Question
: Quelle est ce Dharma secret? Je voudrais d'abord que l'on me dise
son nom et ensuite qu'on me l'explique. Si ce que vous dites est vrai,
se pourrait-il que Shakyamuni apparaisse en ce monde pour la deuxième
fois, ou que le bodhisattva Jogyo
sorte de nouveau de la Terre? Répondez-moi sans attendre, je
vous en supplie!
On dit que le savant maître Xuanzang mourut et renaquit
six fois, avant de parvenir en Inde où il séjourna dix-neuf
ans. Il affirma que le principe du Véhicule
unique énoncé dans le Sutra du Lotus n'était
qu'un enseignement provisoire et que les sutras
Agama du bouddhisme hinayana
représentaient l'enseignement
définitif. Et lorsqu'il revint en Inde le savant maître
Pukong (Amoghavajra)
annonça que le Bouddha du chapitre Juryo
(réf)
était le bouddha Amida!
C'est une erreur aussi grande que de confondre l'est avec l'ouest ou
le soleil avec la lune. Ils épuisèrent leur corps en vain
et exercèrent leur esprit sans effet.
Nous avons eu la chance de naître à l'époque des
Derniers jours du Dharma, et nous
pouvons progresser dans la foi sans faire un seul faux pas. Nous n'avons
pas besoin pour cela de pratiquer comme les bodhisattvas pendant trois
asogi kalpa (note),
ni de donner notre corps en pâture aux tigres (note),
afin d'obtenir la couronne invisible qui orne la tête du Bouddha.
Réponse : Cet
enseignement est révélé dans le texte du Sutra,
il m'est donc facile de vous l'expliquer. Mais, avant de clarifier cet
enseignement, je dois parler de trois points importants qui me préoccupent.
Il est dit que, si vaste que soit le grand océan, il ne conserve
pas les cadavres (note)
et, si solide que soit la croûte terrestre, elle ne soutient pas
ceux qui sont ingrats envers leurs parents (note).
Si l'on en croit les textes bouddhiques, pourtant, même ceux qui
ont commis les Cinq forfaits
peuvent être sauvés, de même que les personnes qui
transgressent les lois de la piété filiale. Seuls les
icchantika, ceux qui s'opposent
au Dharma et ceux qui se donnent l'apparence de garder les préceptes
tout en se croyant supérieurs aux autres ne peuvent pas être
pardonnés.
Les trois difficultés importantes dont je parlais plus tôt
consistent en l'école Nembutsu,
l'école Zen et l'école
Shingon. L'école Nembutsu,
pour commencer, a envahi le Japon tout entier et l'invocation du bouddha
Amida se retrouve comme une chanson sur
les lèvres des Quatre
congrégations. Deuxièmement, l'école Zen
a produit des moines arrogants qui parlent de leur "triple
robe et un bol pour les aumônes", et couvrent la terre,
entre les quatre mers, en se prétendant les guides éclairés
du monde entier. Troisièmement, l'école Shingon
forme une catégorie à part. Elle bénéficie
du soutien des temples du mont Hiei, des
sept temples de Nara, du To-ji,
du Honjo-ji et de leurs patriarches,
y compris le supérieur du mont Hiei,
Omuro, le supérieur du Honjo-ji
et les administrateurs des divers temples et sanctuaires. (note)
Depuis que le miroir sacré (note)
conservé au palais impérial a été détruit
par le feu, on a considéré que le précieux mudra
du bouddha Vairocana, miroir
du Bouddha, devait le remplacer pour l'empereur; et puisque le sabre
précieux avait sombré dans la mer de l'ouest, (note) on a cru que les cinq grands Honorés avaient le pouvoir de vaincre les ennemis du Japon. Ces croyances semblent
si profondément enracinées que la pierre dont l'usure
correspond à un kalpa (note)
pourrait être totalement érodée, et la terre immense
pourrait basculer sans que quiconque les mette en doute.
Quand le Grand-maître Zhiyi réfuta
publiquement les maîtres des autres écoles du Sud et du
Nord, ces enseignements du Shingon n'avaient
pas encore été introduits en Chine; et, lorsque le Grand-maître
Saicho vainquit les maîtres des Six
Ecoles au Japon, il ne fut plus question de la doctrine Shingon.
A plusieurs reprises le Shingon évita
la confrontation avec ses puissants ennemis, et réussit à
supplanter et mettre en danger le Grand Dharma du Sutra du Lotus.
De plus, Ennin, disciple du Grand-maître
Saicho, alla jusqu'à adopter l'enseignement
de cette école [Shingon], et à l'introduire au mont Hiei,
obscurcissant ainsi les principes du Tendai
et livrant l'école tout entière à l'influence du
Shingon. Mais qui pouvait s'opposer ouvertement
à un personnage aussi écouté que
Ennin?
Ainsi, en bénéficiant de préjugés favorables,
l'enseignement erroné de Kukai
n'a jamais été réfuté. Le moine Annen
formula bien quelques réserves à l'égard de Kukai,
mais il se contenta de remplacer l'école Kegon
par celle du Sutra du Lotus, à la deuxième place,
dans son classement par ordre d'importance; il considéra toujours
le Sutra du Lotus comme inférieur au Sutra Vairocana.
Il ne fut donc rien de plus qu'un homme de compromis.
Question En quoi consistent
les erreurs de ces trois écoles?
Réponse : Considérons
d'abord l'école Jodo ou Nembutsu.
En Chine, sous la dynastie Qi,
vécut un maître du Dharma du nom de Tanluan.
A l'origine, il était moine de l'école Sanron,
mais, après avoir lu le Jujubibasha Ron de Nagarjuna,
il accepta la distinction entre la Voie
de la pratique difficile et Voie de la pratique facile. Plus tard
sous la dynastie Tang vécut celui
que l'on appela le maître de méditation, Daochuo.
A l'origine, il donnait des cours sur le Sutra
du Nirvana mais lorsqu'il lut le récit fait par Tanluan
de sa conversion à l'école Jodo
[ou enseignement de la Terre pure], Daochuo
abandonna le Sutra du Nirvana
et se convertit lui aussi à la doctrine de la Terre pure, classant
les enseignements en deux catégories, ceux de la Voie
sacrée et ceux de la Terre pure (note).
De plus Daochuo eut un disciple
du nom de Shandao qui définit
deux sortes de pratique religieuse, la pratique correcte et la pratique
incorrecte.
Au Japon, deux cents ans environ après l'entrée dans l'époque
des Derniers jours du Dharma, sous
le règne de l'empereur retiré Gotoba,
vécut un homme du nom de Honen.
S'adressant aux moines aussi bien qu'aux laïcs, il déclara
: "Les enseignements bouddhiques varient en fonction des capacités
des hommes à diverses époques. Le Sutra du Lotus,
le Sutra Vairocana, les doctrines des huit ou neuf écoles
telles Tendai ou Shingon,
tous les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant,
mahayana et hinayana, exotériques et ésotériques,
provisoires ou définitifs, aussi bien que les écoles qui
s'appuient sur eux, furent tous conçus pour les personnes de
capacités et de sagesse supérieures qui vécurent
pendant les deux mille ans des époques du Dharma correct et du
Dharma formel. Depuis que nous sommes entrés dans l'époque
des Derniers jours du Dharma, quels que soient les efforts fournis dans
la pratique de tels enseignements, ils n'apportent plus aucun bienfait.
De plus, si on mélange de telles pratiques avec la récitation
du Nembutsu adressée au bouddha
Amida, même le Nembutsu
deviendra inefficace et ne nous permettra pas de renaître sur
la Terre pure. "Ce n'est pas là une interprétation
qui m'est personnelle [à moi Honen]. Le bodhisattva Nagarjuna
et le maître du Dharma Tanluan
ont rangé tous deux ces pratiques dans la Voie
de la pratique difficile. Daochuo les
a rejetées en disant que jamais une seule personne n'a atteint
l'Éveil grâce à elles et Shandao
a affirmé qu'elles n'ont pas le pouvoir de sauver une personne
sur mille.
"Toutes ces citations émanent de maîtres de l'école
Jodo et vous pourriez peut-être mettre
leur parole en doute. Mais le défunt maître Genshin,
à qui aucun sage des écoles Tendai
ou Shingon n'est supérieur à
l'époque des Derniers jours du Dharma, dit de même. Il
affirme, dans son ouvrage intitulé Ojo
Yoshu, que les enseignements du bouddhisme, exotériques
aussi bien qu'ésotériques, ne sont pas de nature à
délivrer des souffrances de la vie
et de la mort. De plus, dans un ouvrage intitulé Ojo
Juin [Définition des dix causes qui permettent de renaître dans la Terre pure]
Yokan, de l'école Sanron,
est du même avis. Il dit que, si les enseignements des écoles
Hokke et Shingon
sont totalement rejetés au profit de la récitation exclusive
du Nembutsu, dix personnes sur dix, cent
personnes sur cent pourront renaître dans la Terre pure."
Ces déclarations de Honen suscitèrent
d'abord des polémiques avec les moines du mont Hiei,
du To-ji, du Onjo-ji
et des sept temples principaux de Nara.
Mais la préface du Ojo Yosho
parut si convaincante que Kenshin,
patriarche du temple du mont Hiei, fut
finalement conquis par la doctrine du Nembutsu
et devint un disciple de Honen.
