Souverains de notre pays, le Japon

Shinkoku-o

Lettres et traités de Nichiren Daishonin.
Minobu, février 1275

 

INTRODUCTION
Nichiren écrivit le gosho Shinkoku-o en  février 1275 (2e mois de la 12e année de l’ère de Bun’ei). Ce trésor du patrimoine japonais que représentent les 44 pages originales manuscrites, même si la dernière partie ainsi que la 22e page manquent, est conservé au temple Myoken-ji à Kyoto.

L’ETAT ET SES SOUVERAINS

Comme j’ai pu le constater, le Japon est également connu sous les diverses appellations de Mizu hono kuni [Pays des Rizières Luxuriantes], Yamato, Akitsu shima [Pays des libellules] ou Fuso . Il est constitué de 66 provinces et des deux îles, Iki et Tsushima, totalisant ainsi 68 provinces, et s’étendant sur 3000 ri d’Est en Ouest, alors que ses dimensions du Nord au Sud ne sont pas connues avec précision.

Le pays du Japon est divisé en cinq provinces kinai et en sept circuits. Les cinq provinces kinai sont Yamashiro [Kyoto et Nara], Yamato [Nara], Kawachi [Osaka], Izumi [Osaka] et Settsu [Osaka et Hyogo]. Les sept circuits sont : Tokai-do [Edo (Tokyo) - Osaka, s'étendant sur 15 provinces], Tosan-do [Honshu du Nord et du Centre] 8 provinces, Hokuriku-do [côte de la mer du Japon - centre] 7 provinces, San’in-do [côte de la mer du Japon - sud] 8 provinces, Nankai-do[Shikaku et environs] 6 provinces, San'yodo [sud du Honshu] 11 provinces et Saikai-do [Tsukushi anc. Kyushu] 11 provinces qui est également appelé Dazaifu. Tout cela représente le Japon.

Voyons maintenant les dirigeants du Japon : 12 divinités, dont 7 célestes et 5 terrestres régnèrent sur le Japon durant la période légendaire de la pré-histoire. Le premier de ces 7 dirigeants des cieux était Kunitokotachi no Mikoto, les 7e étant Izanagi no Mikoto et sa femme, Izanami no Mikoto. Le 1er des cinq souverains terrestres était Amaterasu Omikami, qui est la déesse du Soleil, enchâssée au Grand sanctuaire d’Ise. Elle est la fille d’Izanagi et d’Izanami. (…) Le 5e souverain terrestre, Hiko Nagisatake Ugaya Fukiaezu no Mikoto, était le fils de Hiko Hohodemi no Mikoto, le 4e souverain. Sa mère [Toyotama-hime] était la fille de Ryujin. Ces 5 règnes des Dieux terrestres et les 7 règnes des Dieux célestes forment les 12 règnes des souverains divins.

Je pense que les souverains humains sont environ une centaine, en commencant par l’empereur Jimmu, le fils de Hiko Nagisatake Ugaya Fukiaezu no Mikoto (…). Le 14e empereur était Chuai, le père du Grand bodhisattva Hachiman, et le 15e était l’impératrice Jingu, la mère du grand bodhisattva Hachiman. Le 16e, l’empereur Ojin, qui était le fils de l’empereur Chuai et de l’Impératrice Jingu, est maintenant vénéré en tant que grand bodhisattva Hachiman (…). A ce moment-là, jusqu’au 29e règne de l’empereur Senka, le bouddhisme n’avait pas encore été transmis au Japon malgré son existence en Inde et en Chine.

INTRODUCTION DU BOUDDHISME

Le 30e souverain était l’empereur Kimmei, le fils aîné du 27e empereur Keitai. Il régna 32 ans, et en 552 (le 30e jour du 10e mois durant sa 30e année de règne), le roi Song-myong de Paekche offrit à l’empereur du Japon une statue en cuivre doré représentant le Bouddha Shakyamuni, perçu aujourd’hui par tout le peuple japonais, de l’empereur jusqu’aux petites gens, comme le Bouddha de la Vie Éternelle (Amida). La lettre d'introduction du roi de Paekche spécifiait : "Moi, sujet de Votre Altesse Impériale, ai ouïe dire que le bouddhisme est le meilleur de tous les enseignements et le plus élevé de tous les chemins en ce monde. Pour que Votre Altesse Impériale puisse le pratiquer, je vous offre avec tout mon respect cette statue, ces écrits et ces moines bouddhistes, par l'intermédiaire de mon émissaire. Je prie pour que Votre Altesse Impériale aie la foi en ce bouddhisme et le pratique."

Pendant près de 30 ans, durant les trois règnes des Empereurs Kimmei, Bidatsu et Yomei, l’on n’a pas eu foi en ce bouddhisme. D’étranges phénomènes dans le ciel et des catastrophes naturelles sur terre, semblables à ceux que l’on connaît aujourd’hui, ont eu lieu à ce moment-là, bien qu’avec moins de gravité.

INTRODUCTION DES SIX ECOLES DE NARA

Au cours du règne du 33e empereur Sushun, le bouddhisme commença à se répandre à travers le Japon, gagnant de l’ampleur pendant le règne du 34e souverain, la princesse Suiko. Le Régent de ce dernier, le prince Shotoku, contribua beaucoup à l’essor du bouddhisme, notamment grâce à la promulgation de la Constitution en 17 articles (note), basée sur l'enseignement bouddhique. Ce fut pendant son règne que les écoles bouddhiques Sanron et Jojitsu ont été transmises au Japon pour la première fois. Cette école Sanron apparue en Inde, en Chine et au Japon a été la première école bouddhique, sans distinction encore entre Mahayana et Hinayana. Elle est pour cette raison appelée la mère ou le père des écoles bouddhiques.

Par la suite, l’école Zen fut introduite au Japon, lors du règne de l’impératrice Kogyoku, le 36e souverain ; l’école Hosso fut introduite sous le règne de l’empereur Temmu, le 34e souverain ; le Sutra Vairocana* sous l’empereur Gensho, le 44e souverain, et l’école Kegon, lors du règne du 45e empereur Shomu. Les écoles Ritsu et de Tendai-Hokke ont été introduites au Japon par le Vénérable Jianzhen (Ganjin) sous le 46e empereur Koken. Ganjin ne propagea, en fait, que la doctrine Ritsu, excluant le Tendai-Hokke.

LA PROPAGATION DE L’ECOLE TENDAI-HOKKE

Durant le règne du 50e souverain, l’empereur Kammu, un sage nommé Saicho* fonda la Hokkeshu, supérieure aux autres écoles bouddhiques, et défia au cours d’un débat les six écoles de Nara  : Kusha, Jojitsu, Ritsu, Hosso, Sanron et Kegon.

