Nichiren,
disciple du Grand-maître Saicho
(Dengyo)
Namu Myoho Renge Kyo
Question : Sans comprendre
le sens du Sutra du Lotus
mais simplement en récitant les cinq ou sept caractères
de Namu Myoho Renge Kyo une fois par jour,
une fois par mois, ou seulement une fois par an, une fois tous les dix
ans, une fois dans une vie, est-il possible de ne pas être attiré
par le mal, grave ou bénin, de ne pas s'engager dans les Quatre
mauvaises voies et d'atteindre
l'étape de non régression
?
Réponse : Oui,
c'est possible.
Question : On peut crier
"Au feu, au feu"! mais, tant que l'on n'a pas touché
la flamme, on ne se brûle pas. On peut dire De l'eau, de l'eau,
mais, tant que l'on n'en boit pas, on ne peut pas étancher sa
soif. En récitant seulement le daimoku,
Namu Myoho Renge Kyo, sans en comprendre
le sens, peut-on échapper aux Voies
mauvaises?
Réponse : Lorsque
l'on joue d'un koto dont l'une des
cordes est en boyau de lion, toutes les autres cordes cassent. Et il
suffit d'entendre les mots "prunelle aigre" pour que la salive
vienne à la bouche. Si même dans le monde ordinaire se
produisent des phénomènes aussi mystérieux, combien
plus mystérieux encore est tout ce qui se rattache au Sutra
du Lotus!
On rapporte que des perroquets, simplement en répétant
les Quatre nobles vérités
du Hinayana, renaquirent au
ciel (note) et des hommes, uniquement pour avoir vénéré les
Trois Trésors, échappèrent
à un poisson énorme et dangereux (note).
Le daimoku du Sutra du Lotus est
encore plus puissant parce qu'il est le coeur même des 80
000 enseignements sacrés
et l'oeil des innombrables bouddhas. Comment douter du fait que l'on
puisse en le récitant échapper aux Quatre mauvaises voies?
Le Sutra du Lotus, dans lequel le Bouddha "rejeta honnêtement
tous les enseignements provisoires", dit qu'il est possible de
"gagner l'accès à la boddhéité par
la foi."(réf)
Et il est écrit dans le Sutra
du Nirvana que le Bouddha enseigna au terme de sa vie dans
le bosquet de shala: "Bien
que les causes pour obtenir l'Eveil
soient innombrables, si l'on enseigne la foi
bouddhique [shinjin], cela les inclut
toutes."
Ainsi la foi [shin] est l'élément
fondamental pour entrer dans la voie du Bouddha. Parmi les cinquante-deux
étapes de la pratique de bodhisattva,
les dix premières, celles
de la foi, sont essentielles et la première de ces dix étapes
consiste à faire surgir une croyance pure. Si la foi d'une personne
est pure, même si elle n'a aucune connaissance du bouddhisme ou
ne possède que des capacités médiocres, elle doit
être considérée comme une personne dont les vues
sont correctes. Tandis que, même s'il a quelque connaissance du
bouddhisme, celui qui n'a pas la foi est, en réalité,
semblable à ceux qui offensent
le Dharma et aux icchantika.
Le moine Sunakshatra observait
les Deux cent cinquante préceptes,
maîtrisait les Quatre niveaux
de méditation, avait mémorisé les douze catégories
de sutra
;
et Devadatta connaissait parfaitement
les 60 000 enseignements non-bouddhiques, les 80000 enseignements bouddhiques
et pouvait manifester 18 pouvoirs
surnaturels. Mais parce qu'ils avaient des connaissances et pas
la foi, on dit qu'ils sont maintenant dans la grande citadelle de l'enfer
avici. Par contre, Mahakashyapa
et Shariputra manquaient de
connaissances mais ils avaient la foi et c'est pourquoi le Bouddha leur
prédit qu'ils deviendraient des bouddhas appelés Lumière-éclatante
et Fleur- lumineuse. Le Bouddha enseigna: "Ceux qui laissent naître
le doute et ne parviennent pas à croire tomberont inévitablement
dans les Voies mauvaises."(réf)
Tout cela s'applique à ceux qui ont des connaissances sans avoir
la foi.
Mais les lettrés de notre époque demandent: "Simplement
par la foi, sans comprendre et seulement en récitant Namu
Myoho Renge Kyo, comment est-il possible d'éviter les
Voies mauvaises?" Si les sutras disent vrai, ces lettrés
eux-mêmes pourront difficilement éviter de tomber dans
la grande citadelle de l'enfer avici.
Ainsi, même sans grandes connaissances, en récitant Namu
Myoho Renge Kyo, on peut éviter les Voies
mauvaises. De la même manière, la fleur du lotus
se tourne vers le soleil, bien que le lotus n'ait pas d'esprit, ou le
basho pousse lorsque le tonnerre
gronde bien qu'il n'ait pas d'oreilles. Nous sommes semblables à
la fleur de lotus ou au basho, et le daimoku
du Sutra du Lotus est comparable au soleil ou au tonnerre.
Certains disent que si l'on entre dans l'eau en portant sur soi la corne
prise à un rhinocéros vivant, l'eau ne s'approche pas
à plus de cinq pieds. Une seule feuille de santal, en s'ouvrant,
parvient à dissiper l'odeur putride des arbres eranda
sur une distance de quarante yojana.
Dans ce cas, notre mauvais karma
peut être comparé aux arbres eranda
ou à l'eau, et le Sutra du Lotus à la corne du
rhinocéros ou à la feuille du santal.