De plus, même des personnes qui n'étaient pas disciples
de Honen se mirent à réciter
le Nembutsu plus volontiers que les louanges
de n'importe quel autre bouddha, ayant constamment comme un refrain
à la bouche et comme une préoccupation en tête le
nom du bouddha Amida, tant et si bien que
chaque habitant du Japon semblait devenu disciple du moine Honen.
Au cours des cinquante dernières années, tous les habitants
du pays, à l'intérieur des quatre mers, sans aucune exception,
sont devenus des disciples de Honen. Et
comme chacun est devenu disciple de Honen,
cela signifie que chaque habitant du Japon est une personne qui s'oppose
au Dharma. Si, par exemple, mille enfants se réunissaient
pour tuer ensemble un seul de leurs parents, ces mille personnes commettraient
en même temps l'un des Cinq
forfaits. Et si l'une d'elles pour cela tombait dans l'enfer
avici, comment les autres pourraient-elles échapper au même
sort?
Finalement, il semblerait que Honen, par
esprit de vengeance pour avoir été condamné à
l'exil, se soit changé en un mauvais esprit qui s'empara des
gouvernants, posséda les moines du mont Hiei
et du Honjo-ji qui l'avaient auparavant
persécuté, lui et ses disciples; il poussa certains moines
à fomenter une rébellion, d'autres à commettre
diverses mauvaises actions. Cela eut pour résultat qu'ils furent
presque tous éliminés par Minamoto
no Yoritomo. Les quelques rares moines du mont Hiei
ou du To-ji qui ont survécu sont
considérés avec mépris par les croyants et les
croyantes laïques. Ils sont traités comme des singes dont
se moque la foule ou comme des barbares du nord prisonniers, devenus,
même pour les enfants, objet de risée.
Les moines de l'école Zen, profitant
de la situation, se prétendirent "gardiens des préceptes"(note)
et, trompant les gens, se donnèrent des airs si respectables
que, même quand leur folie les poussait à formuler des
principes absurdes, on ne comprit pas qu'ils exposaient des enseignements
erronés.
Cette école Zen prétend avoir
reçu une "transmission particulière en dehors des
sutras" [qui ne fut pas révélée par le Bouddha
dans les nombreux sutra qu'il exposa de son vivant] et que Shakyamuni
chuchota à l'oreille du vénérable Mahakashyapa.
Ainsi, les tenants de cette école disent que, étudier
les sutras sans connaître l'enseignement du Zen,
c'est être comme un chien qui veut mordre un coup de tonnerre
ou comme un singe essayant d'attraper le reflet de la lune dans l'eau.
Cet enseignement Zen est erroné.
Il séduit au Japon ceux que leurs pères et mères
ont reniés parce qu'ils ont manqué à leurs obligations
filiales, ceux qui ont été renvoyés par leur seigneur
ou leur maître en raison de leur mauvaise conduite, les jeunes
moines trop paresseux pour se concentrer sur leurs études ou
ceux dont la nature est nonchalante comme celle d'une courtisane. Bien
que tous ses adeptes observent en apparence les préceptes, ils
ne sont que des sauterelles dévorant les récoltes des
paysans. C'est pourquoi les divinités
du ciel froncent les sourcils de colère et celles de la Terre
trépignent.
L'école Shingon est une source de
difficultés beaucoup plus graves que les deux autres dont je
viens de parler. Sa doctrine est extrêmement erronée et
je voudrais en discuter ici les grandes lignes.
Sous le règne de l'empereur Xuan-zang,
de la dynastie Tang, Shan-wu-wei,
Jin-gang-zhi,
et Pukong ont apporté les sutras
Vairocana, Sutra
Kongocho et Soshitsuji
d'Inde et les ont introduits en Chine. Les enseignements de
ces trois sutras sont très clairement énoncés.
Si nous en recherchons le principe essentiel, nous voyons qu'il consiste
à réunir les Deux Véhicules
et à les remplacer par le Véhicule unique de l'état
de bodhisattva, à réfuter les Deux Véhicules pour
révéler le Véhicule unique de l'état de
bodhisattva. Et la caractéristique de cette école est
la pratique des mudra et des mantra
dharani.
Un tel principe ne peut même pas soutenir la comparaison avec
le remplacement des Trois Véhicules
par le Véhicule unique
de l'état de Bouddha, notion énoncée dans les sutras
Kegon et Hannya
et
n'est pas même aussi profond que l'enseignement
spécifique [bekkyo] et l'enseignement
parfait [engyo] qui précédèrent
le Sutra du Lotus comme l'a clarifié l'école
Tendai. Pour ce qui est de sa signification
essentielle un tel principe correspond tout au plus aux deux types d'enseignement
les moins élevés, les enseignements Tripitaka
[zokyo] et intermédiaire
[tsugyo].
Shan-wu-wei comprit sans
doute que s'il exposait, tels quels, les enseignements énoncés
dans ces sutras, il serait ridiculisé par les adeptes des écoles
Kegon et Hosso
et deviendrait la risée de l'école Tendai.
Mais, comme il avait pris la peine de les apporter d'Inde, il aurait
sans doute trouvé regrettable de ne pas les enseigner.
A cette époque, il y avait, dans l'école Tiantai,
un maître de méditation du nom de Yijing,
un homme sans droiture. Shan-wu-wei alla
le trouver et lui demanda des explications sur les principes bouddhiques
enseignés en Chine. L'acarya
Yijing,
se trompant sur ses véritables motifs, non seulement révéla
à Shan-wu-wei les principes de base
des écoles Sanron, Hosso
et Kegon, mais lui expliqua aussi ceux
de l'école Tiantai.
Shan-wu-wei comprit que l'enseignement
du Tiantai était
encore supérieur à la description qu'on lui en avait faite
en Inde et qu'il serait très difficile avec les trois sutras
qu'il avait apportés de le dépasser. Aussi, afin de tromper
Yi-tsing, il lui dit : "Mon bon moine,
vous êtes l'un des hommes les plus intelligents de Chine et l'école
Tiantai possède un enseignement
véritablement profond et mystique. Mais l'école Shingon
dont j'ai apporté les sutras en Chine est supérieure à
l'école Tiantai sur un point : elle
utilise les mudra et les mantra
dharani."
Yi-tsing pensa que ce n'était peut-être
pas impossible. Shan-wu-wei dit alors à
Yi-tsing : "De la même manière
que le Grand-maître Zhiyi
écrivit des commentaires
sur le Sutra du Lotus, j'aimerais concevoir des commentaires
sur le Sutra Vairocana pour propager l'enseignement de l'école
Shingon. Pourriez-vous les écrire
pour moi?" Yi-tsing répondit
que c'était chose facile.
Mais que devrait-il écrire? L'école Tiantai
était une forteresse imprenable, et, bien que toutes les autres
écoles bouddhiques aient tenté de réfuter sa doctrine,
aucune n'y était jamais parvenue pour une seule et bonne raison.
Parce que l'on trouve, dans le Sutra
Muryogi qui
sert d'introduction au Sutra du Lotus, une affirmation qui
rend caducs tous les sutras enseignés pendant les quarante et
quelques années précédentes [l'affirmation par
le Bouddha qu'il n'avait pas encore révélé la vérité].
Et, dans les chapitres Hosshi (réf)
(note)
et Jinriki (réf)
(note)
du Sutra du Lotus, le Bouddha déclara qu'aucun sutra
enseigné par la suite ne pourrait supplanter le Sutra du
Lotus. Dans le passage du chapitre Hosshi
(réf)
où le Sutra du Lotus est comparé à d'autres
sutras exposés à la même époque, la supériorité
du Sutra du Lotus est aussi établie. Yi-tsing
demanda donc à Shan-wu-wei dans
quelle catégorie il fallait placer le Sutra Vairocana
: dans celle des sutras enseignés avant le Sutra du Lotus,
à la même époque ou après?
Shan-wu-wei eut alors une idée extrêmement
rusée. "Le Sutra Vairocana, expliqua-t-il à
Yi-tsing, commence par un chapitre appelé
Jushin. De même que le Sutra
Muryogi réfute
tous les sutras enseignés pendant les quarante et quelques années
précédentes, ce chapitre Jushin
rend périmés tous les autres sutras. Les chapitres qui
suivent, du chapitre Nyumandara jusqu'à
la fin du Sutra Vairocana, ont été présentés
en Chine comme deux versions distinctes, le Sutra du Lotus
et le Sutra Vairocana, mais en réalité, en Inde,
ils constituaient un sutra unique. Le Bouddha Shakyamuni s'adressa à
Shariputra et à Maitreya,
leur enseigna le Sutra Vairocana en l'appelant Sutra du
Lotus et en omettant l'enseignement des mudra
et des mantra dharani, n'exposant
ainsi que la théorie. C'est l'ouvrage que Kumarajiva
traduisit en chinois et que le Grand-maître Zhiyi
utilisa. A la même époque, toutefois, le bouddha Vairocana
s'adressa à Kongosatta
et lui
enseigna le Sutra du Lotus sous le nom de Sutra Vairocana.
