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Rissho Ankoku ron - Traité pour la pacification du pays |
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(§1) Un voyageur nouvellement arrivé dit avec tristesse à son hôte: "Depuis quelques années, il se produit des perturbations inhabituelles dans les cieux et d'étranges événements sur terre, la famine et les épidémies sévissent à travers tout le pays et se répandent partout. Boeufs et chevaux gisent morts au bord des chemins, les squelettes humains s'entassent sur les routes. Plus de la moitié de la population a déjà été emportée par la mort, et pas une seule famille n'est épargnée par le malheur. (§2)
Cependant, beaucoup mettent tout leur espoir dans le "sabre tranchant" (§3)
Certains suivent les enseignements
ésotériques de l'école
Shingon et conduisent des rituels qui consistent à remplir
d'eau cinq jarres (note),
d'autres encore se consacrent entièrement à la méditation
à la manière Zen et
perçoivent le vide de tous
les phénomènes aussi clairement que la lune. Il y a ceux
qui écrivent le nom des sept
esprits gardiens et les affichent sur mille portes, ceux qui peignent
des représentations des cinq puissants bodhisattvas (§4) Mais,
malgré tous ces efforts, ils s'épuisent en vain.
La famine et les épidémies se déchaînent
avec plus de férocité que jamais, on voit partout
des mendiants, et nos yeux s’emplissent de visions de
mort. Les cadavres empilés forment des monticules semblables à des
tours de guet, ou bien les morts sont étendus côte à côte
comme les planches d'un pont. En regardant autour de nous,
nous constatons que le soleil et la lune continuent de suivre
leur orbite habituelle,
et que les cinq planètes (§5) L'hôte répondit: "J'ai souvent réfléchi à cela, dans la solitude, le cœur empli de tristesse, mais, puisque cette situation vous tourmente aussi, nous allons pouvoir en parler longuement. Quand un homme abandonne la vie de famille pour suivre la Voie bouddhique, c'est dans l'espoir d'atteindre la boddhéité grâce aux enseignements du Dharma. Mais, aujourd'hui, les efforts pour émouvoir les divinités n'ont pas le moindre effet, et c'est en vain qu'on implore le pouvoir des bouddhas. Lorsque j'observe avec attention l'état du monde actuel, je vois des hommes en proie au doute, par ignorance et naïveté. Ils lèvent les yeux au ciel pour exprimer leur ressentiment ou, fixant le sol, sombrent dans une profonde anxiété. J'ai soigneusement réfléchi à cette question en utilisant les modestes capacités qui sont les miennes, et j'ai longuement exploré les sutras en quête d'une réponse. Les hommes d'aujourd'hui se détournent tous du Dharma correct, et tous, jusqu'au dernier, se soumettent au mal. C'est pourquoi les divinités bienveillantes ont abandonné le pays, et les sages partent pour ne plus revenir. Ils sont remplacés par des démons et des esprits maléfiques, des désastres et des fléaux qui surgissent les uns après les autres. Voilà ce qu'il m'est impossible de taire. Voilà ce qui est effrayant." (§6) Le visiteur dit: "Ces désastres s'abattant sur le monde, ces fléaux dont est victime le pays, je ne suis pas le seul à m'en affliger, C'est le peuple entier qui est plongé dans l'affliction. Mais j'ai eu le privilège d'entrer dans votre demeure et d'entendre vos propos éclairés. Vous avez évoqué le départ des divinités et des sages et l'enchaînement incessant des désastres et des calamités. Sur quel sutra vous appuyez-vous? J'aimerais savoir quels passages vous servent de preuves." (§7) L'hôte
répondit: "On pourrait citer de multiples passages
et offrir quantité de preuves. Ainsi, on peut lire dans
le Sutra Konkomyo (§8) Honoré du Monde, en constatant cela, nous, les Quatre Rois du ciel, ainsi que nos divers adeptes, yaksha et autres êtres, abandonnons ce pays, car nous n'avons plus le coeur de le protéger. Et nous ne sommes pas les seuls à rejeter ainsi ceux qui gouvernent. Inéluctablement, toutes les divinités bienveillantes qui protègent et observent les innombrables régions du pays les rejetteront également. Et, dès que nous et les autres aurons abandonné et déserté ce pays, toutes sortes de désastres s'y produiront et les gouvernants perdront leur pouvoir. Pas une seule personne dans toute la population n'aura le coeur enclin à la bonté; partout, ce ne seront qu'arrestations, meurtres et discorde. Les hommes se calomnieront mutuellement ou se flatteront les uns les autres, et les lois puniront même des innocents. Les épidémies se répandront, des comètes apparaîtront sans cesse, deux soleils brilleront côte à côte et des éclipses se produiront à une fréquence inhabituelle. Deux arcs-en-ciel, l'un noir et l'autre blanc, formeront sur la voûte céleste des présages de mauvais augure, les étoiles quitteront leur orbite, la terre tremblera, et des bruits s'élèveront des puits. Il y aura hors saison des pluies torrentielles et des ouragans, la famine sera constante, et graines et fruits ne mûriront pas. Des maraudeurs venus de nombreuses autres régions envahiront et pilleront le pays; le peuple subira toutes les peines et les misères possibles, et l'on ne trouvera plus un seul endroit où vivre en sécurité." (§8b) Le
Sutra Daijuku (§9) Une pluie de poussière tombera jusqu'à tout obscurcir et masquer la lumière du soleil et de la lune. Dans les quatre directions, la sécheresse sévira, et des présages funestes apparaîtront sans cesse. Les Dix mauvaises actions se répandront de plus en plus, en particulier l'avidité, l'arrogance et l'ignorance, et les êtres humains n'auront pas plus d'égards pour leurs père et mère que n'en a le chevreuil. Le nombre des êtres vivants, leur longévité, leur force physique et leur joie déclineront. Ils s'éloigneront des plaisirs des états humains et céleste pour tomber tous dans les mauvais états de vie. Les souverains et les mauvais moines accomplissant ces Dix mauvaises actions détruiront le Dharma correct du Bouddha et rendront impossible la renaissance des êtres sensitifs dans les états humains et céleste. Quand viendra cette époque, les diverses divinités bienveillantes et les rois exemplaires, d'ordinaire si pleins de compassion envers les êtres vivants, abandonneront ce pays en proie aux Cinq impuretés pour aller vers d'autres régions." (§10) On