Les diamants sont d'une telle dureté que presque rien ne peut
les entailler, et pourtant on parvient à les briser avec de la
corne de mouton ou de l'écaille de tortue. Les branches du nyagrodha
sont si solides que les plus grands oiseaux peuvent s'y percher sans
les briser, et pourtant elles sont vulnérables au shoryo,
un oiseau si minuscule qu'il pourrait bâtir son nid sur les cils
d'un moustique. Là, notre mauvais karma
est comparable au diamant ou à l'arbre robuste, et le daimoku
du Sutra du Lotus, à la corne de mouton ou au shoryo.
L'ambre attire la poussière et l'aimant attire le fer; ici, notre
mauvais karma est comparable à la poussière ou au fer,
et le daimoku du Sutra du Lotus,
à l'ambre ou à l'aimant. En considérant tout cela,
on comprend pourquoi nous devrions toujours réciter Namu
Myoho Renge Kyo.
On lit dans le premier volume du Sutra du Lotus: "Pendant
un nombre incalculable de kalpa, il sera difficile d'entendre ce Dharma."(réf)
Et dans le cinquième volume: "Quant à ce Sutra
du Lotus, on peut traverser d'innombrables pays sans jamais entendre
son nom."
C'est donc un fait extrêmement rare que d'entendre le nom du Sutra
du Lotus. Les bouddhas Shusenda
et Taho apparurent en ce monde,
mais ils ne prononcèrent même pas le nom du Sutra du
Lotus. Et, bien que la raison de la venue du Bouddha Shakyamuni
en ce monde ait été d'enseigner le Sutra du Lotus,
pendant 42 ans, il garda le nom de ce Sutra secret et n'y fit
jamais allusion. C'est seulement lorsqu'il atteignit l'âge de
72 ans qu'il fit entendre pour la première fois le Titre
du Sutra, Myoho Renge Kyo. Néanmoins,
les habitants de pays lointains comme la Chine et le Japon n'en eurent
pas connaissance à l'époque. Il fallut plus de mille ans
avant que le nom du Sutra puisse seulement être entendu
en Chine, et encore 350 ans, ou plus, avant qu'on ne l'entende au Japon.
Ainsi la rencontre avec ce Sutra est-elle aussi rare que l'éclosion
de l'udumbara, une fleur qui
ne fleurit qu'une fois tous les 3000 ans, ou que la découverte,
par une tortue borgne, d'un morceau
de bois de santal flottant, ce qui ne se produit qu'une fois en d'innombrables
kalpa.
Si l'on plantait une aiguille en terre, la pointe en l'air, et que l'on
jetait, depuis le palais de Brahma
une minuscule graine de pavot, il serait plus facile d'épingler
la graine de pavot sur la pointe de l'aiguille que de rencontrer le
daimoku du Sutra du Lotus.
Ou encore, si l'on plantait une aiguille au sommet du mont Sumeru
d'un Monde, et qu'ensuite, du sommet du mont Sumeru
d'un autre Monde, on jetait un fil par un jour de grand vent, il serait
plus facile de faire passer ce fil par le chas de l'aiguille que de
rencontrer le Titre du Sutra du Lotus.
Il faut être bien conscient de cela lorsque l'on récite
le daimoku du Sutra du Lotus.
C'est une joie plus grande encore que pour un aveugle de naissance d'acquérir
l'usage de la vue et de voir son père et sa mère; c'est
encore plus rare que, après avoir été capturé
par un féroce ennemi et séparé de sa famille, d'être
libéré et de retrouver femme et enfants.
Question : Quels passages
de Sutra pouvez-vous citer comme preuve qu'il suffit de réciter
le Titre?
Réponse : On lit
dans le huitième volume du Myoho
Renge Kyo
: "La bonne fortune de ceux
qui reçoivent et gardent le nom du Sutra du Lotus est
impossible à évaluer." Il est dit dans le Sho
Hokke Kyo
:
"Si quelqu'un entend parler de ce Sutra, proclame et garde
respectueusement son Titre, il connaîtra des bienfaits incommensurables."
Et dans le Tembon Hoke Kyo
,
on lit : "Celui qui reçoit et garde le nom du Sutra
du Lotus connaîtra une bonne fortune inappréciable."
Ces passages indiquent que la bonne fortune obtenue simplement en récitant
le Titre est inestimable.
Recevoir, garder, lire, réciter, apprécier et protéger
les huit volumes et les vingt-huit chapitres du Sutra du Lotus
est ce que l'on appelle la pratique complète. Recevoir et garder
les chapitres Hoben (réf)
et Juryo (réf)
est ce que l'on appelle
la pratique abrégée. Et simplement réciter quatre
phrases versifiées ou le Titre est ce que l'on appelle la pratique
essentielle. Par conséquent, parmi les trois sortes de pratique,
complète, abrégée et essentielle, le daimoku constitue
la pratique essentielle.
Question : Quelle est
l'étendue des bienfaits
contenus dans les cinq caractères de Myo
Ho Ren Ge Kyo?
