bouddha. C'est le vœu
relatif à la boddhéité des femmes. Ainsi, selon le
bouddhisme de la Jodo Shinshu, une femme
doit renaître en tant qu'homme, pour que sa boddhéité
se manifeste. C'était là, vraisemblablement, un héritage
de Honen. De plus, le 3ème hymne
du Shandao Dashi (Zendo daishi), Hymnes des Maîtres de
la Terre Pure (Jodo koso wasan) dit :
Si on ne prend pas
refuge dans les Vœux du Bouddha Amida
Le cinq entraves ne pourront pas être déliées
Et les formes féminines ne seront pas transformées
Durant cent et dix millions de kalpas.
(réf.)
Conformément à la doctrine de tariki
hongan (pouvoir de l'autre), les femmes, à cause de leurs graves
péchés, pourront renaître dans la Terre Pure seulement
grâce à la bonté absolue d'Amida.
Dogen offre un contraste
intéressant, ayant commencé comme un ardent avocat de l'égalité
des sexes et rejetant les cinq entraves
et trois obéissances ainsi que l'exclusion des femmes de la
célébration des rites. Dans un passage du vol. 28 de son
Shobo genzo (Trésors de la Compréhension du Vrai
Dharma), il écrit :
"L'espace est l'espace. Les quatre éléments sont les
quatre éléments. Les cinq agrégats sont les cinq
agrégats. Il en est de même pour les femmes. Il n'y a pas
de différence entre hommes et femmes en ce qui concerne la Voie.
Le statut dépend uniquement de la pratique de la Voie bouddhique
en non pas de la différence entre les sexes. C'est là le
principe essentiel de la Voie bouddhique" (réf.)
Dogen a également
dirigé des critiques acerbes contre l'exclusion sexiste des femmes
de sites rituels par les Ecoles bouddhistes Tendai
de Kyoto: "Il y a une chose parfaitement ridicule au Japon. Il existe
des temples et des sanctuaires considérés comme sacrés
et où les femmes, nonnes ou laïques, n'ont pas le droit d'entrer.
Cet état de choses dure depuis longtemps et personne ne reconnaît
cela comme erreur" (réf.).
Cependant, il s'avère que Dogen est
revenu de ses premières convictions vers l'époque où
il a fondé le temple Eihei-ji
et qu'il a commencé à accorder plus d'importance à
l'ordination formelle et la distinction des sexes:
"C'est seulement en renonçant au monde séculier et
en recevant les préceptes que l'on peut atteindre la Voie. Etre
ordonné prêtre est un mérite inestimable car cela
est conforme au Dharma universel des bouddhas. Les sutras de Shakyamuni
parlent de l'atteinte de la boddhéité par les laïcs
mais ce ne sont pas des enseignements corrects. Ils parlent également
de l'atteinte de la boddhéité par les femmes, mais ce ne
sont pas des enseignements corrects. L'enseignement suprême du Bouddha
est l'atteinte de la boddhéité par ceux qui ont renoncé
au monde séculier" (réf.).
On peut noter qu'après avoir écrit cela au temple Eiheiji,
Dogen n'a plus jamais réparlé de la potentialité
de boddhéité chez les femmes (réf.).
N.d.T. : voir le site http://www.buddhaline.net/spip.php?article166
"Les femmes dans l’histoire du zen"
Souillure par le sang
L'un des facteurs déterminant pour le déni
de la boddhéité des femmes était la notion d'impureté.
Elle servit de prétexte à leur exclusion du bouddhisme japonais
et à la misogynie religieuse. La notion d'impureté rituelle
(kagare) existait depuis les temps anciens.
Mais son emprise sur la culture japonaise a crû en importance depuis
le milieu de la période Heian
et se renforça encore davantage pendant l'époque médiévale.
Alors que la souillure par le contact avec la mort s'appliquait tant aux
hommes qu'aux les femmes, l'impureté par le sang était étroitement
associée à la féminité en tant que conséquence
de fonctions physiologiques telles que l'accouchement et la menstruation.