Il s'agit de l'ouvrage que l'on appelle maintenant Sutra Vairocana
et que j'ai eu souvent l'occasion de voir en Inde. J'aimerais donc vous
voir écrire que le Sutra Vairocana et le Sutra du
Lotus sont essentiellement de la même substance, comme de
l'eau et du lait. Par conséquent, le Sutra Vairocana
peut prétendre à la supériorité sur tous
les enseignements du passé, du présent et du futur, de
la même manière que le Sutra du Lotus.
"Quant aux mudra et mantra
dharani, on les utilise pour embellir le principe spirituel défini
par les termes ichinen sanzen,
ils deviennent un enseignement secret harmonisant les Trois
mystères. Et, parce qu'il inclut ce principe des Trois mystères,
l'enseignement du Shingon se révèle
supérieur à celui du Tiantai qui
ne mentionne que le Mystère de la pensée. Le Shingon
est comme un grand général portant casque et cuirasse,
un arc et des flèches et une grande épée au côté.
Alors que le Tiantai, avec seulement le
Mystère de la pensée [la théorie d'ichinen
sanzen], est comme un grand général sans aucune
arme."
L'acarya Yi-tsing
écrivit tout cela fidèlement, comme Shan-wu-wei
le lui avait dicté. L'enseignement
théorique du Sutra du Lotus fut adressé à
Shariputra et l'enseignement essentiel,
à Maitreya. Dans les 360 provinces
de Chine, personne ne découvrit ce subterfuge. Au début,
il y eut quelques polémiques sur les mérites relatifs
des écoles Tiantai et Shingon.
Mais Shan-wu-wei était une personne
qui inspirait un grand respect et les moines de l'école Tiantai
avaient moins de poids que lui. De plus, à cette époque,
il n'y avait pas de moine aussi sage que l'avait été le
Grand-maître Zhiyi. Ainsi, de jour
en jour, l'école Tiantai perdit
du terrain et la domination du Shingon
ne fut plus contestée.
Avec le passage des années, la racine frauduleuse de ces enseignements
erronés de l'école Shingon
aurait pu rester bien cachée. Le Grand-maître Saicho,
après s'être rendu du Japon en Chine, en revint avec les
textes de l'école Tiantai, mais
aussi avec ceux de l'école Shingon.
Il recommanda l'enseignement de l'école Tendai
à l'empereur du Japon et fit étudier celui de l'école
Shingon aux maîtres des Six Ecoles.
Il avait déjà clairement mis en évidence la supériorité
de l'enseignement du Tendai sur celui des
Six Ecoles avant son voyage en Chine. Après être rentré
de Chine, il décida de faire construire le sanctuaire pour l'ordination
selon les préceptes menant à l'Eveil
parfait et immédiat, mais cela suscita de nombreuses controverses.
Peut-être pensa-t-il qu'il avait déjà beaucoup d'ennemis,
et que la réalisation de ce Grand Sanctuaire serait suffisamment
difficile même s'il y consacrait tous ses efforts. Ou peut-être
a-t-il pensé que ce serait à l'époque des Derniers
jours du Dharma qu'il faudrait réfuter l'école Shingon.
Quoi qu'il en soit, il ne mentionna pas le Shingon
en présence de l'empereur et n'en parla pas non plus de manière
décisive à ses disciples. Toutefois il laissa bel et bien
un ouvrage secret en un volume intitulé Ebyo Shu (note)
dans lequel il décrit de quelle manière divers moines
des Sept Ecoles furent convaincus par l'enseignement du Tendai.
Dans la préface de ce texte, il mentionne le caractère
frauduleux des enseignements du Shingon.
Kukai se rendit en Chine pendant
l'ère Enryaku à la même
époque que le Grand-maître Saicho. (note)
Il y étudia l'enseignement de l'école Shingon
sous la direction de Huiguo du
temple Qing-long-si. De retour au Japon,
évaluant les mérites des enseignements exposés
par Shakyamuni de son vivant, il déclara que les plus élevés
étaient les enseignements de l'école Shingon,
plaçant le Sutra Kegon
au deuxième rang, et, au troisième, le Sutra du Lotus.
Nombreux sont ceux qui, de nos jours, éprouvent un très
grand respect pour ce Kukai. Mais, j'ai
quelque regret à le dire, concernant les enseignements bouddhiques,
il a commis beaucoup d'erreurs. Pourquoi? Je suppose que c'est parce
que, lorsqu'il séjourna en Chine, il étudia seulement
l'enseignement de l'école Shingon,
la pratique des mudra et des mantra
dharani. Mais il ne semble pas avoir étudié les aspects
théoriques de la doctrine. De retour au Japon, il découvrit
que l'école Tendai était
beaucoup plus florissante qu'il ne le pensait et en conclut qu'il serait
difficile de propager l'enseignement du Shingon
auquel il était attaché. Par conséquent, il reprit
l'enseignement de l'école Kegon
qu'il avait étudié au Japon avant son départ, et
il commença à affirmer [comme le Kegon
le disait de sa propre doctrine] que l'enseignement du Shingon
était supérieur à celui du Sutra du Lotus.
Mais il comprit que, s'il se contentait de l'affirmer, comme le faisaient
les maîtres de l'école Kegon,
personne ne le croirait. C'est pourquoi il modifia à sa manière
le raisonnement du Kegon (note) en disant: "Je propage en réalité la véritable
doctrine contenue dans le Sutra Vairocana, dans le Bodaishin
Ron du bodhisattva Nagarjuna et
dans l'enseignement du maître du Shingon
Shan-wu-wei", consolidant ainsi sa
position à grand renfort de mensonges absurdes. Mais, malgré
cela, les moines de l'école Tendai
n'ont pas su fermement le contredire.
Question : Dans des ouvrages
de Kukai tels que le Jujushin Ron,
le Hizo Hoyaku et le Ben Kemmitsu Nikyo Ron, on lit
des phrases comme : "Chaque école proclame que le véhicule
qu'elle propose est le véritable véhicule, mais, si on
examine cela du point de vue des doctrines ultérieures du Shingon,
il ne s'agit que de théories puériles."(note)
"Le Bouddha Shakyamuni est encore au stade de l'obscurité,
il n'est pas parvenu au stade de l'Eveil"(réf);
"les divers sutras du Mahayana exotérique correspondent
à la quatrième saveur,
celle du beurre"(note);
"les maîtres bouddhistes, en Chine, ont rivalisé pour
s'approprier la saveur du beurre clarifié du Shingon
et clamer qu'elle appartient à leur propre école."(note)
Comment devons-nous comprendre les affirmations contenues dans ces commentaires?
Réponse J'ai été
moi-même stupéfait en lisant ces commentaires et j'ai donc
fait des recherches dans tous les sutras, y compris dans les trois attribués
au bouddha Vairocana. Mais je ne trouve
pas un seul mot ou passage dans les sutras indiquant que le Sutra
du Lotus, comparé aux sutra Kegon
ou Vairocana est
un enseignement puéril; que, par rapport au Sutra
Rokuharamitsu, Zhiyi agit comme
un voleur, ou que le Sutra
Shugo décrit Shakyamuni "au stade de l'obscurité". (note) Ce sont là des affirmations totalement absurdes et pourtant,
depuis trois ou quatre cents ans, au Japon, un certain nombre de personnes
sensées les ayant acceptées, on en est maintenant venu
à penser qu'elles sont raisonnables et fondées. J'aimerais
souligner quelques erreurs de Kukai particulièrement
flagrantes afin que l'on comprenne qu'il en va de même pour le
reste.
Ce fut sous les dynasties de
Chen (557 - 589) et
Shui (581 - 618) que
le Grand-maître Zhiyi compara le
Sutra du Lotus au ghee.
Et deux siècles plus tard, vers le milieu de la dynastie des
Tang, le savant moine Prajna
traduisit et introduisit le Sutra
Rokuharamitsu en Chine. Il aurait fallu que le Sutra Rokuharamitsu
qui range l'enseignement des dharani
dans la cinquième catégorie, la plus élevée,
le comparant au beurre clarifié ait été déjà
transmis aux époques de Chen et
de Shui pour que le Grand-maître
Zhiyi puisse "voler le beurre clarifié
de l'enseignement Shingon".
Au Japon, le moine Tokuichi
offre un exemple similaire. Il critiqua sévèrement le
Grand-maître Zhiyi pour avoir rejeté
la classification des enseignements en Trois
Périodes énoncée dans le Sutra
Jimmitsu, en disant que Zhiyi
s'était servi d'une langue de trois pouces (sun)
pour détruire le corps [du Bouddha] de cinq pieds (shaku).
Le Grand-maître Saicho [à
son tour] rétorqua à Tokuichi
que le Sutra Jimmitsu avait été introduit en
Chine par Xuanzang dans les premières
décennies de la dynastie Tang. Et
que le Sutra Jimmitsu était donc arrivé en Chine
plusieurs années après la mort de Zhiyi
qui vécut sous les dynasties Chen
et Shui. Comment aurait-il pu réfuter
un sutra qui ne fut introduit en Chine qu'après sa mort? Tokuichi
fut non seulement réduit au silence mais sa langue se fendit
en huit morceaux, et il mourut.
Mais tout cela n'est rien comparé aux accusations malveillantes
formulées par Kukai. Il qualifie
de voleurs Fa-zang de l'école
Kegon, Jizang,
de l'école Sanron, Xuanzang de l'école
Hosso, Zhiyi,
aussi bien que les maîtres des écoles du Nord et du Sud
de la Chine, en fait, tous les lettrés et les maîtres qui
vécurent depuis l'introduction du bouddhisme en Chine, sous la
dynastie des Han
postérieurs.