Réponse : Le grand
océan contient les nombreux fleuves qui se déversent en
lui, la terre immense contient tous les êtres
sensitifs et non sensitifs, le "joyau
qui exauce les voeux" a le pouvoir de faire pleuvoir d'innombrables
trésors et Bonten règne
sur le Monde des Trois plans. Il
en va de même pour les cinq caractères de Myo
Ho Ren Ge Kyo. En plus de tous les êtres des Neuf
mondes-états, ils contiennent également ceux qui se
trouvent dans l'état de bouddha. Et puisque tous les êtres
des Dix mondes-états sont
contenus en eux, les environnements
des Dix mondes-états le sont également. Examinons d'abord
le fait que les cinq caractères, Myo Ho
Ren Ge Kyo, contiennent en eux tous les enseignements. Le seul
caractère Kyo, ou sutra, est le
roi de tous les sutras et englobe tous les autres sutras. Le Bouddha
apparut en ce monde et, pendant une période de cinquante ans
et plus, exposa 80000 enseignements
sacrés. On dit qu'à cette époque la durée
de vie des êtres humains était de cent ans. Le Bouddha
entra dans le parinirvana au
milieu de la nuit du quinzième jour du deuxième mois de
l'année, sous le signe
cyclique mizunoe-saru [949 av. notre
ère]. Ensuite, pendant environ 90 jours d'été,
ou de la période qui va du huitième jour du quatrième
mois jusqu'au quinzième jour du septième mois de la même
année, mille arhats se
réunirent dans la salle du Premier
concile et transcrivirent tous les sutras.
Après quoi, pendant les mille ans de l'époque
du Dharma correct, ces divers sutras se répandirent à
travers les cinq régions de
l'Inde mais ne parvinrent pas jusqu'en Chine. Ce fut seulement dans
la quinzième année de l'époque
du Dharma formel, seulement 1015 ans après la mort du Bouddha,
que des statues et des sutras bouddhiques furent introduits en Chine.
Ce fut en l'année marquée du signe
cyclique hinoto-u [67 de notre ère],
la dixième année de l'ère Yung-ping,
sous le règne de l'empereur
Ming, modèle de piété
filiale, de la dynastie des Han postérieurs.
De cette date jusqu'à l'année marquée du signe
cyclique kanoe-uma [730] la dix-huitième
année de l'ère Kai-yuan,
sous le règne de l'empereur Xuanzong
de la dynastie Tang, au
total 176 traducteurs se rendirent en Chine, emmenant avec eux 1.076
sutra, recueils de préceptes et traités comprenant 5.048
rouleaux contenus dans 480 étuis. Ces écrits sacrés
découlent tous du seul caractère Kyo
du Sutra du Lotus.
Parmi les sutras que le Bouddha enseigna pendant plus de quarante ans
avant d'exposer Myoho Renge Kyo, il en
est un que l'on appelle le Sutra Daihokobutsu Kegon.
Ce sutra est conservé dans le palais du Roi-Dragon
en trois versions. La première version contient autant de chapitres
qu'il y a de grains de poussière dans dix Systèmes
de mondes majeurs. La deuxième version comprend 498.800 vers,
et la troisième version comprend 100.000 vers en quarante-huit
chapitres. En dehors de ces trois versions, seules les versions en quatre-vingts
et en soixante volumes
sont conservées en Chine et au Japon.
De plus, il y a les sutras du Hinayana,
tels que les sutras Agama,
et les divers sutras du Mahayana
des catégories Hodo
et Hannya. Parmi ces derniers,
le texte sanscrit du Sutra
Vairocana consacre un total de 3.500 vers à la seule
explication des cinq caractères du mantra avarahakha
pour ne rien dire des vers innombrables qui décrivent les "graines"
,
les augustes formes et les samaya
des divers bouddhas. En Chine toutefois, le texte ne comporte que six
ou sept volumes. Le Sutra
du Nirvana, qui fut le dernier enseignement du Bouddha dans
le bosquet de shala, est conservé
en Chine dans une version qui ne comprend que quarante volumes, bien
que dans ce cas également, les versions sanscrites du texte comprennent
un beaucoup plus grand nombre de volumes. Tous ces sutras découlent
du Sutra du Lotus, le coeur des enseignements du Bouddha Shakyamuni.
De plus, tous les sutras exposés par les sept
bouddha du passé, les mille bouddha, ou les bouddhas d'innombrables
kalpa passés, aussi bien
que ceux qui sont exposés par des bouddhas vivant actuellement
dans les Dix directions,
découlent du seul caractère Kyo
du Sutra du Lotus.
Ainsi, dans le chapitre Yakuo (réf),
le Bouddha s'adresse au bodhisattva Shukuoke,
en lui disant: "Le Sutra du Lotus est comparable à
l'océan, plus grand que tous les cours d'eau, rivières
et ruisseaux; il est comparable au mont Sumeru,
la plus haute de toutes les montagnes, ou semblable à la déesse
de la Lune, plus large et plus
brillante que toutes les étoiles." Le Grand-maître
Zhanlan commente cela en disant:
"C'est le plus important de tous les sutras que le Bouddha ait
enseigné, enseigne et enseignera."
Le seul caractère Kyo contient tous
les sutras de l'univers. Il est comme le "joyau
qui exauce les voeux" contenant en lui tous les trésors
possibles ou comme l'immensité de l'espace contenant tous les
phénomènes. Et parce que ce seul caractère Kyo
de Myoho Renge Kyo est l'enseignement suprême
parmi tous ceux que le Bouddha exposa de son vivant, les quatre autres
caractères, Myo Ho Ren Ge, surpassent
la totalité des quatre-vingt
mille autres doctrines.
A
propos de Myo, il est dit dans le Sutra
du Lotus: Myo "ouvre la porte
des enseignements provisoires et révèle le véritable
aspect de la réalité."(réf)
Le Grand-maître Guanding
dit dans ses commentaires: "Myo signifie révéler
les profondeurs de la resserre secrète."