Au cours du temps c'est le sexe féminin lui-même qui a été
considéré comme impur.
L'aversion pour l'impureté s'installa d'abord
au Palais impérial et parmi les courtisans, mais très vite
elle s'étendit au-delà de la Cour, influençant la
caste des guerriers samouraï
puis toute la population de Kyoto, puis de tout le Japon. La croyance
en l'impureté rituelle s'encra fermement dans la société
toute entière et persista pendant les 700 ans, du Moyen Âge
japonais (1185 - 1868) (réf.).
Le Ketsubon Kyo (littéralement Sutra
des menstruations) est un texte qui s'est d'abord répandu en Chine
et qui se prétendait d'origine bouddhiste. Il fut introduit au
Japon durant la période Muromachi
(1392–1573) et plusieurs versions en furent popularisées
jusqu'à nos jours. Ce texte affirme que le sang répandu
par une femmes lors des menstruations et de l'accouchement offense le
dieu du sol et de l'eau, et qu'en lavant son linge souillé dans
les ruisseaux et rivières les femmes polluent non seulement l'eau,
mais profanent le thé offert aux sages. Pour ce péché,
après la mort, les femmes sont châtiées en tombant
dans "l'Enfer de la Mare au Sang" (réf.).
Leurs organes et fonctions physiologiques étaient ainsi devues
synonymes d'impureté religieuse et
pour finir cette doctrine a été intériorisée
par le psychisme féminin japonais.
Le professeur Aiko Ogoshi de l'université Kinki
note, quant à lui, que ce n'est pas à cause de leur impureté
menstruelle que les femmes étaient méprisées. C'est
le schéma sémantique religieux lui-même qui les a
doté d'impureté rituelle et la pollution par le sang aurait
été avancée comme justification de leur dégradation
et exclusion. Les corps des femmes échappent au contrôle
à cause de leur énergie sexuelle excessive. Si bien que
dans le schéma des valeurs religieuses qui définit le sacré
et le profane, les femmes sont considérées comme profanes.
Le danger qu'elles représenteraient ainsi a été hypertrophié
afin de les cantonner dans des tâches séculières.
Tous les discours pour dénigrer les femmes ne seraient rien de
plus qu'un "mécanisme de violence" résultant de
déceptions à divers niveaux et dont le but serait de dégrader
les femmes en toute légitimité. (réf.).
En tout état de cause, il était naturel pour les femmes
disciples de Nichiren de subir ce "mécanisme de violence"
et de solliciter des conseils pour le concilier avec leur foi. L'épouse
de Hiki Yoshimoto, par exemple, demande dans
une lettre à Nichiren, comment elle doit pratiquer pendant ses
règles, étant donné l'opprobre attaché communément
à cette fonction physiologique. Il lui répond dans la lettre
intitulée Sur la récitation
des chapitres Hoben et Juryo :
Dans votre lettre, vous dites aussi que, trois fois
par jour, vous vous inclinez respectueusement devant les sept caractères
du daimoku, et que chaque jour
vous répétez dix mille fois les mots Namu ichijo myoden.
Mais que, dans votre période d'indisposition mensuelle, vous vous
abstenez de réciter le Sutra. Vous demandez s'il est suffisant,
à ce moment-là, de réciter daimoku et Namu ichijo
myoden sans faire face à l'objet de vénération. Vous
demandez aussi si vous devriez vous abstenir de réciter le Sutra
strictement pendant la période de vos règles, ou, sinon,
combien de jours après la fin de cette indisposition vous devriez
attendre avant de reprendre la récitation du Sutra. C'est
une question qui concerne toutes les femmes et qu'elles ne manquent jamais
de poser. Par le passé également, beaucoup se sont intéressés
à ce problème particulier aux femmes. Mais parce que les
enseignements sacrés exposés par le Bouddha de son vivant
ne mentionnent rien à cet égard, personne n'a jamais pu
fonder sa réponse sur des preuves écrites (réf.).