De plus, comparer le Sutra du Lotus au beurre clarifié
n'est en rien une invention personnelle de Zhiyi.
Le Bouddha lui-même, dans le Sutra
du Nirvana, a comparé le Sutra du Lotus au
beurre clarifié et, par la suite, le bodhisattva Vasubandhu
compara de même le Sutra du Lotus et le Sutra
du Nirvana au beurre clarifié (réf).
Le bodhisattva Nagarjuna qualifie le Sutra
du Lotus de "remède merveilleux". (réf) Si tous ceux qui ont comparé le Sutra du Lotus au ghee
sont des voleurs, faut-il également traiter de voleurs les bouddhas
Shakyamuni, Taho, les bouddhas
des Dix Directions, Nagarjuna et Vasubandhu?
Si la vision des disciples de Kukai, comme
celle des moines Shingon du temple To-ji
est à ce point mauvaise qu'ils sont incapables, de leurs propres
yeux, de distinguer le blanc du noir, ils devraient faire confiance
aux yeux des autres et reconnaître les malheurs qu'entraînent
leurs propres erreurs! Et qu'ils nous montrent donc les passages du
Sutra Vairocana et du Sutra
Kongocho qualifiant
le Sutra du Lotus d'enseignement puéril! Même
si l'on trouvait dans ces sutras un passage se référant
au Sutra du Lotus en ces termes, il s'agirait très probablement
d'une erreur imputable aux traducteurs. De telles affirmations doivent
être examinées avec le plus grand soin avant d'être
reprises.
On rapporte que Confucius réfléchissait
neuf fois avant de prononcer un seul mot et que Dan,
le duc de Zhou,
s'y reprenait à trois fois pour se laver les cheveux et reposait
trois fois sur la table des aliments qu'il était sur le point
de porter à sa bouche (note).
Des sages décrits dans les enseignements non-bouddhiques, qui
étudient le monde profane et éphémère, procédaient
déjà ainsi, avec une extrême circonspection. Comment
des hommes sans scrupules peuvent-ils donc agir de manière aussi
négligente et superficielle dans des domaines concernant le Dharma?
Ces conceptions erronées de Kukai
furent transmises jusqu'à Shokaku-bo
le fondateur du temple Dembo-in, qui déclara
dans son Shariko Shiki [compilation
de discours prononcés au cours de cérémonies en
l'honneur des reliques du Bouddha] : "Le bouddha véritablement
honorable et digne de respect est celui du Mahayana
de la non-dualité. Le bouddha aux
trois corps d'âne ou de boeuf (note)
n'est même pas digne de tirer son chariot. L'enseignement véritablement
mystique et profond est celui du mandala
des Deux Mondes. Les maîtres
des quatre enseignements du véhicule exotérique ne sont
même pas dignes de porter les sandales de ceux qui enseignent
le mandala!"
Par "les maîtres des quatre enseignements du véhicule
exotérique", il désigne ceux qui enseignent les doctrines
des écoles Hosso, Sanron,
Kegon et du Sutra du Lotus.
Par "le bouddha aux trois corps d'âne ou de boeuf",
il désigne Shakyamuni, le bouddha qui a enseigné le Sutra
du Lotus, les sutras Kegon,
Hannya et
Sutra Jimmitsu.
Il prétend que ce bouddha et les moines de ces écoles
ne sont pas dignes d'être les palefreniers ou les porteurs de
sandales de maîtres du Shingon tels
que Kukai ou de Shokaku-bo
lui-même.
En Inde, vécut une personne connue sous le nom de brahmane
Grand-Arrogance. Il possédait une sagesse innée et
avait beaucoup lu. Il avait emmagasiné dans sa mémoire
les enseignements du bouddhisme ésotérique et exotérique
et maîtrisait les écrits bouddhiques aussi bien que non-bouddhiques.
Même le roi et ses ministres s'inclinaient devant lui, et tous
les gens du peuple le respectaient comme un guide et un maître.
Il alla jusqu'à se faire fabriquer une chaire sur laquelle il
s'asseyait pour enseigner, soutenue par quatre pieds sculptés
à l'effigie des quatre sages Maheshvara,
Vishnu, Narayana et l'Honoré du monde, ces sages les
plus respectés du monde. C'est comparable aux maîtres du
Shingon, à notre époque,
déployant leur mandala sur des tissus
ornés d'images de Shakyamuni et de divers autres bouddhas, pour
procéder à leurs cérémonies
d'onction [kancho], ou aux maîtres
de l'école Zen disant que leur école est le Grand enseignement
qui piétine le front du Bouddha (note).
A la même époque vivait un maître de doctrine, humble
moine du nom de Bhadraruchi qui déclara
qu'il fallait réfuter les erreurs du brahmane Grand-Arrogance,
mais ni le roi, ni les ministres, ni le peuple ne tinrent compte de
cette suggestion. Finalement le brahmane Grand-Arrogance demanda à
ses disciples et à ses bienfaiteurs de répandre à
son sujet quantité de fausses rumeurs et de calomnies, de maltraiter
et de battre Bhadraruchi. Mais Bhadraruchi,
sans craindre pour sa vie, continua à dénoncer ses erreurs,
jusqu'à ce que le roi, qui en était venu à détester
Bhadraruchi, organise un débat avec
le brahmane Grand-Arrogance. Mais contrairement aux prévisions
du roi ce fut Bhadraruchi qui l'emporta
sur le brahmane dans le débat.
Le roi leva les yeux au ciel, puis se jeta sur le sol, plein de remords,
et dit : "Nous avons eu la chance d'entendre tout cela de votre
bouche et de nous débarrasser de nos conceptions erronées.
Mais, puisque le roi qui m'a précédé [mon père]
s'est laissé totalement abuser par cet homme, il doit être
maintenant tombé dans l'enfer avici!"
Et il versa des larmes en serrant les genoux de Bhadraruchi.
Sur la suggestion de Bhadraruchi, le Brahmane
fut attaché sur le dos d'un âne, promené et exhibé
en disgrâce dans les cinq régions
de l'Inde. Mais la haine dans son coeur ne fit que grandir, au point
qu'il finit par tomber tout vif dans l'enfer avici.
En quoi était-il différent des faux maîtres des
écoles Shingon et Zen
de nos jours?
Le maître de méditation San-jie, en Chine, déclara
que le Sutra du Lotus, enseignement du Bouddha Shakyamuni,
était l'enseignement valable pour les deux premières étape
du bouddhisme, aux époques du Dharma correct et du Dharma formel.
Mais il affirma que, à l'époque des Derniers jours du
Dharma, il fallait adopter "l'enseignement universel" qu'il
avait lui-même énoncé. Selon lui, ceux qui pratiqueraient
le Sutra du Lotus aujourd'hui tomberaient immanquablement dans
le Grand enfer avici des Dix directions,
parce que cet enseignement ne correspondait ni à la nature ni
aux capacités des personnes vivant à l'époque des
Derniers jours du Dharma.
Il pratiquait génuflexions et pénitences à heures
fixes six fois par jour et observait quatre périodes de méditation
quotidiennes, se donnant des allures de bouddha vivant. Beaucoup de
gens le respectaient et il avait plus de dix mille disciples. Mais une
jeune fille eut le courage de réciter le Sutra du Lotus
et de réfuter sa doctrine. Cela eut pour effet de lui faire perdre
la voix sur-le-champ. Plus tard, il renaquit sous la forme d'un grand
serpent qui mangea ses bienfaiteurs, ses disciples, des fillettes et
des jeunes filles. Et maintenant Shan-dao
et Honen, avec leur pernicieux
principe "Pas une seule personne sur mille ne pourra être
sauvée par le Sutra du Lotus" ne sont pas moins
dans l'erreur que San-jie. Ces
trois grandes sources de troubles [les écoles Nembutsu,
Zen et Shingon]
existent déjà depuis de nombreuses années mais
il ne faut pas sous-estimer leur influence. Je pense, en les dénonçant
de cette manière, éviter à certains de croire en
leurs enseignements.
Il y a pourtant encore beaucoup plus pernicieux que ces trois enseignements,
un fait d'autant plus nuisible qu'il est infiniment plus difficile à
admettre. Bien que Ennin
fut le troisième successeur du Grand-maître Saicho,
tous au Japon, du souverain jusqu'au plus humble de ses sujets, en vinrent
à le considérer comme supérieur au Grand-maître
Saicho lui-même. Il étudia
de manière approfondie l'enseignement des écoles Shingon
et du Sutra du Lotus, et affirma dans ses écrits que
la doctrine du Shingon est supérieure
à celle du Sutra du Lotus. Cela conduisit les trois
mille moines des monastères du mont Hiei
et tous les maîtres du Japon à accepter son opinion en
la matière.
Les disciples de Kukai avaient pensé,
bien qu'il soit leur maître, que l'affirmation de Kukai
selon laquelle le Sutra du Lotusétait inférieur
au Sutra Kegon était
exagérée. Mais lorsqu'ils virent que Ennin
exprimait la même opinion dans ses commentaires, ils en vinrent
à prendre cette supériorité de l'enseignement de
l'école Shingon sur celui du Sutra
du Lotus pour une évidence.
