| Première
partie
L'ignorant : Lorsque
l'on a reçu la vie, on ne peut échapper à la mort.
Chacun, du plus noble au plus humble, de l'empereur au plus modeste de
ses sujets, tient cela pour certain, mais pas une personne sur mille ou
sur dix mille n'y réfléchit avec sérieux ni ne s'en
inquiète. Lorsque nous sommes brusquement confrontés à
l'évidence de l'impermanence de la vie, peut-être la pensée
d'être restés si éloignés du bouddhisme nous
effraie-t-elle et peut-être regrettons-nous alors de nous être
trop préoccupés des affaires de ce monde (note).
Pourtant, nous pensons que ceux qui nous ont précédés
dans la mort ont été victimes du malheur, et que nous, qui
restons vivants, leur sommes plus chanceux. Affairés comme nous
l'étions à la tâche d'hier et comme nous le sommes
au travail d'aujourd'hui, nous sommes pieds et poings liés par
les cinq désirs de notre
nature terrestre. Sans comprendre que le temps passe aussi rapidement
qu'un poulain blanc entraperçu par la fente d'un mur (note),
aussi ignorants que des moutons conduits à l'abattoir, désespérément
prisonniers de notre besoin de nourriture et de vêtements, nous
tombons sans y prendre garde dans les filets de la célébrité
et du profit et, pour finir, nous ne rentrons au village des Trois mauvaises
voies qui nous est familier que pour reprendre aussitôt la route,
renaissant, vie après vie, dans les six
voies de l'existence. Comment une personne sensible pourrait-elle
ne pas déplorer un tel état de choses, ou manquer d'en éprouver
de la tristesse?
Hélas! Jeune ou vieux, personne ne connaît le sort qui l'attend
- il en est ainsi dans notre monde saha.
Tous ceux qui se rencontrent sont voués à se séparer
de nouveau - telle est la règle du monde flottant dans lequel nous
vivons. Ce n'était certes pas la première fois que je prenais
conscience de ce fait, mais j'ai été choqué de voir
tant de gens quitter prématurément ce monde au début
de l'ère Shoka (note).
Certains laissaient derrière eux des enfants en bas âge,
d'autres étaient contraints d'abandonner des parents âgés.
Quelle tristesse devait habiter leur coeur lorsque, encore dans la force
de l'âge, ils durent entreprendre le voyage vers les Sources jaunes !
Ce fut douloureux pour ceux qui partirent aussi bien que pour ceux qu'ils
laissaient derrière. De la passion du roi de
Chu pour la déesse, il resta au matin une traînée
nuageuse (note),
et la douleur de Liu (note),
au souvenir de sa rencontre avec une visiteuse immortelle, s'apaisa à
la vue de ses descendants à la septième génération.
Mais où une personne telle que moi pourrait-elle trouver soulagement
à sa peine? Je me souviens du poète des temps anciens qui,
parce qu'il n'était qu'un humble montagnard, espérait échapper
peut-être à une telle tristesse (note).
Maintenant, récoltant mes pensées comme les gens de Naniwa
ramassent les algues pour en extraire du sel, je leur donne forme avec
un pinceau pour que les gens des époques à venir les gardent
en mémoire.
Quelle tristesse! Comme c'est regrettable! Depuis le passé
sans commencement, enivrés par le vin de l'ignorance,
nous sommes nés un nombre incalculable de fois dans les six voies
de l'existence en passant par les quatre
formes de naissance. Tantôt nous suffoquons au coeur des flammes
de l'enfer de la brûlure ardente
ou de la grande chaleur dévorante (note);
tantôt nous gelons dans la glace de l'enfer du lotus rouge sang
ou du grand lotus rouge sang. Tantôt nous devons endurer la torture
de la faim et de la soif dans le royaume de l'avidité,
passant cinq cents vies sans même pouvoir entendre prononcer le
nom d'un aliment ou d'une boisson. Tantôt nous éprouvons
la souffrance d'être blessés et tués dans le royaume
de l'animalité, nous subissons
les blessures et les meurtres qui sont le lot d'un monde où les
petits sont avalés par les grands, où les courts sont engloutis
par les longs. Tantôt nous sommes confrontés aux querelles
et aux conflits du royaume des asura;
tantôt nous naissons en tant qu'êtres
humains et sommes en proie aux huit souffrances que sont naître
et vieillir, tomber malade et mourir, souffrir de devoir quitter ceux
que nous aimons et rencontrer ceux que nous haïssons, éprouver
la douleur de ne pas obtenir ce que nous désirons, et endurer les
peines engendrées par les cinq
agrégats du corps et de l'esprit. Tantôt encore nous
naissons dans le royaume céleste
et faisons l'expérience des cinq
signes de dégradation. Ainsi tournons-nous sans cesse en rond
comme la roue d'un chariot dans ce monde
des Trois Plans. Même parmi ceux qui furent, à un moment
donné, parents et enfants, les parents ne savent pas qu'ils furent
parents ni les enfants qu'ils furent leurs enfants; et, bien que mari
et femme se rencontrent de nouveau, ils ignorent qu'ils se sont déjà
rencontrés. Nous nous égarons comme si nous avions les yeux
d'un mouton; nous sommes aussi ignorants que si nous avions des yeux de
loup. Nous ne connaissons pas la relation passée que nous avons
eue avec la mère qui nous a donné naissance, et nous ignorons
à quel moment nous succomberons nous-mêmes à la mort.
Pourtant, nous avons obtenu de naître dans le monde des humains,
condition à laquelle il est rare de parvenir, et nous avons rencontré
les enseignements sacrés du Bouddha qu'il est très exceptionnel
d'entendre. Nous sommes comme la tortue
borgne trouvant un bois flottant percé d'un trou exactement
de la taille qui lui convient. Comme il serait regrettable alors que nous
ne saisissions pas cette occasion de trancher les entraves de
la vie et de la mort, et ne fassions pas le plus petit effort pour
nous libérer de la cage du monde des Trois Plans.
Alors un
homme réputé pour sa sagesse apparut qui s'adressa à
l'ignorant en ces termes : "Vous avez toutes les raisons de vous
désoler comme vous le faites. Mais ceux qui comprennent l'impermanence
de ce monde et dirigent leur esprit vers la bonté sont encore plus
rares que les cornes de Kirin, tandis
que ceux qui ne parviennent pas à la comprendre, et s'abandonnent
au contraire à des pensées mauvaises, sont plus nombreux
que les poils d'une vache. Si vous souhaitez éveiller le désir
d'atteindre la boddhéité et vous libérer rapidement
des souffrances de la naissance et de
la mort, je connais la meilleure doctrine pour y parvenir. Si vous
le désirez, je vous l'expliquerai, afin que vous puissiez en prendre
connaissance."
L'ignorant
se leva de son siège, joignit les mains en disant : "Depuis
quelque temps déjà j'étudie les classiques de
la littérature séculière, et j'ai accordé toute
mon attention à l'étude de la poésie, de sorte
que je n'ai pas une connaissance approfondie des enseignements bouddhiques.
Mon plus cher désir serait que vous ayez la grande bonté de
me les enseigner."
A quoi l'éminent
personnage répondit : "Vous devez écouter avec les
oreilles de Ling Lun, emprunter les yeux
de Li Liu, faire le calme dans votre esprit,
et je vais vous expliquer cela. Il n'y a pas moins de 80000
enseignements bouddhiques, mais le père et la mère de toutes
les écoles, l'enseignement le plus important, est celui qui concerne
les préceptes et les règles
de conduite. En Inde, les bodhisattvas Vasubandhu
et Ashvaghosha, et, en Chine,
les moines Huiguang et Daoxuan
ont souligné leur importance. Et dans notre pays, sous le règne
du quarante-cinquième souverain, l'empereur Shomu,
le moine chinois Ganjin introduisit
au Japon les enseignements de l'école Ritsu
en même temps que ceux de l'école Tendai,
et il établit au temple Todai-ji
une salle pour y conférer les préceptes. Depuis cette époque
jusqu'à nos jours, pendant de longues années, les préceptes
ont été révérés et ils sont chaque
jour un peu plus respectés.
Il y a, en particulier, ce moine éminent, Ryokan,
du temple Gokuraku-ji. Chacun,
du souverain jusqu'au plus humble de ses sujets, l'admire comme un bouddha
vivant, et, en observant sa conduite, on voit bien qu'il est digne de
sa réputation. Il a organisé des activités de bienfaisance
à Ijima-no-tsu,
collecté du riz à la barrière de Mutsura (note),
et utilisé ces fonds pour faire construire des routes dans diverses
provinces. Il a établi des péages sur sept routes principales (note),
prélevé une taxe sur quiconque passait par là, et
s'est servi de cet argent pour faire construire des ponts au-dessus de
plusieurs rivières. Des actions aussi bienveillantes font de lui
l'égal du Bouddha, et ses bonnes actions surpassent celles des
sages du passé. Si vous voulez
rapidement vous libérer des souffrances de la vie
et de la mort, vous devriez observer les cinq
préceptes et les deux
cent cinquante préceptes. Cultivez votre bienveillance à
l'égard des autres, interdisez-vous de tuer tout être vivant,
et, comme l'éminent moine Ryokan,
entreprenez la construction de routes et de ponts. C'est le plus élevé
de tous les enseignements. Etes-vous prêt à y adhérer?