Le Grand-maître* Saicho* apprit l’existence de l’école bouddhique Shingon en Chine. Il s’y rendit en 804 (la 23e année de la ère Enryaku) pour étudier et transmettre quatre écoles bouddhiques. Il étudia les écoles mahayana Tian-tai, Zhenyan, Chan et Ly-zong. Après quoi, il s’en retourna au Japon, pour n’y propager que les doctrines mahayana Hokke et Ritsu, sans mentionner le Zen. En effet, Saicho* ne reconnu pas l’indépendance de cette dernière école, tout comme pour celle du Shingon, se contentant de permettre aux moines des sept grands temples de Nara d’accomplir le rite ésotérique nommé "cérémonie d'ondoiement". Ne connaissant pas la véritable intention du Grand-maître*, le peuple supposa alors qu’il n’avait approfondi que l’école de Tendai-Hokke, en délaissant la doctrine de l’ésotérisme du Shingon.

INTRODUCTION DU SHINGON

Au cours du même règne de l’empereur Kammu, un moine nommée Kukai* se rendit en Chine pour étudier le bouddhisme Shingon. Kukai* ne rentra pas au Japon de tout le règne de Kammu, mais seulement en 806 (la première année de l’ère de Daido), sous le règne du 55e souverain, l’empereur Heizei. En 823 (19e jour du 1er mois, 14e année de l’ère de Konin), sous le règne du 52e empereur Saga, Kukai* proclama le temple To-ji à Kyoto siège de l’ésotérisme shingon et l’appela temple Kyoo Gokoku-ji. Cela se passa une année après la mort du Grand-maître* Saicho*.

En 838 (5e année de l’ère de Jowa), lors du règne du 54e souverain, l’empereur Nimmei, le Vénérable Ennin* se rendit en Chine pour une étude plus approfondie des enseignements du Tian-tai et du Shingon. Il revint au Japon en 847 (14e année de Jowa). Au cours des ères successives de Ninju et Saiko (851-857), alors que le 55e souverain, l’empereur Montoku, était au pouvoir, Ennin* écrivit les commentaires du Sutra Kongosho et du Sutra Soshitsuji, formant un total de 14 fascicules. Y ajoutant son Dainichikyo gishaku
(Commentaire sur la signification du Sutra Vairocana), il les nomma "triple ouvrage de l’école Shingon". Ce moine construisit également le temple Soji-in sur le Mont Hiei et commença à propager le bouddhisme Shingon.

Il fut ainsi permis au Shingon de se développer sur le Mont Hiei et il devint coutumier par la suite que les administrateurs principaux (dai-sojo) du Tendai étudient simultanément les doctrines du Lotus et du Shingon. Néanmoins, puisque la Hokkeshu était comparée à la lune et le Shingon au soleil, le peuple présumait que les enseignements du Shingon étaient supérieurs. En tous les cas, les principaux prêtres du Mont Hiei étudiaient aussi bien le bouddhisme Tendai que celui du Shingon, comme tout les autres prêtres de la montagne.

Durant le règne de l’empereur Montoku, le Vénérable Enchin (Grand-maître* Chisho) se rendit dans la Chine des Tang. Après y avoir suivi les deux écoles de bouddhisme du Tian-tai et du Shingon, il revint au Japon en 858 (2e année de l’ère de Tenet’an). Le Vénérable Enchin maîtrisait non seulement les bouddhismes Hokke et Shingon, sous la conduite de Gishin (Premier Grand-patriarche du Mont Hiei), d’Encho*, deuxième Grand-patriarche du Mont Hiei, de Kojo*, et d’Ennin*, troisième Grand-patriarche, ainsi que la doctrine Shingon du temple To-ji.

Par la suite, il se risqua à nouveau en Chine afin d’étudier avec encore plus d’attention les enseignements du Tian-tai et du Shingon. C’est le Grand-maître* Enchin qui fonda l’ésotérisme Tendai du temple Miidera tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Les quatre personnes que je viens de citer sont appelées les quatre Grands-maîtres du bouddhisme Shingon au Japon. D’un point de vu général, huit courants existent au sein de l’ésotérisme japonais, parmi lesquels cinq, appartenant à To-ji, ont été fondés par le Grand-maître* Kukai* et les trois autres de l’école Tendai sont dus au Grand-maître* Ennin*.

LES INCIDENTS DE JUEI ET JOKYU

Le 81e souverain, l’empereur Antoku, était le fils aîné de l’empereur Takakura, et sa mère, Kenrei Mon-in [Tokuko, 1155-1213], était la fille du Premier Ministre (dajo-daijin), le nyudo Taira no Kiyomori. Antoku, vaincu par l’armée de Minamoto Yoritomo, fut noyé dans la mer de Yashima en 1184 (le 24e jour du 3e mois, 1ère année de l’ère de Genryaku). Le 82e souverain, l’empereur Go-Toba, fut appelé plus tard "Empereur retiré (dajo tenno) à la robe de bouddhiste d’Oki". Il était le 3e fils de Takakura et monta sur le trône en 1185 (1ère année de l’ère de Bunji). Le 83e souverain était l’Empereur Tsuchimikado, connu comme ex-empereur de la province d’Awa. Fils aîné de Go-Toba, il fut nommé en 1202 (2e année, ère de Kennin). Le 84e empereur, Juntoku, également connu comme l’ex-empereur de l’île de Sado, était le deuxième fils de Go-Toba. Il prit le pouvoir en 1221 (26e jour du 2e mois). Ainsi, les 3 souverains successifs, c’est-à-dire les 82e, 83e et 84e empereurs furent un père et ses deux fils. Vaincus par Hojo Yoshitoki, le vassal de Minamoto Yoritomo de Kamakura, ces trois souverains furent bannis respectivement vers les provinces d’Oki, Awa et Sado, ce qui représente un évènement de disgrâce sans pareil dans l’histoire.

LE DHARMA BOUDDHIQUE, L’ETAT ET LA SOCIETE

J’ai présentement, moi, Nichiren, un grand doute. Le Bouddha est à la fois souverain, maître et parent de divers rois du monde des trois plans, tels que le roi du Ciel de Brahma, le Roi-démon du sixième Ciel, Taishaku, Nitten, Gatten, les quatre Grands rois du Ciel, du Roi faisant tourner la roue du Dharma et bien d’autres encore. Ces rois du monde des trois plans ont reçu des terres octroyées par le Bouddha Shakyamuni, afin de devenir les dirigeants de diverses provinces et territoires spécifiques. C’est la raison pour laquelle Bonten, Taishaku et les autres rois vénèrent les statues en bois et les portraits du Bouddha Shakyamuni. Ainsi s'ils vont, un tant soit peu, à l’encontre de l’enseignement du Bouddha, l’imposant palais du Roi-Brahma et le palais lumineux d’Indra viendront immédiatement à tomber en miettes, et la couronne du Roi faisant tourner la roue du Dharma choiera.