Les temples du mont Hiei [centre de l'école
Tendai] n'auraient pas du avoir de pires
ennemis que ceux qui prétendent, comme on le fait communément
au Japon, que l'enseignement du Shingon
est supérieur à celui du Sutra du Lotus. Mais
parce que Ennin
mit un bâillon sur la bouche des trois mille moines [du mont Hiei,
leur interdisant ainsi de parler], tout se passa comme les maîtres
du Shingon le souhaitaient. En fait, le
To-ji [principal temple Shingon
dans la région de Kyoto] n'eut pas
de meilleur allié que Ennin. Ce
n'est pas le seul exemple de ce genre. Les école Jodo
et Zen pouvaient prospérer dans
d'autres pays mais, au Japon, il leur aurait été impossible
de se développer, même en d'innombrables kalpa, sans l'acceptation
du temple Enryaku-ji [du mont Hiei].
Mais un moine considéré comme le plus respectable du mont
Hiei, Annen,
établit, dans son ouvrage intitulé Kyojijo Ron,
une classification des neuf écoles donnant la première
place au Shingon, la deuxième au
Zen, la troisième à l'école
Tendai-Hokke, la quatrième au Kegon,
etc. A cause de cette redoutable erreur d'interprétation, l'école
Zen parvint à répandre ses
enseignements à travers tout le Japon et le pays est au bord
de la ruine. Et Honen parvint à
propager l'enseignement du Nembutsu, qui
fait également peser sur le pays la menace de la destruction,
grâce aux opinions exprimées par Genshin
dans sa préface du Ojo Yoshu. Le Bouddha parle "des
parasites qui, à l'intérieur de son propre corps, dévorent
la chair du lion". Comme il a raison !
Le Grand-maître Saicho étudia
les enseignements Tendai et Shingon
pendant quinze ans au Japon, par lui-même. Il possédait
de manière innée des capacités de compréhension
merveilleuses, et, sans l'aide d'un maître, s'éveilla à
la vérité. Mais, pour dissiper les doutes des autres,
il se rendit en Chine où il reçut l'enseignement des écoles
Tiantai et Shingon.
Les maîtres, en Chine, avaient à cet égard diverses
opinions mais, dans son coeur, Saicho
était certain que
l'enseignement du Sutra du Lotus était supérieur
au Shingon. C'est pourquoi il n'utilisa
jamais le terme "école" pour se référer
au Shingon, parlant seulement des "pratiques
shikan et "paroles véritables"
de l'école Tendai".
Il décida que, chaque année, seraient ordonnés
deux novices qui devraient étudier pendant douze ans au mont
Hiei. De plus, il obtint que fut promulgué
un édit impérial désignant le Sutra du Lotus,
le Sutra Konkomyo
et le Sutra Ninno comme
les trois sutras destinés à assurer la protection et la
prospérité du pays, et décrétant qu'ils
devaient être lus et récités au Shikan-in.
Cet édit poursuivait en les comparant aux trois trésors
de la maison impériale, de toute éternité les trésors
les plus précieux du Japon, les bijoux sacrés, le sabre
sacré et le miroir sacré. Après la mort de Saicho,
le premier patriarche de l'école Tendai
au mont Hiei, Gishin,
et le deuxième patriarche, Encho,
prolongèrent cet enseignement sans le dénaturer.
Le troisième successeur, Ennin,
se rendit lui aussi en Chine et passa dix ans à étudier
les mérites relatifs des enseignements exotériques et
ésotériques sous la direction de huit
maîtres éminents. Il étudia aussi avec des maîtres
de l'école Tendai comme Guanxiu.
Saicho incorpora à la fois des pratiques
shikan
et shingon
en considérant la pratique Shingon
comme une pratique parmi d'autres, dans l'ensemble des pratiques de
l'école Tendai et Wei-Juan.
Mais, dans son coeur, il croyait le Shingon
supérieur au Tendai. Il estimait
que le Grand-maître Saicho n'avait
pas étudié le sujet à fond, n'était pas
resté suffisamment longtemps en Chine et n'avait pris connaissance
que superficiellement de l'enseignement Shingon.
De retour au Japon, Ennin fit construire
le Soji-in, au mont Hiei,
dans la région Todo, une
grande salle de pratique, à l'ouest du Shikan-in,
dans laquelle il fit enchâsser comme objet de culte une image
du bouddha Vairocana du Monde
de diamant. Devant cette image, en s'inspirant des commentaires
de Shan-wu-wei sur le Sutra Vairocana,
il écrivit sept volumes de commentaire sur le sutra Sutra
Kongocho, et sept volumes de commentaires sur le Soshitsuji,
soit au total quatorze volumes.
L'essentiel de ces commentaires est le suivant : "Il y a deux sortes
d'enseignements. L'un est l'enseignement exotérique, c'est-à-dire
l'enseignement des Trois Véhicules. Là, l'enseignement
profane et l'enseignement bouddhique ne coïncident pas. L'autre
est l'enseignement ésotérique. C'est l'enseignement du
Véhicule unique, ainsi appelé parce que l'enseignement
profane et l'enseignement bouddhique fusionnent et n'en font plus qu'un
seul. L'enseignement ésotérique, à son tour, se
divise en deux catégories. La première est celle de l'enseignement
théorique, qui comprend les sutras
Kegon, Hannya,
Vimalakirti,
du le Sutra du Lotus et du Nirvana.
Bien qu'ils enseignent l'inséparabilité des vérités
profanes et de la vérité suprême du bouddhisme,
ils n'enseignent pas les mudra et les mantra
dharani. La deuxième catégorie est celle de l'enseignement
ésotérique à la fois la pratique et théorique.
Ce sont les principes que l'on trouve dans les sutras Vairocana,
Sutra Kongocho et Soshitsuji.
Ils enseignent la non-dualité des vérités profanes
et bouddhiques ainsi que les mantra
dharani et les mudra."
Ce passage signifie essentiellement que, pour ce qui est de la supériorité
relative du Sutra du Lotus, les trois sutras du Shingon
mentionnés plus haut sont théoriquement en accord, puisqu'elle
réside dans le principe d'ichinen
sanzen. Mais la pratique des mudra
et des mantra-dharani n'est pas exposée
dans le Sutra du Lotus. C'est pourquoi le Sutra du Lotus
représente l'enseignement ésotérique théorique,
alors que les trois sutras du Shingon représentent
l'enseignement ésotérique à la fois théorique
et pratique. Ces deux enseignements sont donc aussi différents
que le ciel de la terre ou que les nuages de la boue. De plus, Ennin
soutient qu'il ne s'agit pas là de son point de vue personnel
mais que c'est la thèse centrale avancée par l'éminent
Shan-wu-wei dans ses commentaires sur le
Sutra Vairocana.
Peut-être sentait-il que la supériorité de l'une
des deux écoles sur l'autre [Tendai
ou Shingon] n'était pas fermement
établie, ou peut-être espérait-il dissiper les doutes
des autres. Toujours est-il que dans la biographie de
Ennin, on lit : "Lorsque le Grand-maître eut fini
d'écrire ses commentaires sur les deux sutra [et ainsi accompli
son but], il se demanda si ces deux ouvrages correspondaient bien à
la volonté du Bouddha. Car, dans le cas contraire, il sentait
bien qu'il ne fallait pas les propager largement dans le monde. C'est
pourquoi il plaça ses commentaires devant une statue du Bouddha
et décida de passer sept jours et sept nuits à prier avec
sincérité pour s'assurer du bien-fondé de son entreprise.
Au crépuscule du cinquième jour, il rêva qu'il était
midi et que le soleil brillait dans le ciel. Levant la tête, il
prit son arc et décocha une flèche au soleil. La flèche
se planta dans le soleil qui se mit alors à tomber. En se réveillant
de ce rêve, il eut la certitude que ses ouvrages correspondaient
à la volonté profonde du Bouddha. Il décida de
transmettre ses commentaires à la postérité."
Au Japon, Ennin étudia en profondeur
l'enseignement de Saicho et celui de Kukai,
puis, sous la direction des huit
maîtres éminents y compris celle du savant maître
Pao-yue, d'Inde du Sud, il passa dix ans
en Chine à étudier les enseignements les plus secrets
et les plus profonds. Après quoi, il termina ses commentaires
sur les deux sutra. De plus, ayant prié devant une image de Bouddha,
il se réveilla d'un rêve dans lequel il avait vu la flèche
de la sagesse atteindre le soleil de la Voie
du milieu. Sa joie fut si grande qu'il demanda à l'empereur
Nimmyo de promulguer un décret faisant
officiellement du mont Hiei un centre de
pratique Shingon.
Bien qu'il fut le grand patriarche de l'école Tendai,
il devint pratiquement un patriarche Shingon,
déclarant que les trois sutras du Shingon
étaient les sutras capables d'assurer la protection et la prospérité
du pays. Il formula ces principes il y a maintenant plus de quatre cents
ans. Les moines éminents qui les ont acceptés sont aussi
nombreux que les tiges de riz et de chanvre et les croyants laïques
qui y adhèrent avec ferveur sont aussi nombreux que les tiges
de bambous et de roseaux.
