|
Question
: Dans cet âge de la dégénérescence
du Dharma, quel objet de vénération devrait-on choisir?
Réponse : Le Titre du
Sutra du Lotus devrait
être l’objet de vénération.
Question : Sur quelle partie du Sutra du Lotus et sur
quelle interprétation de celui-ci cela est-il fondé?
Réponse : Le chapitre X
du Sutra du Lotus
énonce: "Yakuo! Erigez
une Tour des sept trésors partout
où ce sutra est exposé, lu, récité ou copié,
ou partout où une copie de ce sutra existe! Cette Tour devra être
haute, spacieuse et ornée. Vous n’aurez pas besoin d’enchâsser
mes cendres dans un stupa. Pourquoi?
C’est parce que la Tour contiendra mon corps parfait."
Le chapitre "La nature de l'Ainsi-Venu"
du Sutra du Nirvana
explique: Mahakashyapa! Le maître
des bouddhas est le Dharma.
C’est pourquoi les bouddhas révèrent et vénèrent
le Dharma. Comme le Dharma est éternel, tous les bouddhas sont
éternels."
L'ouvrage du Grand-maître
Zhiyi, intitulé Hokke
Sanmai Sengi déclare:
"Bâtissez un autel respectable dans le temple et enchâssez
y le Sutra du Lotus. Il n’est pas besoin d’y présenter
des figures de bouddhas ni aucun autre sutra, ni d’enchâsser
les cendres du Bouddha Shakyamuni. Seul le Sutra du Lotus est
nécessaire."
Question :
L'ouvrage de Zhiyi,
intitulé Maka Shikan
décrit le pratiquant marchant autour d’une statue du BouddhaAmida comme objet de vénération
lorsqu’il pratique la deuxième des quatre
méditations (shishu-sanmai,
chaturdhyana). La traduction d'Amoghavajra
du Manuel Rituel au moyen de la Sagesse et du Discernement du Sutra
du Lotus déclare: "Le Bouddha Shakyamuni et le
Bouddha Taho sont les objets de vénération."
Pourquoi rejetez vous leurs opinions et maintenez vous que le Titre du
Sutra du Lotus est l’objet de vénération?
Réponse : Cela
n’est absolument pas fondé sur ma réflexion personnelle.
C’est fondé sur les enseignements du Sutra du Lotus,
mentionnés plus haut, et sur l’interprétation de Zhiyi.
Quant au point douteux selon lequel le bouddha Amida
est l’objet de vénération lorsqu'on on pratique les
quatre niveaux de méditation
d’après le Maka Shikan, c’est parce que le
bouddha Amida est regardé comme l’objet
de vénération seulement quand on pratique la "méditation
assise continuelle pendant une période de 90 jours (joza-sanmai)" ,
"la méditation active continuelle pendant une période
de 90 jours", pendant laquelle le pratiquant marche autour de la
statue du bouddha Amida en invocant son nom
(nembutsu) et en se le remémorant
(jogyo-sanmai) ,
et " la méditation sur la réalité" (higyo-hiza-sanmai)
dans une posture non spécifiée pour une période de
temps non spécifiée. Ce sont trois des quatre niveaux de
méditation concentrée
(samadhi) de l’école Tendai.
Cette idée de l’objet de culte est basée sur le Sutra
Monjumon, le Sutra Hanjusanmai et
le Sutra Kannon. Ces
types de sutras existaient avant que le Sutra
du Lotus fût prêché, et c’étaient
des enseignements servant de moyens salvifiques (hoben)
pour conduire les êtres vivants à la vérité.
"En quarante ans et plus, la vérité n’a pas encore
été révélée", est-il écrit
dans le Sutra Muryogi.
En un mot, le Bouddha Shakyamuni n’a pas révélé
sa véritable intention pendant plus de quarante ans.
En outre, il y a deux sortes de méditations dans hangyo-hanza-sanmai,
la dernière des quatre méditations.
L’une est hodo-sanmai (méditation
de la période de déploiement),
qui considère les sept bouddhas
et les huit bodhisattvas comme l’objet de culte. La seconde est
hokke-sanmai, qui considère
le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho
du Sutra du Lotus comme les objets de culte. Cependant, si l’on
juge d’après ce que le Hokke Sanmai Sengi énonce,
la vérité est que le Sutra du Lotus devrait être
l’objet de culte. Bien que l’ouvrage de Amoghavajra,
le Manuel de Rituel au moyen de la Sagesse et du Discernement du Sutra
du Lotus soit basé sur le chapitre
XI (Hoto, L’apparition de la Tour
aux trésors) du Sutra du Lotus, cet ouvrage déclare
que le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho sont les objets de culte,
mais cela est contraire à l’intention véritable du
Sutra du Lotus. Comme il est mentionné ci-dessus, le Titre
est l’Objet Sacré qui est vénéré par
les bouddhas des Dix Directions,
aussi bien que par le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho. Le véritable
objet de culte pour les fidèles du Sutra du Lotus est
ainsi le Titre du Sutra du Lotus.
Question : Il y a dix écoles [bouddhiques] au Japon, telles
que Kusha, Jojitsu,
Ritsu, Hosso,
Sanron, Kegon,
Shingon, Jodo,
Zen, and Hokke.
L’objet de culte, pour ces écoles, varie. L’objet de
culte dans trois écoles du Hinayana,
telles que
Kusha, Jojitsu,
et
Ritsu,
est le bouddha de la Manifestation inférieure
(retsu-ojin).
L’objet de culte dans deux écoles, Hosso
et Sanron,
est le bouddha de Manifestation supérieure
(sho-ojin).
L’école Kegon vénère Vairocana
comme son objet sacré. Vairocana
est considéré
comme le corps de rétribution
du Bouddha Shakyamuni. L’objet de culte dans l’école
Shingon est Mahavairocana
(Dainichi)
et celui de l’école Jodo est le bouddha Amida.
L’objet de culte de l’école Zen
est le Bouddha qui a
atteint l’Eveil sous l’arbre
bodhi, nommément le Bouddha Shakyamuni. Toutes ces écoles
et groupes montrent l’image de Bouddha comme leur objet de culte,
mais pourquoi est-ce que l’école Hokke
est la seule qui a le Sutra du Lotus comme son objet de culte
?