De même, les dieux sont d’anciens dirigeants, vénérés comme s’ils étaient encore vivants. Les divinités (deva) sont donc souverains, maîtres et parents des rois et de leurs sujets. Si ceux-ci agissent contrairement aux attentes des divinités ne seraient-ce qu’un peu, leur pays ne restera pas en paix un seul instant. S’ils vénèrent au contraire les dieux, les trois calamités et les sept désastres disparaîtront, la population sera en bonne santé et vivra une longue vie. Dans leur prochaine vie, les êtres humains, les divinités ainsi que les hommes des trois véhicules [shravakas, pratyekabuddhas et bodhisattvas] seront tous récompensés par l’état de bouddha.

Notre pays, le Japon, est supérieur à 80 000 pays dans le monde, y compris l’Inde et la Chine. La raison de ce que j’avance est que le bouddhisme en Inde ne se répandit que dans 70 régions environ, conformément aux documents tels que le Daito Saiiki Ki de Xuanzang. Les autres parties de l’Inde sont non bouddhistes. Il y a 108.040 temples bouddhistes en Chine, alors qu’ils sont 171.037 au Japon. Comparer la taille du Japon à celle de l’Inde ou de la Chine équivaut à placer l’île d’Oshima (Izu) à côté du Japon entier, mais toute la différence réside dans le nombre de temples bouddhistes au Japon par rapport à celui de la Chine ou de l’Inde. De plus, en Inde et en Chine, certaines régions croient dans le Hinayana alors que d’autres dans le Mahayana, même si c'est le Mahayana provisoire*. Au Japon, les doctrines des huit ou dix écoles de bouddhisme sont maîtrisées dans chaque temple et les sutras mahayana sont récités dans chaque maison. Les bouddhistes de l’Inde et de Chine sont 1 sur 1000 dans ce cas, tandis qu’au Japon, tout le monde est bouddhiste et personne ne croit en une religion non bouddhiste.

En outre, nous avons divers dieux dans environ 3000 sanctuaires du Japon, à commencer tout d’abord par la déesse Amaterasu (Tensho), le Grand bodhisattva Hachiman en deuxième place et troisièmement Sanno gongen (note) (Okuninushi no Mikato)  ; ils gardent notre pays jour et nuit et surveillent la nation matin et soir. Outre cela, il est dit que l’esprit de la déesse Amaterasu réside dans le miroir encastré (note) dans le sanctuaire Kashiko dokoro au sein du palais impérial, et que le Grand bodhisattva Hachiman renonce à son palais pour rester dans la tête de l’empereur, afin de le protéger sans relâche. A bien considérer la protection accordée par les bouddhas et les divinités, les circonstances devraient être particulièrement favorables dans notre pays. Comment cela se fait-il donc que des souverains japonais tels qu’Antoku, les ex-empereurs Go-Toba, Tsuchimikado et Juntoku, soient attaqués par leurs propres subordonnés sur plusieurs générations, qu’ils soient tués, bannis, devenus démons en exil ou envoyés en enfer  ?

Il est d'usage dans tous les 171.037 temples bouddhistes du Japon, à commencer par le Mont Hiei, les sept grands temples à Nara, les temples de To-ji et Onjo-ji, de prier pour la paix dans le pays et la sécurité de l’empereur, même lorsqu’ils procèdent à des offices secondaires. De plus, le grand bodhisattva Hachiman fit la promesse de protéger tout spécialement l’empereur. Entré dans le corps impérial de Koken, 48e souverain du Japon, l’esprit de Hachiman déclara : "Depuis sa fondation, aucun sujet n’a jamais pris place sur le trône japonais. Les empereurs doivent d’être de sang impérial." En 859, 1ère année de l’ère de Jogan, Hachiman annonça également, par la bouche du prêtre Gyokyo (note) du temple de Daian-ji  : "J’ai fait le vœu de protéger cent dirigeants du Japon." Les cent dirigeants en question, dont le premier est Jimmu, devraient ainsi être en sécurité quoi qu’il arrive. Personne ne doit essayer de s’emparer du trône.

Le bouddhisme proclame que les bodhisattvas du plus haut degré, qui ont atteint l'Eveil semblable à celui du Bouddha et vont prendre la place du Bouddha dans leur prochaine vie, ne mourront jamais en chemin, et qu’un homme saint ne mourra pas d’un accident. Comment a-t-il pu arriver que ces quatre empereurs japonais soient non seulement privés du trône et de leur empire, mais aussi noyés en mer ou exilés sur des îles  ? Je m’étonne que la déesse Amaterasu, protectrice du Japon, n’ait pas pénétré dans les corps des quatre empereurs pour s’y substituer et de ce qui est arrivé au vœu du grand bodhisattva Hachiman de protéger les cent dirigeants du Japon.

DOUTES CONCERNANT LES PRIERES SHINGON

De plus, durant le règne d’Antoku, le Premier Ministre (dajo-daijin), le nyudo Taira Kiyomori et les membres de son clan sollicitèrent le Grand-prêtre Myoun, du temple d’Enrakyu-ji sur le Mont Hiei, afin qu’il tienne le rôle de maître d’Etat et présentèrent au temple l'engagement manuscrit suivant : "De même que le clan Fujiwara fit du temple Kofuku-ji son propre temple clanique et officia au sanctuaire Kasuga en tant que sanctuaire clanique leur venant des temps les plus reculés, nous, le clan Taira, officierons au Enrakyu-ji comme en notre propre temple clanique et sanctuaire de Hie *."

Ainsi, 3000 moines du Mont Hiei, à commencer par le Grand-prêtre Myoun, accomplirent le grand rituel de prières sur cinq autels, tandis que les familles des ministres et d’autres dignitaires récitaient tous le Sutra Sonsho Darani [Shugo kokkaiishu daranikyo - Sutra de la protection du souverain de la nation] et adressaient une prière à l’esprit guerrier de Fudo, faisant des dons à divers temples. Ils priaient ainsi en vain pour l’assujettissement de Minamoto Yoritomo en usant de tous les grands dharmas secrets disponibles, mais finalement Antoku se noya dans la mer de l’Ouest.