Et à ce propos le Grand-maître Zhanlan
dit "révéler signifie ouvrir."
Par conséquent le caractère Myo
signifie ouvrir.
Si un grenier regorge de trésors mais que l'on n'en a pas la
clef, il est difficile de l'ouvrir; et si l'on ne peut l'ouvrir, les
trésors qu'il contient demeurent invisibles. Le Bouddha enseigna
le Sutra Kegon, mais
il ne donna pas l'explication qui aurait pu servir de clef pour ouvrir
ce sutra. De même, pendant les quarante ans et plus qui suivirent,
il enseigna d'autres sutras tels que les sutras Agama,
Hodo, Hannya
et Kammuryoju
,
mais il ne révéla pas leur sens. Leurs portes restèrent
closes, et par conséquent personne ne parvint à comprendre
ces sutras. Même ceux qui prétendirent les comprendre n'en
eurent, en réalité, que des conceptions déformées.
Mais ensuite le Bouddha enseigna le Sutra du Lotus, ouvrant
ainsi les resserres de tous les sutras. Et, pour la première
fois en plus de quarante ans, tous les êtres humains des Neuf
mondes-états purent apercevoir les trésors qu'ils contenaient.
Par exemple : il y a, sur la terre, des hommes, des animaux, des plantes
et des arbres, mais sans la lumière du soleil ou de la lune,
même ceux qui ont de bons yeux ne peuvent discerner leurs formes
et leurs couleurs. C'est seulement lorsque le soleil ou la lune se lèvent
qu'il devient possible de les distinguer. Les sutras qui précèdent
le Sutra du Lotus baignent dans l'obscurité d'une longue
nuit, et les enseignements essentiel
[honmon] et théorique
[shakumon] du Sutra du Lotus sont
comme le soleil et la lune.
Ni les bodhisattvas, dotés d'une bonne vue, ni les personnes
des Deux véhicules, dont
la vision était déformée, ni les personnes ordinaires,
dont les yeux ne pouvaient pas voir, ni celles qu'une incroyance
incorrigible [icchantika] rendait aveugles
de naissance ne pouvaient distinguer la véritable couleur ou
la forme des choses au moyen des sutras précédents. Mais,
lorsque le Sutra du Lotus fut exposé et que la lune
de l'enseignement théorique apparut, les bodhisattvas dont la
vue était bonne furent les premiers à atteindre l'Eveil,
suivis par les personnes des Deux véhicules dont la vision était
déformée. Puis, les yeux des personnes ordinaires qui
ne voyaient rien s'ouvrirent; après quoi, même les icchantika,
aveugles de naissance, parvinrent à établir une relation
avec le Sutra du Lotus leur assurant qu'elles auraient un jour
les yeux ouverts. Tout cela est imputable à la vertu du seul
caractère Myo.
Deux principes mystiques sont
exposés dans le Sutra du Lotus : l'un, dans les premiers
quatorze chapitres (enseignement
théorique), et l'autre, dans les quatorze derniers chapitres
(enseignement essentiel). D'un autre point de vue, on y trouve vingt
principes mystiques, dix dans l'enseignement théorique et
dix dans l'enseignement essentiel; ou soixante principes mystiques:
trente dans l'enseignement théorique et trente dans l'enseignement
essentiel. Une autre approche encore permet de distinguer quarante
principes mystiques dans la première moitié du Sutra
du Lotus et quarante autres dans la seconde. En les ajoutant aux
quarante principes mystiques de l'Observation
de l'esprit (kanjin), on voit que le
seul caractère Myo recouvre au total
cent vingt principes mystiques (myori).
Un principe mystique fondamental sous-tend chacun des 69.384 caractères
qui composent le Sutra du Lotus. Par conséquent, le
Sutra du Lotus comprend au total 69.384 principes mystiques.
Myo se dit Sad
en Inde et en Chine se prononce Miao. Myo
signifie "incluant tout", ce qui a également le sens
de "parfait". Chaque mot et chaque caractère du Sutra
du Lotus contient en lui tous les 69 384 caractères qui
composent le Sutra. De même, une seule goutte du grand
océan comprend les mêmes éléments que l'eau
de toutes les rivières qui se déversent dans l'océan,
et le "joyau qui exauce les voeux", bien qu'à peine
plus grand qu'une graine de pavot, a le pouvoir de prodiguer tous les
trésors qu'une personne puisse désirer.
Pour employer une autre comparaison : plantes et arbres sèchent
et se dénudent en automne et en hiver. Mais en recevant la lumière
du soleil, au printemps et en été, feuilles et branches
poussent pour donner ensuite fleurs et fruits. Avant l'enseignement
du Sutra du Lotus, les personnes ordinaires dans les Neuf mondes-états
étaient comme des plantes et des arbres en automne et en hiver.
Mais lorsque le seul caractère Myo
du Sutra du Lotus brilla sur elles comme le soleil du printemps
et de l'été, alors la fleur du désir d'atteindre
l'Eveil s'épanouit et le fruit de la boddhéité
apparut.
Le bodhisattva Nagarjuna dit
dans son Daichido Ron
: "[Le Sutra du Lotus] est comme un grand médecin qui change
le poison en élixir." Cette citation se trouve dans
un passage du Daichido Ron qui
commente les vertus inhérentes au caractère Myo
du Sutra du Lotus. Le Grand-maître Zhanlan
commente de la manière suivante : "Parce qu'il peut guérir
ce que l'on croit incurable, on l'appelle mystique (myo)."