L'ignorant
joignit les mains avec encore plus de ferveur et dit: "En vérité,
c'est mon grand souhait d'y adhérer! Je vous en prie, expliquez-moi
plus en détail. Vous parlez des cinq
préceptes et des deux cent cinquante préceptes, mais
j'ignore en quoi ils consistent. Accepteriez-vous de me les énumérer
précisément?
Le religieux
dit : Votre ignorance est un gouffre! Même un enfant connaît
les cinq préceptes et les deux cent cinquante préceptes.
Je vais pourtant vous les expliquer. Ces cinq préceptes sont, premièrement,
l'interdiction d'ôter la vie; deuxièmement, l'interdiction
de voler; troisièmement, l'interdiction de mentir; quatrièmement,
l'interdiction d'avoir des relations sexuelles illégitimes; et,
cinquièmement, l'interdiction de boire des breuvages intoxicants.
Les deux cent cinquante préceptes sont nombreux, je ne les passerai
donc pas en revue ici.
Ayant entendu
cela, l'ignorant s'inclina bien bas et, avec le plus grand respect,
déclara: "A dater d'aujourd'hui, j'observerai ces principes
avec la plus grande rigueur.
Cet homme
[l'ignorant] avait une connaissance de longue date, un croyant bouddhiste
laïque, vivant retiré, qui vint lui rendre visite pour le
réconforter. Tout d'abord, le visiteur évoqua des événements
passés, les comparant à un rêve sans fin et mal défini,
puis il parla de l'avenir, en rappelant comme il est vaste et obscur,
et comme il est difficile à prévoir. Après avoir
ainsi tenté de détourner l'attention de son interlocuteur
pour mieux l'amener à sa propre vision des choses, il ajouta: "La
plupart d'entre nous qui vivons en ce monde ne pouvons guère éviter
de nous interroger sur la vie future. Puis-je demander quelle sorte de
doctrine bouddhique vous avez adoptée pour vous libérer
des souffrances de la naissance et de
la mort, ou afin de prier pour le bien-être de ceux qui sont
partis pour une autre vie?
L'ignorant
répondit : "Il y peu de temps, un moine éminent est
venu me rendre visite et m'a enseigné les cinq préceptes
et les deux cent cinquante préceptes. En vérité je
suis profondément impressionné par ses enseignements et
les trouve tout à fait admirables. Je sais bien qu'il ne m'est
pas possible d'égaler l'illustre révérend Ryokan,
mais j'ai décidé de faire tout ce qui est en mon pouvoir
pour contribuer à la réparation des routes en mauvais état
et à la construction de ponts au-dessus des rivières trop
profondes pour être traversées à gué.
Le croyant
laïque lui tint alors ce discours: "Votre désir d'entrer
dans la Voie pourrait être digne d'admiration, mais votre démarche
est insensée. La doctrine à laquelle vous venez de faire
allusion est le plus bas des enseignements du Hinayana.
C'est pour le faire comprendre que le Bouddha formula les Huit
comparaisons, et que le bodhisattva Manjushri
énumera Dix-sept différences.
Le Bouddha a déclaré, par exemple, que le Hinayana
ne répand pas plus de lumière qu'une luciole comparée
à l'éclat du soleil, ou qu'il est comme du cristal ordinaire
comparé à l'émeraude. De plus, les maîtres
d'Inde, de Chine ou du Japon, ont écrit plus d'un traité
réfutant les enseignements du Hinayana.
Ensuite, à propos du respect que vous éprouvez pour ceux
qui observent ces pratiques, sachez qu'un enseignement n'est pas digne
d'être suivi pour la seule raison que ceux qui le pratiquent sont
respectés. A cet égard, le Bouddha a formulé le principe
: "Fiez-vous au Dharma et non à la personne."(réf)
J'ai entendu
dire que les sages des temps anciens, observant les préceptes,
ne s'autorisaient même pas à prononcer les mots "tuer" ou "amasser",
leur substituant des circonlocutions plus pures à leurs oreilles,
et que, si leur regard rencontrait par hasard la beauté d'une
femme, ils s'efforçaient d'imaginer un cadavre. Mais si nous
regardons le comportement des moines qui, de nos jours, sont censés
observer les préceptes, nous voyons qu'ils amassent de la soie,
de l'argent et des bijoux, et ne dédaignent pas de prêter
de l'argent avec intérêt. Si leurs principes et leur pratique
diffèrent à ce point, qui pourrait leur accorder la moindre
confiance?
Quant à la construction de routes et de ponts, elle n'a apporté au
peuple que des tracas. Les activités charitables à Ijima-no-tsu et
la collecte de riz à la barrière de Mutsura ont
contribué au malheur de quantité de gens, et l'installation
de péages le long des sept routes principales des diverses provinces
a imposé une dure épreuve aux voyageurs. Ce sont là des
choses qui se produisent sous nos yeux. Etes-vous donc aveugle à ce
qui se passe?
L'ignorant, à ces
mots, s'écria, rouge de colère : "Rien n'autorise
une personne comme vous, avec le peu de sagesse qu'elle possède, à dire
du mal d'un moine éminent et à dénigrer son enseignement!
Le faites-vous en toute connaissance de cause, ou par pure stupidité?
Votre attitude est vraiment effarante!
Alors, le
croyant laïque se mit à rire et dit: "Hélas,
c'est vous l'ignorant! Laissez-moi vous expliquer brièvement
en quoi consistent les erreurs de cette école. Sachez que, lorsque
l'on parle des enseignements bouddhiques, il faut distinguer entre Mahayana et Hinayana;
et, à propos des écoles, il faut savoir que certaines
s'appuient sur des enseignements
provisoires, et d'autres sur des enseignements définitifs.
Il y a bien longtemps, lorsque le Bouddha enseigna les principes du Hinayana au Parc
des Daims, il ouvrit la porte d'une ville illusoire (note).
Mais, par la suite, lorsque les tapis furent déroulés
pour l'enseignement du Sutra du Lotus au Pic
du Vautour, ces doctrines antérieures cessèrent de
procurer des bienfaits.
L'ignorant
regarda le croyant laïque avec perplexité et lui dit: "La preuve
littérale et la preuve concrète confirment bien vos
dires. Mais, dans ce cas, quelle sorte d'enseignement bouddhique faut-il
pratiquer pour se libérer des souffrances de la naissance et
de la mort, et pour rapidement parvenir à la boddhéité?
L'autre répondit:
"Je ne suis qu'un laïc mais je me consacre avec sincérité
à la pratique du bouddhisme; j'ai, depuis ma jeunesse, écouté
les paroles de nombreux maîtres, et j'ai lu quelques-uns des écrits
sacrés. Pour nous, hommes de cette époque des Derniers
jours du Dharma qui avons commis toutes sortes de mauvaises actions,
rien ne peut mieux convenir que les enseignements du Nembutsu
qui conduisent à renaître dans la Terre
pure. Ainsi, Genshin,
l'administrateur des moines, déclare: "Les enseignements et
les pratiques qui mènent à la renaissance dans la Terre
de la béatitude parfaite sont les yeux et les pieds de ceux qui vivent en notre époque impure."(réf)
L'éminent moine Honen rassembla
les passages les plus importants des divers sutras et propagea la doctrine
de la dévotion exclusive à la pratique du Nembutsu.
En particulier, les voeux originels
du bouddha Amida surpassent, en valeur
et en importance, ceux de tous les autres bouddhas. Du premier voeu -
que les Trois mauvaises voies n'existent plus sur sa Terre (note) - jusqu'au dernier - que les bodhisattvas puissent parvenir aux trois
sortes de perception (note) - tous les voeux compatissants du bouddha Amida
méritent une grande reconnaissance. Mais son dix-huitième
voeu (note) nous concerne tout particulièrement. De plus, même ceux qui
ont commis les Dix mauvaises
actions ou les Cinq forfaits
ne sont pas exclus; et aucune discrimination ne doit être faite
entre ceux qui n'ont récité le Nembutsu
qu'une fois et ceux qui l'ont beaucoup récité. Pour cette
raison, le pays entier, du souverain au petit peuple, place cette école
au-dessus de toutes les autres. Et l'on ne compte plus le nombre de personnes
qui ont obtenu de renaître dans la Terre pure grâce à
lui!"
L'ignorant répondit: "En vérité, il faudrait
avoir honte de ce qui est mesquin, et aspirer à ce qui est grand,
abandonner le superficiel pour adhérer à ce qui est profond.
Cela n'est pas seulement un principe bouddhique, mais également
une règle valable dans le monde profane. Par conséquent,
je voudrais sans délai me convertir à cette école
dont vous venez de parler. S'il vous plaît, instruisez-moi de ses
principes plus en détail. Vous dites que même ceux qui ont
commis les Cinq forfaits et les Dix
actions mauvaises ne sont pas exclus du voeu bienveillant du Bouddha.
Puis-je vous demander en quoi consistent les Cinq forfaits et les Dix
actions mauvaises?