Lors de l’incident de Jokyu, la Maison impériale convoqua à nouveau les Grands-prêtres, tels que l’administrateur général (sojo) des moines, Jien de l’école Tendai, le Prince Omuro du temple Ninna-ji et le Grand-prêtre d’Onjo-ji, afin qu’ils effectuent un rituel comprenant toutes les sortes de grands dharmas secrets connus au Japon. Tout cela afin d’obliger le bakufu de Kamakura à abdiquer. Le 19e jour du 4e mois, de la 3e année de Jokyn (1221), un rituel fut tenu au Palais Impérial où furent employés 15 autels, et où l’Administrateur général, Jien, mena le rituel du dharma d’ichiji konrin. Le 2e jour du 5e mois, le Grand-prêtre du temple de Ninna-ji présida le rituel du dharma nyoho Aizen (note) dans le Shishinden. Le 8e jour du 6e mois, il dirigea également le service du dharma du Sutra Shugo [Sutra de la protection du souverain de la nation]. Ainsi, ces 41 prêtres, un par un, accomplirent des rituels de prières, utilisant au total les 15 autels. C'était alors la seconde fois au Japon que des rituels d’une telle importance avaient lieu.

A Kamakura, le chef du bakufu, à l’instar du seigneur Hojo Yoshitoki, ignorait que la cour impériale avait procédé à ces offices de prières, et n’en commanda lui-même aucun. Même s’il l’avait fait, il n’aurait pu réunir autant de Grands-prêtres et de grands dharmas secrets que ceux mobilisés par la cour impériale.

En considérant le pouvoir et le prestige royal du point de vue du bouddhisme, l’empereur est le dirigeant du Japon protégé par divers rois et divinités du monde des trois plans. Le shogun est, au contraire, un simple sujet du pays, protégé par des divinités de moindre importance. Minamoto Yoritomo est un vassal de l’empereur pour toutes les générations et Yoshitoki est son vavassal.

Pour le roi, châtier ses sujets devrait être aussi simple que pour un faucon de chasser un faisan, pour un chat de faire d’un rat sa proie, pour un serpent d’avaler une grenouille ou pour un lion de tuer un lapin. Pourquoi la cour impériale prie-t-elle alors sans réfléchir les divinités célestes et terrestres et requière l’aide des bouddhas et bodhisattvas  ? Un roi lion n’a pas besoin de s’échiner pour chasser un lapin. Est-ce nécessaire au faucon de prier pour attraper le faisan  ? Pour un roi, détruire un sujet sans le recours au rituel devrait être aussi simple que d’éteindre un petit feu avec une grosse quantité d’eau ou pour un vent fort de dissiper facilement un petit amoncellement de nuages.

Au demeurant, tout comme le bois ajouté au feu ou une pluie dense ajoutée à une large rivière, le grand pouvoir du roi aurait dû être renforcé par les rituels de prières réalisés avec le grand dharma secret du bouddhisme Shingon, obligeant les rois Bonten et Taishaku à ôter la vie et l’esprit de Yoritomo et Yoshitoki. En bonne logique, il aurait dû être aussi simple pour la cour impériale de battre les forces de Kamakura que de tuer un homme ivre de saké ou à un serpent de s’emparer de l’esprit d’une grenouille. Les esprits et les noms de Yoritomo et Yoshitoki, inscrits sur papier, furent foulés aux pieds des bouddhas, des bodhisattvas et des dieux, tandis que les prières étaient dites pour les repousser. Apparemment, ils n'ont atteint leur but à aucun moment. Au contraire, ce sont les forces impériales qui ont été vaincues, non en un mois ou un an, mais juste en un ou deux jours. Pourquoi cela  ? Ceux qui dirigeront un pays bouddhiste devraient analyser la raison de tout cela et prier pour le salut de leurs vies futures.

LES DHARMAS VERITABLES ET ERRONES, L’ESSOR ET LE DECLIN D’UN PAYS

En réfléchissant à ces deux grands événements de l’histoire du Japon, moi, Nichiren, ai, depuis mon enfance, sérieusement étudié le bouddhisme, à la fois ésotérique et exotérique, ainsi que tous les sutras des différentes écoles du bouddhisme, soit en écoutant d'autres moines, soit en lisant et analysant les sutras par moi-même. J’ai fini par découvrir la cause de ces événements.

Pour voir notre propre visage, il nous faut le regarder se refléter dans un miroir immaculé. De même, afin d’assister à l’essor et au déclin d’un pays, il n’y a pas de meilleure façon que de les voir se refléter dans le miroir du Dharma bouddhique. En lisant scrupuleusement des sutras du Mahayana comme le Sutra des Rois vertueux (Ninno kyo), le Sutra de la Lumière d'or (Konkomyo), le Sutra de la protection du souverain de la nation (Shugo kyo), le Sutra du Nirvana et le Sutra du Lotus, nous pouvons y voir annoncé que l’essor et le déclin d’un pays et l’espérance de vie de ses résidants dépendent de l’enseignement auquel ils croient, selon qu’ils se fient au Véritable Dharma ou à un Dharma erroné. C’est comme l’eau qui permet au bateau de flotter mais peut également le détruire, ou les cinq céréales qui nourrissent le corps humain tout en lui causant souvent des dommages. Les vents faibles et les petites vagues ne feront aucun mal aux grands navires, mais les petites embarcations peuvent facilement être détruites par les rafales de vent et les hautes vagues. Un gouvernement injuste, tout comme les vents et les vagues, ne causera pas la déchéance d’un grand pays et d’un grand homme. Cependant, il ne fait aucun doute qu’un enseignement erroné du bouddhisme, tout comme les rafales de vent et les hautes vagues détruisant les petits bateaux, détruira un pays entier.

Le Bouddha Shakyamuni prédit dans le Sutra de la protection du souverain de la nation :

"Durant les Derniers jours du Dharma, après mon parinirvana, les enseignements erronés et les personnes démoniaques ne parviendront pas, malgré leurs efforts, à détruire le pays et le véritable enseignement bouddhique. Même si l’on essaie d’incendier le Mont Sumeru avec de l’herbe et du bois et une immense quantité de combustible, la montagne ne brûlera pas. Néanmoins, quand viendra le feu du kalpa de déclin à la fin de ce monde, un feu aussi petit que celui qui se sera allumé au pied du Mont Sumeru consumera tout jusqu’à la cendre. De même, mon Véritable Enseignement ne sera pas détruit par les personnes démoniaques, les non-croyants et les démons, mais par les préceptes de ces maîtres qui portent toujours leurs robes de bouddha ou d'arhats aux six pouvoirs mystiques, ceux-là mêmes qui suivent à la lettre la pratique de la mendicité en tendant leur bol à aumônes, et par ces grands-prêtres vénérés par la population, comme si de grands vents faisaient ployer l’herbe et les arbres. Les divinités comme les rois du Ciel de Brahama et d'Indra, Nitten, Gatten et les quatre Rois célestes se mettent alors dans une telle colère qu’ils punissent le pays au moyen d’étranges phénomènes dans le ciel et de désastres sur terre. Si la punition est ignorée, ils vont jusqu’à causer les sept calamités dans le pays. Dans ces conditions, les parents, les frères, le souverain et les sujets ainsi que toute la population se battent entre eux et causent ainsi la ruine de leur propre pays, tout comme un petit de la chouette dévore sa propre mère et une bête appelée hakei tue son propre père. Pour couronner le tout, les divinités incitent une force étrangère à attaquer le pays.