Par conséquent, de tous les temples et sanctuaires construits
par l'empereur Kammu et par le Grand-maître
Saicho au Japon, il n'en est plus un seul
qui ne propage la doctrine Shingon. Les
aristocrates comme les samouraïs invitent les maîtres du Shingon
à conduire leurs cérémonies, les considèrent
comme des maîtres, leur confèrent des fonctions et leur
confient des temples. Et, pour procéder à la cérémonie
de consécration des statues ou images du Bouddha, les huit
écoles ont toutes recours aux mudra
et mantra-dharani se référant
au bouddha Vairocana!
Question : Ceux qui pensent
que le Sutra du Lotus est supérieur aux sutra du Shingon
devraient-ils se servir de ces commentaires de Ennin
ou les rejeter?
Réponse : Le Bouddha
Shakyamuni a énoncé une règle valable pour l'avenir
en disant : "Il faut suivre le Dharma et non la personne."(réf)
Le bodhisattva Nagarjuna a dit: "Fiez-vous
aux commentaires qui s'appuient sur les sutras mais pas sur ceux qui
les dénaturent."(réf)
Le Grand-maître Zhiyi a dit : "Ce
qui est en accord avec les sutras, il faut le croire et le mettre en
pratique, mais n'accordez aucune foi à ce qui n'offre ni preuve
littérale ni preuve théorique."(réf)
Le Grand-maître Saicho a dit : "Il
faut s'appuyer sur les enseignements du Bouddha et ne pas prêter
foi aux traditions transmises de manière orale."(réf)
Si l'on croit justes des affirmations de ce genre, que l'on trouve dans
les sutras, les traités et les commentaires, on ne peut pas considérer
des rêves comme une base solide pour évaluer les enseignements
bouddhiques. Bien plus déterminante est l'étude attentive
des sutras qui expliquent les mérites relatifs du Sutra du
Lotus et du Sutra Vairocana.
Quant à l'affirmation que, sans mudra
ni mantra-dharani, il est impossible de
consacrer une statue ou une image du Bouddha, elle est absurde et puérile.
Avant l'apparition de l'école Shingon,
n'y avait-il donc pas de consécration des statues ou des images
du Bouddha? Avant l'apparition du Shingon
on rapporte que, en Inde, en Chine et au Japon, des statues ou des peintures
du Bouddha ont marché, enseigné le Dharma ou parlé
à haute voix. (note) C'est depuis que l'on a commencé à utiliser mudra
et mantra-dharani pour consacrer les images
du Bouddha que ces cérémonies ont perdu tout pouvoir bénéfique!
C'est une chose que l'on entend souvent dire aujourd'hui. Pour démontrer
la fausseté des affirmations de Ennin,
Nichiren n'a pas besoin de chercher de preuves ailleurs. Il suffit de
lire les commentaires de Ennin lui-même
pour comprendre ce qu'il en est.
Question : Comment cela?
Réponse En réalisant
que l'erreur de Ennin découle de
l'interprétation qu'il donne de son rêve. Il fit ce rêve
après avoir établi, dans ses commentaires, que l'enseignement
du Shingon était supérieur
à celui du Sutra du Lotus. Si ce rêve avait été
un rêve de bon augure, comme Ennin lui-même
le prétendit, nous pourrions en conclure que l'enseignement du
Shingon est effectivement supérieur.
Mais le rêve de transpercer d'une flèche le soleil est-il
donc un rêve de bon augure? Où pouvons-nous trouver, dans
les cinq mille ou sept mille volumes d'écrits bouddhiques ou
dans les plus de trois mille volumes d'écrits non-bouddhiques,
la moindre indication que le rêve de planter une flèche
dans le coeur du soleil est un rêve de bon augure?
Examinons plutôt ce que disent les textes à ce sujet. Le
roi Ajatashatru fit un rêve
dans lequel il voyait la lune tomber du ciel."(réf)
Quand il en demanda la signification à son ministre Jivaka,
celui-ci lui répondit que c'était un signe de la disparition
du Bouddha. Et quand Subhadra
rêva que le soleil tombait du ciel, il se dit que cela annonçait
la disparition du Bouddha. Quand les démons ashura
luttèrent contre le dieu Taishaku,
ils commencèrent par décocher des flèches au soleil
et à la lune. (réf)
Les mauvais souverains de la dynastie
Xia (-2205 à -1767) et Zhou (vers -1046 à -256)
puis de la dynastie Yin [dans la Chine ancienne],
avaient, dit-on, pour coutume de lancer des flèches au soleil
et tous deux se détruisirent eux-mêmes en même temps
que leur dynastie.
La reine Maya rêva qu'elle était
enceinte du soleil et donna ensuite naissance au prince Siddharta.
C'est pourquoi on donna au Bouddha dans son enfance le nom de Graine
de Soleil. Le Japon [Nihon, source du soleil]
est appelé ainsi parce qu'il est le pays de Tensho
Daijin [Amaterasu omi kami], la déesse
du soleil. Si l'on en croit ces exemples, le rêve de Ennin
signifie qu'il se servit de ses deux commentaires comme de flèches
dirigées contre Tensho Daijin, contre
le Grand-maître Saicho, contre le
Bouddha Shakyamuni et contre le Sutra du Lotus. Moi, Nichiren,
je suis peut-être un ignorant qui ne connais rien aux sutra ni
aux traités. Mais j'affirme, sans la moindre hésitation,
que tous ceux qui s'appuient sur ce rêve pour conclure que l'enseignement
du Shingon est supérieur à
celui du Sutra du Lotus détruiront le pays et perdront
leur famille dans cette vie, et après leur mort, tomberont dans
l'enfer avici.
Une preuve évidente peut en être donnée. Si les
forces japonaises et mongoles s'étaient livré bataille,
si les prières des maîtres du Shingon
avaient prouvé leur efficacité, et si le Japon avait remporté
la victoire grâce à elles, on pourrait alors dire que le
Shingon est précieux. Mais au moment
du soulèvement de Jokyu,
bien qu'un nombre considérable de moines aient prié pour
la victoire des forces impériales et proféré des
malédictions à l'encontre des forces du shogunat de Kamakura,
c'est le chef de ces dernières, Gon
no Tayu, qui fut vainqueur. Cela valut à l'empereur retiré
Gotoba d'être exilé
sur l'île d'Oki et à ses fils
d'être bannis sur l'île de Sado
et dans une autre province. Tel fut l'effet des prières Shingon
pour la victoire. En fin de compte, elles eurent le même effet
que les glapissements du renard yakkan
qui permettent de le découvrir, et les malédictions, exactement
comme il est dit dans le Sutra du Lotus à propos de
ceux qui attaquent les pratiquants de ce sutra, "se sont retournées
contre ceux qui les ont prononcées."(réf) Les trois mille moines du mont Hiei furent
également attaqués par le shogunat
de Kamakura et contraints de se soumettre.
Aujourd'hui, le shogunat de Kamakura est
au sommet de sa prospérité. Les moines Shingon
du To-ji, ceux du mont Hiei,
du Honjo-ji et des sept temples principaux
de Nara, ainsi que les moines de l'école
Hokke qui ont oublié les
principes de leur propre école et s'opposent au Dharma, tous
s'en vont vers l'est, dans la région de Kanto (note),
où ils inclinent la tête, plient les genoux et s'efforcent
de diverses manières de gagner les faveurs des samuraïs.
En retour, ils obtiennent des positions de supérieur ou d'administrateur des divers temples et monastères de montagne. Et ils continuent
à prier pour la paix du pays avec le même enseignement
maléfique qui a détruit l'autorité de l'empereur!
Le shogun et sa famille, ainsi
que les samuraïs qui sont à leur service, croient-ils que,
grâce à de telles prières, le pays restera en paix?
En fait, tant qu'ils utiliseront les services de moines qui provoquent
de graves désastres en ignorant l'enseignement du Sutra du
Lotus, le pays courra immanquablement à sa perte.
Quand je pense à la désolation qu'entraînerait la
destruction du pays, et aux tragiques pertes en vies humaines, je suis
prêt à risquer ma propre vie pour réfuter ces conceptions
néfastes. Si les gouvernants qui ont la responsabilité
du pays se préoccupaient de sa sécurité, ils devraient
s'interroger sur le cours pris par les événements et s'efforcer
de discerner la vérité. Mais au lieu de cela, ils se bornent
à écouter des calomnies
à mon égard et à me manifester, de diverses manières,
leur hostilité.
Par le passé, ceux qui s'opposaient
au Dharma encouraient la désapprobation de Bonten,
de Taishaku, des divinités
du Soleil et de la Lune,
des Quatre Rois du ciel et des divinités
de la Terre qui ont fait serment de protéger les pratiquants
du Sutra du Lotus. Toutefois, parce que personne ne les dénonçait
publiquement, ils étaient pardonnés, comme des enfants
uniques dont les parents tolèrent la mauvaise conduite, tantôt
faisant semblant de ne pas voir, tantôt se contentant de leur
adresser de légers reproches. Mais, puisque je suis là,
maintenant, pour faire connaître la vérité, je suis
stupéfait que les autorités continuent à écouter
ceux qui s'opposent au Dharma. Et pourtant, elles le font. Pire encore,
elles vont jusqu'à persécuter la seule personne qui s'efforce
de les éclairer et de les protéger de l'erreur. Et cela
ne dure pas depuis seulement un jour ou deux, un mois ou deux, un an
ou deux, mais depuis plusieurs années. Mes difficultés
sont plus graves encore que les coups de canne et de bâton infligés
au bodhisattva Fukyo, et elles
dépassent en violence les attaques meurtrières à
l'encontre du moine Kakutoku.