Réponse
: D’autres écoles montrent la statue du Bouddha comme leur
objet de culte, mais l’école Hokke a sa propres
raisons significatives de vénérer le Sutra du Lotus
comme son objet sacré.
Question :
Quelle est cette raison significative? Et qu’est-ce qui est supérieur:
le Bouddha ou le Sutra?
Réponse
: L’objet le plus sublime doit être montré comme objet
de culte. Par exemple, l’objet de culte du confucianisme, ce sont
les Trois grands rois et cinq
Empereurs. L’objet de culte pour le bouddhisme devrait
être le Bouddha Shakyamuni.
Question :
Si c’est le cas, pourquoi maintenez vous que l’objet de culte
est le Titre plutôt que le Bouddha Shakyamuni ?
Réponse
: Comme on peut l’observer d’après l’interprétation
des sutras mentionnés ci-dessus, cela n’est pas basé
sur mon opinion personnelle et arbitraire. Le Bouddha Shakyamuni et le
Grand-maître Zhiyi tenaient le Sutra
du Lotus comme leur objet de culte. Bien que je sois apparu dans
ce monde après eux, moi aussi, j’ai choisi le Sutra du
Lotus comme objet de culte.
Le Sutra du Lotus est le parent du Bouddha Shakyamuni et il est,
en même temps, les yeux des autres bouddhas. Le Bouddha Shakyamuni,
Mahavairocana et les bouddhas des Dix directions
sont tous nés du Sutra du Lotus. Ainsi, il est assez naturel
que leurs véritables parents soient considérés comme
l’objet de culte.
Question :
Sur quoi basez-vous votre argument?
Réponse
: Le Sutra Fugen, sutra
qui conclut le Sutra du Lotus, énonce: "Ces sutras
du Mahayana sont le trésor
du Dharma des bouddhas, les yeux du Bouddha de toutes les directions,
dans le passé, le présent et le futur, et aussi le germe
qui produit les Ainsi-venus dans
le passé, le présent et le futur", et "ces sutras
de Grande Portée sont les yeux du Bouddha. Au moyen des sutras
les bouddhas ont parfait les cinq sortes
de vision. Les trois corps (sanjin)
du Bouddha sont nés des sutras de Grande Portée. Ceci est
le sceau du Grande Dharma avec laquelle l’océan de nirvana
est scellé. D’un tel océan sont nés les trois
corps purs des bouddhas. Ces trois corps de bouddhas sont le terrain de
bénédiction pour les dieux et les hommes, et l’objet
suprême de vénération."
Selon ces sutras, le Bouddha doit naître (comme un enfant qui naît)
et le Sutra du Lotus donne naissance (comme la mère qui
accouche d’un enfant). Bouddha est le corps et le Sutra du Lotus
l’esprit. Par conséquent, le Sutra du Lotus est
le seule Dharma qui peut insuffler l’esprit du Titre (Daimoku) dans
les images de Bouddha récemment sculptées ou dans les écrits
sur papier. Tenir une cérémonie pour insuffler l’esprit
d’une déité dans un objet par des mudra
et des mantra-dharani, et le vénérer
est une terrible erreur.
Question :
Quelle est la différence entre le fait d’avoir le Sutra
du Lotus et le Bouddha Vairocana comme objet de culte? Lequel est
supérieur?
Réponse
: Selon les Grands Maîtres Kukai,
Ennin et Enchin,
le bouddha Vairocana comme objet de culte
est supérieur au Sutra du Lotus comme tel.
Question :
Pourquoi cela?
Réponse
: Dans les Dix stades de l’esprit
du Hizo Hoyaku [La Clef précieuse du grenier des mystères],
un ouvrage en trois fascicules de Kukai,
les sutras sont classés selon la profondeur de doctrine, le premier
étant le niveau le plus bas et le dixième le plus élevé.
Ainsi, le Sutra du Lotus occupe le 8ème rang, le Sutra
Kegon le 9ème et le Sutra
Vairocana le 10ème. Dans une version abrégée
du Kongocho, ainsi que
dans une version abrégée du Soshitsuji,
Ennin explique que le Sutra du Lotus
occupe la seconde place après le Sutra Vairocana, qui,
lui, vient en premier. Il en est de même de l’explication
de Enchin.
Question :
Quelle est votre opinion sur ces arguments?
Réponse : Selon
les jugements portés par le Bouddha Shakyamuni, le Bouddha Taho
et les bouddhas des Dix directions, le Sutra du Lotus doit être
considéré comme le meilleur de tous les sutras, en incluant
ceux qui ont été prêchés avant le Sutra
du Lotus, ainsi que le Muryogi,
son prologue et le Sutra Fugen, son épilogue.
Question : Les rois, vassaux, gens du peuple, aussi bien que
moines des écoles Tendai
et Shingon, à travers le
Japon, soutiennent que Nichiren ne peut tout simplement pas se comparer
avec des maîtres tels que Kukai,
Ennin et Enchin.
Quelle est votre opinion?
Réponse : Laissez moi donner mon opinion dans ses grandes
lignes, si vous le voulez bien. Tout d’abord, pensez vous que Kukai,
Ennin et Enchin
ont surpassé le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho,
et d’autres bouddhas des Dix directions? Deuxièmement, tous
les habitants du Japon, depuis l’actuel empereur jusqu’au
peuple en général sont les enfants du Bouddha Shakyamuni.
Dans le Sutra du Nirvana,
dont on dit qu’il est le testament du Bouddha Shakyamuni, il est
affirmé que ce à quoi on devrait se fier et qui peut être
authentifié, c’est le Dharma
et non les interprétations des Grands
maîtres, qui ne sont que secondes. Dire que le Sutra du
Lotus est le sutra suprême est littéralement en accord
avec le Dharma. Ainsi, ceux là, et même les chevaux et le
bétail qui suivent les rois, les vassaux, le peuple et les moines
qui embrassent l’idée selon laquelle Nichiren ne peut tout
simplement pas se comparer avec les trois grands maîtres, nommément
Kukai, Ennin et
Enchin, attachent tous peu d’importance
au Bouddha Shakyamuni, ou le méprisent.