peut lire dans le Sutra
Ninno (§11) Dans le même sutra, on lit encore: "Quand je regarde les Trois phases, avec les Cinq sortes de vision, je vois que tous les souverains du pays sont parvenus à la position d'empereur ou de roi parce qu'ils ont servi cinq cents bouddhas dans des existences passées. Et c'est pourquoi les divers sages et arhats naissent dans leur pays et contribuent au bien-être de la société. Mais si la bonne fortune de ces souverains s'épuise, alors tous les sages les abandonneront et s'en iront. Une fois les sages partis, les Sept désastres se produiront immanquablement." (§12) Le Sutra
Yakushi (§13) Dans le Sutra Ninno, le Bouddha s'adresse ainsi au roi Prasenajit: "Grand roi, la région où l'on suit mes enseignements s'étend aujourd'hui sur cent milliards de mondes Sumeru [planètes] éclairés par cent milliards de soleils et de lunes. Chacun de ces mondes Sumeru comprend quatre grands continents. En Jambudvipa, l'empire du Sud, on trouve seize grands pays, cinq cents de taille moyenne, et dix mille petits. Dans ces pays, sept sortes de calamités effrayantes peuvent se déclarer. Tous les gouvernants de ces pays admettent qu'il s'agit bien de calamités. Quelles sont- elles ? (§14) Quand le soleil et la lune s'écartent de leur cours régulier, quand les saisons se succèdent en ordre inverse, quand apparaît un soleil rouge ou un soleil noir, quand deux, trois, quatre ou cinq soleils apparaissent en même temps (note), quand le soleil s'éclipse et cesse de briller, ou quand une, deux ou trois couronnes astrales apparaissent autour du soleil, c'est la première calamité.
(§15) Quand
les vingt-huit
constellations ne
suivent pas leur cours régulier, quand l'étoile
de Métal (§16) Quand
d'immenses feux consument le pays et que tous les hommes meurent
dans les
flammes, ou quand éclatent le feu des démons (§17) Quand de gigantesques inondations noient la population, quand les saisons se succèdent en désordre, lorsqu'il y a de la pluie en hiver, de la neige en été, du tonnerre et des éclairs durant la saison froide, et de la glace, du givre ou de la grêle en plein été, quand tombe une pluie rouge, noire ou verte, quand pleuvent des monceaux de terre et de pierres, de la poussière, du sable ou du gravier, quand le courant des rivières ou des torrents s'inverse, quand seules les montagnes surnagent et que les rochers sont emportés par les flots, quand des événements anormaux de ce genre se produisent, c'est la quatrième calamité. (§18) Quand la puissance du vent devient meurtrière et quand terres, montagnes et rivières, arbres et forêts sont d'un seul coup dévastés, quand de grands vents se déclenchent hors saison ou que des vents noirs, des vents rouges, des vents verts, des vents du ciel, des vents de la terre, des vents du feu et des vents de l'eau soufflent, quand se produisent des prodiges de cette sorte, c'est la cinquième calamité. (§19) Quand le ciel et la terre ainsi que tout le pays souffrent de canicule si terrible que l'air semble en feu, quand les cent plantes se dessèchent et que les cinq céréales ne peuvent plus mûrir, quand la terre est rouge et brûlée et que les habitants périssent tous, quand des anomalies de ce genre se produisent, c'est la sixième calamité. (§20) Quand
des ennemis surgissent de toutes parts et envahissent le pays,
quand des rebelles se
manifestent dans les
deux branches de la famille
du souverain, quand apparaissent les
pillards du feu, les pillards de l'eau, les pillards
du vent (§21) Dans le Sutra Daijuku il est dit: "Même si le souverain d'un État a observé la pratique du don pendant d'innombrables existences passées, en obéissant aux préceptes et aux principes de la sagesse, s'il voit que mon Dharma, le Dharma du Bouddha, est menacée de périr et reste passif, sans rien faire pour la protéger, l'accumulation inestimable de toutes les bonnes causes dues à ses pratiques passées sera entièrement annulée et son pays deviendra le théâtre de trois événements malencontreux. Le premier est le prix élevé des céréales, le deuxième la guerre, et le troisième les épidémies. Toutes les divinités bienveillantes abandonneront le pays, et le roi aura beau promulguer des édits, le peuple n'y obéira pas. Le pays sera constamment envahi et contesté par les nations voisines. De violents incendies feront rage sans pouvoir être maîtrisés, les vents et les pluies nuisibles se multiplieront, les fleuves enfleront et déborderont, et les habitants seront emportés par le vent ou balayés par les flots. La famille du souverain, du côté paternel comme du côté maternel, se liguera pour fomenter une révolte. Peu après, le souverain tombera gravement malade, perdra la vie et renaîtra dans un des enfers majeurs. [...] Le même destin frappera l'épouse du souverain, son héritier, les hauts dignitaires de l'Etat, les seigneurs des villes, les chefs des villages et les généraux, les administrateurs des provinces, ainsi que les représentants du gouvernement." (§22) Les
passages que j'ai tirés de ces quatre
sutra sont parfaitement clairs. (§23) En
entendant cela, rougissant de colère le visiteur répondit: "L'empereur
Ming de
la fin de la dynastie Han, ayant saisi
le sens du rêve où lui était apparu un homme
doré, fit bon accueil aux enseignements du bouddhisme amenés
de Chine par des missionnaires montant des chevaux blancs (note).