Le croyant
laïque avisé répondit: "Les Cinq forfaits sont
: tuer son père, tuer sa mère, tuer un arhat, verser
le sang d'un bouddha, et rompre l'unité de la communauté bouddhique.
Quant aux Dix actions mauvaises, elles consistent en trois actions
corporelles, quatre actions verbales et trois actions mentales. Les
trois actions corporelles sont tuer, voler et avoir des relations sexuelles
illégitimes. Les quatre mauvaises actions verbales sont mentir,
flatter, diffamer, et tromper. Les trois mauvaises actions mentales
sont l'avidité, l'orgueil et l'ignorance.
Maintenant,
je les comprends, dit l'ignorant. A dater de ce jour, je m'en remettrai
entièrement au pouvoir d'un
autre, à celui du bouddha Amida,
pour qu'il me permette de renaître dans la Terre pure.
Vers la même
époque, il y avait un pratiquant de l'école ésotérique,
d'une extrême ferveur dans la pratique de cette doctrine. Lui aussi
vint trouver l'ignorant pour lui apporter son réconfort. Tout d'abord,
il se contenta de parler en "mots sauvages et phrases fleuries"(note),
mais, finalement, il tint un discours sur la différence entre deux
sortes d'enseignements bouddhiques, ceux des écoles exotériques
et ceux de l'école ésotérique. Il demandaià
l'ignorant: "Quelle sorte de doctrines bouddhiques pratiquez-vous,
et quels sutras et traités lisez-vous et récitez-vous?
L'ignorant
répondit: "Récemment, en suivant les instructions d'un
croyant laïque de ma connaissance, j'ai lu les trois sutras de la
Terre pure,
et j'en suis venu à accorder une confiance profonde à Amida,
le seigneur du paradis qui se trouve à l'ouest.
L'ésotériste
lui dit: "Il y a deux sortes d'enseignements bouddhiques, exotériques
et ésotériques. Les plus profonds principes des enseignements
exotériques ne soutiennent pas la comparaison avec les stades
même élémentaires de la pratique ésotérique.
D'après ce que vous me dites, il me semble que la doctrine à laquelle
vous adhérez appartient à l'enseignement exotérique
du Bouddha Shakyamuni. Mais la doctrine à laquelle j'adhère
est l'enseignement secret du bouddha Vairocana,
le roi de l'illumination. Si vous craignez véritablement cette
maison en feu qu'est le monde des
Trois Plans dans lequel nous vivons, et si vous aspirez à la Terre
merveilleuse de la lumière éternellement paisible,
vous devriez immédiatement rejeter les enseignements exotériques,
et accorder votre foi aux enseignements ésotériques!
L'ignorant,
grandement stupéfait, dit: "Je n'ai encore jamais entendu
faire cette distinction entre doctrines exotériques et ésotériques.
En quoi consistent les enseignements
exotériques? Quel sont les enseignements ésotériques?
L'ésoteriste
répondit : "J'ai la tête dure, je suis stupide et je
manque de connaissances. Néanmoins, j'aimerais citer un ou deux
passages, et m'efforcer de dissiper votre ignorance. Les enseignements
exotériques sont ceux qui furent exposés, à la demande
de Shariputra et d'autres disciples,
par un bouddha sous l'aspect du corps
manifesté (note).
Mais les enseignements ésotériques sont ceux que le bouddha
Vairocana, un bouddha sous l'aspect
du corps du Dharma (note),
exposa spontanément pour partager la joie sans limite du Dharma,
avec Vajrasattva comme auditeur.
Ces enseignements sont constitués par le Sutra
Vairocana et les deux autres sutras ésotériques.
L'ignorant
dit: "Vos paroles semblent raisonnables. Je crois que je vais
devoir corriger mes erreurs anciennes, et me hâter de pratiquer
ces enseignements d'une plus grande valeur!
Il y avait
aussi un moine-mendiant qui errait de province en province, comme une
herbe flottante, ou roulant de région en région comme une
touffe d'herbes sèches. Sans que quiconque ait eu le temps de le
voir venir, on l'aperçut, debout, s'appuyant au pilier de la grille,
et souriant sans rien dire.
L'ignorant,
interloqué par cette attitude, lui demanda ce qu'il voulait.
Le moine d'abord ne lui répondit rien, mais la question lui
ayant été répétée, il dit: "La
lune est voilée et lointaine, le vent est frais et agité." Son
apparence était tout à fait excentrique et ses mots n'avaient
aucun sens, mais quand l'ignorant lui eut demandé leur sens
caché, il découvrit qu'il s'agissait de principes du Zen tel
qu'il est enseigné de nos jours dans le monde.
Il observa l'apparence du moine, écouta ses paroles, et lui demanda
ce qu'il considérait comme une bonne cause pour entrer dans la
voie du Bouddha.
Le moine
mendiant répondit: "Les enseignements des sutras sont un
doigt pointant vers la lune. Les filets de leur doctrine sont pleins
d'autant de non-sens que les mots peuvent en attraper. Mais il y a
un enseignement qui permet de trouver le repos dans la nature essentielle
de son propre esprit - on l'appelle le Zen.
J'aimerais
que vous m'en disiez plus", dit l'ignorant.
S'il s'agit
là de votre part d'un désir sincère, répondit
le moine, vous devez vous asseoir face au mur dans la position de méditation
Zen, et retrouver, brillante comme la lune, la clarté de votre
esprit originel. Il est clair, et chacun peut s'en assurer, que la lignée
Zen des vingt-huit patriarches (note) s'est poursuivie sans interruption en Inde, et que cette transmission
a été léguée aux six patriarches (note) en Chine. Il serait véritablement pitoyable que vous ne puissiez
pas comprendre ce qu'ils ont enseigné, et restiez prisonnier des
filets de la doctrine! Puisque l'esprit lui-même est bouddha et
que le Bouddha n'est autre que l'esprit, quel bouddha pourrait-il y avoir
en dehors de vous?
En entendant
ces mots, diverses réflexions vinrent à l'esprit de l'ignorant,
et il s'interrogea sur la validité des principes qu'il venait d'entendre.
Il dit: "Il y a quantité de doctrines bouddhiques différentes,
et il est très difficile de déterminer celles qui sont solides
et celles qui ne le sont pas. On comprend bien pourquoi le bodhisattva
Jotai partit vers l'est à
la recherche de la vérité, et pourquoi Zenzai
Doji, dans le même but, partit vers le sud; on comprend pourquoi
le bodhisattva Yakuo s'est brûlé
le bras, et Gyobo Bonji s'est arraché
la peau. Un bon ami bouddhique est
véritablement difficile à trouver! Certains disent qu'il
faut suivre l'enseignement des sutras, tandis que d'autres disent que
la vérité se trouve en dehors des sutras. En se demandant
ce qui est juste ou faux dans ces enseignements, celui qui n'a pas encore
sondé la profondeur du bouddhisme et demeure en contemplation devant
l'eau du Dharma, peut douter de sa réelle profondeur. Celui qui
s'adresse à un maître le fait avec autant d'inquiétude
qu'une personne marchant sur de la glace fine. Voilà pourquoi le
Bouddha nous a laissé ces paroles d'or: "Appuyez-vous
sur le Dharma et non sur la personne", et pourquoi il est dit que
ceux qui rencontrent le vrai Dharma sont moins nombreux que les grains
de sable qui peuvent tenir sur un ongle. S'il est quelqu'un qui sache
distinguer les enseignements bouddhiques véridiques des faux, je
dois aller le trouver, le prendre pour maître et lui manifester
tout le respect qui lui revient. On
dit qu'il est aussi difficile de naître en tant qu'être humain
que d'enfiler dans une aiguille un fil tombant du ciel, et qu'il est aussi
rare de voir et d'entendre les enseignements du Bouddha que pour une tortue
borgne de rencontrer un morceau de bois flottant percé d'un
trou de la bonne taille pour lui servir de soutien.
Considérant
que le corps a moins d'importance que le Dharma qui est suprême,
l'ignorant escalada les montagnes, poussé par l'inquiétude,
allant d'un temple à l'autre aussi longtemps que ses pieds pouvaient
le porter. A un moment donné, il arriva devant une caverne rocheuse,
creusée dans une montagne dont les pentes verdoyantes s'élevaient
à pic derrière elle. Le vent, dans les pins, jouait la mélodie
de l'éternité, du bonheur, de la véritable nature,
et de la pureté, et le flot du ruisseau émeraude qui longeait
la montagne, en ricochant sur les pierres de la rive, faisait comme un
écho à la perfection de ces quatre
vertus. Les fleurs qui tapissaient la vallée profonde s'épanouissaient
dans les couleurs du véritable aspect de la Voie
du milieu, et, des fleurs de pruniers, à peine écloses
dans la vaste prairie, s'échappait le parfum des trois
mille conditions. En vérité, c'était au-delà
de ce que les mots peuvent décrire, au-delà de ce que l'esprit
peut imaginer. On aurait pu se croire dans le lieu où vécurent
les Quatre ermites aux cheveux blancs
du mont Shang, ou sur le site où un
bouddha des temps anciens se serait promené au sortir de sa méditation.