Question : Est-ce que Kukai a
lu le Sutra du Lotus?
Réponse
: Il ne fait pas de doute que Kukai a lu
le Sutra du Lotus, aussi bien que les autres sutras. Cependant,
il a mal interprété certains d’entre eux. Pour décider
quel sutra est supérieur à l’autre, du Sutra du
Lotus, du Sutra Kegon, ou du Sutra Vairocana, et
quelle doctrine est profonde ou superficielle, Kukai
lit les passages du Sutra du Lotus et les interprète de
la manière suivante: "Le Sutra du Lotus est le véritable
Dharma de tout bouddha et devrait être classé comme le plus
bas des sutras" (alors qu'en fait, il [le sutra] déclare qu’"il
est le plus élevé de tous". Plus loin il interprète:
"Yakuo, il y a beaucoup de sutras qui
ont été prêchés, mais le Sutra du Lotus
occupe la troisième place parmi eux" (alors qu'en fait,
il [le sutra] déclare qu’" il occupe la première
place parmi eux"). Ennin et Enchin
ont aussi mal interprété le Sutra du Lotus, en
affirmant qu’" il occupe la seconde place". En comparaison
avec les autres sutras, cependant, le Bouddha Shakyamuni, le Bouddha Taho
et le bouddha Vairocana déclarent
tous que "le Sutra du Lotus est le plus excellent sutra"(réf),
et "le Sutra du Lotus est supérieur à tous
les autres sutras". Puisque tel est bien le cas, quelle base choisiriez
vous pour votre objet de culte? Est-ce que ce seraient les enseignements
du Bouddha Shakyamuni et des autres bouddhas des dix directions, ou les
enseignements des trois maîtres, Ennin,
Enchin ou Kukai?
Voulez-vous céder aux opinions des trois Grands maitres et agir
à l’encontre des enseignements du Bouddha Shakyamuni et des
autres bouddhas des Dix directions, en ignorant ce qu’affirme Nichiren
?
Question
: Kukai
est originaire de l’île de Shiko.
Il fut disciple du maître Gonso,
un savant et un moine du temple Iwabuchi,
dans la préfecture de
Nara. Kukai
acquit une connaissance approfondie de six
écoles, dont Sanron et
Hosso. En mai 804, Kukai, conformément aux ordres de l’empereur Kammu,
partit en Chine
puis, selon les instructions de l’empereur Junso,
il entra au temple Qing-lung où
il étudia les enseignements du Shingon
auprès de Maître Huiguo.
On dit que Maître Huiguo était
le moine de la septième génération après le
bouddha Vairocana.
Bien que les moines aient changé, les enseignements du Shingon
ont été transmis de génération en génération
comme on verse de l’eau d’un récipient dans une autre.
Bien que le récipient soit différent, l’eau qui a
été transmise de Vairocana
à Vajrasattva,
Nagabodhi, Vajrabodhi,
Amoghavajra, Maître Huiguo
et à Kukai est la même. Après
avoir terminé ses études avec Huiguo,
Kukai traversa la vaste étendue d’eaux
et retourna au Japon. Par la suite, Kukai
enseigna les enseignements de l’école Shingon
à trois empereurs, Heijo,
Saga, et Junna.
Le 19 janvier 823, Kukai reçut l’autorisation
de l’Empereur de bâtir le temple To-ji,
à Kyoto, et il commença alors
à diffuser les enseignements du Shingon
autour de la région du Kansai, puis
au Japon central, dans les îles de Kyushu,
Shikoku, Iki
et Tsushima, et finalement, à
travers tout le pays. On peut dire que ceux qui ont fait le pèlerinage
dans toutes les parties du Japon, en sonnant une cloche sur un poteau
de l’école Shingon, étaient
tous, sans exception, des disciples de Kukai.
Ennin,
originaire de Shimotsuke, et troisième
Supérieur du temple Enraku-ji,
était un disciple de Kochi,
qui fut moine du temple Ono-ji,
à Shimotsuke. Kochi
étudia le bouddhisme auprès de Dochu,
un disciple de Ganjin, et reçut
ultérieurement la transmission directe de l’enseignement
de Saicho. Après avoir terminé
ses études, Kochi prêcha les
enseignements de l’école Tendai
dans toute la région du Kanto.
En 803, Ennin, à l’âge
de 13 ans, entra au mont Hiei, où
il passa 15 ans à acquérir la connaissance de six
écoles, y compris l’école Hosso
et l’école Sanron,
et, en plus, les enseignements du Sutra du Lotus et la doctrine
de l’école Shingon.
En 821, Ennin
voyagea en Chine et, pendant le règne de l’empereur
Esho,
de Chine; il acquit
la connaissance approfondie des enseignements
ésotériques et exotériques
sous la direction de plusieurs patriarches vertueux de l’école
Tendai
et de l’école Shingon,
nommément
Hozen, Xuanzang,
Gishin, Hogetsu,
Shuei et Shion.
Ennin devint
le neuvième patriarche de l’école Shingon.
Après être retourné au Japon, il devint un des enseignants
de l’empereur
Nimmyo.
Durant les périodes de Ninju
et Saiko
(851-857), il rédigea deux commentaires : sur
le Sutra Kongo et
sur le Sutra Soshitsuji.
Ennin fonda le temple
Soji-in (école
Tendai)
au mont Hiei et devint son troisième
patriarche. C’est le moment où l’enseignement du
Shingon
se mélangea à l'enseignement de l’école Tendai.
Enchin
(Chisho Daishi),
originaire de Sanuki,
entra au mont Hiei
en 828, à l’âge de 14 ans, et devint un disciple
de Maître Gishin,
un disciple de Saicho qui était
originaire de Sagami. Enchin
avait aussi voyagé en Chine avec son maître. Au Japon,
Enchin étudia
les enseignements de Six écoles, y compris les écoles Sanron
et Hosso, en plus des enseignements de l’école
du Sutra du Lotus (Hokke
shu) et de l’école Shingon
auprès de Maître Gishin,
d'Ennin, d’Encho
et de Betto Daishi Kojo, disciple
de Saicho.