Après avoir puni Mononobe
no Moriya pour son opposition au bouddhisme, le prince Shotoku entreprit
de construire des temples et des pagodes au Japon.
Depuis cette époque, du souverain suprême aux masses
innombrables, tous ont vénéré les statues du
Bouddha et ont attentivement étudié les écrits
bouddhiques.
Il en a résulté que dans les monastères du mont
Hiei et de Nara, la capitale
du Sud, dans les grands temples Onjo-ji et To-ji,
dans tout le pays à l'intérieur des quatre mers, dans
les cinq provinces autour de la capitale (§24) Désireux de clarifier le sens de ses propos, l'hôte répondit: "Certes, les temples du Bouddha s'élèvent toiture contre toiture et les bâtiments où sont conservés les sutras s'alignent côte à côte. Les supérieurs de temples sont aussi nombreux que les bambous et les joncs, les moines aussi communs que les plants de riz et de chanvre. Les temples et les moines sont respectés depuis des siècles, et chaque jour, on leur manifeste à nouveau du respect. Mais les moines et les supérieurs d'aujourd'hui sont serviles et sournois, et ils trompent le peuple et l'égarent. Le souverain et ses ministres manquent de discernement et ne peuvent distinguer la vérité de l'hérésie. (§25) Ainsi, il est dit dans le Sutra Ninno : "De mauvais moines, dans l'espoir d'acquérir gloire et profit, se présentent en grand nombre devant le souverain, l'héritier présomptif ou les autres princes, pour prêcher des doctrines qui mènent à l'opposition au Dharma bouddhique et à la destruction du pays. Incapables de distinguer le vrai du faux, les souverains écoutent et adoptent de telles doctrines, créant des lois injustes et en désaccord avec les préceptes bouddhiques. De cette façon, ils provoquent la destruction du bouddhisme et du pays." (§26) On lit dans le Sutra du Nirvana: "bodhisattva, n'éprouvez aucune crainte en vos cœurs si vous vous trouvez, par exemple, en face d'éléphants sauvages. Mais de mauvais amis, voilà ce que vous devriez craindre! Si vous êtes tués par un éléphant sauvage, vous ne tomberez pas dans les Trois mauvaises voies. Mais si de mauvais amis sont cause de votre mort, vous tomberez inévitablement dans ces Trois mauvaises voies." (§27) Dans le Sutra du Lotus il est dit : "Dans cet âge mauvais, il y aura des moines aux vues erronées et aux cœurs serviles et faux qui prétendront être parvenus à un stade qu'ils n'ont pas atteint, avec un cœur plein d'orgueil et de suffisance. On verra encore des moines retirés dans la forêt, vêtus de robes misérables, proclamer dans leur retraite qu'ils pratiquent la véritable voie, tout en méprisant et en regardant de haut le reste de l'humanité. Avides de profit et de nourriture, ils enseigneront le Dharma à des laïcs en robe blanche et seront respectés et vénérés du monde comme s'ils étaient des arhats dotés des six pouvoirs mystiques. (§28) "Sans cesse, ils iront parmi les populations, à seule fin de nous calomnier. Ils s'adresseront aux souverains, aux hauts dignitaires, aux brahmanes et aux grands bienfaiteurs du bouddhisme, aussi bien qu'aux autres moines pour nous dénigrer et nous accuser. Ils diront par exemple: 'Ce sont des hommes aux vues erronées qui prêchent des doctrines non bouddhiques'... Dans un kalpa marqué par les impuretés, en un âge mauvais, bien des choses seront à redouter. (§29)"Les démons s'empareront des personnes de notre entourage et les pousseront à nous injurier, à nous rabaisser et à nous ridiculiser... Les mauvais moines de cet âge impur, incapables de comprendre les moyens utilisés par le Bouddha, et le fait qu'il enseigne le Dharma de la manière qui convient, nous couvriront d'insultes avec des visages furieux; nous serons bannis encore et encore..." (§30) Dans le Sutra du Nirvana, le Bouddha dit: "Après ma disparition, et lorsque de nombreux siècles se seront écoulés, tous les sages des quatre niveaux auront également disparu. Lorsque l'époque du Dharma correct sera terminée et pendant l'époque du Dharma formel, on verra des moines se plier en apparence aux règles de la vie monastique. Mais ils ne liront ou ne réciteront que rarement les sutras, préférant consommer toutes sortes d'aliments et de boissons pour nourrir leur corps. Tout en portant la robe de moine, ils erreront en quête d'offrandes avançant à pas feutrés comme des chasseurs à l'affut. Ils seront comme des chats qui guettent une souris. Et ils répéteront sans cesse: "J'ai atteint le stade d'arhat!" Extérieurement, ils paraîtront sages et bons, mais en eux-mêmes ils entretiendront avidité et jalousie. Ils se récuseront en prenant des allures de brahmanes ayant fait vœu de silence. Ce ne seront pas de véritables moines, ils n'en auront que l'apparence. Consumés par leurs vues erronées, ils s'opposeront au Dharma correct. (§31) Quand nous observons le monde à