Des nuages de bon augure apparaissaient à l'aube, une lumière
mystérieuse rayonnait dans la soirée. Ah! c'était
une impression que l'esprit ne pouvait saisir ni les mots expliquer!
L'ignorant marcha dans tous les sens, se demandant ce qu'il voyait, tantôt
s'arrêtant pour réfléchir, tantôt revenant sur
ses pas. Soudain, il se trouva en présence d'un sage.
Il observa ce que ce dernier faisait et le vit réciter le Sutra
du Lotus; le son de sa voix toucha profondément le coeur du
voyageur. Jetant un coup d'oeil par la fenêtre, devenue silencieuse,
du refuge du sage, il vit que celui-ci, les coudes posés sur sa
table, réfléchissait au sens profond du Sutra.
Le sage,
devinant que l'ignorant était à la recherche du Dharma,
lui demanda avec douceur :
- Pourquoi êtes-vous venu jusqu'à cet ermitage perdu dans
des montagnes reculées? "
L'autre répondit : - Parce que j'attache peu d'importance à
ma vie, mais beaucoup d'importance au Dharma.
- Quelle sorte de pratique est la vôtre? lui demanda le sage.
L'ignorant répondit : "J'ai vécu, toute ma vie durant,
dans la poussière du monde profane, et ne sais toujours pas comment
me libérer des souffrances de la naissance et de la mort. Certes,
j'ai rencontré divers bons amis bouddhiques qui m'ont appris d'abord
les règles de discipline [Ritsu],
puis les enseignements du Nembutsu, du Shingon,
et du Zen. Mais j'ai eu beau apprendre ces
doctrines, je suis toujours incapable de déterminer si elles sont
vraies ou fausses."
Le sage dit: "Au son de votre voix, je comprends que vous êtes
sincère. Faire peu de cas de sa vie et grand cas du Dharma est
l'enseignement des sages des temps anciens, l'un de ceux que je connais
bien moi-même.
Depuis le domaine où il n'y a ni pensée
ni absence de pensée, au-dessus des nuages, jusqu'au fin fond
de l'enfer, y a-t-il un seul être qui, ayant reçu la vie,
réussisse à échapper à la mort? Ainsi, même
dans des écrits profanes et de peu de sagesse nous lisons: "Vous
pouvez entreprendre à l'aube le parcours de la vie, fier de la
beauté de vos joues fraîches, mais, le soir, vous ne serez
plus qu'un amas d'os blanchis pourrissant sur la lande."(réf) Vous vous promènerez peut-être en éblouissante compagnie,
avec des nobles de la cour, les cheveux coiffés avec l'élégance
des nuages, et les manches bruissant comme des flocons de neige; les plaisirs
de ce genre, si l'on prend le temps d'y réfléchir, ne sont
rien de plus qu'un rêve dans un rêve. Finalement, vous devrez
reposer sous le tapis des herbes folles au pied de la colline, et tous
vos dais ornés de bijoux et vos tentures de brocard ne signifieront
plus rien pour vous sur le chemin d'après la vie. La beauté
tant vantée de Ono no Komachi et de Soto'ori Hime,
semblable à celle des fleurs, fut un jour éparpillée
par les vents de l'impermanence. Pour finir, Fan
Kuai et Chang-Liang,
malgré leur maîtrise des arts martiaux, durent quand même
subir les bâtons des gardiens de l'enfer. C'est pourquoi des personnes
sensibles, aux époques précédentes, écrivirent
des poèmes comme ceux-ci :
Comme elle
est triste, la fumée du soir
Sur le mont Toribe (note)!
Ceux qui accompagnent le mort -
Combien de temps leur reste-t-il encore?
Rosée au bout des branches
Gouttelettes sur le tronc -
Tout, un jour ou l'autre,
Doit disparaître de ce monde. (réf)
C'est la règle
de la vie - celui qui ne meurt pas plus tôt mourra inévitablement
plus tard, et cela n'est sans doute plus, depuis longtemps pour vous,
une surprise. Mais ce qu'il faut désirer avant tout, c'est la
voie du Bouddha, et ce que l'on devrait rechercher sans cesse, c'est
l'enseignement des sutras. D'après vos dires, il me semble que
certaines des doctrines bouddhiques que vous avez rencontrées entrent
dans la catégorie du bouddhisme Hinayana,
d'autres dans celle du Mahayana.
Mais, en laissant de côté pour l'instant la question de leur
supériorité relative, je peux dire que, loin de vous apporter
la délivrance, la pratique
de ces enseignements vous conduira à renaître dans les mauvaises
voies de l'existence."
En entendant
cela, l'ignorant s'écria, surpris: "Mais ne sont-ils pas
tous des enseignements sacrés,
exposés par le Bouddha, sa vie durant, pour procurer des bienfaits aux êtres
vivants? Depuis le moment où fut enseigné le Sutra
Kegon,
en sept lieux et à huit assemblées, jusqu'à la
cérémonie [au cours de laquelle fut exposé le Sutra
du Nirvana] au bord de la rivière Hiranyavati,
toutes les doctrines furent prêchées par le Bouddha Shakyamuni
lui-même. Peut-être est-il possible de distinguer quelques
mérites rendant les unes légèrement supérieures
aux autres, mais comment une seule d'entre elles pourrait-elle être
la cause d'une renaissance dans les mauvaises voies?"
Le sage répondit
: Dans les enseignements sacrés
exposés par le Bouddha de son vivant, il est possible de distinguer
diverses catégories: enseignements
provisoires ou définitifs, Hinayana
ou Mahayana. On peut distinguer encore entre
les deux voies, exotérique
et ésotérique.
Ainsi, ils ne sont pas tous de même nature. Laissez-moi vous expliquer
un instant où réside le problème, et dissiper ainsi
vos erreurs d'interprétation.
Quand Shakyamuni, seigneur du monde des Trois
plans, parvint à l'âge de dix-neuf ans, il quitta la
ville de Gaya (note) et se retira sur le mont Dandaka (note)
où il pratiqua diverses austérités difficiles et
pénibles. Il atteignit la boddhéité à l'âge
de trente ans, et, à ce moment-là, élimina instantanément
les Trois catégories d'illusion,
et mit un terme à la nuit profonde de l'ignorance.
On pourrait penser que, pour réaliser son voeu fondamental, il
aurait dû à l'époque enseigner le Véhicule
unique du Sutra du Lotus. Mais il savait que les capacités
des gens étaient extrêmement diverses et qu'ils n'étaient
pas en mesure de comprendre le Véhicule
du Bouddha. C'est pourquoi il consacra les quarante et quelques années
suivantes à développer les capacités latentes des
gens. Puis, dans les huit dernières années de sa vie, il
accomplit le dessein pour lequel il était venu en ce monde, en
enseignant le Sutra du Lotus.
Ainsi, ce fut alors qu'il était âgé de soixante-douze
ans que le Bouddha enseigna, en introduction au Sutra du Lotus,
le Sutra Muryogi dans
lequel il déclara: "Par le passé je suis resté
assis en méditation sous
l'arbre bodhi pendant six ans, et
je suis parvenu à la boddhéité suprême. En
observant tous les phénomènes avec l'œil du Bouddha,
j'ai compris que je ne pouvais pas enseigner tel quel l'Eveil auquel j'étais
parvenu. Pourquoi cela? Parce que je savais que les gens diffèrent
par leur nature et leurs désirs. Et, parce qu'ils diffèrent
par leur nature et leurs désirs, j'ai exposé le Dharma de
diverses manières. En exposant le Dharma de diverses manières,
j'ai eu recours à plusieurs moyens
efficaces. Mais, en quarante ans et plus, je n'ai pas encore révélé
la vérité."
Le sens de ce passage est que, lorsque le Bouddha, alors âgé
de trente ans, s'assit sur le lieu de l'Eveil sous l'arbre bodhi, il observa
le coeur profond de tous les êtres avec la vision du Bouddha, et
comprit que le temps n'était pas propice pour leur enseigner le
Sutra du Lotus qui révèle la voie directe conduisant
tous les êtres à la boddhéité. Par conséquent,
de la même manière que l'on brandit une main vide pour amuser
un nourrisson, il eut recours à divers subterfuges, et, pendant
les quarante années qui suivirent, s'abstint de révéler
la vérité. Ainsi, il définit la période des
enseignements provisoires aussi
clairement que le soleil se levant dans un ciel bleu ou que la pleine
lune apparaissant par une nuit obscure.
Ayant lu ce passage, pourquoi, avec la même foi que nous pourrions
tout aussi bien accorder au Sutra du Lotus, devrions-nous nous
accrocher aux enseignements provisoires des sutras antérieurs au
Sutra du Lotus, ces doctrines que le Bouddha déclara vides,
et qui nous ramènent sans cesse vers la même vieille demeure
du monde des Trois Plans que nous connaissons déjà si bien?
Au chapitre Hoben (réf),
dans le premier volume du Sutra du Lotus, le Bouddha déclare
: "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires,
j'enseignerai exclusivement la Voie
suprême." Ce passage indique qu'il faut honnêtement
rejeter les principes exposés par le Bouddha dans les divers sutras
enseignés au cours des quarante-deux années précédentes,
nommément les doctrines du Nembutsu,
du Shingon, du Zen
et du Ritsu, auxquelles vous avez fait allusion.