En
851, Enchin partit en Chine, conformément
aux ordres de l’empereur
Montoku. Sous le règne de l’empereur
chinois Senshu,
Enchin étudia les enseignements ésotériques
et exotériques pendant sept ans sous la direction de plusieurs
maîtres, par exemple, Maître Liangxu
(Ryojo) et d’autres. En 859, il rentra
au Japon et devint un enseignant des empereurs Montoku et Seiwa.
Ces
trois maîtres, nommément Kukai,
Ennin et Enchin,
furent respectés et vénérés par les empereurs
successifs et leurs sujets pour cette vie et pour la vie future, comme
si ces maîtres étaient le soleil et la lune. Pour cette raison,
les gens du peuple, qui n’avaient aucune connaissance du bouddhisme,
se contentèrent simplement de vénérer ces trois Grands
maîtres et de croire en eux.
Dans le Sutra du Nirvana,
le Bouddha Shakyamuni a donné l’avertissement suivant: "Prenez
appui sur le Dharma et non sur les personnes". Qu’est ce qui
les a conduits à avoir confiance en Kukai
et dans les deux autres, et non dans le Bouddha Shakyamuni?
Réponse
: Laissez moi expliquer comment le bouddhisme s’est propagé
pendant la période de 1000 ans après le trépas du
Bouddha Shakyamuni. Pendant les premiers
500 ans, le bouddhisme Hinayana
se répandit, puis le bouddhisme Mahayana
se propagea pendant les 500 années suivantes. Pendant cette période
de temps, des controverses surgirent entre Hinayana
et Mahayana, enseignements
provisoires (gonkyo) et enseignement
définitif (jikkyo), mais il n’y
avait aucune distinction claire entre les enseignements ésotériques
et exotériques.
Un millier
d’années après le trépas de Shakyamuni, a commencé
la période du Dharma formel
(Zoho) (note).
La quinzième année de cette période, le bouddhisme
fut pour la première fois introduit en Chine. Aux étapes
initiales, il y eut des controverses entre confucianisme
et bouddhisme sur la question de savoir quelle était la religion
supérieure, et cela n’aboutit à aucune conclusion
positive. Pendant ce temps, le bouddhisme se propagea peu à peu,
ce qui provoqua des controverses entre Hinayanistes
et Mahayanistes, et entre enseignements provisoires
(gonkyo) et définitif (jikkyo).
Mais, en réalité, il n’y avait pas de grandes différences
entre eux. Six cents ans après que le bouddhisme fut introduit
en Chine, sous le règne de l’empereur Genso, trois Maîtres,
Shubhakarasimha, Vajrabodhi
et Amoghavajra, vinrent d’Inde
et fondèrent l’école Shingon.
En conséquence, les écoles Kegon
et Hokke [celle du Sutra du Lotus]
devinrent extrêmement impopulaires. Depuis les empereurs jusqu’au
peuple en général, chacun avait l’impression que l’enseignement
Shingon et le Sutra du Lotus étaient
aussi différents que la lumière et l’obscurité.
A l'ère Wado (708-715) naquit Zhanlan
[711-782].
Bien qu’il ait considéré que le Sutra du Lotus
était supérieur au sutras de l’école
Shingon, il considéra aussi qu’il n’était
pas besoin d’en faire état. Par conséquent, les gens
furent dans l’impossibilité de savoir quelle école
était supérieure, l’école du Lotus [Hokkeshu]
ou l’école Shingon.
Le bouddhisme
fut pour la première fois introduit au Japon à partir de
la Corée pendant le règne du 30ème empereur Kimmei.
Pendant 30 ans, ou à peu près, après son introduction,
il y eut des controverses sur les différences entre le shintoïsme
et le bouddhisme. Le bouddhisme fut initialement propagé à
travers tout le Japon par le prince Shotoku
sous le règne du 34ème empereur, Suiko
[593-628]. Les grands moines Hyekwan
(Ekan) et Kwalluk
(Kanroku) vinrent de Corée au Japon
et propagèrent l’école Sanron.
Sous le règne de l’empereur Mommu,
le moine Dosho [629-700] voyagea
en Chine et ramena au Japon les enseignements du Zen.
Pendant la période de l’empereur Tenmu,
le moine coréen Chipong (Chiho) introduisit
l’école Hosso au Japon.
Le moine Shubhakarasimha
introduisit le Sutra Vairocana sous le règne de l'impératrice
Gensho [681<715-723]. Cependant, sa diffusion
échoua. Sous le règne de l’empereur Shomu
[724-749], le Grand-maître Shinsho
et le moine supérieur Roben
introduisirent
l’école Kegon. Sous le gouvernement
du 46ème empereur, Koken [749-758],
le moine Ganjin introduisit l’école
Ritsu
et le Sutra du Lotus. Cependant, Ganjin
fit peu de cas des enseignements du Sutra du Lotus et ne propagea
que l’école Ritsu.
En juillet
804, le Grand-maître Saicho
sur instruction de l’empereur Kammu,
partit en Chine, où il rencontra le moine Daosui
(Dosui) et le Grand-maître Xingman
(Gyoman), qui étaient tous les deux
des disciples du Grand-maître Zhanlan.
Sous leur supervision, le Grand-maître Saicho
étudia l’enseignement du Maka
Shikan de l’école du Hokke
et apprit aussi les Règles de conduite des bodhisattvas, qui avaient
été enseignées par le Grand-maître Daoxuan,
fondateur de la branche Nanchan de l'école
Lu (Ritsu)
en Chine. Le Grand-maître Saicho reçut également,
du moine Shunxiao, l’initiation
ésotérique de l’école Shingon.
Après être retourné au Japon, le Grand-maître
Saicho ne propagea pas les enseignements
de l’école Shingon. A la place,
il rechercha les enseignements du Sutra
Vairocana et du Sutra du Lotus pour déterminer
quel sutra était supérieur. Il s’était aperçu,
en effet, que les savants chinois ne lui fourniraient pas la réponse.