la lumière de ces passages de sutra, nous voyons que la situation actuelle correspond exactement à ce qu'ils décrivent. Si nous ne réprimandons pas les mauvais moines, comment pouvons-nous espérer faire le bien ?" (§32) Le visiteur, plus indigné que jamais, dit: "Un monarque sage, en agissant en accord avec le ciel et la terre, améliore sa façon de gouverner; en distinguant le vrai du faux, un sage apporte le bien-être au monde. Les moines et les religieux du monde actuel bénéficient de la confiance de tout le pays. S'ils étaient réellement de mauvais moines, le souverain, qui est sage, ne leur accorderait pas sa confiance. S'ils n'étaient pas de véritables sages, les personnes capables et savantes ne les respecteraient pas. Mais puisque les notables et les érudits maintenant les honorent et les respectent, ils doivent être sans aucun doute des moines exemplaires. Pourquoi donc déversez-vous sur eux des accusations aussi extravagantes, et comment osez-vous les calomnier? A qui vous référez-vous en parlant de "mauvais moines"? J'aimerais que vous me l'expliquiez plus clairement." (§33) L'hôte répondit: "Sous le règne de l'empereur Gotoba vécut un moine du nom de Honen, auteur d'un ouvrage intitulé le Senchaku Shu. Il contredit les enseignements sacrés de Shakyamuni et sema la confusion parmi les hommes, dans les Dix directions. On lit dans le Senchaku Shu: "Le moine chinois Daochuo établit une distinction entre Shodo et Jodo, exhortant les hommes à abandonner les premiers pour se consacrer aux seconds (note). Tout d'abord, il existe deux sortes d'enseignements de la Voie sacrée [le Mahayana et le Hinayana]. De ce point de vue, on peut considérer que les enseignements du Mahayana ésotérique [Shingon] et les enseignements du Mahayana définitif [ceux du Sutra du Lotus], font partie de la Voie sacrée. Dans ce cas, les écoles actuelles - Shingon, Zen, Tendai, Kegon, Sanron, Hosso, Jiron et Shoron - sont incluses toutes les huit dans la Voie sacrée." (§34)
Dans son Ojo Ron Chu (§35) Honen dit aussi: "Le moine chinois Shandao établit la distinction entre les pratiques correctes et incorrectes, exhortant les hommes à suivre les premières et à abandonner les secondes. Au sujet de la première des pratiques incorrectes, celles de lire et réciter les sutras, il affirme qu'il ne faut réciter que le Sutra Kammuryoju et les sutras de la Terre pure, et que réciter n'importe quel autre sutra, Mahayana ou Hinayana, exotérique ou ésotérique, doit être considéré comme une pratique incorrecte. A propos de la troisième des pratiques incorrectes, celle de la vénération, il affirme que, en dehors de la vénération du bouddha Amida, le fait d'honorer ou de vénérer tout autre bouddha, bodhisattva ou divinité bouddhique, doit être considéré comme une pratique incorrecte. A la lumière de ce passage, il apparaît clairement que l'on devrait abandonner des pratiques aussi incorrectes pour se concentrer sur la pratique de l'enseignement de la Terre pure. Quelle raison aurions-nous d'abandonner les pratiques correctes de l'enseignement de la Terre pure qui affirment que, sur cent personnes, toutes sans exception renaîtront dans le paradis de l'Ouest, pour nous attacher à diverses pratiques et cérémonies qui ne peuvent même pas sauver une personne sur mille? Ceux qui pratiquent le bouddhisme devraient méditer profondément sur cela!" (§36)
Par la suite, Honen déclare: "Dans
le Jogen Nyuzo Roku (§37)
Honen dit encore : "C'est dans le
Sutra Kammuryoju
que l'on trouve le passage selon lequel le pratiquant du Nembutsu
doit posséder les Trois sortes d'esprit (§38) Enfin, Honen conclut: "Si l'on veut échapper rapidement aux souffrances de la vie et de la mort, après avoir comparé ces deux enseignements supérieurs, il faut laisser de côté les enseignements de la Voie sacrée et choisir ceux de la Terre pure. Et si l'on veut suivre les enseignements de la Terre pure, il faut distinguer entre les pratiques correctes et incorrectes, et abandonner toutes celles qui sont incorrectes pour se consacrer entièrement à celles qui sont correctes." (§39) En
examinant ces passages, nous voyons que Honen cite
les explications faussées de Tanluan, Daochuo et Shandao afin
d'établir les catégories qu'il appelle Voie
sacrée et Terre
pure, Voie
difficile à pratiquer et
Voie facile à pratiquer. Il classifie alors la totalité des
637 ouvrages en 2883 volumes qui comprennent les sutras
du Mahayana enseignés du vivant du Bouddha, y compris
le Sutra du Lotus et les sutras du Shingon,
en même temps que la croyance en tous les bouddhas,
bodhisattvas et divinités bouddhiques, et range
tout cela dans les catégories
de la Voie sacrée, la Voie difficile à pratiquer,
et les pratiques incorrectes, exhortant les hommes à "les
rejeter, les fermer, les ignorer et les abandonner".