Pendant ce temps, les deux grandes divinités Bonten
et Taishaku, les divinités du Soleil
et de la Lune, les Quatre Rois du Ciel, les divinités des étoiles et
celles de la Terre ont manifesté leur colère de diverses
manières et, à plusieurs reprises, ont envoyé des
avertissements. Mais, comme l'hostilité à mon encontre
n'a fait que grandir, le ciel, dans sa sagesse, a demandé aux
sages d'un pays voisin de renforcer la punition (note)
et a provoqué l'invasion du pays par de grands esprits maléfiques
qui égarent l'esprit du peuple et le poussent à se rebeller
contre ses propres gouvernants (note).
Il est logique de penser que plus un présage est grand, qu'il
soit de bon ou de mauvais augure, plus importants seront les événements
qui le suivront.
Récemment nous avons vu apparaître la plus grande comète
jamais aperçue dans les plus de deux mille deux cents trente
ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, et nous
avons subi des tremblements de terre d'une amplitude encore sans précédent.
En Chine et au Japon, sont apparus par le passé des hommes dotés
d'une sagesse et de capacités exceptionnelles. Mais, en défendant
le Sutra du Lotus, aucun d'eux n'a suscité plus que
moi l'apparition des Grands Ennemis
dans son pays. Devant cette évidence, chacun devrait comprendre
que Nichiren est le plus grand sage du monde entier.
Au cours de plus de sept cents ans écoulés depuis l'introduction
du bouddhisme au Japon, cinq mille ou sept mille volumes de sutra ont
été lus, et l'enseignement de huit
ou dix écoles a été
professé. Les personnes de sagesse ont été aussi
nombreuses que les tiges de riz et de chanvre et ceux qui ont propagé
l'enseignement à l'étranger sont aussi innombrables que
les tiges de bambous et de roseaux. Et pourtant, parmi tous les bouddhas,
il n'en est pas un seul qui soit plus respecté ou dont le nom
soit plus souvent invoqué que le bouddha Amida.
Cette pratique du Nembutsu fut
propagée par Genshin
dans son ouvrage le Ojo Yoshu,
après quoi un tiers de la population du Japon se mit à
pratiquer le Nembutsu. Quand Yokkan
écrivit le Ojo Juin[Dix Raisons d'accéder à la Terre pure] et
le Ojoko Shiki, les deux tiers
de la population de ce pays sont devenus des pratiquants du Nembutsu.
Et quand Honen écrivit le Senchaku
Shu, tous les Japonais sans exception sont devenus adeptes
du Nembutsu. Ainsi, ceux qui récitent
le nom du bouddha Amida aujourd'hui ne
sont aucunement les disciples d'une seule personne.
Ce que l'on appelle Nembutsu est une récitation
du Titre basée sur les sutras Muryoju,
Kammuryoju
et Amida qui sont des sutras
du Mahayana provisoire. Si le daimoku des
sutras du Mahayana provisoire est largement répandu et propagé
de tous côtés, c'est sans doute un prélude à
la propagation du Titre du Sutra
du Mahayana définitif, n'est-ce pas? Ceux qui ont l'esprit de
recherche devraient réfléchir avec soin à cela.
Si les sutras provisoires sont largement propagés, le Sutra
définitif le sera aussi nécessairement. Si la récitation
du Titre des sutras provisoires se propage de tous côtés,
le daimoku du Sutra définitif se répandra aussi
de tous côtés.
En plus de sept cents ans, depuis le règne de l'empereur
Kimmei jusqu'à celui de l'actuel
empereur [Go-uda],
on n'a jamais entendu chose pareille: un sage disant qu'il faut réciter
Namu Myoho Renge Kyo, incitant les autres à le réciter
et le récitant lui-même.
Lorsque le soleil se lève, les étoiles disparaissent.
Quand un roi sage apparaît, les rois insensés périssent.
Quand le Sutra définitif sera répandu, les sutras
provisoires perdront toute validité. Si un sage récite
Namu Myoho Renge Kyo, ceux qui ignoraient cette pratique feront de même
comme l'ombre suit le corps ou comme l'écho suit la voix.
Il ne fait aucun doute que moi, Nichiren, je suis le plus grand pratiquant
du Sutra du Lotus au Japon. Sur ce point, on peut pressentir
que, même en Inde et en Chine, dans le monde entier, personne
ne peut m'égaler.
Question : Quelles ont
été les causes du grand tremblement de terre de l'ère
Shoka et de l'apparition de la grande comète
à l'ère Bun'ei?
Réponse : Dans
les textes du Tendai il est dit : "Les
sages peuvent lire les présages et savoir ce qu'ils annoncent
comme les serpents connaissent les moeurs des serpents."(réf)
Question : Quel est le
sens de ce passage?
Réponse : Quand
le bodhisattva Jogyo sortit de
Terre, d'autres bodhisattvas comme Maitreya,
Manjushri, Kanzeon
et Yakuo, bien que libérés
des premiers quarante et unième et quarante-deuxième niveaux
d'ignorance, n'avaient pas totalement éliminé le niveau
le plus profond, celui de l'obscurité
fondamentale. Par conséquent on pourrait les qualifier d'ignorants
qui ne comprirent pas que le bodhisattva Jogyo
était apparu pour propager largement Namu
Myoho Renge Kyo, principe caché entre les lignes du chapitre
Juryo (réf),
à l'époque des Derniers jours du Dharma.
Question : Y a-t-il quelqu'un,
au Japon, en Chine ou en Inde, qui comprenne cela?
Réponse : Même
les grands bodhisattvas qui ont éliminé les illusions
de la pensée et du désir et qui se sont libérés
des quarante et un et quarante-deux premiers niveaux d'ignorance n'ont
pas pu le comprendre. Comment, alors, de simples mortels, n'ayant pas
éliminé la plus petite illusion, le pourraient-ils?
Question : Mais s'il
n'est pas un seul sage qui comprenne l'origine de ces calamités,
comment faire pour y remédier? Si l'on ne connaît pas la
cause d'une maladie et que l'on tente quand même de soigner le
malade, le traitement échouera et il mourra très certainement.
Si l'on a recours à des prières en ignorant la cause essentielle
de ces désastres, peut-on douter encore de l'inévitable
destruction du pays? Quelle horrible perspective, véritablement!
Réponse : On dit
que les serpents prévoient les grandes pluies sept jours à
l'avance et que les corbeaux savent quels événements heureux
ou malheureux se produiront dans l'année. Cela doit être
parce que les serpents sont au service des grands dragons qui font tomber
la pluie et que les corbeaux ont longuement acquis un savoir. Moi, Nichiren,
ne suis qu'un homme ordinaire et je ne peux donc pas connaître
la cause de ces désastres. Néanmoins, je crois pouvoir
vous donner quelques éclaircissements à ce sujet.
Sous le règne du roi Ping, de la
dynastie Zhou, en voyant des hommes
aller nus avec leurs cheveux longs dénoués, un officiel
de la cour du nom de Xin-Yu fit une prédiction
: "Dans les cent ans qui viennent, cette dynastie disparaîtra."
Sous le règne du roi Yu de la dynastie
des Zhou, des montagnes s'effondrèrent,
des rivières débordèrent et la terre trembla. Voyant
cela un courtisan du nom de Po Yang prédit
: "Dans douze ans, notre grand roi sera confronté à
une catastrophe."
Le grand tremblement de terre et l'apparition de l'énorme comète
à notre époque sont des calamités provoquées
par la colère du ciel, parce que le souverain du pays hait Nichiren
et s'allie avec les moines du Zen, du Nembutsu
et du Shingon qui prêchent des doctrines
menant le pays à sa destruction.
Question : Comment pouvons-nous
croire une chose pareille?
Réponse : Il est
dit dans le Sutra Saishoo : "Parce que des personnes mauvaises
sont respectées, et des personnes de bien injustement punies,
les étoiles et les constellations, le vent et la pluie n'obéissent
plus aux normes saisonnières."
Si ce passage de sutra dit vrai, il ne fait aucun doute qu'il y a dans
ce pays des personnes mauvaises et que le roi et ses ministres leur
accordent leur confiance. Et, il est non moins certain qu'il y a un
sage qu'ils haïssent et traitent comme un ennemi.
Dans le même sutra, il est dit aussi : "Les divinités
des Trente-trois cieux, Indra et
ses serviteurs se mettent en colère et des corps célestes
non identifiables tombent du ciel, deux soleils apparaissent en même
temps, des pillards viennent de l'étranger et la population du
pays connaît les désordres et la mort."
Il y a déjà eu, dans ce pays, des phénomènes
étranges dans le ciel et sur la terre, et les habitants d'un
pays étranger sont venus nous attaquer. Ainsi, il ne fait aucun
doute que les Trente-trois divinités
célestes sont en colère.
Il est dit dans le Sutra Ninno
: "De mauvais moines, recherchant gloire et profit, se présentent
souvent devant le roi, le prince héritier et les autres princes
et prennent l'initiative d'exposer des enseignements qui conduisent
à l'offense au Dharma bouddhique et à la ruine du pays.