Le Grand-maître Saicho en vint à
la conclusion que le Sutra Vairocana de l’école
Shingon était inférieur au Sutra du Lotus, et aussi
que certaines idées de l’école Tendai étaient
incorporées dans le Commentaire sur le Sutra Vairocana,
en particulier, par Yijing.
Probablement parce qu'il éprouvait du ressentiment devant le fait
que les sutras de l’école Shingon
étaient méprisés et, en partie, parce qu'il voulait
redresser l'honneur de ce sutra, le Grand-maître Kukai
fit une fausse déclaration aux gens selon laquelle le Sutra
du Lotus était inférieur, non seulement au Sutra
Vairocana, mais aussi au Sutra
Kegon. Si les Grands maîtres Ennin
et Enchin n’avaient pas donné
beaucoup d’importance aux enseignements des sutras Shingon,
et si le Grand-maître Kukai s’était
abstenu de les diffuser au mont Hiei
et au temple Onjo-ji, on aurait
pu éviter que son jugement erroné se répande dans
tout le Japon. Les Grands maîtres Ennin
et Enchin ne reconnaissaient pas les sutras
de l’école Kegon comme supérieurs
au Sutra du Lotus. Cependant, ils apportèrent leur soutien
à l’affirmation du Grand-maître Kukai selon laquelle le Sutra Vairocana de l’école Shingon
était supérieur au Sutra du Lotus, bien qu’ils
appartinssent à l’école Tendai.
Ainsi, sans le savoir, ils devinrent l’ennemi du Grand-maître
Saicho qui avait fondé l’école
Tendai au Japon.
Depuis lors,
de nombreux moines intelligents et de grande vertu apparurent au Japon,
mais, malheureusement, ils furent loin d’avoir le même niveau
que ces trois Grands maîtres (Kukai,
Ennin et Enchin).
Pendant 400 ans, de cette époque à ce jour, les Japonais
ont ainsi décidé que le Sutra Vairocana de l’école
Shingon est supérieur au Sutra
du Lotus. Cette impression a prévalu pendant 400 ans et continue
aujourd’hui. Même s’il y avait quelqu’un qui estimait
que le Sutra du Lotus surpasse les sutras de l’école
Tendai, il ne pourrait pas le reconnaître,
par peur de représailles des puissants et influents moines du mont
Hiei et du temple Ninna-ji.
Même si, par hasard, quelqu’un soutenait que le Sutra
du Lotus et le sutra de l’école Shingon
sont au même niveau, il serait humilié et ridiculisé
par les gens de l’école Shingon.
Ces derniers contreraient cette affirmation en déclarant que c'est
"une erreur indéniable" et l’ignoreraient complètement.
Pour ces raisons, tous les temples au Japon, dont le nombre se monte à
des centaines de milliers, devinrent affiliés à l’école
Shingon. Même s’il y avait un
temple où les enseignements de l’école Shingon
et ceux du Sutra du Lotus étaient exposés, les
premiers recevraient la priorité sur les seconds. Personne n’exposera
les enseignements du Sutra du Lotus parce que tous les moines
supérieurs des temples du Japon, aussi bien que le supérieur
du mont Hiei, sont membres de l’école
Shingon. Comme tous les gens de haute classe
appartiennent à l’école Shingon,
les gens de basse classe qui ont tendance à suivre les pas des
gens de haute classe, sans exception naturellement, sont devenus des fidèles
de l’école Shingon. Les Japonais
peuvent bien lire avec leurs lèvres que le Sutra du Lotus
est le premier, mais, dans leur esprit, il occupe la seconde ou la troisième
place et ils l’exprimeront ainsi par les mots et par leurs corps.
Personne ne mentionnera le Sutra du Lotus comme le sutra suprême
et ne le traitera comme tel par les paroles, le corps et la pensée.
Seul le Grand-maître Zhiyi le fit.
Il est difficile de croire qu’il y aura des fidèles qui soutiendront
le Sutra du Lotus. Le chapitre X (Maître
du Dharma (réf))
du Sutra du Lotus, déclare: "Puisque haine et jalousie
abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas
pires encore après son trépas?" Le Sutra du Lotus
est devenu l’ennemi des empereurs et du peuple pendant la période
des Derniers jours du Dharma.
Je suis le
fils d’un pêcheur du district de Nagasa
Tojo dans la province de Awa.
Recherchant la religion et l’éducation, je suis entré
au temple Kiyosumi de mon district,
à l’âge de 11 ans. Cependant, comme ce temple, à
cause de son éloignement, n’était pas dirigé
par des moines de bon niveau, j’ai fait des pèlerinages à
travers tout le pays et je me suis éduqué moi-même
sur différents sutras de plusieurs dénominations religieuses.
A cause de mon immaturité, ce fut une tâche difficile pour
moi de comprendre en profondeur les origines, les mérites et les
théories des sutras des différentes écoles. A la
suite de mes recherches, je suis arrivé à la conclusion
suivante :
a) L’école Kusha a
une doctrine superficielle. Ils propagent les enseignements du Hinayana
b) L’école Jojitsu.
Ses enseignements, dans lesquels les doctrines du Mahayana
et celles du Hinayana sont mélangées,
a de nombreux défauts.
c) L’école Ritsu a initialement
enseigné les enseignements du Hinayana
et a exposé plus tard les enseignements du Mahayana
provisoire. Maintenant, ils croient qu’ils exposent les enseignements
véritables du Mahayana.
d) Une autre école Ritsu, qui fut
transmise au Grand-maître Saicho par
le moine Daosui (Dosui)
n’est pas identique à l’école Ritsu
mentionnée ci-dessus.
e) L’école Hosso, dans
les premiers temps, exposait les enseignements superficiels du Mahayana
provisoire (note),
mais elle s’améliora progressivement, se rangeant au nombre
des enseignements du Mahayana véritable
et elle finit par rejoindre une aussi grande école que l’école
Tendai, basée sur les
enseignements du Mahayana.
f) L’école Sanron,
qui affirme que l’ultime réalité est révélée
par la négation, est une école qui appartient au Mahayana
provisoire, mais ses membres sont convaincus qu’ils exposent les
enseignements du Mahayana véritable.
g) L’école Kegon, même
si elle expose les enseignements du Mahayana
provisoire, dépasse toutes les autres écoles religieuses,
comme une personne qui remplace l’Empereur ou le premier conseiller
de l’Empereur. Mais elle proclame que le Sutra du Lotus
est son ennemi, et ainsi c’est comme si un serviteur se rebellait
contre l’Empereur.
h) L’école Jodo, un des
enseignements du Mahayana provisoire, selon
les habiles moines Shandao et Honen,
proclamait que: (1) Les gens du peuple auront des difficultés à
comprendre la plupart des sutras, à l’exception des trois
sutras de la Terre Pure, nommément (a) sutras Muryoju,
Kammuryoju et Amida.