Par ces quatre injonctions, il égare tous les êtres
humains. Et, de plus, il qualifie tous les moines sages
des trois pays (§39b)
Par cela, il tourne le dos aux passages des trois sutras de la Terre
pure (§40) Il y eut autrefois des hommes comme Saicho, Gishin, Ennin et Enchin qui parcoururent dix mille lieues sur les océans à la recherche des enseignements sacrés, ou qui franchirent toutes les montagnes et rivières du Japon pour contempler les statues du Bouddha qu'ils vénéraient. Dans certains cas, ils bâtirent des temples au sommet de hautes montagnes pour y préserver ces écritures et ces statues; dans d'autres cas, ils construisirent, au fond de vallées encaissées, des lieux de culte où l'on pouvait vénérer et honorer de tels objets. Si bien que les bouddhas Shakyamuni et Yakushi (note) répandirent la lumière côte à côte, exerçant leur influence sur le présent et l'avenir, tandis que les bodhisattvas Kokuzo et Jizo apportaient des bienfaits pour la vie présente et la vie future. Les souverains du pays faisaient des dons aux provinces et aux villages, afin que les lampes puissent toujours brûler devant les images, tandis que les intendants des grands domaines offraient leurs champs et leurs jardins. (§41) Mais, à cause de cet ouvrage de Honen, le Senchaku Shu, le Bouddha Shakyamuni est oublié et l'on vénère Amida, bouddha de la terre de l'Ouest. On ignore la transmission du Dharma du Vénérable Bouddha et l'on néglige Yakushi, bouddha de la région de l'Est. On se concentre exclusivement sur les trois sutras en quatre volumes des écrits de la Terre pure, et l'ensemble des autres enseignements merveilleux exposés par Shakyamuni durant les Cinq périodes de son enseignement est rejeté. Si les temples ne sont pas consacrés à Amida, les gens n'ont plus aucun désir de leur faire des offrandes ou d'honorer les bouddhas; dès que des moines ne récitent pas le Nembutsu, personne ne veut leur faire de dons. Il s'ensuit que les temples du Bouddha tombent en ruine, et c'est à peine si l'on voit une mince colonne de fumée s'élever au-dessus des tuiles moussues de leur toit; les habitations des moines sont vides et délabrées, leurs jardins sont livrés à la rosée. (§41b) Malgré cela, personne ne pense un instant à protéger le Dharma ou à restaurer les temples. C'est pourquoi les moines sages qui administraient autrefois ces temples les quittent pour ne plus revenir, et les divinités bienveillantes qui gardaient les enseignements bouddhiques s'en vont. Tout cela est dû au Senchaku Shu de Honen. Quelle tristesse de penser que, en l'espace de quelques décennies, des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de personnes se sont laissé égarer par ces enseignements démoniaques et ont si souvent méconnu les véritables enseignements du bouddhisme! Si les hommes favorisent les doctrines erronées, oubliant ce qui est correct, comment les divinités bienveillantes pourraient-elles retenir leur colère? Si les hommes rejettent les doctrines parfaites au profit de celles qui sont incomplètes, le monde peut-il échapper aux manigances des esprits maléfiques? Plutôt que d'offrir dix mille prières en guise de remède, il suffirait de bannir cette doctrine, source de tous les maux!" (§42)
Le visage encore plus empourpré de colère, le visiteur
dit alors: "Dans les époques qui suivirent l'enseignement
des trois sutras de la Terre pure par notre maître originel, le
Bouddha Shakyamuni, le moine Tanluan,
après avoir d'abord étudié les quatre traités (§43) Il
y eut un grand sage, Honen,
qui, dès son enfance, entra au monastère du mont
Hiei. A l'âge de dix-sept ans, il avait déjà étudié l'ensemble
des soixante volumes des écritures du Tendai (§44)
Malgré tout, il s'interrogeait sur la voie qui conduit à
l'Eveil et ne comprenait pas le
véritable sens du nirvana.
C'est pourquoi il lut et examina autant de textes que possible, médita
profondément et considéra toutes les hypothèses
pour finalement rejeter tous les sutras et établir la pratique
exclusive du Nembutsu. De plus, renforcé
dans sa décision par une apparition miraculeuse de Shandao
en rêve,
il propagea sa doctrine aux quatre coins du pays parmi ses amis et parmi
des inconnus. Pour cela, il fut considéré comme une réincarnation
du bodhisattva Seishi
(§45) Depuis
cette époque, bien des printemps et des automnes se
sont succédés, de nombreuses années
se sont écoulées.
Et maintenant, vous insistez pour que l'on rejette les
vénérables
enseignements du Bouddha Shakyamuni contenus dans les écrits
de la Terre pure et
méprisez
ouvertement les écrits concernant le bouddha Amida.