Quatre sortes de personnes ont d'ordinaire de grandes difficultés
à atteindre la boddhéité. D'abord, celles chez
qui domine la tendance aux états d'auditeurs-shravakas
et de pratyekabuddhas; en deuxième
lieu, les icchantika; troisièmement,
celles qui sont attachées à la doctrine du rien
;
et, quatrièmement, celles qui offensent le Dharma correct. Mais,
grâce au Sutra du Lotus, toutes ces personnes sont capables
d'atteindre la boddhéité. Voilà pourquoi on appelle
le Sutra du Lotus Myo.
Devadatta était le fils
aîné du roi Dronodana et le
neveu du roi Suddhodana
.
Il était ainsi le cousin du Bouddha Shakyamuni et également
le frère aîné du vénérable Ananda.
Sa position dans le Jambudvipa
n'était donc en rien celle d'une personne de basse condition.
Il devint disciple du moine Sudaya
et entra dans la vie religieuse. Du vénérable Ananda
il apprit la maîtrise des dix-huit pouvoirs
surnaturels et il mémorisa les 60.000 enseignements non bouddhiques
et les 80.000 enseignements bouddhiques. Il observait Cinq pratiques
(note) et paraissait presque plus saint que le Bouddha lui-même. Désireux
de prendre la place du Bouddha, il eut l'audace de commettre le crime
de perturber l'ordre bouddhique en fondant son propre sanctuaire sur
le mont Gaya et en invitant
les disciples du Bouddha à l'y rejoindre. Il confia au prince
héritier Ajatashatru: "J'ai
l'intention de tuer le Bouddha et de devenir le nouveau bouddha. Vous
devriez tuer votre père le roi Bimbisara
et régner à sa place!"
Lorsque le prince héritier Ajatashatru
eut bel et bien tué son père, Devadatta
guetta les déplacements du Bouddha et avec une grosse pierre
réussit à le blesser et à faire couler son sang.
De plus, il battit à mort la nonne Utpalavarna
qui était parvenue au stade d'arhat.
Il commit ainsi trois des Cinq forfaits.
De plus, avec Kokalika comme
disciple et le roi Ajatashatru comme protecteur,
Devadatta commença à attirer
des disciples de partout, jusqu'à ce que, des cinq
régions de l'Inde, de ses seize grands royaumes et de ses
cinq cents principautés de taille moyenne, toute personne coupable
d'une, de deux, ou de trois des Cinq forfaits, sans exception, soit
venue rejoindre sa communauté. Tous accoururent auprès
de lui comme de multiples rivières se jettent dans le vaste océan,
ou comme quantité de plantes et d'arbres prolifèrent sur
une grande montagne. De même que les sages se rassemblaient autour
de Shariputra, et ceux qui
recherchaient les pouvoirs occultes, autour de Maudgalyayana,
les personnes aux tendances mauvaises s'allièrent avec Devadatta.
Cela eut pour résultat que la terre immense, épaisse de
168.000 yojana et reposant sur
un cercle de vent aussi dur qu'un
diamant, s'ouvrit néanmoins, et que Devadatta
tomba vivant dans la grande citadelle
des souffrances incessantes. Son principal disciple, Kokalika,
tomba également vivant en enfer, tout comme la femme brahmane
Chinchamanavika, le roi Virudhaka
et le moine Sunakshatra.
De plus, les gens des cinq régions de l'Inde, des seize grands
royaumes, des cinq cents principautés de taille moyenne, et des
dix mille petits cantons assistèrent à tout cela. Et ceux
qui étaient dans les Six ciels
du Monde du désir et dans
les Quatre ciels de la méditation,
tous les êtres du Monde de la
forme comme ceux du Monde de l'absence
de forme, y compris Bonten,
Taishaku, le Roi-Démon
du Sixième Ciel et le roi Yama,
furent également témoins de leur destin.
Tous les êtres d'un Système
de mondes majeur et de l'univers entier furent informés de
leur sort et s'accordèrent pour dire que, même s'il s'écoulait
autant de kalpa qu'il y a de grains de
poussière sur la terre, Devadatta
et ceux qui l'accompagnaient ne seraient jamais délivrés
de l'enfer avici; que, même
s'il ne restait plus rien de la pierre dont l'usure complète
indique la durée d'un kalpa, ils
continueraient à souffrir dans la grande citadelle de l'enfer
avici.
Comme sont donc stupéfiantes, dans le chapitre
Devadatta (réf)
du Sutra du Lotus, la révélation, par le vénéré
Shakya, fondateur de la doctrine, que Devadatta
était son maître dans une existence passée et la
prédiction qu'il atteindrait l'Eveil à l'avenir sous le
nom du bouddha Roi-céleste!
Si les sutras enseignés avant le Sutra du Lotus disent
vrai, le Sutra du Lotus est alors un mensonge éhonté.
Mais, si le Sutra du Lotus est véridique, les sutras
précédents sont nécessairement coupables de perpétrer
les plus épouvantables tromperies.
Si Devadatta, qui commit trois des Cinq
forfaits, et qui, de plus, se rendit coupable d'innombrables autres
offenses, peut devenir le bouddha Roi-céleste, il ne fait aucun
doute que les autres personnes mauvaises, qui ne commirent qu'un ou
deux des Forfaits, atteindront également l'Eveil.
Car ce qui peut renverser la terre immense elle-même peut certainement
renverser aussi les simples plantes et les arbres. Et ce qui peut briser
la pierre la plus dure peut certainement couper l'herbe tendre. Voila
pourquoi on appelle le Sutra du Lotus Myo.