(2) Les masses avaient été tout à fait capables de
comprendre le bouddhisme pendant les périodes
du Dharma correct (Shoho) et la période
du Dharma formel (Zoho) (3) Les gens de la
période de la fin du Dharma (Mappo)
sont destinés à avoir une intelligence limitée et
auront de la difficulté à comprendre le bouddhisme. C’est
pourquoi le Nembutsu devra être
répandu.
Bien qu’ils aient échoué à distinguer les enseignements
corrects des enseignements erronés, ils furent assez impudents
pour réfuter tous les sutras des autres écoles bouddhiques.
L’école Jodo abandonna le travail
de toute une vie du Bouddha Shakyamuni et fonda l’école de
la "Terre Pure" basée sur sa popularité dans le
peuple. Au sens figuré, elle loue l’esprit des insensés
et se débarrasse des vrais sages.
i) L’école Zen proclame
qu’il y a un Dharma véritable autre que tous les écrits
du Bouddha Shakyamuni. Une pensée aussi insensée revient
à abandonner les enseignements de Shakyamuni et à respecter
vos propres idées. C’est comme tuer ses propres parents et
donner une position importante au fils, ou bien à tuer son maître
et prendre sa place.
j) L’école Shingon,
non seulement s’est éloignée de la vérité,
mais leurs [ses] voix ont été extrêmement injustes.
Ils ont caché profondément leurs racines, de sorte que ceux
qui ont une intelligence superficielle ne pouvaient pas les distinguer.
Ils ont trompé les gens pendant longtemps. Tout d’abord,
il n’y a pas d’école Shingon en Inde, mais l’école
Shingon du Japon prétend qu’il
y en a une dans ce pays. Où est la preuve ? Le Sutra Vairocana,
qui est le sutra cardinal pour l’école Shingon,
est venu de l’extérieur ici au Japon. En comparaison avec
le Sutra Vairocana, le Sutra du Lotus l’emporte
sur le Sutra Vairocana sur sept points. Comme les preuves se
trouvent dans les deux sutras, je ne vais pas en faire un commentaire.
L’école Shingon prétend
que le Sutra Vairocana est supérieur au Sutra du Lotus
par deux ou trois facteurs. Cependant c’est une idée absurde
et erronée.
Par exemple, il est comparé à Ryuso,
un guerrier de bas niveau de la dynastie Han,
qui força l'empereur Qin (Guan-zi)
à s'enfuir à cheval quand la dynastie Qin
fut écrasée. Il est aussi comparé à Choko,
un autre guerrier de bas niveau ourdissant un complot et accédant
au trône, et au Brahmane Grand-Arrogance
(Daiman), utilisant la statue du Bouddha
Shakyamuni pour fabriquer un siège et s’asseyant dessus.
Personne,
en Chine, n’est au courant de tels incidents, et, bien que 400 ans
se soient écoulés depuis l’introduction de l’école
Shingon au Japon, personne n’a de méfiance
à l’égard de ses enseignements. Ainsi, le critère
de jugement sur les enseignements bouddhistes est devenu hasardeux et
obscur, si peu nombreux sont ceux qui pouvaient prononcer un jugement
honnête pour savoir si un enseignement bouddhiste était correct
ou erroné. Il en résulta des implications en politique intérieure,
qui ont mené, à la fin, à l’invasion du Japon
par une puissance étrangère. Comme j’étais
la seule personne à être consciente de cette situation, je
compilais d’importants passages des écritures bouddhiques
dans un ouvrage appelé Rissho-ankoku-ron
en une tentative pour pour sauver la nation et le Dharma. J’offris
ce traité à Hojo Tokiyori,
régent du bakufu de Kamakura,
mais, comprenant que les officiels à l’intelligence limitée
ne seraient pas capables de le comprendre, je pris sur moi de l’expliquer.
Le 82ème empereur Go-Toba
abdiqua et devint moine bouddhiste. De sa retraite, l’empereur Go-Toba
captura et tua Ida Taro, le gouverneur de
Kyoto le 15 mai 1222, premier pas dans une
tentative pour renverser le régime de Kamakura
de Hojo Yoshitoki.
Il mobilisa alors des guerriers dans tout le pays en vue d’annihiler
le régime des Hojo par
la force. Au contraire, il fut battu et finalement exilé dans l’île
d’Okinoshima. De ses deux fils, l’empereur
Juntoku fut envoyé à
l’île de Sado, et l’autre, le précédent
empereur Tsuchimikado, fut exilé à
Awa. Et les sept subordonnés de Go-Toba
furent tous décapités. Pourquoi Go-Toba
a-t-il perdu la bataille d’une telle manière? Comme ancien
empereur, Go-Toba aurait dû être
capable de détruire Hojo Yoshitoki,
un officiel de bas niveau, comme le faucon attrape un faisan, ou un chat
capture un rat, mais ce fut exactement le contraire.
Dans l’espoir de prendre une revanche sur le gouvernement shogunal
de Kamakura, le camp de la
Cour impériale s’était concentré sur un rite
de prière conduit par Jien,
moine supérieur de l’école Tendai,
par un moine supérieur de l’école Shingon,
par le supérieur du temple Ninna-ji
et
par le supérieur du temple Onjo-ji,
avec une grande assistance de moines de grande vertu venus des 15 grands
temples de Nara. Ce rite, basé
sur les quinze méthodes ou pratiques ésotériques,
instaurées comme la Grande Loi du Shingon
par les Grands maîtres Kukai, Ennin
et Enchin, fut accompli du 15 mai au 14 juin.