Le sens de ce passage est parfaitement clair. Et, de plus, nous avons
l'avertissement donné au chapitre
Hiyu (réf)
dans le deuxième volume, " l'unique désir de recevoir
et de garder l'écrit du Mahayana,
sans accepter un seul vers d'aucun autre sutra." Ce passage indique
que, quelle que soit l'année de la vie du Bouddha où un
sutra a été enseigné, il ne faut pas accepter un
seul vers d'un sutra autre que le Sutra du Lotus.
Les diverses doctrines des Huit Ecoles
sont aussi nombreuses que des orchidées ou des chrysanthèmes,
et moines et croyants laïques, bien que différents en apparence,
proclament tous d'une même voix leur attachement au Sutra du
Lotus. Mais comment interprètent-ils ces passages du Sutra
du Lotus que je viens de citer? Ces passages parlent de "sincèrement
rejeter" les enseignements antérieurs, et interdisent à
quiconque d'accepter ne serait-ce qu'un seul vers d'aucun autre sutra.
Mais les doctrines du Nembutsu, du Shingon,
du Zen et du Ritsu
ne sont-elles pas basées sur "les autres sutras"?
Ce Sutra Myoho Renge Kyo dont je parle représente
la vraie raison de la venue de tous les bouddhas en ce monde, et enseigne
la voie directe conduisant tous les êtres à la boddhéité.
Le Bouddha Shakyamuni la confia à ses disciples, le bouddha Taho
témoigna de sa véracité, et les divers autres bouddhas
tendirent la langue jusqu'au ciel de
Brahma en proclamant: "Tout ce que vous [Bouddha Shakyamuni]
avez exposé est la vérité" (note).
Chaque caractère de ce Sutra représente la véritable
intention des bouddhas, et un seul trait de pinceau qui s'y trouve est
une aide pour ceux qui sont prisonniers du cycle des naissances et des
morts. Il ne comporte pas un seul mot de faux.
Celui qui ne tient pas compte des avertissements de ce Sutra,
n'est-ce pas, concrètement, comme s'il coupait la langue des bouddhas
et trompait les personnes de mérite et les sages? Cette offense
est vraiment effrayante. Ainsi, dans le deuxième volume, il est
dit: "Celui qui refuse d'avoir foi en ce Sutra et, au contraire,
s'y oppose, détruit immédiatement les graines qui permettent
de devenir bouddha en ce monde."(réf)
Le sens de ce passage est que, si l'on s'oppose ne serait-ce qu'à
un vers ou une phrase de ce Sutra, on se rend coupable d'un crime
aussi grave que le meurtre de tous les bouddhas des Dix
directions dans les Trois phases
de la vie.
Si nous observons notre monde actuel dans le miroir des sutras, nous verrons
qu'il est difficile de trouver une personne qui ne trahisse pas le Sutra
du Lotus. Et si nous comprenons bien ce que cela signifie, nous voyons
qu'une personne, seulement pour avoir refusé la foi, ne peut éviter
de renaître dans l'enfer avici.
C'est encore bien plus vrai pour quelqu'un comme l'éminent moine
Honen, le fondateur de l'école
Nembutsu, qui exhorta les gens à rejeter
le Sutra du Lotus en faveur du Nembutsu!
Dans les cinq mille ou sept mille volumes de sutra, où, je vous
le demande, peut-on trouver le moindre passage incitant à rejeter
le Sutra du Lotus?
Le moine Shan-dao, révéré
pour sa maîtrise de la méditation du Nembutsu,
et respecté comme l'incarnation vivante du bouddha Amida,
désigna cinq sortes de pratiques incorrectes (note) et déclara que le Sutra du Lotus ne pouvait pas sauver
"une personne sur mille", impliquant ainsi que, si mille personnes
avaient foi en ce sutra, pas une seule d'entre elles n'atteindrait la
boddhéité. Et pourtant, dans le Sutra du Lotus
lui-même, on lit: "Parmi ceux qui entendent ce Dharma, il n'en
est pas un seul qui n'atteindra pas la boddhéité."(réf)
Cela indique que, s'ils entendent ce Sutra, tous les êtres
dans les Dix états, en
même temps que leur environnement, entreront dans la Voie du Bouddha.
Ainsi, le Sutra prédit que Devadatta,
bien qu'il ait commis les Cinq forfaits,
deviendra à l'avenir un bouddha appelé "Roi céleste",
et relate la manière dont la fille
du Roi-dragon, bien que femme, prisonnière des Cinq
entraves et considérée comme incapable de parvenir à
la boddhéité, obtint immédiatement l'Eveil dans un
royaume du Sud. Ainsi, même un bousier peut s'élever par
les six stades de la pratique,
et n'est en aucune manière incapable de parvenir à la boddhéité."
En fait, les affirmations de Shan-dao et
les passages du Sutra du Lotus sont aussi éloignés
que le ciel de la terre, aussi différents que les nuages de la
boue. Qui devons-nous suivre? Si nous prenons le temps d'y réfléchir
avec logique, nous comprendrons que Shan-dao
est l'ennemi mortel de tous les bouddhas et sutra, aussi bien que l'adversaire
des moines sages et des simples croyants laïques. Si le Sutra
du Lotus dit vrai, comment cet homme pourrait-il échapper
à l'enfer avici?"
A ces mots, l'ignorant rougit de colère et répondit: "Vous,
une personne d'une position plus que modeste, vous avez l'audace de formuler
de telles accusations! J'ai du mal à savoir si vos paroles sont
dictées par une véritable compréhension ou par l'égarement,
à déterminer si vous avez ou non toute votre raison. N'oublions
pas que le moine Shan-dao passe pour une
manifestation du bouddha Amida Sugata
ou du bodhisattva Seishi
qui l'assiste. Et que l'on considère de même l'éminent
moine Honen, présenté aussi
comme la réincarnation de Shan-dao.
Tous deux furent des personnages exceptionnels du passé, qui, de
plus, ayant acquis par leur pratique religieuse des mérites extraordinaires,
étaient parvenus au plus profond degré de compréhension.
Comment pourraient-ils être tombés dans les Voies
mauvaises? "
Le sage répondit
: "Ce que vous dites est tout à fait juste. J'ai éprouvé,
moi aussi, un grand respect pour ces hommes et j'ai eu en eux la même
croyance que vous. Mais, lorsqu'il s'agit d'une doctrine bouddhique, on
ne peut conclure qu'elle est juste seulement parce que c'est une personne
éminente qui l'expose. Les mots du Sutra doivent passer
en premier. Ne méprisez pas un enseignement pour la seule raison
que la personne qui l'expose est de position modeste. Le renard du royaume
de Bi ma qui récita un vers de douze
caractères: "Certains aiment la vie et haïssent la mort;
d'autres aiment la mort et haïssent la vie" fut salué
comme un maître par le dieu Taishaku
(note),
et le démon qui récita le vers en seize caractères:
"Tout change, rien n'est constant", fut traité avec le
plus grand respect par Sessen Doji.
Et il en fut ainsi, non parce que ce renard ou ce démon avaient
des qualités exceptionnelles, mais seulement parce que la doctrine
qu'ils enseignaient était respectable.
C'est pourquoi, dans le sixième volume du Sutra
du Nirvana, son dernier enseignement, prononcé dans le
bosquet de shala, notre père
compatissant, le vénérable Shakyamuni, déclara: "Fiez-vous
au Dharma et non à la personne." Même quand ce sont
de grands bodhisattvas comme Fugen
et Manjushri, parvenus à
l'étape togaku qui précède
l'Eveil parfait, qui exposent les
enseignements bouddhiques, s'ils ne le font pas avec le texte du Sutra
à la main, il ne faut pas tenir compte de ce qu'ils disent.
Le Grand-maître Zhiyi déclare:
"Ce qui s'accorde avec les sutras doit être accepté
et suivi. Mais n'accordez pas foi à ce qui, par la lettre ou par
l'esprit, n'est pas conforme aux sutra."(réf)
Nous voyons là qu'il faudrait accepter ce qui est clairement établi
dans le texte des sutras, mais rejeter tout ce qui ne peut être
soutenu par le texte. Le Grand-maître Saicho
dit: "Fiez-vous aux enseignements du Bouddha, et non aux enseignements
transmis oralement"(réf),
ce qui exprime la même idée que le passage du commentaire
de Zhiyi. Et le bodhisattva Nagarjuna
dit: "Fiez-vous aux traités qui sont fidèles au sutra;
ne vous fiez pas aux traités qui déforment le sutra."(réf)
Une signification possible de ce passage est que, parmi les divers sutras,
il faut rejeter les enseignements provisoires énoncés avant
le Sutra du Lotus, et accorder sa foi à ce Sutra.
Ainsi, les sutras aussi bien que les traités rendent parfaitement
clair qu'il faut rejeter tout sutra autre que le Sutra du Lotus.