L’IMMACULÉ MIROIR DU SUTRA DU LOTUS

En regardant le pays du Japon, tel qu’il est aujourd’hui, se reflétant dans les clairs miroirs de tous les enseignements sacrés de l’époque du Bouddha, je constate que les reflets qu’offre le Japon à ce miroir sont, sans aucun doute, les ennemis du pays et du Bouddha. De tous les miroirs immaculés que sont tous les enseignements sacrés dispensés durant la vie du Bouddha, le Sutra du Lotus est le miroir le plus divin. Un miroir en cuivre peut réfléchir le visage d’un homme mais non son esprit. Le miroir divin du Sutra du Lotus reflète non seulement le visage de l'homme mais également son esprit ; et non seulement son esprit actuel mais également le karma accumulé dans sa vie précédente et la rétribution qui en découle.

Le Sutra du Lotus, chapitre XXI, Pouvoirs supranaturels des Ainsi-venus, rapporte :

Quiconque garde ce Sutra
aura, sur le sens des enseignements,
les termes et les locutions,
une prédication joyeuse, inépuisable :
comme le vent dans le ciel
n'a pas le moindre obstacle.
Après la disparition de l'Ainsi-Venu,
il connaîtra les textes prêchés par l'Éveillé,
leurs relations causales et leur succession,
il les prêchera selon leur sens, comme ils sont réellement.
Comme la clarté du soleil et de la lune
est capable d'éliminer les ténèbres,
une telle personne, parcourant le monde,
pourra dissiper l'obscurité des êtres.
Elle enseignera d'innombrables bodhisattvas
et les fera demeurer dans le Véhicule unique définitif.

Ce passage signifie que celui qui expose ne serait-ce qu’un seul mot ou une phrase du Sutra du Lotus devra bien connaître la profondeur comparative des enseignements sacrés prêchés durant la vie du Bouddha et l’ordre dans lequel les enseigner. Par exemple, une erreur d’un jour dans le calendrier constitué de plus de 360 jours par an pourra causer un décalage de 10 000 jours. Dans un poème japonais de 31 syllabes, une seule syllabe ou un seul vers mal retranscrit lui fera perdre toute sa poétique. De même, en lisant ou récitant un sutra, si l’on confond l’ordre et la profondeur comparative des enseignements du Bouddha, en commençant par le Sutra Kegon*, enseigné en premier sur le lieu de l'Eveil, jusqu’au Sutra du Nirvana, exposé en dernier dans le bosquet de sala, on tombera alors inévitablement dans l’enfer avici sans même avoir commis les cinq forfaits. Ceux qui croiront en l'enseignement de cette personne tomberont également dans l'enfer avici.

Ainsi, quand un homme sage apparaît en ce monde, afin d’exposer correctement la profondeur comparative des enseignements sacrés prêchés durant le vie du Bouddha, les prêtres qui, depuis la fondation de leurs écoles respectives, ont transmis des doctrines erronées et sont vénérés par la population en tant que maîtres des hommes (ninshi) de l'Etat et de familles aristocratiques, lancent de fausses accusations contre le sage auprès des dirigeants du pays ou montent la population contre lui. Sinon la faiblesse de leurs écoles serait dévoilée et provoquerait le dédain et le mépris de la population. Il est enseigné que, dans ces cas, les divinités protectrices du bouddhisme se mettent dans une telle fureur qu’elles détruisent le pays, comme les rafales de vent lacèrent les feuilles des bananiers ou les hautes vagues retournent les frêles embarcations.

CRITIQUE DES DIFFERENTS SUTRAS ET ECOLES

Le Sutra des Sens Infinis (Muryogi-kyo) proclame que de tous les sutras bouddhiques "aucun ne révèle la vérité", en commençant par le Sutra Kegon* exposé pour la première fois par le Bouddha sur le lieu de l'Eveil (jakumetsu dojo), puis ceux enseignés durant la période de quarante ans et plus, et pour finir par le Sutra du Nirvana. Ce dernier précise également que les sutras propagés durant les 42 premières années du demi-siècle que le Bouddha consacra à son enseignement, à partir de son atteinte de la bodhéité à l’âge de 30 ans, exposent des points de vue provisoires. Cela atteste que le Sutra du Lotus, dévoilé durant les 8 dernières années du prêche du Bouddha, est le Roi des sutras.

Dans le Sutra du Lotus, précédé du Sutra des Sens Infinis (Muryogi-kyo) et suivi du Sutra du Nirvana, le Bouddha déclare que ce Sutra était bien supérieur à n’importe quel d’entre ceux qui avaient été révélés durant 42 ans, supérieur au Sutra des Sens Infinis exposé à la même période et au Sutra du Nirvana qui devait être présenté par la suite. Le bouddha Taho venu de la Terre pure et les bouddhas des dix directions de l’univers témoignèrent ensuite de la véracité de ces paroles. Après quoi ils s’en retournèrent tous dans leurs mondes respectifs.

Les vingt-quatre successeurs de Shakyamuni à répandre l’enseignement du Bouddha en Inde après la disparition de ce dernier ne propagèrent cependant que les sutras de l’Hinayana et du Mahayana provisoire*, en délaissant le véritable enseignement du Sutra du Lotus. Ils étaient comparables aux bodhisattvas japonais Gyoki et Ganjin (Jianzhen) qui avaient connaissance du Véritable Dharma du Sutra du Lotus sans pour autant le transmettre.