Le roi, incapable de distinguer le vrai du faux, écoute ces doctrines
et a foi en elles."
Le même ouvrage fait allusion à une époque où
"le soleil et la lune sortent de leurs orbites habituelles ; les
saisons s'inversent; un soleil rouge et un soleil noir apparaissent;
deux, trois, quatre ou cinq soleils apparaissent en même temps;
le soleil s'éclipse ou n'émet plus de lumière;
une, deux, trois, quatre ou cinq couronnes apparaissent autour du soleil".
Ces passages indiquent que lorsque de mauvais moines emplissent le pays,
trompent le roi, le prince héritier et les autres princes en
exposant des enseignements qui conduisent à la destruction du
Dharma bouddhique et du pays, si le roi et les autres hauts personnages
se laissent abuser et en viennent à croire que ces enseignements
ont effectivement le pouvoir de faire prospérer le Dharma bouddhique
et leur pays, les écoutent et les mettent en pratique, le soleil
et la lune seront affectés par des phénomènes étranges,
il y aura de grands vents, des pluies violentes et de graves incendies;
ensuite viendront les désordres de l'intérieur, les conflits
au sein d'un même clan, et des révoltes armées.
Le roi et ses ministres perdront de nombreux partisans et alliés,
puis des envahisseurs étrangers viendront les attaquer, jusqu'à
ce qu'ils soient acculés au suicide, capturés vivants,
ou contraints de se rendre. Tout cela se produit uniquement parce qu'ils
suivent des doctrines qui conduisent à la destruction du Dharma
bouddhique et à la ruine du pays.
Il est dit dans le Sutra Shugo:
"Le Dharma enseigné par le Bouddha Shakyamuni ne peut pas
être détruit par les démons du ciel ou par les non-bouddhistes,
ni par les malfaiteurs ou les ascètes ayant acquis les cinq
pouvoirs surnaturels. Pourtant il peut être radicalement détruit
par de mauvais moines, n'ayant de moine que le nom et l'apparence, au
point qu'il n'en restera plus rien. Même si l'on ramassait la
totalité des plantes et des arbres de tout un Système
de mondes majeur, pour en faire du combustible, et si on les brûlait
interminablement, on ne pourrait pas détruire, si peu que ce
soit, le mont Sumeru. Mais quand
le grand incendie qui marque la fin d'un kalpa se produit, le feu surgit de l'intérieur de la montagne même
et elle se trouve en un instant détruite par les flammes, et
totalement réduite en cendres."
Dans le Sutra Rengemen,
on lit : "Le Bouddha dit à Ananda : " C'est comparable au lion lorsqu'il est mort. Aucun animal vivant
dans l'air, sous terre, dans l'eau, ou sur la terre n'osera manger le
cadavre d'un lion. Seuls les parasites nés dans les entrailles
mêmes du lion se nourriront de sa chair. Ananda,
il en va de même pour le Dharma du Bouddha. Elle ne peut pas être
détruite de l'extérieur. Mais les mauvais moines qui se
trouvent dans le corps de mon Dharma - ce sont eux qui détruiront
ce Dharma que le Bouddha n'a pu établir qu'au terme de trois
grands asogi kalpa."
Que signifient ces passages de Sutra? Par le passé le bouddha
Kasho décrivit au roi Kiriki l'époque des Derniers jours du Dharma du Bouddha Shakyamuni et
révéla quelle sorte de gens détruiraient l'enseignement
de Shakyamuni. Des personnes malfaisantes apparaîtraient, comme
le roi Mihirakula qui incendia
tous les temples et monastères des cinq régions de l'Inde
et fit assassiner tous les moines et les nonnes des seize principaux
royaumes, ou l'empereur Wu-zong qui détruisit plus de 4600 temples et pagodes dans les neuf provinces
de Chine, et contraignit 260.500 moines et nonnes à revenir à
la vie séculière. Mais de telles personnes ne peuvent
pas faire disparaître le Dharma enseigné par le Bouddha
Shakyamuni. Ce sont les moines eux-mêmes, qui possèdent
la triple robe et portent à
leur cou le simple bol, qui mémorisent les quatre-vingt mille
enseignements et récitent à haute voix les douze catégories
de sutra - voilà ceux qui détruiront le Dharma du Bouddha.
C'est comparable au mont Sumeru, la montagne
dorée. Même en accumulant toutes les herbes et tout le
bois contenus dans tout un Système de mondes majeur et en les
empilant jusqu'au ciel des Quatre Rois
célestes, et jusqu'aux autres cieux du Monde
du désir, même en les brûlant pendant un an,
deux ans, ou des dizaines de milliards d'années, il serait impossible
de le détruire si peu que ce soit. Mais quand vient le temps
de l'incendie qui marque la fin d'un kalpa,
une flamme s'allume au pied même du mont Sumeru,
pas plus grande qu'une fève, qui détruit non seulement
le mont Sumeru mais l'ensemble d'un Système
de mondes majeur.
Si les prédictions du Bouddha doivent se vérifier, il
semblerait alors que ce seront les moines des dix
ou des huit écoles bouddhiques
qui réduiront en cendres le mont Sumeru du bouddhisme. Dans le coeur des moines des écoles du Hinayana, Kusha, Jojitsu
et Ritsu s'allumera la flamme de
la jalousie à l'encontre des moines du Mahayana. Et des moines
tels que Shan-wu-wei, de l'école
Shingon, San-jie, de l'école Zen et Shan-dao de l'école Jodo sont des moines
parasites nés dans ce corps de lion qu'est l'enseignement du
Bouddha.
Dans ses écrits, le Grand-maître Saicho appelle les grands maîtres des écoles Sanron,
Hosso et Kegon au Japon "les six parasites."(réf) Moi, Nichiren, j'appellerais volontiers les fondateurs des écoles Shingon, Zen
et Jodo "les trois parasites"
et Ennin, Annen
et Genshin,
de l'école Tendai, "les trois
parasites" ayant rongé le corps de lion du Sutra du
Lotus et du Grand-maître Saicho!
Aussi longtemps que Nichiren, qui s'efforce de mettre à jour
la racine de ces grandes oppositions au Dharma, sera traité avec
hostilité, les divinités du ciel seront avares de leur
lumière, les divinités de la terre seront furieuses, et
mauvais présages et calamités se succéderont de
plus belle. Vous devriez savoir que, parce que je parle de ce qu'il
y a de plus important au monde, mes mots s'accompagnent des phénomènes
les plus extraordinaires. Comme il est tragique et regrettable que les
habitants du Japon doivent tous tomber dans la grande citadelle de l'enfer avici! Mais quelle joie, quel bonheur,
bien que n'étant doté que d'un corps ordinaire, d'avoir
la graine de la boddhéité plantée dans le champ
de son coeur!
Observez bien ce qui va se passer! Quand des dizaines de milliers de
bateaux de guerre viendront du grand empire mongol pour attaquer le
Japon, tous, depuis le souverain jusqu'à la multitude des gens
du peuple japonais, abandonneront les temples bouddhiques et les sanctuaires
du shintoïsme, et réciteront
à l'unisson Namu Myoho Renge Kyo,
Namu Myoho Renge Kyo. Ils joindront les
mains et diront : "Moine Nichiren, moine Nichiren, venez à
notre aide!"
En Inde, le roi Mihirakula fut amené à joindre respectueusement les mains devant
le roi Baladitya, et au Japon, Taira
no Munemori fut contraint de s'incliner devant Kajiwara
Kagetoki. C'est conforme au principe selon lequel les personnes
de grande arrogance doivent toujours finalement se soumettre à
leurs ennemis.
Les moines cruels et arrogants [décrits dans le Sutra du
Lotus] s'armèrent d'abord de cannes et de bâtons pour
maltraiter le bodhisattva Fukyo. Mais,
par la suite, ils joignirent les mains en regrettant leur erreur. Devadatta infligea une blessure à Shakyamuni et fit couler son sang mais,
au moment de sa mort, il s'écria Namu!
S'il avait pu poursuivre et crier : Namu Butsu!
[Dévotion au Bouddha], il aurait évité de tomber
en enfer. Mais son karma était
si lourd qu'il ne put dire que Namu sans
pouvoir prononcer le nom du Bouddha.
Bientôt, les moines éminents du Japon essayeront sans aucun
doute de crier Namu Nichiren Shonin!. Mais
ils n'auront le temps de dire que Namu!
Comme c'est regrettable, comme c'est regrettable!
Dans les textes non-bouddhiques il est dit : "Un sage est celui
qui connaît ce qui n'est pas encore advenu." Et dans les
textes bouddhiques on lit : "Celui qui connaît les trois
phases de la vie est un sage."
En trois occasions notoires, j'ai fait preuve d'une telle connaissance.
La première fois, ce fut dans la première année
de l'ère Bunno (1260), le seizième jour du septième mois, lorsque j'ai
remis le Rissho Ankoku Ron à
Sa Seigneurie [Hojo Tokiyori]
le nyudo du temple Saimyo-ji.
J'ai dit au nyudo Yadoya,
chargé de lui remettre cet ouvrage: "S'il vous plaît,
avertissez Sa Seigneurie qu'elle doit cesser de faire confiance aux
écoles Zen et Nembutsu.
Si cet avertissement n'est pas pris en compte, des dissensions se produiront
dans la famille Hojo et le pays sera envahi
par une puissance é