Nulle part, dans les cinq mille ou sept mille volumes de sutra répertoriés
dans L'inventaire de Kaiyuan,
nous ne trouvons un seul passage des écritures qui désapprouve
le Sutra du Lotus et conseille à quiconque de le rejeter
ou de l'écarter, ni aucun passage qui dise qu'il faut l'inclure
dans les pratiques incorrectes et l'abandonner. Vous feriez bien de trouver
quelque passage de sutra fiable, afin de sauver Shandao
et Honen des tourments qu'ils endurent dans
l'enfer avici.
Ceux qui pratiquent le Nembutsu à
notre époque, moines aussi bien que laïcs, hommes comme femmes,
non seulement s'opposent aux mots mêmes des sutras, mais vont également
à l'encontre des déclarations de leurs propres maîtres.
Shandao écrivit un commentaire énumérant
cinq sortes de pratiques incorrectes que les pratiquants du Nembutsu
devraient rejeter. A propos de ces pratiques incorrectes, il est dit dans
le Senchaku Shu En ce
qui concerne la première des cinq pratiques incorrectes, celle
de lire et de réciter, il [Shandao]
déclare que, à l'exception de la récitation du Sutra
Kammuryoju
et des autres sutras de la Terre pure,
adhérer à tout autre sutra, qu'il soit Mahayana
ou Hinayana, exotérique
ou ésotérique,
tout comme le lire et le réciter, doit être considéré
comme une pratique incorrecte (...) En ce qui concerne la troisième
des pratiques incorrectes, celle de rendre un culte, il déclare
que, à l'exception du culte rendu au bouddha Amida,
adresser des prières ou manifester son respect à tout autre
bouddha, bodhisattva ou divinité des mondes humains ou célestes,
doit être considéré comme une pratique incorrecte.
En ce qui concerne la quatrième des pratiques incorrectes, celle
de l'invocation, il déclare que, à l'exception de l'invocation
du nom du bouddha Amida, invoquer le nom
de tout autre bouddha, bodhisattva ou divinité des mondes humains
ou célestes, doit être considéré comme une
pratique incorrecte. Pour ce qui est de la cinquième des pratiques
incorrectes, celle de l'éloge et des offrandes,
il déclare que, exceptés les éloges et les offrandes
adressés au bouddha Amida, les éloges
et offrandes adressés à tout autre bouddha, bodhisattva
ou divinité des mondes humains ou célestes doivent être
considérés comme une pratique incorrecte."
Ce passage de commentaire indique que, par rapport à la première
des pratiques incorrectes, dans la lecture et la récitation des
sutras, il y a des règles précises pour les moines et les
laïcs du Nembutsu, aussi bien hommes
que femmes, désignant les sutras qui doivent être lus et
ceux qu'il ne faut pas lire. Parmi les sutras qu'il ne faut pas lire,
sont classés le Sutra du Lotus, les sutras Ninno,
Yakushi, Daijuku,
Hannya Shin, Tennyo
Jobutsu, et Hokuto
Jumyo, et, en particulier parmi les huit volumes du Sutra
du Lotus, le prétendu Sutra Kannon [en fait le chapitre
Kanzeon Bosatsu Fumon (réf)]
dont la lecture est si répandue. Même s'ils sont des pratiquants
assidus du Nembutsu, ceux qui lisent, ne
serait-ce qu'une seule phrase ou un seul vers de ces sutras, entrent [à
leurs yeux] dans la catégorie des personnes dont la pratique est
incorrecte, et ne pourront pas renaître sur la Terre pure. Pourtant,
lorsque j'observe de mes propres yeux ce qu'il en est réellement,
parmi ceux qui récitent le Nembutsu,
j'en vois beaucoup qui lisent ces divers sutras, allant à l'encontre
de leurs maîtres et commettant ainsi l'une des sept
fautes capitales.
De plus, dans le passage concernant la troisième sorte de pratiques
incorrectes, celle du culte, il est dit que, à l'exception du culte
rendu à Amida accompagné des
deux vénérables bodhisattvas[Kannon et Seishi],
rendre un culte ou faire l'éloge d'un des bouddhas, bodhisattva,
divinités célestes ou divinités bienveillantes, mentionnés
plus haut, doit être considéré comme une pratique
incorrecte, interdite aux pratiquants du Nembutsu.
Mais le Japon est la terre des dieux. Il fut créé par les
augustes divinités Izanagi
et Izanami, la déesse du
Soleil, Amaterasu Omikami, a daigné
y établir sa résidence, et la rivière Mimosuso,
depuis un passé très lointain jusqu à nos jours,
continue de couler. Comment une personne née dans ce pays pourrait-elle
suivre une doctrine aussi erronée? De plus, puisque nous sommes
nés sous les cieux qui abritent tout, et goûtons les bienfaits
des trois corps lumineux, le soleil, la lune et les étoiles, ce
serait une chose effrayante que de manquer de respect aux dieux qui gouvernent
ces corps célestes.
De nouveau, dans le passage concernant la quatrième sorte de pratiques
incorrectes, celle de l'invocation d'un nom, sont mentionnés certains
noms de bouddha et de bodhisattva qu'un pratiquant du Nembutsu
ne devrait pas invoquer. Les noms qu'il doit invoquer sont ceux du bouddha
Amida et de ses deux honorables acolytes.
Les noms qu'il ne doit pas invoquer sont ceux de Shakyamuni, Yakushi,
Vairocana, et autres bouddhas;
ceux de Jizo, Fugen,
Manjushri, les divinités
du Soleil, de la Lune
et des étoiles; les divinités
des sanctuaires d'Izu et de Hakone,
des sanctuaires de Mishima, Kumano
et Haguro; la déesse du Soleil Amaterasu
Omikami; et le grand bodhisattva Hachiman.
Ceux qui réciteraient ne serait-ce qu'un seul de ces noms, même
s'ils récitaient le Nembutsu cent
mille ou un million de fois, parce qu'ils auraient commis l'erreur d'invoquer
le nom de l'un de ces bouddhas, bodhisattva, divinité du Soleil
ou de la Lune ou d'autres divinités tomberaient dans l'enfer
avici et ne pourraient pas renaître dans la Terre pure. Mais
quand je regarde le monde, je vois des pratiquants du Nembutsu
qui invoquent le nom de ces divers bouddhas, bodhisattva, dieux célestes
et divinités bienveillantes. Ainsi, dans ce domaine encore, ils
vont à l'encontre de leur propres maîtres.
Dans le passage concernant la cinquième des pratiques incorrectes,
celle des éloges et des offrandes, les croyants du Nembutsu
sont invités à faire des offrandes au bouddha Amida
et aux deux bodhisattva qui l'assistent. Mais s'ils offrent, ne serait-ce
qu'un peu d'encens ou quelques fleurs aux bouddha, bodhisattva, dieux
célestes et divinités bienveillantes, si louables que soient
les mérites acquis par leur pratique du Nembutsu,
en raison de l'erreur qu'ils auront commise, ils seront condamnés
au même sort que ceux dont la pratique est incorrecte. Pourtant,
quand je regarde autour de moi, je vois les croyants du Nembutsu
rendre visite aux divers sanctuaires, offrir des banderoles de papier
ou de tissu, ou pénétrer dans divers temples bouddhiques
et s'incliner avec respect. En cela également ils vont à
l'encontre des instructions de leurs maîtres. Si vous doutez de
ce que j'affirme, examinez le texte du Senchaku
Shu. Il est très clair sur ces points.
Autre chose encore. Dans le traité Kannen
Homon, le moine Shandao écrit : "Pour ce qui est
des boissons enivrantes, de la viande et des cinq saveurs fortes, il faut
faire voeu de ne jamais y porter la main, de ne jamais laisser sa bouche
les goûter. Il faut jurer : "Si je transgresse cette interdiction,
que des plaies purulentes s'ouvrent sur mon corps comme sur ma bouche."
Le sens de ce passage est que les croyants du Nembutsu,
laïques hommes ou femmes, moines ou nonnes ne doivent ni boire du
vin ni manger de poisson ou de volaille. De plus, ils ne doivent manger
aucune des cinq saveurs fortes, des aliments piquants ou d'odeur forte
comme les poireaux ou l'ail. Si les croyants du Nembutsu
transgressaient cette règle, alors, en cette vie-même, des
éruptions purulentes apparaîtraient sur leur corps, et, dans
la vie suivante, ils tomberaient dans l'enfer avici.
Dans la réalité, néanmoins, nous trouvons quantité
de croyants du Nembutsu, hommes et femmes
laïques, moines et nonnes, qui ne tiennent aucun compte de cette
interdiction, buvant autant de vin ou mangeant autant de poisson et de
volaille qu'ils le désirent. En fait, ne croyez-vous pas que ce
sont des couteaux pour se blesser eux-mêmes qu'ils avalent ainsi?
A quoi l'ignorant
répondit : "En vérité, lorsque je vous entends
décrire la doctrine, je vois bien que, même si l'enseignement
du Nembutsu pouvait conduire à renaître
dans la Terre pure, son observance et ses pratiques sont très
difficiles à poursuivre. Et naturellement, puisque les sutras
et les traités sur lesquels il se fonde entrent tous dans la
catégorie des doctrines provisoires, il est parfaitement clair
qu'il ne peut conduire à renaître dans la Terre pure.