La réponse de Nichiren est un rejet sans équivoque du concept
d'impureté rituelle lors des menstruations:
Dans l'étude que j'ai faite moi-même
des enseignements sacrés, j'ai bien trouvé certaines interdictions
explicites concernant la consommation d'alcool, de viande ou des cinq
mets épicés, et certains actes sexuels, considérés
comme impurs à certaines dates spécifiques du mois, mais
je n'ai jamais trouvé aucun passage des sutras ou des traités
faisant état de restrictions liées à la menstruation.
Du vivant du Bouddha, beaucoup de femmes dans la fleur de l'âge
sont devenues nonnes et se sont consacrées au Dharma bouddhique,
mais elles ne furent jamais tenues à l'écart pendant la
période de leurs règles. En m'appuyant sur cela, je dirais
que les règles ne sont pas une forme de pollution venue de l'extérieur.
Elles sont simplement inhérentes à la condition féminine,
un phénomène lié à la perpétuation
de la graine de la naissance et de la mort. Ou, en un autre sens, on pourrait
comparer ce phénomène à la récurrence d'une
sorte de maladie chronique. Pour ce qui est des excréments, par
exemple, il s'agit aussi de substances produites par le corps, mais si
l'on respecte des habitudes de propreté, il n'y a pas d'interdictions
particulières les concernant. Il en va certainement de même
pour les règles (réf.).
Après cette mise au point, Nichiren suggère toutefois que
pendant cette période sa pratique peut être simplifiée
en accord avec le principe de zuiho
bini, une adaptation souple et raisonnable aux coutumes locales, à
condition de ne commettre aucun acte offensant le Dharma:
Partant de là, même si vos règles
duraient jusqu'à sept jours, vous pouvez, si vous le désirez,
vous abstenir de réciter le Sutra, et réciter seulement
Namu Myoho Renge Kyo. Et vous pouvez pratiquer sans vous incliner devant
le Sutra.
(réf.).
Dans les chapitres suivants, nous nous pencherons sur la vaste gamme de
conseils pratiques, que Nichiren offrait aux femmes-disciples et qui étaient
adaptés à leur situation personnelle. Ces réponses
montrent à quel point il était attentif et réaliste
dans les questions relevant du quotidien, et cela à une époque
de discrimination sexuelle générale.
La Nature des Femmes
Dans ses écrits, Nichiren fait souvent référence
aux tendances profondes des femmes:
Par exemple lorsqu'une femme est jalouse, une grande
flamme brûle son cœur, son corps rougit et ses poils se hérissent.
Elle tremble de la tête aux pieds et son teint s'allume; ses yeux
s'agrandissent comme ceux d'un chat guettant une souris (réf.).
A l'occasion, il marque la différence entre hommes et femmes. Dans
la Lettre de Sado il
remarque: Les
règles de la société demandent que l'on s'acquitte
d'une grande dette de reconnaissance, parfois même au prix de sa
propre vie. Nombreux sont les guerriers qui meurent pour leur seigneur,
peut-être plus nombreux qu'on ne l'imagine. Un homme mourra pour
défendre son honneur, une femme mourra pour un homme (réf.).
Même lorsque Nichiren décrit les femmes comme dépendantes
des hommes, ce sont davantage des considérations sur les circonstances
sociales de la vie pendant la période
Kamakura, qu'un jugement sexiste. Le passage suivant est souvent cité
comme étant discriminant à l'égard des femmes. Mais,
à la lumière de ce qu'on vient de voir, il serait judicieux
de considérer que c'est là une description du point de vue
dominant dans les sutras bouddhiques autres que le Sutra du Lotus.
La nature des hommes et des femmes diffère
aussi radicalement que le feu qui est chaud diffère de l'eau qui
est fraîche. Les pêcheurs de la côte savent comment
attraper le poisson et les montagnards excellent dans la chasse aux chamois.