Pourquoi rendez-vous responsable l'époque sacrée
de Honen des
désastres de ces dernières années,
en calomniant délibérément les premiers
maîtres (§46) L'hôte, en souriant, calma son invité et lui dit: "Les insectes qui se nourrissent de mauvaises herbes oublient combien leur goût est amer; ceux qui restent longtemps dans les latrines en oublient la puanteur. Vous écoutez ici mes paroles justes et vous les croyez mauvaises, vous soutenez un ennemi du Dharma comme Honen et le qualifiez de sage, vous ne faites pas confiance à un véritable maître que vous prenez pour un mauvais moine. Votre confusion est en fait très grande, et votre offense n'est pas légère. Écoutez bien d'où vient cette confusion. Je vais vous l'expliquer en détail. (§47) Les doctrines que le Bouddha Shakyamuni exposa au cours de sa vie peuvent être réparties selon Cinq périodes distinctes d'enseignement. L'ordre dans lequel elles furent enseignées peut être établi et on peut les diviser en enseignements provisoires et en enseignements définitifs. Mais, Tanluan, Daochuo et Shandao adhérèrent aux enseignements provisoires et oublièrent les enseignements définitifs. Ils suivirent les premiers enseignements du Bouddha et rejetèrent les enseignements ultérieurs. Ces personnes ne saisirent pas la profondeur du bouddhisme. (§48) Honen en particulier, tout en suivant les pratiques établies par ses prédécesseurs, ignorait leur véritable origine. De quelle façon pouvons-nous le savoir? Parce qu'il rangea dans la même catégorie l'ensemble des 637 écrits du Mahayana et les 2883 volumes de textes, ainsi que la croyance dans les divers bouddhas, bodhisattvas et divinités bouddhiques, et qu'il exhorta les hommes à "les rejeter, les refermer, les ignorer et les abandonner" tous, provoquant par ces quatre injonctions la corruption du coeur de tous les êtres humains. Il exposa ainsi des vues personnelles erronées, sans le moindre égard pour les explications données dans les sutras. Ce sont les pires mensonges, et, à l'évidence, des propos diffamatoires. C'est une attitude inqualifiable, que l'on ne saurait trop sévèrement condamner. (§49) Cependant, tous les hommes, sans exception, croient en ses mensonges et vénèrent, son Senchaku Shu. Par conséquent, ils révèrent les trois sutras de la Terre pure et rejettent tous les autres sutras. Ils ne respectent qu'un bouddha, Amida, de la Terre de la béatitude parfaite, et oublient les autres bouddhas. En réalité, un homme tel que Honen est le pire ennemi des bouddhas et des sutras, ainsi que l'adversaire des moines sages comme des hommes et des femmes ordinaires. Ses enseignements erronés se sont maintenant propagés jusqu'aux frontières du pays, ils ont pénétré dans chacune des Dix directions. (§50) Vous
vous êtes indigné de m'entendre dire que les désastres
actuels sont dus à une période antérieure. (§51)
Le second volume du Maka Shikan
cite un passage du Shi Ji [Mémoires
de l'historien ] qui dit: "Dans les dernières années
de la dynastie Zhou, il y eut des
hommes qui portaient les cheveux longs, se promenaient nus jusqu'à
la ceinture, et ne respectaient ni les coutumes ni les règles."
Dans le second volume du Guketsu,
ce passage est expliqué à partir d'une citation du Zuo-Zhuan (§52) "Yuanji (§53) De
même,
le Nitto Junrei Ki (§54)
Cela étant
dit, il faut réfléchir au fait que Honen vécut
sous le règne de l'empereur Gotoba, à l'ère Kennin [1201-1203].
Et, comme chacun sait, en 1221, l'empereur retiré Gotoba ne
parvint pas à rétablir l'autorité du
trône.
Ainsi, la Chine a déjà prouvé que
les enseignements de la Terre pure ont provoqué la
chute d'un empereur, et notre pays offre une preuve
similaire (§55) Le
visiteur, quelque peu calmé, dit: "Sans considérer
encore la question comme étant totalement résolue,
je crois comprendre ce que vous dites, jusqu'à un certain
point. Néanmoins, aussi bien à Kyoto (§56) L'hôte répondit: "Je ne suis peut-être qu'une personne de faible capacité, mais je me suis sincèrement consacré à l'étude du Mahayana. Une mouche bleue, lorsqu'elle s'accroche à la queue d'un cheval pur-sang, peut parcourir dix mille lieues, et le lierre vert en s'enroulant autour d'un pin élevé peut atteindre une hauteur de mille pieds. Je suis le disciple et le fils du Bouddha unique Shakyamuni, et je sers le roi des écrits, le Sutra du Lotus. Comment pourrais-je assister au déclin du Dharma bouddhique sans que mon coeur ne s'emplisse de regrets? De plus, le Sutra du Nirvana affirme: "Si un moine, même un bon moine, voit quelqu'un s'opposer au Dharma et n'y prête pas attention, s'abstenant de le réprimander, de le chasser ou de le punir pour son offense, alors ce moine est l'ennemi du bouddhisme. Mais s'il fait tout pour chasser la personne qui s'oppose au Dharma, la réprimander ou la punir, alors il est mon disciple et il comprend véritablement mes enseignements." Je ne suis peut-être pas un "bon moine" mais je ne veux surtout pas être accusé d'être l"ennemi du bouddhisme". Aussi, afin d'éviter de telles accusations, en m'appuyant sur des principes généraux, je vais donner quelques explications. (§57) Il y a longtemps, à l'ère Gennin [1224], les deux temples Enryaku-ji sur le mont Hiei et Kofuku-ji à Nara soumirent à maintes reprises des pétitions au trône qui conduisirent à la rédaction d'un édit impérial et d'un décret du shogunat ordonnant que les planches d'impression du Senchaku Shu de Honen soient confisquées et amenées dans la grande salle de conférence du temple Enryaku-ji. Là, elles furent brûlées en signe de reconnaissance à l'égard des bouddhas des Trois phases de l'existence. De plus, on ordonna aux serviteurs attachés au temple de Gion de détruire la tombe de Honen à Kyoto. Par la suite, des disciples de Honen comme Ryukan, Shoko, Jokaku, Sassho et d'autres furent