Mais il n'y a certainement aucune raison de rejeter les enseignements
du Shingon. Le Sutra
Vairocana représente l'enseignement secret du bouddha
Vairocana, le roi de l'illumination.
Il a été transmis, dans une lignée ininterrompue
du bouddha Vairocana à Shubhakarasimha
(Shan-wu-wei) et Pukong.
Et au Japon le Grand-maître Kukai
répandit les enseignements concernant les mandala du Monde
de diamant et du Monde de la matrice.
Ce sont des enseignements secrets et ésotériques concernant
les trente-sept honorés.
Par conséquent, les plus profonds principes des enseignements exotériques
ne sont pas même comparables aux stades élémentaires
des enseignements ésotériques. C'est pourquoi le Grand-maître
Enchin, du second temple Toin (note),
dit dans ses commentaires: "Même le Sutra du Lotus
ne soutient pas la comparaison avec le Sutra
Vairocana, et moins encore les autres doctrines."(réf)
Quelle est votre opinion à ce sujet?
Le sage répondit: "Au début, j'ai accordé ma confiance au bouddha Vairocana,
et souhaité pratiquer assidument l'enseignement de l'école
bouddhique du Shingon ésotérique.
Mais, lorsque j'ai étudié les principes essentiels de cette
école, j'ai découvert qu'ils s'appuyaient sur des conceptions
qui constituent, en réalité, une offense au Dharma!
Le Grand-maître du mont Koya [Kukai],
dont vous avez parlé, est un maître qui vécut sous
le règne de l'empereur Saga.
L'empereur lui confia officiellement pour tâche d'apprécier
et d'expliquer la valeur relative des divers enseignements bouddhiques (note).
Pour lui obéir, il produisit un ouvrage en dix volumes intitulé
Jujushin Ron. Parce que cet ouvrage
est si vaste et exhaustif, il en fit une version abrégée
en trois volumes qu'il intitula Hizo Hoyaku
[La clé précieuse du dépot des mystères].
Il y décrit dix étapes dans le développement de l'esprit,
de la première étape, "l'esprit d'un homme bas, apparenté
aux chèvres par ses désirs" (note),
jusqu'à la dernière étape, "l'esprit glorieux,
le plus secret et sacré"(note).
Il range le Sutra du Lotus dans la huitième étape,
le Sutra Kegon dans
la neuvième, et les enseignements du Shingon [du Sutra
Vairocana] dans la dixième. Ainsi, il considère
même le Sutra du Lotus inférieur au Sutra
Kegon, et le classe deux rangs plus bas que le Sutra
Vairocana. Dans son ouvrage, il écrit: "Chacun des
véhicules enseignés proclame qu'il est le véhicule
conduisant à la boddhéité, mais, lorsqu'on les envisage
du point de vue d'un stade plus avancé (note),
tous ne semblent plus que théories puériles." Il définit
également le Sutra du Lotus comme un ouvrage composé
de "mots sauvages et de phrases fleuries", et dénigre
le Bouddha Shakyamuni en le disant égaré au stade de l'obscurité.
Il s'ensuivit que Shokaku-bo, disciple
de Kukai à une époque
ultérieure et fondateur du temple Dembo-in,
en vint à écrire que le Sutra du Lotus n'était
même pas digne d'être le porteur de sandales du Sutra
Vairocana, et que le Bouddha Shakyamuni ne méritait pas même
de conduire les boeufs du bouddha Vairocana.
Prenez le temps de réfléchir et écoutez bien ce que
je dis! Dans les cinq ou sept mille volumes de sutra représentant
la totalité des enseignements exposés par le Bouddha de
son vivant, ou dans les trois mille volumes ou plus des écrits
confucéens et taoïstes,
trouve-t-on, où que ce soit, un passage établissant clairement
que le Sutra du Lotus est une "théorie puérile"
ou qu'il se place deux rangs en dessous du Sutra Vairocana, en
étant également inférieur au Sutra Kegon,
ou que le Bouddha Shakyamuni est égaré dans le domaine de
l'obscurité et n'est pas même digne de conduire les boeufs
du bouddha Vairocana? Et, même si l'on
trouvait un passage de ce genre, il faudrait l'examiner avec le plus grand
soin!
Quand les sutras et les enseignements bouddhiques furent introduits d'Inde
en Chine, la manière de traduire dépendait des tendances
du traducteur particulier, et il n'y avait pas de traduction arrêtée
pour les sutras et les traités. C'est pourquoi le savant maître
Kumarajiva, sous la dynastie
des Qin, avait coutume de dire: "Quand
j'examine les enseignements bouddhiques tels qu'on les trouve en Chine,
je vois que, dans bien des cas, ils diffèrent des originaux en
sanskrit. Si les traductions de sutra que j'ai faites sont exemptes d'erreurs,
après ma mort, lorsque je serai incinéré, mon corps,
parce qu'il est impur, sera certainement consumé par les flammes,
mais ma langue, seule [avec laquelle j'ai exposé le véritable
sens des sutras], ne brûlera pas." Et quand, pour finir, il
fut incinéré, son corps se réduisit à un amas
d'os, mais sa langue, seule, subsista, reposant sur une fleur de lotus
bleue, et émettant une lumière plus brillante que les rayons
du soleil. Quel événement merveilleux!
Ainsi, il advint que cette traduction, en particulier, du Sutra du
Lotus par le savant maître Kumarajiva
se répandit sans difficulté à travers toute la Chine.
Et c'est pourquoi, quand le Grand-maître Saicho
du temple Enryaku-ji attaqua les enseignements
des autres écoles, il les réfuta en disant: "Nous avons
la preuve, parce que la langue du savant maître Kumarajiva,
le traducteur du Sutra du Lotus, n'a pas été consumée
par les flammes. Les sutras sur lesquels vous vous appuyez sont tous dans
l'erreur!"
Une fois encore, dans le Sutra
du Nirvana, le Bouddha déclara: "Quand mes enseignements
seront transmis dans d'autres pays, de nombreuses erreurs y seront inévitablement
introduites." Même si nous trouvions des passages de sutra
dans lesquels le Sutra du Lotus est qualifié de futile,
ou le Bouddha Shakyamuni décrit comme un bouddha égaré
dans le monde de l'obscurité, nous devrions nous interroger avec
soin sur la question de savoir si le texte dans lequel on trouve des déclarations
de ce genre appartient aux enseignements provisoires ou définitifs,
au Mahayana ou au Hinayana,
s'il fut exposé dans la première ou la dernière partie
de la vie du Bouddha, et qui en fut le traducteur.
On rapporte que Confucius réfléchissaient
neuf ou trois fois avant de prononcer un seul mot. Et Dan,
le duc de Zhou, était si désireux
de recevoir ses visiteurs qu'il recrachait sa nourriture trois fois au
cours d'un repas, et se rattachait les cheveux trois fois avant d'avoir
pu les laver. Si même des personnages mentionnés dans des
écrits non bouddhiques sans profondeur se conduisaient avec tant
de précautions et d'égards, combien plus attentionnés
encore devraient être ceux qui étudient les principes profonds
des écrits bouddhiques!
Mais nulle part dans les sutras et les traités nous ne trouvons
la plus petite preuve pour appuyer l' allégation que le Sutra
du Lotus est inférieur au Sutra Vairocana. Le commentaire
du Grand-maître Kukai lui-même
dit que celui qui calomnie les
personnes et dénigre le Dharma tombera dans les mauvaises voies.(réf)
Une personne telle que Kukai tombera inévitablement
en enfer - cela ne peut faire aucun doute.
L'ignorant
parut stupéfait, puis, soudain, poussa un soupir. Au bout d'un
moment, il dit: "Le Grand-maître Kukai connaissait
parfaitement les textes bouddhiques aussi bien que non bouddhiques,
il était un maître et un guide pour le plus grand nombre.
Il n'avait pas d'égal à son époque dans les pratiques
vertueuses, et sa réputation était connue partout. On
rapporte que, quand il était en Chine, il lança un sceptre
de diamant en forme de trident qui parcourut dans les airs plus de
quatre-vingt mille ri au-dessus de
l'océan, jusqu'à ce qu'il parvienne au Japon (note);
on dit également que, lorsqu'il expliqua le sens du Hannya
Shin,
des pestiférés guérirent en si grand nombre qu'ils
remplirent les rues. Ainsi, il n'était sans doute pas une personne
ordinaire mais un bouddha se manifestant sous une forme temporelle.
Il semble impossible de ne pas éprouver pour lui de l'estime
ni de ne pas avoir foi en ses enseignements.
Le sage répondit: Au départ, je pensais comme vous. Mais, après avoir progressé
dans la compréhension des enseignements du Bouddha et commencé
à distinguer ce qui est en accord avec ses principes et ce qui
ne l'est pas, j'ai compris que la capacité d'accomplir des miracles
ne constitue pas nécessairement un critère solide pour déterminer
la véracité ou la fausseté des enseignements bouddhiques.
C'est pourquoi le Bouddha a énoncé le principe de "se
fier au Dharma et non aux personnes" que j'ai mentionné plus
haut.
L'ascète Agastya se versa
toute l'eau du Gange dans l'oreille et l'y conserva pendant douze ans;
l'ascète Jinu but jusqu'à la dernière goutte de l'océan en un seul
jour; Zhang Jie exhala du brouillard
et Luan Ba exhala des nuages.