Dans les sutras il est dit que les femmes ont l'instinct maternel et sont
possessives, mais aucun sutra ne dit qu'elles ont un grand esprit de recherche
en ce qui concerne le bouddhisme. Le coeur des femmes est comparé
à la brise. Il serait plus facile de contenir le vent que de saisir
le coeur d'une femme. L'esprit d'une femme est comparé à
des figures tracées sur la surface de l'eau, qui ne peuvent durer
qu'un instant. Les femmes sont qualifiées de trompeuses parce qu'il
leur arrive parfois de dire la vérité et parfois de mentir.
L'esprit d'une femme est comparé à une rivière, parce
que toutes les rivières sont sinueuses.(Lettre
à Nichimyo Shonin) (réf.).
Les épouses
Les considérations de Nichiren sur le mariage
sont pleines de bon sens, pertinentes et sensibles non seulement aux problèmes
des femmes mais aussi au rôle qu'elles sont obligées de jouer
en tant que épouses et pratiquantes du bouddhisme. De toute évidence,
les possibilités de choix offertes aux femmes de la période
de Kamakura étaient pratiquement inexistantes en dehors du mariage
et de la maternité. Le mari était, tout naturellement, le
centre de gravité de la vie de la majorité des femmes. Comme
l'atteste sa lettre à Nichmyo, Nichiren
était parfaitement au fait de cette réalité. On pense
que Nichimyo qui avait une fille, Oto,
en bas-âge, était séparée de son mari, mais
on ne sait pas si cette séparation était due au divorce
ou au décès du conjoint. En tous cas, elle demeura fermement
établie dans sa foi, tout en étant mère isolée,
ce qui était assez extraordinaires pour l'époque et provoqua
les louanges de Nichiren:
Un mari est,
en quelque sorte, l'âme de sa femme. Sans lui, elle est sans âme.
A notre époque, même une femme mariée a des difficultés
à vivre. Vous vivez sans mari, mais vous avez plus de courage que
bien des femmes mariées. De plus, vous conservez une foi solide
dans les divinités bouddhiques
et continuez à rendre hommage au Bouddha. Vous êtes donc
véritablement une femme remarquable (La
suprématie du Dharma) (réf.).
Dans une autre lettre, adressée également à Nichimyo,
Nichiren, contredisant la comparaison entre l'esprit de la femme et de
la rivière sinueuse dit :
Il serait plus
facile de rencontrer une personne capable de traverser l'océan
en portant le mont Sumeru sur son front
que de trouver, où que ce soit, une femme semblable à vous.
On pourrait plus facilement trouver une personne capable de faire cuire
du sable et de le changer en riz que rencontrer une femme d'un mérite
égal au vôtre.(réf.).
D'autres passages des lettres montrent à l'évidence que
la vie des femmes de l'époque était construite exclusivement
autour de leur mari. Cependant un examen plus poussé montre que
Nichiren cherchait à affirmer la valeur d'une relation avec une
femme dévouée au Sutra du Lotus. Il écrit
à dame Sajiki :
Une
femme est comparable à l'eau. Elle prend la forme du récipient
qui la contient. Une femme est comparable à une flèche,
elle a besoin d'être ajustée à l'arc pour être
lancée. Une femme est comparable à un bateau qui est guidé
par son gouvernail. Si le mari est voleur, sa femme devient voleuse aussi.
Si le mari est roi, la femme est reine. Si son mari est une personne de
bien qui pratique le Dharma correct elle deviendra bouddha. Non seulement
dans cette vie-ci mais dans les vies futures, son destin est lié
à celui de son mari.
[Votre mari] Hyoe no Saemon est un pratiquant du
Sutra du Lotus. Parce que vous êtes sa femme, quoi qu'il
arrive, le Bouddha doit savoir que vous êtes une pratiquante du
Sutra du Lotus. (L'Offrande
d'un Kimono d'Eté) (réf.)