condamnés par le gouvernement à l'exil dans des régions lointaines et ne furent jamais graciés. Aussi comment pouvez-vous dire que personne ne s'est jamais plaint à ce sujet aux autorités?" (§58) Le visiteur, toujours calme, répondit: "On peut difficilement reprocher à Honen d'être le seul à dénigrer les sutras et à dire du mal des autres moines. Il est cependant exact qu'il range dans la même catégorie les 637 écrits du Mahayana avec leurs 2883 volumes de textes, ainsi que la croyance en tous les bouddhas, bodhisattvas et divinités bouddhiques, et qu'il exhorte les hommes à "les rejeter, les refermer, les ignorer et les abandonner" tous. Il ne fait aucun doute que c'est bien lui qui formula ces quatre injonctions; le sens de ce passage est parfaitement clair. Mais vous soulignez sans cesse la petite "imperfection dans le joyau" et vous critiquez sévèrement Honen pour cela. Je ne sais pas si ses paroles expriment l'égarement ou le véritable Eveil. Je ne peux dire qui, de vous ou de Honen, est le sage ou l'insensé, ni déterminer qui a raison ou qui a tort. (§59) Cependant, vous affirmez que tous les désastres récents doivent être attribués au Senchaku Shu de Honen, développant largement ce point pour étayer votre affirmation. Il est indéniable que la paix du monde et la stabilité du pays sont voulues aujourd'hui aussi bien par le souverain que par ses sujets, et souhaitées par tous les habitants. Un pays obtient la prospérité grâce au Dharma bouddhique, et la validité du Dharma est prouvée par ceux qui la pratiquent. Si le pays est détruit et ses habitants anéantis, qui continuera alors à révérer les bouddhas? Qui continuera à avoir foi dans le Dharma? C'est pourquoi il faut tout d'abord prier pour la sécurité du pays et oeuvrer ensuite à établir le Dharma bouddhique. Si, donc, vous connaissez un moyen d'empêcher les désastres et d'enrayer les fléaux, j'aimerais le connaître." (§60) L'hôte dit: "Vous avez sans aucun doute raison de me traiter d'insensé! Jamais je n'oserais me prétendre sage. Cependant, j'aimerais simplement citer quelques passages des sutras. De multiples passages dans les écrits, bouddhiques comme non bouddhiques, traitent de la manière de gouverner un pays, et il serait difficile de les citer tous ici. Néanmoins, depuis que j'étudie le bouddhisme, j'ai fréquemment réfléchi à ce problème, et j'en conclus qu'écarter ceux qui s'opposent au Dharma et respecter les moines qui suivent la voie correcte est la meilleure façon d'assurer la stabilité à l'intérieur du pays et la paix dans le monde entier. (§61) On lit dans le Sutra du Nirvana: "Le Bouddha dit: 'A l'exception d'une seule catégorie de personnes, vous pouvez faire des dons à tout le monde et cela vous vaudra le respect de tous.' Chunda demanda: 'Quelle est donc la catégorie de personnes dont vous parlez?' Le Bouddha répondit: 'Je désigne par là ceux que j'ai décrits dans ce sutra comme ayant enfreint les préceptes.' Chunda insista: 'Je ne comprends toujours pas très bien. Pourriez-vous m'expliquer un peu plus?' Le Bouddha reprit: 'Ceux qui enfreignent les préceptes sont les icchantika. Vous pouvez faire des dons à toutes les autres catégories de personnes, cela vous vaudra le respect de tous et vous obtiendrez de grands bienfaits.' Chunda demanda à nouveau: 'Que signifie le terme icchantika?' Le Bouddha répondit: 'Chunda, imagine qu'il y ait des moines ou des nonnes, des laïcs, hommes ou femmes, qui prononcent des paroles irréfléchies et mauvaises et s'opposent au Dharma correct, et que ces personnes continuent à commettre ces fautes graves sans jamais montrer le moindre désir de s'amender ni aucun signe de repentir sincère. Je dirai que de telles personnes suivent la voie des icchantika. (§62) Il y a aussi ceux qui commettent les Quatre délits graves ou les Cinq forfaits, et qui, tout en ayant conscience d'avoir commis de graves fautes, ne ressentent jamais ni frayeur ni repentir dans leur coeur ou qui, du moins, n'en font rien voir; qui ne montrent aucun désir de protéger le Dharma correct ni d'en assurer la transmission pour l'éternité, mais la décrient et la rabaissent par des paroles mensongères. Je dirais aussi que des personnes de ce genre suivent la voie des icchantika. A l'exception des icchantika, vous pouvez faire des dons à toutes les autres personnes et tout le monde vous en félicitera." (§63) Dans un autre passage du même sutra, le Bouddha dit encore: "Par le passé, je fus le roi d'un grand État sur ce continent de Jambudvipa. Je m'appelais Senyo et j'aimais et vénérais les écrits du Mahayana. Mon coeur était pur et bon et ne montrait aucune trace de méchanceté, ni de jalousie ou d'avarice. Hommes de foi sincère (kulaputra), à cette époque-là, je révérais les enseignements du Mahayana dans mon coeur. Un jour où j'entendis des brahmanes calomnier ces enseignements, je les mis à mort sur-le-champ. Hommes de foi sincère, il résulta de cette action que plus jamais je ne suis retombé en enfer." On peut lire dans un autre passage: "Par le passé, quand l'Ainsi-Venu était le souverain du pays et pratiquait la voie de bodhisattvas, il mit à mort un certain nombre de brahmanes."