En plus de ce rite, une autre session de prières, basée
sur la grande prière ésotérique de l’école
Shingon, qui n’avait été
exécutée qu’en trois occasions au Japon, fut conduite
par le prince impérial Dojo (note),
le supérieur du temple Ninna-ji, à
partir du 8 juin, dans le Hall des Cérémonies d’Etat
(shishinden). En dépit de la tenue
de telles sessions de prières, les forces du bakufu de Kamakura
attaquèrent Kyoto le 14 juin et capturèrent
les trois ex-empereurs, qui furent exilés dans différentes
îles, et décapitèrent les sept subordonnés.
Les soldats du bakufu mirent le feu au Palais
impérial et le brûlèrent. Ce ne fut pas tout. Ils
capturèrent Setaka, le fils bien-aimé du Prince impérial,
qui vivait dans le temple Ninna-ji, et le
décapitèrent. Ils tuèrent aussi sa mère, avec
beaucoup d’autres gens qui croyaient en les enseignements de l’école
Shingon. (note)
Les prières secrètes de l’école Shingon
étaient les suivantes :
1) Ichiji
Konrin ho (dharani du cercle
d'or). Un culte à ce mandala est rendu pour empêcher
l’empoisonnement, éviter les mauvais esprits et écarter
les désastres.
2) Shitenno ho (Les Quatre
rois Célestes).
3) Fudomyo ho (L'Inébranlable, Acala).
4) Daiitoku ho (Grande Vertu ).
5) Temborin ho (Mise en branle de la Roue
du Dharma).
6) Myoirin ho (Roue de la satisfaction des
désirs).
7) Aizen-o ho (Rituel dédié
à Aizen, le dieu de l’Amour).
8) Butsugen ho (Rite accompli dans le but
d’arrêter les calamitiés).
9) Rokuji ho (Nom en six caractères
du Bouddha Amida).
10) Kongo Doji ho (Une déité
sous la forme d’un garçon à l’apparence furieuse
représenté dans le mandala
du Royaume de la Matrice ).
11) Sonjoo ho (Rituel dédié
à l’Auguste-Etoile-du-Ciel) .
Ce rituel ésotérique, traditionnellement exécuté
au temple Onjo-ji, est dédié
à Myoken, déification de la
Grande Ourse (hokuto shichisei) – comme
prière pour la longévité et l’élimination
des catastrophes.
12) Taigen (Rituel exécuté
au Palais impérial du 8 au 14 du premier mois dans le but de prier
pour la longue vie de l’Empereur et la paix de l’Etat).
13) Le Sutra Shugo (Sutra
de la protection du souverain de la nation)
et trois autres.
Le but de
ces prières était de maudire les ennemis de l’Etat
et des empereurs; de prendre la vie des ennemis et d’envoyer leurs
esprits dans la Terre Pure de Glorification Mystique où réside
le Bouddha Mahavairocana. Ceux
qui ont accompli ce rite étaient au nombre de 41 moines, parmi
lesquels des moines supérieurs, tels l'administrateur
général des moines (daisojo)
de l’école Tendai, le moine
Jien, du mont Hiei,
le supérieur Shingon, le Prince impérial
Dojo, qui était l'administrateur général
du temple Ninna-ji,
et le supérieur Ryoson, du temple
Jojyuin ,
sans parler des 300 moines environ qui accompagnaient les moines supérieurs
mentionnés ci-dessus.
Bien que les
prières au moment de ce rituel, et les moines offrant ces prières,
tout comme la période pendant laquelle ces prières furent
offertes, fussent tous conformes, pourquoi donc le camp de la Cour Impériale
fut-il vaincu dans les batailles? Même s’ils n’avaient
pas gagné, pourquoi ont-ils perdu si vite et apporté le
déshonneur sur eux-mêmes? Personne ne sait. Puisque le camp
de la Cour impériale essayait de réprimer ses sujets rebelles,
c’est comme un faucon qui attrape un oiseau. Même s’ils
ont été battus, pourquoi n’ont-ils pas pu tenir pendant
une année ou deux, ou même pendant dix à vingt ans?
Au contraire, ils tinrent seulement pendant un peu plus de 30 jours, l’affaire
commençant le 15 mai et finissant le 14 juin. Par contre, Hojo
Yoshitoki, à Kamakura, n’avait
aucune connaissance du tout de cette affaire à Kyoto.
Aussi, il n’offrit-il point de prières et ni ne fit de préparatifs
pour la bataille.
Moi [Nichiren],
je suis arrivé à la conclusion, après avoir ré-examiné
cet incident, que le camp de la Cour impériale a perdu la guerre
parce qu’ils ont adressé des prières selon les principes
de l’école Shingon qui sont
erronés, mensongers et déviés. Même s’il
n’y avait eu qu’une personne pour offrir une prière
à une loi aussi peu fiable, cette prière pourrait causer
un tel désastre que même une nation pourrait être ruinée
– à plus forte raison quand le dirigeant adresse des prières,
à l’unisson avec 300 moines, au Dharma de l’école
Shingon qui considère le Sutra
du Lotus comme son plus grand ennemi! C’était une conséquence
inévitable que le camp de la Cour impériale ait été
battu.
Les années
passant, les enseignements erronés de l’école Shingon
qui ont causé la catastrophe, se sont progressivement répandus
dans la région de Kanto, où
les moines du Shingon, devenus des administrateurs
de grands temples, ont commencé à propager leur enseignements
erronés. Dans cette région, la plupart des gens qui sont
issus de samouraïs rustres n’ont
ni la connaissance, ni la capacité pour comprendre la différence
entre enseignements véritables et enseignements faux, mais ils
croient simplement que les Trois trésors,
- le Bouddha, le Dharma et le Sangha,
devraient être respectés. Ainsi, ils sont devenus naïvement
des fidèles de l’école Shingon.