A un moment où la femme était considérée comme
une propriété, les écrits de Nichren montrent sa
conviction que le mariage devrait être une complémentarité
et un partenariat. Il écrit :
On pourrait comparer l'homme à un pilier
et la femme à une poutre; l'homme aux jambes, et la femme au tronc
d'une personne; ou encore, l'homme aux ailes, et la femme au corps d'un
oiseau. Si les ailes se séparent du corps, comment l'oiseau pourrait-il
voler? Si le pilier s'effondre, comment la poutre pourrait-elle ne pas
s'écrouler sur le sol? Un foyer sans mari est comme une personne
sans âme (Le
trésor d'un enfant dévoué à ses parents)
(réf.)
Et ailleurs il ajoute:
Expliquez tout cela à votre femme, et oeuvrez
en accord avec elle comme le soleil et la lune, comme les deux yeux d'une
personne, ou les deux ailes d'un oiseau. Avec le soleil et la lune, comment
peut-on sombrer dans les voies de l'obscurité? Avec deux yeux,
comment pourrait-on ne pas voir les visages de Shakyamuni, de Taho et
de tous les autres bouddhas de l'univers? Avec une paire d'ailes, vous
volerez et atteindrez en un instant la terre de bouddha du bonheur éternel.
(Les
désirs mènent à l'éveil) (réf.)
Un autre point important est l'accent que Nichiren met sur la responsabilité
de la femme mariée pour orienter et alimenter la foi bouddhique
dans le couple, même si elle doit mécontenter son époux:
Je m'adresse
maintenant à vos épouses: n'ayez jamais de regret, même
si vos maris devaient vous maltraiter à cause de votre foi en cet
enseignement. Si vous unissez toutes deux vos efforts pour les encourager
dans leur foi, vous suivrez la voie de la fille du Roi-dragon et deviendrez
un modèle pour les femmes qui veulent atteindre l'Eveil à
l'époque troublée des Derniers
jours du Dharma.(Lettre
aux Frères) (réf.)
Et:
Quel que soit l'homme que vous épousiez,
s'il s'oppose au Sutra du Lotus, vous ne devez pas le suivre.
(La
suprématie du Dharma) (réf.)
Dans une de ses lettres, Nichiren se réfère à l'exemple
cette femme du Sutra du Lotus qui fait connaître le bouddhisme
à son mari, et la donne comme modèle à suivre:
Le chapitre
Myoshogonno concerne tout particulièrement les femmes, car
il relate de quelle manière une femme a encouragé son mari
à avoir foi dans le Sutra du Lotus. Il en va de même
à l'époque des Derniers jours du Dharma: même si elle
porte un autre nom, une femme qui conduit son mari vers la foi obtiendra
les mêmes bienfaits que Dame Jotoku.
(Grandes
lignes du chapitre Zokurui et d'autres) (réf.)
Il y a aussi ces passages où Nichiren exprime sa gratitude pour
un service, rendu possible grâce aux efforts invisibles de l'épouse:
Le mouvement
des nuages varie selon le pouvoir du dragon.
Et les actions d'un mari sont révélatrices de la force de
son épouse. De même, c'est grâce à votre soutien
que le seigneur Toki est maintenant
venu jusqu'ici me rendre visite.(L'arc
et la flèche) (réf.)
Et :
La femme est comparable à une glycine et
l'homme à un pin. Une glycine ne peut rester debout un seul instant
sans le pin. En cette époque agitée, alors que vous n'avez
même pas de serviteurs sur qui compter, vous avez envoyé
votre mari ici. Cela démontre que votre foi est plus ferme que
la terre, et les divinités de la terre le savent certainement.
(La
Loi de Causalité de la Vie) (réf.)
Bien que beaucoup de lettres de Nichiren concernant le mariage décrivent
comme sacré le lien entre l'homme et la femme, il reste très
pragmatique:
On peut connaître la souffrance des séparations:
souffrir d'être séparé de son maître, de ses
parents, de son mari, de sa femme, et il est impossible de dire que l'une
de ces formes de séparation est moins douloureuse que les autres.
On peut trouver un nouveau maître, ou se consoler d'une rupture
en se remariant. (Lettre
à Konichi-bo) (réf.)