Parlons maintenant des femmes. On trouve, dans les textes bouddhiques
aussi bien que non bouddhiques, de graves critiques à leur encontre.
Les ouvrages intitulés Les Trois Recueils
et Les Cinq Canons
,
qui décrivent le règne des Trois
Augustes et Cinq Empereurs de la Chine ancienne, les qualifient
d'inconstantes et de fourbes. Ainsi, on prétend que Trois
femmes maléfiques furent à l'origine d'un désastre
.
Ce sont des femmes que l'on rendit responsables de la chute d'un pays
et de son peuple.
Quant aux textes bouddhiques, on lit dans le Sutra
Kegon, premier enseignement important exposé par le
Bouddha après son Eveil: "Les femmes sont des messagers
de l'enfer, capables de détruire les graines de la boddhéité.
Elles peuvent prendre l'apparence de bodhisattva, mais, dans leur coeur,
elles sont comme des démons yaksha."
Et dans le Sutra du Nirvana,
le dernier enseignement du Bouddha qu'il exposa dans le bosquet
de shala, il est dit : "Tous les fleuves et les ruisseaux sont
inévitablement sinueux et tortueux et toutes les femmes sont
inévitablement inconstantes et fourbes." Il y est dit encore:
"Les désirs et les illusions de tous les hommes d'un kalpa
majeur ne pèsent pas plus lourd que l'entrave
karmique d'une seule femme."
Quand on lit dans le Sutra
Kegon que les femmes sont "capables de détruire
la graine de la boddhéité", cela veut dire qu'elles
dessèchent et brûlent les graines qui pourraient leur permettre
d'atteindre la boddhéité. Quand des nuages s'amoncellent
dans le ciel, après une période de grande sécheresse
et qu'une forte pluie tombe sur le sol, partout, d'innombrables plantes
et arbres assoiffés vont bourgeonner et donner des fruits. Mais
cela n'est pas vrai des graines que l'on a brûlées. Elles
ne germeront jamais. Au contraire, une pluie abondante les fera pourrir.
Le Bouddha est comparé à l'amoncellement des nuages, ses
enseignements, aux pluies abondantes, et les plantes et arbres assoiffés,
à tous les êtres vivants. Quand ces derniers sont arrosés
par la pluie des enseignements bouddhiques et quand ils observent les
cinq préceptes, les
dix préceptes de bien,
et les pratiques de méditation,
ce qui est source de bienfaits,
ils fleurissent et portent des fruits. Mais les graines brûlées
ne germeront jamais, même si elles sont exposées à
la pluie. Au contraire, elles pourriront. Les femmes sont comparées
à ces graines. Même après avoir rencontré
les enseignements bouddhiques, elles ne parviennent pas à se
libérer des souffrances
de la naissance et de la mort et, tournant le dos à la vérité
bouddhique, elles tombent dans les Voies
mauvaises. Voilà ce que veut dire "capables de détruire
la graine de la boddhéité".
Ce passage du Sutra du Nirvana
dit que, de même que toutes les rivières et les ruisseaux
font des détours, toutes les femmes sont tortueuses et retorses.
Parce que l'eau est liquide, lorsqu'un objet solide comme un roc ou
une montagne lui barre la route, elle se divise en deux bras, passant
tantôt ici, tantôt là. Le sutra dit qu' il en va
de même des femmes, et les compare à l'eau. Leur esprit
est malléable et indécis. Même lorsqu'elles croient
qu'un certain cours est juste, si elles butent sur l'opposition déterminée
d'un homme, comme l'eau bloquée par un barrage, elles prennent
une direction différente.
Des dessins faits sur l'eau, il ne subsiste pas trace. L'inconstance
est une donnée fondamentale de la nature des femmes. Elles pensent
d'une certaine manière à un moment donné, quitte
à être plus tard d'un avis entièrement différent.
Or, la caractéristique principale du Bouddha est l'honnêteté
et la droiture. Des femmes au comportement tortueux ne pourront donc
jamais devenir bouddha.
Les femmes sont gênées par les Cinq
entraves et soumises aux Trois
types d'obéissance. C'est pourquoi il est dit dans le Sutra
Gonjikinyo : "Même si les yeux de tous les bouddhas
du passé, du présent et du futur devaient tomber à
terre, une femme ne pourrait toujours pas devenir bouddha." Et
on lit dans le Daichido Ron
: "Il est plus facile d'attraper le vent que de saisir l'esprit
d'une femme."
Bien que tous les êtres féminins soient ainsi décriés
dans divers sutras, le bodhisattva Manjushri
n'eut pas plutôt prononcé le seul caractère Myo
qu'une femme devint instantanément bouddha. L'événement
était si extraordinaire que le bodhisattva Chishaku,
le meilleur disciple du bouddha Taho
dans le monde du Trésor de Pureté, et Shariputra, considéré
comme le plus sage des disciples du Bouddha Shakyamuni, protestèrent.
Ils dirent que, d'après tous les sutras du Mahayana
et du Hinayana enseignés
par le Bouddha pendant plus de quarante ans, il était impossible
que la fille du Roi-Dragon devienne
bouddha. Mais en définitive leur argumentation fut vaine, car
elle devint bel et bien bouddha.