(§63) (§64) Il y est dit encore: "Il y a trois degrés dans le meurtre: mineur, moyen et majeur. Le degré mineur correspond au meurtre des animaux, du plus petit comme la fourmi jusqu'au plus gros. Seul le meurtre d'un bodhisattva qui a délibérément choisi de naître en tant qu'animal est exclu de cette catégorie. En commettant un meurtre de ce genre, on tombe dans les voies de l'enfer, des esprits faméliques ou des animaux, où l’on subit inévitablement les rétributions qu'entraîne ce genre d'action. Pourquoi cela? Parce que même les animaux possèdent les racines du bien, aussi insignifiantes soient-elles. C'est pourquoi une personne qui tue de telles créatures doit subir la pleine rétribution de son offense. (§64b) Le degré moyen est constitué par le meurtre d'une personne, depuis un simple mortel jusqu'à un anagamin. Un tel meurtre aura pour conséquence d'entraîner celui qui le commet dans les voies de l'enfer, des esprits faméliques ou des animaux où il subira inévitablement les souffrances propres au degré moyen. Le meurtre de degré majeur est celui d'un parent, d'un arhat, d'une personne ayant atteint l'état de pratyekabuddha, ou bien encore d'un bodhisattva parvenu, au terme de ses efforts, à un état d'où il ne régresse plus. Pour un tel crime, on tombera dans l'enfer avici. Hommes de foi sincère, si quelqu'un venait à tuer un icchantika, un tel meurtre ne tomberait dans aucune de ces trois catégories. Hommes de foi sincère, ces divers brahmanes étaient tous des icchantika." (§65) On lit dans le Sutra Ninno: "Le Bouddha annonça au roi Prasenajit : 'Voici la raison pour laquelle je confie la protection de mes enseignements aux souverains plutôt qu'aux moines et aux nonnes. Pourquoi? Parce que moines et nonnes ne détiennent pas le même pouvoir que les rois." (§66) On lit dans le Sutra du Nirvana: "Je confie maintenant le Dharma correct, d'une excellence sans pareille, aux souverains, aux ministres, aux hauts dignitaires, et aux Quatre sortes de croyants. Si quelqu'un s'oppose au Dharma correct, les hauts dignitaires et les Quatre sortes de croyants doivent le réprimander et lui montrer ses fautes." (§67)
On y lit encore: "Le Bouddha dit: 'Kasho (§68) Le Bouddha dit encore: "Certains peuvent observer les cinq préceptes sans mériter pour autant le nom de pratiquant du Mahayana. A l'inverse, même une personne qui n'observe pas les Cinq préceptes, si elle défend le Dharma correct, on peut la considérer comme un pratiquant du Mahayana. Les défenseurs du Dharma correct doivent s'armer de couteaux et de sabres, d'épées et de gourdins. Même s'ils portent épées et gourdins, je les considère comme des hommes qui suivent les préceptes." (§69) Dans le même esprit, il dit aussi: "Hommes de foi sincère, dans les temps passés, en cette même ville de Kushinagara, un bouddha apparut, qui s'appelait Kangi Zoyaku Nyorai. Après la mort de ce bouddha, le Dharma correct qu'il avait enseignée demeura dans le monde pendant d'innombrables millions d'années. Puis, finalement, il ne resta plus que quarante années avant que le Dharma soit voué à disparaître. En ce temps-là, vivait un moine du nom de Kakutoku qui observait les préceptes. Il y avait alors de nombreux moines qui les transgressaient, et lorsqu'ils entendirent prêcher Kakutoku, tous conçurent de mauvais desseins dans leur coeur, et, s'armant de sabres et de gourdins, ils attaquèrent ce maître du Dharma. (§70) A cette époque, le souverain du royaume avait pour nom Utoku. Dès qu'il apprit ce qui se passait, désireux de défendre le Dharma, il se rendit sur le lieu où le moine prêchait l'enseignement correct et combattit de toutes ses forces contre les mauvais moines qui n'observaient pas les préceptes. Grâce à cela, le moine qui prêchait le Dharma put échapper au danger. Mais le roi reçut tant de coups de couteaux, de sabres, de piques et de lances, qu'il n'y eut pas une seule partie de son corps, même de la taille d'une graine de pavot, qui ne fut blessée. (§71) Le moine Kakutoku rendit alors hommage au roi en ces termes: ‘C’est merveilleux! Vous êtes, o roi, un authentique défenseur du Dharma correct. Dans les âges à venir, ce corps qui est le vôtre deviendra à coup sûr un réceptacle illimité du Dharma.’A ce moment-là, le roi qui avait déjà entendu les enseignements du Dharma, ressentit une grande joie en son coeur. Sa vie parvint alors à son terme, et il renaquit sur la terre du bouddha Akshobhya (Ashuku) où il devint le premier disciple de ce bouddha. De plus, tous les généraux, sujets et alliés du roi qui avaient combattu à ses côtés ou l'avaient rejoint dans la bataille furent emplis d'une détermination inébranlable d'atteindre l'Eveil et, après leur mort, ils renaquirent tous sur la terre du bouddha Akshobhya. (§72) Par la suite, le moine Kakutoku mourut à son tour, renaquit également sur la terre du bouddha Akshobhya et devint le second disciple à recevoir directement les enseignements du bouddha. Par conséquent, si le Dharma correct est sur le point de disparaître, voici comment il faut le soutenir et la défendre. (§73)
Kasho, le roi qui vivait en ce temps-là, n'était
autre que moi-même, et le moine qui prêchait le Dharma était
le bouddha Kasho (§74) Le bouddha dit encore au bodhisattva Kasho: "Par conséquent, les croyants laïcs qui souhaitent défendre le Dharma doivent s'armer d'épées et de gourdins, et la protéger de cette façon. Hommes de foi sincère, dans l'âge impur et mauvais qui suivra ma disparition, le pays sombrera dans la décadence et le désordre, les êtres humains se pilleront et se voleront mutuellement, et ils en seront réduits à mourir de faim. (§75) Pour échapper à la faim, beaucoup alors décideront de quitter leur famille pour se faire moines. On les appellera crânes rasés. Quand ces crânes rasés verront une personne s'efforcer de protégerle Dharma correct, ils le pourchasseront et l'expulseront, voire le tueront ou le blesseront. C'est pourquoi j'autorise maintenant les moines qui observent les préceptes à vivre et à s'associer avec des laïcs portant sabres et bâtons. Car, même s'ils portent des sabres et des bâtons, je les considérerai comme des hommes observant les préceptes. Pourtant, même autorisés à porter sabres et bâtons, ils ne devront jamais les utiliser pour ôter la vie." (§76) Il est dit dans le Sutra du Lotus: "Celui qui refuse d'avoir foi en ce sutra, et au contraire s'y oppose, détruit immédiatement les graines | ||