Maternité
Avant d'aborder le sujet, il convient de mentionner que
dans 90% des cas, Nichiren parle de la maternité en même
temps que de la paternité, employant les expressions "père
et mère" ou "la compassion du père et le dévouement
de la mère". Cela est déjà une bonne indication
qu'il croyait à l'association profonde des deux parents, sans en
privilégier aucun. Nichiren était profondément sensible
à tous les sacrifices consentis par les mères et la dette
de reconnaissance que leur devaient les enfants. Il l'illustre de manière
assez émouvante:
Il faut rappeler tout particulièrement la
dette de reconnaissance que nous devons à notre mère, pour
les souffrances qu'elle endure pendant 9 mois, portant l'enfant en son
sein. Son ventre est tendu comme un tambour et son cou oscille comme une
aiguille. Elle expire mais a du mal à inspirer et son teint prend
la couleur de l'herbe flétrie. Lorsqu'elle se couche, son ventre
semble sur le point d'éclater et quand elle est assise, elle ne
trouve pas de position pour relâcher ses membres. Quand le moment
de la délivrance arrive, la douleur est si forte que son bassin
semble se déchirer et ses yeux vous fixent, comme s'ils allaient
lui sortir de la tête et s'envoler dans le ciel. Une
fois qu'elle a réussi à donner naissance à cet ennemi
qui lui a causé tant de douleurs, on pourrait s'attendre à
ce qu'elle jette par terre ce qui lui à déchiré les
entrailles et qu'elle le pousse loin d'elle. Mais, bien sûr, ce
n'est pas le cas. Au contraire, elle oublie de penser à sa propre
douleur et s'empresse de prendre l'enfant dans ses bras, essuie le sang,
lave tout ce qui est souillé, serre l'enfant contre sa poitrine
et le nourrit soigneusement pendant trois ans
(réf.).
Nulle part Nichiren n'indique que les femmes doivent être confinées
dans leur rôle de mère. Cela ressort clairement de la lettre
de félicitations à l'annonce de la grossesse de Nichigen-nyo,
la femme de son proche disciple Shijo Kingo.
Il considère la naissance d'un enfant comme un événement
plein de joie.
Vous aurez certainement un enfant précieux
qui continuera après vous à planter la graine de la propagation
du Sutra du Lotus. Comme c'est magnifique! Cet enfant héritera
à la fois des aspects physiques et spirituels de votre vie. Comment
pourriez-vous tarder à accoucher? Très certainement, votre
accouchement sera facile. (L'accouchement
facile d'un enfant de bonne fortune) (réf.).
L'affection de Nichiren pour sa mère est bien
connuei. Il exprime sa dette de reconnaissance envers elle tout au long
de sa vie. Elle a, sans doute, contribué à renforcer sa
conviction que les femmes possédaient la capacité de devenir
bouddha. Le passage suivant en témoigne:
Dans la dette
de reconnaissance à l'égard nos parents, celle envers notre
père pourrait être comparée au ciel, et celle envers
notre mère, à la terre. Il n'est pas facile de dire envers
qui des deux cette dette est la plus importante. Mais le plus difficile
est de s'acquitter de l'immense reconnaissance que l'on doit à
la bienveillance d'une mère. Si, afin d'y répondre, nous
décidons de suivre les principes énoncés dans des
écrits non bouddhiques tels que les Trois
Registres et les Cinq Canons ou le Classique
de la piété filiale, nous pourrons sauver notre
mère en cette vie-ci mais nous ne lui serons d'aucune aide dans
ses vies futures. Il est possible, de cette manière, de la soutenir
physiquement mais non de l'aider spirituellement. Quant
aux écrits bouddhiques, puisque dans les plus de cinq mille ou
sept mille volumes des sutras du Hinayana
ou du Mahayana il est dit que les
femmes ne peuvent pas atteindre la boddhéité, ils ne permettent
pas de s'acquitter de sa dette envers une mère bienveillante. Les
enseignements du Hinayana affirment nettement qu'il est impossible à
une femme d'atteindre la boddhéité. Certains sutras du Mahayana
disent bien qu'il est possible à une femme d'y parvenir ou de renaître
sur une Terre pure mais ce n'est qu'une
éventualité évoquée par le Bouddha, sans aucune
preuve concrète donnée à l'appui. Le Sutra du
Lotus étant le seul à révéler que les
femmes peuvent atteindre la boddhéité, j'en ai conclu qu'il
est précisément le Sutra qui permet de répondre concrètement
à la bienveillance d'une mère. Pour m'acquitter de cette
dette de reconnaissance, j'ai fait le voeu de rendre accessible à
toutes les femmes la récitation du Titre
de ce Sutra. (Le
sutra permettant véritablement d'honorer sa dette)
(réf.).