Ainsi le passage qui dit, dans le premier sutra du Bouddha, que "les
femmes sont capables de détruire les graines de la boddhéité"
et celui de son dernier enseignement, dans le bosquet de shala,
qui les déclare, "comme les fleuves et les ruisseaux, inévitablement
sinueuses et tortueuses" furent totalement contredits, et le miroir,
ou la carapace de tortue divinatoire
du Sutra Gonjikinyo et du Daichido
Ron se révélèrent des absurdités.
Chishaku
et Shariputra durent tenir
leur langue et fermer la bouche, tandis que tous les êtres, humains
et célestes, présents dans la grande assemblée
qui écoutait l'enseignement du Sutra du Lotus, joignirent
leurs mains en prière, transportés de joie. Tel est le
pouvoir du seul caractère Myo.
Au sud du monde, dans le Jambudvipa,
il y a 2.500 rivières et chacune d'elle est sinueuse. Elles sont
sinueuses comme l'esprit des femmes du Jambudvipa.
Mais il y a une rivière appelée la Shabaya
dont le cours est aussi droit qu'une corde tendue et va se jeter directement
dans la mer vers l'ouest. Une femme qui a foi dans le Sutra du Lotus
est comme cette rivière, elle ira directement vers la Terre
pure de l'ouest (note).
Telle est la vertu du seul caractère Myo.
Myo signifie revivre, c'est-à-dire
revenir à la vie. C'est comparable à ce que l'on disait
du poussin de la grue jaune. Si son petit mourait, il suffisait que
la mère grue récite le nom de Ci-an
pour que l'oisillon revienne à la vie. Ou c'est comparable à
des poissons et des coquillages qui meurent parce qu'un serpentaire
venimeux est entré dans l'eau. Si on les touche avec une
corne de rhinocéros
,
on dit qu'ils reviendront tous à la vie. De même, les personnes
des Deux véhicules, celles
d'une incroyance incorrigible
et les femmes, sont décrites dans les sutras qui précèdent
le Sutra du Lotus comme ayant brûlé et détruit
les graines qui leur permettraient d'atteindre la boddhéité.
Mais, en gardant le seul caractère Myo,
elles peuvent rendre la vie aux graines brûlées de la boddhéité.
Zhiyi dit : "Même les icchantika
ont un coeur, ils peuvent donc atteindre la boddhéité.
Mais les personnes des Deux véhicules ont annihilé leur
conscience et ne peuvent donc pas faire surgir le coeur qui aspire à
la boddhéité. Pourtant, le Sutra du Lotus peut
les guérir, c'est pourquoi on l'appelle Myo."
Zhanlan commente: "La seule raison
pour laquelle on appelle les autres sutras Dai
[grands] et non Myo [mystiques]
est qu'il est facile de guérir ceux qui ont un coeur, mais difficile
de guérir ceux qui n'en ont pas. Parce que le Sutra du Lotus
peut guérir ce que l'on croit incurable, on l'appelle mystique,
Myo."
Ces passages expliquent pourquoi des sutras tels que le Daihokobutsu
Kegon, le Daijuku
,
le Sutra Daibon hannya
et le Dai Nehan
ont tous le caractère Dai dans leur
titre et non le caractère Myo. C'est
parce qu'ils ne peuvent guérir que les vivants et pas les morts.
Tandis que le Sutra du Lotus peut guérir les morts c'est
pourquoi on l'appelle Myo.
Ainsi, en s'appuyant sur les autres sutras, même ceux qui ont
la capacité de devenir bouddha n'y parviennent pas. Tandis que,
grâce au Sutra du Lotus, même ceux que l'on croyait
incapables d'y parvenir peuvent atteindre la boddhéité;
à plus forte raison ceux pour qui c'est relativement facile.
Puisqu'il en est ainsi, une fois l'enseignement du Sutra du Lotus
exposé, absolument personne ne devrait avoir foi en d'autres
sutras.
Maintenant que les deux mille ans des époques
du Dharma correct et du Dharma formel se sont écoulés,
nous sommes entrés dans l'époque des
Derniers jours du Dharma. A une telle époque, il est encore
dix milliards de fois plus difficile pour des personnes ordinaires d'atteindre
la boddhéité que cela ne l'était pour les personnes
des Deux véhicules ou pour les icchantika
qui vivaient à la même époque que le Bouddha. Pourtant,
de nos jours, les gens pensent qu'en s'appuyant sur le Sutra
Kammuryoju
,
ou sur un autre des sutras enseignés dans les quelque quarante
années qui précédèrent le Sutra du Lotus,
ils peuvent échapper aux souffrances de la naissance et de la
mort. Quelle futilité, quelle extrême futilité!
Les femmes, qu'elles aient vécu à l'époque du Bouddha,
celle du Dharma correct, à l'époque du Dharma formel ou
qu'elles vivent à l'époque des Derniers
jours du Dharma, ne peuvent atteindre la boddhéité
par aucun autre enseignement que le Sutra du Lotus. Le Grand-maître
Zhiyi, qui entendit l'enseignement du Bouddha
sur le Pic du Vautour
et
qui par la suite connut l'Eveil dans un lieu de méditation en
Chine, déclara sans équivoque: "Les autres sutras
ne promettent la boddhéité qu'aux hommes, pas aux femmes.
Seul ce Sutra prédit que les uns comme les autres atteindront
la boddhéité."
Le Bouddha Shakyamuni, en présence du bouddha Taho
et des autres bouddhas des Dix
directions, enseigna le Sutra du Lotus pendant huit ans,
en un lieu appelé le Pic du Vautour, au nord-est de Rajagriha,
la capitale du royaume de Magadha. Le Grand-maître
Zhiyi était présent et l'entendit
prêcher. "Pendant plus de cinquante années d'enseignement,
dit le Bouddha, j'ai exposé diverses doctrines sacrées,
ayant toutes pour but de procurer des bienfaits aux êtres vivants.