Les maîtres des trois écoles du Sud et les maîtres des sept écoles du Nord de Chine ne connaissaient pas les comparaisons qui illustrent la supériorité des enseignements essentiels (honjaku no roppi) et étaient apparemment troublés par la profondeur des métaphores des sutras. Des maîtres tels que Jizang (Grand-maître* Jiaxiang) de l’Ecole Sanron, Chokan, (Cheng-guan) de l'Ecole Kegon et Jion (Kui-ji dit Cien) de l’Ecole Hosso n’avaient pas conscience de la profondeur et de la supériorité comparative des enseignements bouddhiques, que ce soit pour les textes internes ou externes au bouddhisme. Pourtant, leur foi dans le bouddhisme était si forte qu’ils suivirent Zhiyi*, en dédaignant leurs propres position et réputation. Je ne saurais donc dire si, oui ou non, ces maîtres étaient capables de s’affranchir des illusions de la vie et de la mort par la force de leur repentir (sange). Ils ont dû tomber en enfer, car leur faute (hobo) d'avoir dénigré le Véritable Dharma, était trop grave pour qu’ils en soient acquittés, tout comme le firent les rois Ajatashatru et Vimalamitra* malgré leur repentir.

LA DIFFAMATION DU VERITABLE DHARMA PAR LES TROIS GRANDS-PRETRES DE L’ECOLE SHINGON

Les prêtres du Shingon rapportent tous que les trois Maîtres du Tripitaka (sanzo), nommés Shubhakarasimha*, Vajrabodhi* et Amoghavajra*, sont les cinquièmes ou sixièmes propagateurs de l’enseignement de Vairocana et qu’ils sont les précurseurs de l’enseignement promettant la bodhéité sans changer d'apparence (sokushin jobutsu). Ils sont cependant, à mes yeux, les instigateurs du vol d'enseignement ainsi que les auteurs de ce vol.

Ils ont rapporté d’Inde des écrits tels que le Sutra Vairocana*, le Kongocho kyo (Sutra de la couronne de Diamant), ainsi que le Soshitsujikyo . Tous sont non seulement inférieurs au Sutra Kegon* aux sutras Hannya*, aux sutras du Nirvana et aux autres, mais se trouvent à sept degrés au-dessous du Sutra du Lotus. Cela ressort clairement des sutras.

A son arrivée en Chine, Shubhakarasimha*, après avoir consulté les trente fascicules qui constituent les trois œuvres principales du Grand-maître* Zhiyi*, tel le Maka Shikan, resta bouche bée d’admiration et se dit : "Le Sutra Vairocana* ne parvient pas au niveau du Sutra du Lotus. Il est donc impossible d’en répandre les enseignements en Chine. Je ne peux prétendre que le Sutra Vairocana* est supérieur, car il serait alors évident que je suis un menteur. Que dois-je faire  ? "

Après avoir médité, Shubhakarasimha* conçut finalement un énorme mensonge. Il soutint que les trente et un chapitres du Sutra Vairocana* correspondaient aux vingt-huit chapitres du Sutra du Lotus plus les trois chapitres du Sutra des Sens Infinis (Muryogi-kyo), et qu'en ce qui concerne la triple pratique (action, parole, pensée), la pratique mentale du Sutra Vairocana* était identique à celle du Sutra du Lotus, mais que le Sutra du Lotus faisait l'impasse sur les pratiques corporelle et verbale (mudra et mantra). Faisant passer le Sutra du Lotus pour une version abrégée du Sutra Vairocana*, Shubhakarasimha* maintint que ce dernier n’appartenait à aucune catégorie de sutras enseignés avant, pendant et après le Sutra du Lotus. Ainsi, Shubhakarasimha* se prononça ingénieusement partisan du Sutra du Lotus afin de se soustraire aux critiques de ceux pour qui ce Sutra prouvait de lui-même sa supériorité sur tous les autres sutras, qu'ils aient été transmis avant, en même temps ou après le Sutra du Lotus. Mais à force de proclamer que le Sutra Vairocana* était supérieur, parce qu’il enseignait les mudra et les mantra dharani*, alors que le Sutra du Lotus ne le faisait pas, Shubhakarasimha* finit par calomnier ce dernier pour fonder l’Ecole Shingon.

Le gros mensonge de Shubhakarasimha* est comparable au comportement des trois épouses impériales de l’ancienne Chine qui anéantirent les derniers rois des dynasties Yin, Xia et Zhou. Le Bouddha prédit, dans le fascicule IX du Sutra du Nirvana, (épilogue du Sutra du Lotus) : "Après mon trépas des moines malveillants détruiront mon Véritable Dharma, tout comme la déchéance d'un pays a été provoquée par une simple femme." Le Bouddha devait faire référence au mensonge de Shubhakarasimha*.

Par voie de conséquence, au moment de sa mort, le Maître-du-tripitaka, Shubhakarasimha*, fut ligoté par les sept chaînes de fer du roi Yama. D'après sa biographie, il revint à la vie mais toute sa peau était devenue noire et lui-même était totalement décharné. Son corps montra l’apparence de l’enfer avici, tel qu’il est décrit dans les textes sacrés. Il est clairement énoncé dans ceux enseignés durant la vie du Bouddha que le noircissement du corps au moment de la mort prédit que le défunt tombera dans l’enfer des souffrances incessantes. L’apparence de Shubhakarasimha* à sa mort était exactement conforme aux paroles du sutra. Nous pouvons donc préjuger du sort de ses deux successeurs, les Maîtres-du-tripitaka Vajrabodhi* et Amoghavajra*, après leur mort. Ils ont eu l’air de se repentir dans les dernières années de leur existence, mais ne s’étant pas excusés du plus profond de leur cœur, ils n’ont pas été à même d’éviter de tomber en enfer. Aujourd’hui, les moines shingon ignorent ce qui s’est réellement passé. Quand ils apprendrons l’énorme mensonge de Shubhakarasimha*, ils comprendront immédiatement pourquoi l’empereur Xuanzong perdit son trône à l’ère Tang dans une Chine qui avait foi en les Maîtres-du-tripitaka.

LE DECLIN DE L’ECOLE DE TENDAI-LOTUS

Au Japon, des prêtres tels que Kukai*, Ennin* et Enchin, sans parler des autres prêtres shingon, transmirent la doctrine erronée du bouddhisme shingon, propagé par Shubhakarasimha* et d’autres, sans savoir que ceux-ci étaient des diffamateurs du Véritable Dharma. Pendant un temps, les bouddhistes shingon du Japon se querellèrent avec ceux de l'Ecole Tendai-Hokke. Celle-ci a peu à peu décliné jusqu’à ce que le bouddhisme shingon domine entièrement le Mont Hiei, au moment où Myoun devenait le 55e Grand-patriarche (zasu) du temple Enryaku-ji, durant le règne du 81e souverain, l’empereur Antoku.