En fin de compte, le Sutra du Lotus interpelle Nichiren et ses
disciples car il promet le salut à tous les êtres, sans distinction
d'âge, de sexe ou des offenses passées:
Ce n'est qu'avec l'enseignement du Sutra du
Lotus, qui décrit l'atteinte de la boddhéité
par la fille du Roi-dragon, qu'est donnée la preuve que toutes
les mères du monde peuvent devenir bouddha. Et lorsqu'il fut révélé
que même un homme mauvais comme Devadatta
pouvait atteindre la boddhéité, il devint évident
que tous les pères du monde pouvaient devenir bouddha. [Le Classique
de la piété filiale est un texte de base du confucianisme,
mais] le Sutra du Lotus est le Classique de la piété filiale
du bouddhisme. (Traité
pour ouvrir les yeux) (réf.)
Conclusion
Rehabiliter les exclus
Nous venons de voir que Nichiren donne des conseils
détaillés à ses adeptes femmes en fonction de leur
condition personnelle. Par ailleurs, même si le point de vue de
Nichiren sur l'égalité des hommes et des femmes s'exprime
à propos de l'atteinte de la boddhéité, il faut rappeler
que toute cette discussion s'inscrit dans un contexte historique et religieux
précis. Une telle controverse n'aurait aucune raison d'être
dans notre société actuelle. Certaines descriptions de femmes
font état d'un statut de totale soumission, et la nature des rôles
des hommes et des femmes est définie de façon rigide.
Toutefois le fait que Nichiren discute de la différence des genres
ne doit pas être considéré comme sexiste, car il vivait
dans un contexte où le rôle des femmes se limitait, avant
tout, à celui d'épouse et de mère. L'intention de
Nichiren était de répondre de manière pragmatique
aux besoins concrets spécifiques de ses adeptes, si bien que ses
conseils sont pertinents dans le cadre de son époque. Il est logique
que certaines de ses directives ne soient pas adaptées au monde
actuel.
Dans l'ancien Japon, le clergé bouddhiste était fréquemment
désigné comme "moines et moniales" et les deux
assumaient des responsabilités officielles. Mais lorsque l'importance
du rôle des nonnes décrut, leur autonomie spirituelle diminua
également. Avec le temps, les notions de l'impureté des
femmes qui alla de pair avec le déni de leur capacité d'Eveil
et leur bannissement des sites consacrés, ont gagné toute
la société et ont progressivement été intériorisées
par les femmes elles-mêmes, nonnes et laïques. Dans ce contexte,
l'affirmation de Nichiren, que les femmes étaient, aussi bien que
les hommes, capables d'atteindre la boddhéité était
perçue comme agressive et radicale, remettant en cause des notions
philosophiques bien ancrées dans l'establishement des écoles
bouddhistes. Comme Nichiren a écrit : "… il
reste que j'ai fait voeu de sauver toutes les femmes du Japon, et ma sincérité
ne peut être mise en doute
(Le sutra permettant véritablement
d'honorer sa dette) (réf.).
De telles affirmations provoquantes attirèrent beaucoup de mépris
et de persécutions sur lui-même et ses disciples, dans un
pays particulièrement hostile à toute sorte de contestation
et non-conformisme.