Comme le temps
passait, la région de Kamakura fut
à nouveau sur le point d’être envahie par une puissance
étrangère à cause des enseignements erronés
de l’école Shingon. Le gouvernement
shogunal de Kamakura
exerçait sa juridiction, non seulement sur l’ensemble des
régions de Kanto, mais il avait aussi
pris le cotrôlle du temple Enryaku-ji
au Mont Hiei,
du temple To-ji à Kyoto,
du temple Onjo-ji dans la préfecture de Shiga, et des sept
temples principaux de Nara. En conséquence, le dirigeant du
gouvernement shogunal de Kamakura, avec sa
famille et tous les dignitaires et moines supérieurs de ces temples,
sont devenus des fidèles de l’école Shingon,
tout juste comme l’ex-empereur Go-Toba,
qui était exilé dans l’île d’Oki,
avait été un fidèle de l’école Shingon.
Le dirigeant
d’un pays, qu'il s’agisse d’un grand ou d’un petit
pays, est choisi à la discrétion de Bonten,
de Taishaku, Nitten,
Gatten et des Quatre
Rois du Ciel.
Ces Etres célestes ont fait
le vœu de punir sur le champ quiconque est un ennemi du Sutra
du Lotus. Pour cette raison, [voici ce qui arriva]. Taira
no Kiyomuri,
le chef des Heike, eut son petit-fils
Antoku comme 81e empereur et, afin de subjuguer
Yoritomo, le chef des Minamoto,
Kiyomori soutint le temple Enryaku-ji,
sur le mont Hiei, comme leur temple protecteur,
et il soutint aussi le sanctuaire de Sanno
dans
la ville d’Ohtsu comme leur sanctuaire
protecteur (note).
Ses efforts, cependant, furent loin d’être récompensés;
l’empereur Antoku fut noyé dans
la mer de Danno Ura, le bras de mer situé
entre l’île Kyushu et le Japon
central, et Myoun,
le moine supérieur du temple Enryaku-ji,
fut tué par Kiso Yoshinaka, du clan
Minamoto, commandant en chef d’une
force expéditionnaire contre les Heike.
Tous les membres du clan Heike furent anéantis
d’un seul coup. La chute des Heike
et la guerre civile de la période de Jokyu
sont la preuve que la croyance en la fausse loi de l’école
Shingon a mené [son adepte] à
sa perte.
Le rite exécuté
pour vaincre les Mongols par les
prières est le troisième incident. Ils [Les gens du pouvoir]
avaient ignoré ma remontrance [les incitant] à ne pas s’engager
dans un rite pour maîtriser et soumettre les Mongols comme démons
ou adversaires. Le chapitre XXV du
Sutra du Lotus,
(réf)
déclare: "et le préjudice rebondira sur l’auteur",
qui signifie que ceux qui maudissent quelqu’un seront maudits. De
ce point de vue, recevoir une insulte devrait être pris comme un
bienfait ou une faveur du Bouddha, et ainsi il n’y a pas de doute
que le Sutra du Lotus est le seul chemin qui mène à
l’Eveil. Minamoto
Yoritomo fut capable de battre les Heike
par les mérites qu’il accumula à travers ses pratiques
quotidiennes du Sutra du Lotus. Ceci est la preuve manifeste
que nous pouvons recevoir des bienfaits divins en ce monde.
Grâce
à mes parents et à mon maître, qui tous sont morts
et partis maintenant, je fus capable de comprendre cette vérité.
Celui qui m’a enseigné, Maître Dozen,
qui avait peur de Tojo Kagenobu, seigneur
d’un domaine et adepte d’Amida,
me témoignait haine et mépris comme si j’étais
son ennemi parce que je propageais le Sutra du Lotus –
bien qu’il ressentît de la compassion pour moi au tréfonds
de son cœur. A l’époque, par ouï-dire, j’ai
appris que Maître Dozen commençait
à croire au Sutra du Lotus, mais s’il y crut au
moment de sa mort est incertain. Cela est préoccupant. Il n’est
certainement pas en Enfer, mais il
est inimaginable qu’il ait quitté le cycle
de naissance et de mort. Il est extrêmement regrettable de penser
qu’il erre dans le monde intermédiaire entre les mondes présent
et futur. A l’époque où Tojo
Kagenobu projetait de me tuer, le 28 avril 1253, vous, Joken-bo
et Gijo-bo m’escortèrent
hors du temple Kiyosumi. Bien
que rien ne soit arrivé, votre action doit être considérée
comme un service au Sutra du Lotus. Ainsi, vous et Gigo-bo,
vous pouvez être en état de quitter le cycle de naissance
et mort.
Cela fait
environ 2 200 ans depuis que le Bouddha Shakyamuni a prêché,
mais pas une seule personne dans ce monde n’a diffusé ce
Gohonzon et les enseignements
du Bouddha Shakyamuni. Le Grand-maître Zhiyi,
de Chine, et le Grand-maître Saicho,
du Japon, sont au courant de ce Gohonzon, mais il n’ont fait aucun
effort pour le diffuser. En cette période de Mappo,
ce Gohonzon devrait être diffusé. Bien qu’il soit prédit
dans le Sutra du Lotus que les bodhisattvas primordiaux, Surgis
de Terre, tels Jogyo et Muhengyo
apparaîtraient dans ce monde et propageraient ce Gohonzon, ils ne
sont pas encore apparus à cette date. Je suis bien averti que je
ne suis pas l’un d’eux, mais je me suis engagé dans
les activités de diffusion des enseignements du Sutra du Lotus
comme leur éclaireur. Et j’ai prouvé à un tel
point que je suis la cible à attaquer, comme il était indiqué
dans le passage du chapitre X
(réf)
du Sutra
du Lotus, prédisant que ceux qui s’engageraient dans
la diffusion des enseignements du Sutra du Lotus rencontreraient,
à coup sûr, une cruelle persécution. Je voudrais faire
des prières pour que ces mérites que j’ai reçus
à travers la persécution religieuse soient transférés
à mes parents, à mon maître et tous les êtres
en ce monde. Ce document est rédigé pour éclaircir
vos doutes et vous conseiller, Joken-bo,
pour que vous n’attachiez aucune importance à la religion
du Shingon, du Nembutsu
et autres, et que vous vénériez de façon fervente
seulement le Texte du Sutra du Lotus pour l’après-vie.
Signé
: Nichiren
traduction
de l'anglais par l'équipe de nichiren-etudes
(Références)
|