Qui plus est, le 61e Grand-patriarche, Kenshin gonsojo, non seulement adhéra au Shingon alors qu’il était à la tête du temple Enrakyu-ji, mais abandonna par la suite les deux bouddhismes du Lotus et du Shingon pour devenir un disciple de Honen, principal diffamateur du Véritable Dharma. L'administrateur des moines, Jien, qui pria pour la défaite des Hojo dans les incidents de Jokyu, exerça également les fonctions des 62e, 65e, 69e et 71e Grand-patriarche du temple Enrakyu-jiet fut le maître de l’ex-empereur Go-Toba.

Ces Grands-patriarches du Mont Hiei transmirent tels quels les enseignements ésotériques de maîtres shingon tels que Shubhakarasimha*, Vajrabodhi*, Amoghavajra*, Ennin* et Enchin. Tout comme une même eau dans différents récipients, ils étaient de nom prêtres tendai mais restaient de fait des prêtres shingon. En outre, durant de nombreuses années, ils salirent la réputation du Grands-patriarche du Enrakyu-ji par leur administration du domaine du temple. Ils étaient à la tête des 3000 prêtres du Mont Hiei et furent révérés en tant que Maîtres-de-la-nation. Toutefois, ils tenaient le Sutra Vairocana* pour leur base canonique prétendant qu'il était de sept degrés supérieur au Sutra du Lotus. Cela équivaut à appeler "terre" le ciel, prendre les sujets pour le roi, ou encore confondre un galet avec une pierre précieuse. Qui plus est, ils sont comme ces gens qui persistent à croire qu’une pierre précieuse n’est qu’un galet.

Ces Grands-patriarches du Mont Hiei sont non seulement les ennemis abjects du Bouddha Shakyamuni, du bouddha Taho et des bouddhas des dix directions, mais sont également ceux qui aveuglent les êtres vivants, bloquent l’entrée des trois mondes-états vertueux (divinités, humains, asuras), et ouvrent la voie aux trois mondes-états démoniaques (enfer, esprit faméliques, animaux). Comment les diverses divinités, protectrices du Sutra du Lotus telles que Bonten, Taishaku, Nitten, Gatten, ainsi que les quatre Rois du Ciel, pourraient-elles faire autrement que de les punir  ? Comment ces divinités peuvent-elles protéger leurs disciples  ? Comment Tensho Daijin*, dans le sanctuaire à l'intérieur du palais impérial (Naijidokoro) et le Grand-bodhisattva Hachiman, pourraient-ils honorer leur serment de protéger les cent générations futures de la Maison impériale ?

UN PRATIQUANT DU SUTRA DU LOTUS ET SES PERSECUTIONS

A partir du moment où j'avais compris les causes de la guerre des Gempei de l'ère Juei (1185) et des Incidents de Jokyu de 1221, j'ai été saisi d'une telle compassion que je ne pouvais par rester sans réagir. J'ai commencé par en parler à certains de mes disciples qui, à leur tour, en parlèrent à d'autres et que finalement cela parvint jusqu'au shogunat. Les dirigeants d'un pays devraient accorder la priorité à ce qui est juste et rejeter ce qui est injuste. Je ne sais pas ce qui s'est passé au shogunat, mais ils accordèrent leur confiance aux fausses accusations contre moi et me rejetèrent, moi, Nichiren, qui me battais pour la justice.

Les maîtres des trois écoles du Nord et sept écoles du Sud ont médit du Grand-maître* Zhiyi*, mais comme les deux souverains des dynasties Chen (557 - 589) et Shui (581 - 618) le vénéraient, le peuple ne l'accabla pas de sa haine. Au Japon, le Grand-maître* Saicho* jouissait de la profonde confiance de trois empereurs Kammu, Heizei et Saga, si bien que ses pires ennemis ne pouvaient rien contre lui. Mais moi, Nichiren, je suis non seulement haï des prêtres des 171 037 temples du Japon mais je ne suis pas en grâce auprès des dirigeants nationaux, de sorte que tous les Japonais me méprisent plus que leurs vieux adversaires ou leurs ennemis héréditaires. En conséquence, j'ai été banni deux fois, à Izu et à Sado, et j'ai échappé de peu à la décapitation à Tatsunokuchi.

Mes persécutions étaient bien plus graves que celles de Fuji-biku dans le lointain passé des Derniers jours du Dharma du bouddha Daishogon, alors que ce moine défendait le Véritable Dharma et était persécuté par les quatre mauvais moines et leurs innombrables disciples. Mes persécutionsétaient bien plus insupportables que celles de Kikon-biku alors qu'il était insulté par Shoi-biku et ses disciples durant les Derniers jours du Dharma du bouddha Shishionno*. La persécution du moine Kakutoku par les détracteurs du Vrai Dharma prêché dans le Sutra du Nirvana et les difficultés du bodhisattva Fukyo frappé par des gourdins et des bâtons, lapidé par des pierres et des tessons, comme cela est relaté dans le Sutra du Lotus, n'égalent pas ce que moi, j'ai dû subir. Mais s'il se trouve que je sois le Pratiquant du Sutra du Lotus, le peuple japonais dans sa prochaine existence va tomber dans l'enfer avici pour m'avoir persécuté. Et en tout état de cause les dirigeants du Japon vont perdre leur pays dès cette vie, tout comme les derniers empereurs des Song du Nord, Huizong et Qinzong. Ou bien ils seront détruits par des envahisseurs étrangers comme le roi Udayana qui ne crut pas le moine Pindolabharadvaja, ou encore le roi Krita qui persécuta les moines bouddhistes en Inde. En ce qui concerne les autres personnes, il n'y a aucune doute que pour leur dénigrement du Vrai Dharma elles vont souffrir de graves maladies, comme la lèpre blanche ou la lèpre noire. Si cette preuve concrète n'apparaît pas, alors je ne suis pas le pratiquant du Sutra du Lotus et c'est moi qui vais, dès cette vie, contracter ces maladies et tomber dans l'enfer avici, comme le firent Devadatta et Kokalika.

On dit qu'un asura qui avait essayé de tuer d'une flèche le soleil et la lune, tira cette flèche dans son propre oeil, et qu'un chien qui aboya après le roi des lions s'explosa le ventre. Le roi Virudhaka qui tua des disciples du Bouddha, mourut brûlé lors d'une beuverie à bord d'un bateau ; et Devadatta qui avait offensé le Bouddha, tomba vivant dans les flammes de l'enfer avici. Au Japon, Mononobe no Moriya qui détruisit la statue de bronze du Bouddha Shakyamuni doré a été anéanti par les flèches des quatre qrands Rois du Ciel ; le nyudo Taira no Kiyomori qui incendia les temples Todai-ji et Kofuku-ji de Nara souffrit d'une fièvre comme brûlé vif. Il est certain que c'étaient chaque fois de graves offenses. Mais au regard des persécutions de Nichiren tout cela paraît insignifiant. Si même ces fautes insignifiantes entraînèrent de tels punitions comment parler de la grave faute de la persécution de Nichiren. Ce sera tout à fait naturel que les divinités punissent ceux qui me persécutent.