Mais comment Nichiren, qui est resté célibataire tout au
long de sa vie, a-t-il pu à ce point développer son empathie
à l'égard des femmes? La réponse est peut-être
dans sa profonde identification avec humbles et les laissés pour
compte. Il s'est souvent présenté comme appartenant à
une pauvre famille de chandala.
(La
Lettre de Sado) (réf.)
Cette identification a pu l'amener à remettre en question les dogmes
et les préjugés, et à travers sa profonde compréhension
du bouddhisme, conclure que toutes les vies étaient égales
dans leur essence, le rendant ainsi le héraut de la dignité
humaine. Comme en témoigne le passage suivant, Nichiren a dû
ressentir que les femmes qui portaient le poids de la discrimination,
avaient particulièrement droit au salut:
Dans le cinquième volume du Sutra du
Lotus, la fille du Roi-dragon dit qu'elle propagera les doctrines
du Mahayana pour sauver de la souffrance tous les êtres. Mais quelles
sont ces "doctrines du Mahayana"? C'est le Sutra du Lotus.
Et que signifie "souffrance de tous les êtres"? Il ne
s'agit pas de la souffrance des êtres dans le monde
de l'enfer, pas plus que dans le monde des esprits
faméliques. Il s'agit tout simplement de la vie des femmes,
ces êtres dans la souffrance.
On parle des cinq entraves et trois obéissances, les trois personnes
à qui elle doit obéir et les cinq choses impossibles à
réaliser. La fille du Roi-dragon était une femme, elle avait
fait l'expérience de la souffrance des femmes et elle les comprenait.
C'est pourquoi elle se sentait concernée par cette unique tâche,
guider et aider les autres femmes. (réf.)
Vu sous cet angle, la fille du Roi-dragon, femme, animal et enfant, est
un symbole évident pour tous. Et la compassion de Nichiren à
l'égard des femmes indique, dans un sens plus large, sa compassion
et sa solidarité pour tous les déshérités
de la société, en général. Il en résulte
une philosophe de l'autonomie et de la responsabilité individuelle,
fait à portée universelle et.nouveau pour son époque.
Le passage suivant montre que pour Nichiren, tout le monde possède
la boddhéité à l'état potentiel, quel que
soit son sexe ou son statut.
Dans ce Sutra [du Lotus] l'Eveil provient souvent
parce qu'on entend parler. C'est parce que ce sutra de fait pas de discriminationà
l'égard de personnes mauvaises, de femmes, des personnes des deux
véhicules ou des icchantikas. Il proclame "Tous atteindront
la Voie" Cela est connu comme étant la grande sagesse de l'égalité.
Lorsqu'on entend les enseignements du Sutra du Lotus,
que le bien et le mal ne sont pas deux, que le vrai et le faux ne forment
qu'un, on peut atteindre un éveil intérieur. C'est cela
"l'atteinte de la boddhéité en un seul instant".
C'est parce que l'atteinte de l'éveil se fait en un seul instant
que l'on parle de la perfection de l'Eveil en une seule unité de
pensée. Mais beaucoup de personnes ne comprennent pas que si elles
récitent daimoku le Bouddha s'en réjouira. C'est pourtant
ce que dit le Sutra "Garder ce sutra est difficile. Quiconque le
fera sien, ne serait-ce qu'un seul instant, provoquera mon allégresse
et celle des autres bouddhas" [Chapitre
XI] (réf.)
Le bouddhisme de Nichiren n'a pas réussi à créer
une pensée et un mouvement féministes au Japon durant sa
vie. Au fil des ans, le sexisme, nourri par de nombreux facteurs, devint
un élément de base de la société et de la
culture japonaises. Il a fallu attendre la fin de la Seconde guerre mondiale
et l'émergence de groupes religieux basés sur le Sutra
du Lotus, pour qu'au Japon on reconnaisse aux femmes la capacité
d'un salut spirituel.
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