Mais cela ne signifie pas qu'ils savaient ce qui est correct et ce qui
ne l'est pas dans les enseignements bouddhiques, ou qu'ils comprenaient
le principe de cause et d'effet. En Chine, le Maître du dharma Fayun
fit un cours sur le Sutra du Lotus, et, peu après, des
fleurs se mirent à pleuvoir du ciel. Mais le Grand-maître
Zhanlan déclara que, même
s'il avait obtenu un tel résultat, ses mots ne s'accordaient pas
avec la vérité [du Sutra du Lotus] (réf).
Ainsi, Zhanlan l'accusa de ne pas
avoir compris la vérité du bouddhisme.
Le Sutra du Lotus rejette trois sortes d'enseignements - ceux
que le Bouddha exposa par le passé (note),
ceux exposés à la même époque (Sutra des Sens Infinis)
et ceux qu'il exposerait à l'avenir (Sutra du Nirvana).
Il réfute les sutras exposés avant lui en disant qu'en eux
le Bouddha "n'a pas encore révélé la vérité" (réf).
Il critique les sutras de la même période en se déclarant
supérieur à "ceux qui sont exposés en ce moment",
et rejette les sutras qui seraient enseignés à l'avenir,
en disant qu'il est le plus élevé de "tous ceux qui
seront exposés à l'avenir". En vérité,
le Sutra du Lotus est le premier de tous les sutras jamais enseignés
dans les trois phases de la vie.
Nous lisons, dans le quatrième volume du Sutra du Lotus
: "Yakuo, je te dirai ceci. Parmi tous
les sutras que j'ai exposés, le Sutra du Lotus occupe
la première place."(réf)
Ce passage rappelle que, à l'assemblée du Pic
du Vautour, le Bouddha s'adressa au bodhisattva Yakuo
et lui dit que, depuis le Sutra
Kegon jusqu'au Sutra
du Nirvana, il y avait eu des sutras aussi nombreux que les grains
de sable du Gange, mais que, parmi tous ces sutras, celui qu'il exposait
maintenant, le Sutra du Lotus, tenait la première place.
Mais, apparemment, le Grand-maître Kukai
lut le mot "troisième" à la place du mot "première".
Dans le même volume du Sutra du Lotus, le Bouddha déclare:
"Pour le bien de la Voie
bouddhique j'ai, dans d'innombrables terres différentes, depuis
le commencement jusqu'à présent, largement enseigné
divers sutras, mais, parmi eux, ce Sutra est le plus élevé."(réf)
Ce passage indique que le Bouddha Shakyamuni est apparu dans d'innombrables
terres, prenant diverses formes et adoptant des durées de vie différentes.
Et il établit que, parmi tous les sutras enseignés par le
Bouddha sous les diverses formes qu'il emprunta pour se manifester, le
Sutra du Lotus tient la première place.
Dans le cinquième volume du Sutra du Lotus, il est dit
que le Sutra du Lotus occupe la place la plus élevée", (réf) ce qui rend évident que ce Sutra est au-dessus des sutras
Vairocana, Sutra
Kongocho et de tous les autres innombrables sutras. Mais il semblerait que le Grand-maître
Kukai ait lu là "occupe la place
la plus basse." Ainsi, Shakyamuni et Kukai,
le Sutra du Lotus et le Hizo Hoyaku
sont en fait totalement en désaccord. Voulez-vous rejeter Shakyamuni
et suivre Kukai? Ou rejetterez-vous Kukai
pour suivre Shakyamuni? Irez-vous à l'encontre du texte du Sutra
pour accepter les affirmations d'un maître ordinaire? Ou rejetterez-vous
les mots d'un maître ordinaire pour honorer les paroles d'or du
Bouddha? Réfléchissez-y soigneusement avant de décider
ce que vous acceptez et ce que vous rejetez !
Qui plus est, dans le volume sept, au chapitre Yakuo (réf),
on trouve dix comparaisons exprimant l'excellence du Sutra du Lotus.
La première comparaison concerne l'eau. Les ruisseaux et les rivières
sont comparés aux divers autres sutras, et le grand océan
au Sutra du Lotus. Ainsi, si quelqu'un voulait affirmer que le
Sutra Vairocana est supérieur et le Sutra du Lotus
inférieur, cela reviendrait à dire que le grand océan
contient moins d'eau que n'en contient un petit ruisseau! De nos jours
dans le monde chacun sait que la taille de l'océan dépasse
celle des diverses rivières, mais sans comprendre pour autant que
le Sutra du Lotus est le plus élevé de tous les
sutras.
La deuxième comparaison est faite avec une montagne. Les montagnes
ordinaires sont comparées aux autres sutras, et le mont Sumeru
au Sutra du Lotus. Le mont Sumeru
mesure, du pied au sommet, 168 000 yojana;
quelle autre montagne pourrait lui être comparée? Dire que
le Sutra Vairocana est supérieur au Sutra du Lotus,
c'est comme dire que le mont Fuji est plus
élevé que le mont Sumeru.
La troisième comparaison concerne la lune et les étoiles.
Les autres sutras sont comparés aux étoiles et le Sutra
du Lotus à la lune. Si l'on compare les étoiles et
la lune, peut-on se demander où réside la supériorité?
Ensuite, dans cet ensemble de comparaisons, nous lisons: "De même,
ce Sutra occupe la première place parmi tous les sutras
et toutes les doctrines, qu'ils aient été enseignés
par des bouddhas, des bodhisattvas ou par des disciples dans l'état
d'auditeurs-shravakas."
Ce passage nous indique que le Sutra du Lotus n'est pas seulement
la plus élevée de toutes les doctrines enseignées
par le Bouddha Shakyamuni de son vivant, mais qu'il occupe aussi la première
place parmi tous les enseignements et sutra exposés par des bouddhas
comme Vairocana, Yakushi
ou Amida, et par des bodhisattvas comme Fugen
et Manjushri. Par conséquent,
si quelqu'un affirmait qu'il existe un sutra supérieur au Sutra
du Lotus, vous devriez bien comprendre qu'il expose des conceptions
empruntées aux enseignements non bouddhiques, ou celles du Démon
du Sixième Ciel.
De plus, pour ce qui est de l'identité du bouddha Vairocana,
quand le Bouddha Shakyamuni, Seigneur du Dharma, Eveillé depuis
le passé illimité,
pendant quarante-deux ans atténua sa lumière et se mêla
à la poussière du monde, se mettant à la portée
des capacités des hommes de son temps, en tant que bouddha qui
réunit les Trois Corps
en un, il adopta temporairement la forme du bouddha Vairocana.
Par conséquent, lorsque le Bouddha Shakyamuni révéla
le véritable aspect de tous les
phénomènes, il devint clair que Vairocana
était une forme temporaire empruntée par Shakyamuni pour
répondre aux capacités des gens. Voilà pourquoi il
est dit dans le Sutra Fugen
que le Bouddha Shakyamuni est appelé "Vairocana
partout présent", et que le lieu où vit ce bouddha
est dit "de la lumière
éternellement paisible ".
Or, le Sutra du Lotus énonce divers principes: l'implication
mutuelle des Dix états, ichinen
sanzen, l'unité de la Triple
vérité, et l'inséparabilité des Quatre
sortes de Terres. De plus, l'essence même de tous les enseignements
exposés par le Bouddha Shakyamuni de son vivant - les principes
que les personnes des Deux véhicules
peuvent parvenir à la boddhéité et que le Bouddha
atteignit la boddhéité dans un passé
inimaginablement lointain - ne se trouvent que dans ce seul Sutra.
Trouvez-vous la moindre allusion à ces points de la plus grande
importance dans les trois sutras ésotériques que vous avez
mentionnés, les sutras Vairocana, Kongocho et
les autres? Shan-wu-wei et Pukong
(Amoghavajra)
volèrent ces principes vitaux du Sutra du Lotus, et s'efforcèrent
d'en faire les points essentiels de leurs propres sutras. Mais, en fait,
c'est une supercherie; leurs propres sutras et traités ne contiennent
pas la plus petite trace de ces principes. Vous devez vous hâter
de réformer votre jugement sur ce point !
Le fait est que le Sutra Vairocana comprend chacune des quatre
sortes d'enseignement, et expose cette sorte de préceptes qui
n'apportent plus de bienfait lorsque la forme corporelle est arrivée
à sa fin. C'est un enseignement provisoire, désigné
par des maîtres chinois (note)
comme entrant dans la catégorie Hodo,
un groupe de sutra qui, selon la classification de Zhiyi,
furent enseignés dans la troisième période. Quelle
honte que de le placer au-dessus du Sutra du Lotus! Si vous vous
préoccupez vraiment de rechercher la Voie, vous devez rapidement
regretter vos erreurs passées! Pour finir, ce
Sutra, Myoho Renge Kyo, résume en
un seul moment de vie tous les enseignements et toutes les pratiques de
méditation du Bouddha Shakyamuni tout au long de sa vie, et englobe
tous les êtres vivants des Dix
états et leurs environnements dans les trois
mille mondes.
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