Dans les sutras des quarante-deux premières années, j'ai
enseigné qu'il n'était pas possible aux femmes d'atteindre
la boddhéité. Mais maintenant, dans le Sutra du Lotus,
je déclare que les femmes peuvent devenir bouddha." Au nord-est
du Pic du Vautour, à une distance de quelque 108 000 ri,
par-delà les montagnes et les mers, se trouve un pays qu'on appelle
Mahachina. Nous l'appelons la Chine. Quelque
mille cinq cents ans après la mort du Bouddha, apparut en ce
pays un messager du Bouddha, le Grand-maître Zhiyi,
qui déclara que les femmes ne pourraient jamais atteindre la
boddhéité par un autre enseignement que le Sutra du
Lotus. A 3.000 ri à l'est de
la Chine se trouve un pays qu'on appelle le Japon. Quelque deux cents
ans après sa mort, le Grand-maître Zhiyi
renaquit dans ce pays sous le nom de Grand-maître Saicho
Il écrivit un ouvrage intitulé Hokke
Shuku dans lequel il déclara: "Ni les maîtres
ni les disciples n'ont besoin de passer par d'innombrables kalpa
de pratique des austérités pour atteindre la boddhéité.
Grâce au pouvoir du Sutra du Lotus, ils peuvent y parvenir
sans changer d'apparence." Ainsi, il expliqua clairement pourquoi
la fille du Roi-Dragon avait pu
devenir bouddha.
Il semble parfois difficile, pour les femmes de notre époque,
d'atteindre la boddhéité sans
changer d'apparence. Mais, si elles font confiance au Sutra
du Lotus, il ne fait aucun doute qu'après leur mort elles
renaîtront dans la Terre pure de la Félicité parfaite.
Elles l'atteindront plus facilement encore que les rivières et
les ruisseaux ne rejoignent le grand océan, plus rapidement encore
que la pluie ne tombe du ciel.
Et pourtant, nous voyons que, dans le pays tout entier, les femmes ne
récitent pas Namu Myoho Renge Kyo.
Au contraire, elles font confiance à des ouvrages tels que le
Sutra Muryoju
ou le Sutra Kammuryoju
qui ne pourront jamais conduire à la Terre pure ou à la
boddhéité. Elles psalmodient le nom du bouddha Amida
soixante mille ou cent mille fois par jour. Amida
est bien le nom d'un bouddha et l'invoquer peut sembler une pratique
louable. Mais, parce que les femmes qui le font s'appuient sur des sutras
qui dénient aux femmes la possibilité d'atteindre la boddhéité,
c'est en fait comme si elles se bornaient à compter les richesses
des autres.
Et cela ne se produit que parce qu'elles sont abusées par de
mauvais amis [akuchishiki].
Les femmes, dans le Japon entier, sont confrontées à un
ennemi plus effroyable que les tigres et les loups, que les bandits
de la montagne ou les pirates de la mer, que les ennemis de leurs parents
ou les concubines de leurs maris. Leurs véritables ennemis sont
les personnes qui, au lieu de leur apprendre à faire confiance
au Sutra du Lotus, leur enseignent le Nembutsu!
Les femmes qui ont foi dans le Sutra du Lotus devraient réciter
Namu Myoho Renge Kyo soixante mille, cent
mille, ou même dix millions de fois par jour; ensuite, s'il leur
reste encore du temps, elles peuvent, à l'occasion, murmurer
le nom d'Amida ou de tout autre bouddha.
Mais les femmes, de nos jours, passent leur vie à réciter
sans cesse le nom d'Amida et à se
préoccuper du Nembutsu.
Elles ne récitent jamais le Sutra du Lotus, ou ne lui
font pas d'offrandes. Il est
vrai que quelques-unes d'entre elles écoutent le Sutra du
Lotus lorsqu'il est lu par des moines qui suivent ses enseignements.
Mais elles respectent les moines du Nembutsu
comme s'ils étaient leurs parents ou leurs frères, et
traitent les pratiquants du Sutra du Lotus avec moins de respect
qu'elles n'en accordent à leurs employés ou leurs domestiques.
Pourtant, elles disent croire dans le Sutra du Lotus!
Au contraire, Vimaladatta autorisa
ses fils, les deux princes, à entrer dans l'Ordre
bouddhique et les encouragea à propager le Sutra du Lotus.
De plus, la fille du Roi-Dragon fit un voeu en disant: "Je révélerai
les enseignements du Grand Véhicule et délivrerai les
êtres de la souffrance."(réf)
Ni l'une ni l'autre ne firent voeu de suivre exclusivement les enseignements
des autres sutras et de négliger la pratique du Sutra du
Lotus. Néanmoins, c'est ce que font les femmes de nos jours,
consacrant tous leurs efforts à la pratique d'autres sutras et
aucun à la pratique du Sutra du Lotus. Vous devriez
changer d'attitude, changez d'attitude immédiatement. Namu
Myoho Renge Kyo, Namu Myoho Renge Kyo.
Nichiren
Achevé à l'heure du Mouton [14 h], au temple Seicho-ji,
le sixième jour du premier mois de la troisième année
de l'ère de Bun'ei, année
du signe cyclique hinoetora
[1266].
Le Daimoku du Sutra du Lotus (
Arrière-plan