JOIE ET TRISTESSE DE LA PERSECUTION

C'est pour moi une grande joie que d'être né durant la cinquième période des 500 ans pour propager le Sutra du Lotus lors des Derniers jours du Dharma, comme cela a été prédit dans le Sutra et d'entrevoir le temps de sa vaste propagation. Ma tristesse est d'être né dans une époque de querelles et de conflits qui transforment ce pays un royaume d'asuras.

Le nyudo Taira no Kiyomori et Minamoto Yoritomo, chefs respectifs des clans Taira et Minamoto, se détestaient comme chiens et singes. Lorsque Kiyomori avait été au pouvoir, il avait maltraité le pauvre Yoritomo et s'attira sa haine, comme s'il était son ennemi depuis de nombreuses générations. En conséquence de quoi tout le clan de Kiyomori fut détruit. Même l'empereur-enfant innocent Antoku fut cruellement noyé dans la mer d'Ouest.

Maintenant moi, l'envoyé du Bouddha Shakyamuni, du Bouddha Taho et des bouddhas des dix directions, je propage les enseignements du Sutra du Lotus sans commettre le moindre crime. Mais le shogunat de Kamakura non seulement permet à tout le peuple japonais de me haïr mais m'a exilée par deux fois et m'a déshonoré en me traînant honteusement en plein jour à travers les rues de Kamakura, comme si j'étais un traîtreà la nation. De plus, les hommes du shogun ont détruit les écritures bouddhistes et mon ermitage consacré au honzon (objet de vénération), le Bouddha Shakyamuni. Ils ont bafoué la statue du Bouddha et les rouleaux des sutras et les jetant dans la fange et les excréments. Ils m'ont arraché le Sutra du Lotus et m'en ont frappé la tête sans pitié. Ma persécution, sévère comme jamais, n'était due ni à une inimitié héréditaire ni à aucun crime que j'aurais commis. C'est seulement parce que je propageais le Sutra du Lotus que j'ai été ainsi maltraité.

EXHORTATION DES DIEUX

C'est pourquoi moi, Nichiren, je déclare ouvertement face au Ciel :

En lisant le chapitre Jo* (I), du Sutra du Lotus, nous voyons se réunir en Assemblée le roi du Ciel de Brahma, Taishaku, Nitten, Gatten, les quatre Rois du Ciel, le Roi-Dragon, les asuras, les diverses divinités du plan du désir et du plan de la forme ainsi que les êtres des innombrables mondes (nikai hachiban). Lorsqu'ils entendirent que le Sutra du Lotus était supérieur à tous les sutras qui ont été prêchés, sont prêchés ou seront prêchés, ils éprouvèrent une grande joie à l'idée de protéger ce Dharma, à l'égal de Sessen Doji prêt à sacrifier son corps ou le bodhisattva Yakuo* qui brûla son coude pour offrir de la lumière au Bouddha. Puis, devant le bouddha Taho et les bouddhas des dix directions, le Bouddha Shakyamuni les exhorta : "Jurez maintenant de protéger le Sutra du Lotus". Encouragés par le Bouddha et poussés comme des bateliers sous le vent, les participants aux trois Assemblées en deux lieux jurèrent tous d'une même voix : "Nous protégerons les pratiquants du Sutra du Lotus respectant les paroles du Bouddha". Ne l'ont-ils pas faits  ? Qu'est-il advenu de ce voeu  ?

Ayant entendu de leur bouche ce serment, le bouddha Taho et les bouddhas des dix directions se sentirent rassurés et retournèrent dans leurs mondes respectifs. Beaucoup de temps s'est écoulé depuis la mort du Bouddha. Alors se peut-il qu'aujourd'hui, dans les Derniers jours du Dharma, dans un coin perdu du Japon, existe un Pratiquant du Sutra du Lotus et que les divinités telles que le Roi du Ciel de Bonten, Taishaku, Nitten, Gatten, aient oublié leur serment fait au Bouddha et ne le protègent pas  ? Pour moi, Pratiquant du Sutra du Lotus dans les Derniers jours du Dharma, c'est une douleur juste temporaire. Dans mes nombreuses existences depuis le passé infini, j'ai été comme un faisan en face d'un faucon, une grenouille devant un serpent, un rat devant un chat, un singe devant un chien. Ce monde est aussi éphémère qu'un rêve, et je peux admettre avoir été trompé par les bouddhas, les bodhisattvas et les dieux.

Mais ce qui me fait mal c'est que des êtres célestes comme le roi du Ciel de Bonten, Taishaku, Nitten, Gaten, les quatre Rois du Ciel gâchent leur bonne fortune céleste et tombent dans l'enfer avici pour n'avoir pas protégé un Pratiquant du Sutra du Lotus qui récite Namu Myoho Renge Kyo et doit faire face à des persécutions. Aussi sûrement que les fleurs sont emportées par une tempête, que la pluie se déverse du ciel vers la terre, ils vont tous tomber en enfer, comme il est dit dans le Sutra  : "Après leur mort, ils iront dans l'enfer des souffrances incessantes." Comme cela est regrettable   !

Même si, soutenus par les innombrables bouddhas des dix directions dans les trois phases de la vie, ils prétendent ne pas avoir connaissance d'un tel serment fait au Bouddha, moi, Nichiren, je me dresserai face à eux comme un puissant ennemi. Et comme le Bouddha est impartial, je suis sûr que j'enverrai le roi du Ciel de Brahma, Taishaku, Nitten, Gaten, les quatre Rois du Ciel dans l'enfer avici. Alors, s'ils craignent mon regard et ma bouche ils feraient mieux de respecter immédiatement le serment fait au Bouddha. La bouche de Nichiren... [il manque la suite]

P.S. J'ai reçu avec gratitude une boîte d'orge, deux kammon de pièces de monnaie, une balle de wakame et d'algues kachime, un sac de riz déshydraté et de riz grillé. Je vous suis si reconnaissant que j'aimerais m'étendre dessus encore plus, mais comme je viens d'écrire un certain nombre de doctrines, je vais maintenant poser mon pinceau. Ce que je viens d'écrire est d'une importance vitale, aussi prenez soin de ne pas le révéler aux personnes d'autres Ecoles.

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