Le Sutra du Lotus est le coeur, l'essentiel des enseignements
sacrés exposés par Shakyamuni de son vivant, et la
base des quatre-vingt mille corbeilles.
Le bouddhisme comprend divers sutras, exotériques
et ésotériques,
tels que les sutras Vairocana,
Kegon, Hannya
et
Jimmitsu qui ont été propagés en
Chine, en Inde, dans le palais des Rois-dragons
et dans les cieux. De plus, il y
a les enseignements exposés par tous les bouddhas des dix
directions, aussi nombreux que les grains de sable du Gange.
Même si l'on utilisait toute l'eau de l'océan pour en faire
de l'encre, même si l'on changeait en pinceaux pour écrire
toutes les plantes et tous les arbres d'un système de mondes
majeurs il serait impossible de transcrire tous les sutras. Mais
si l'on examine et étudie leur contenu, il apparaît clairement
que, de tous les sutras, c'est le Sutra du Lotus le plus élevé.
Néanmoins, parmi les diverses écoles en Inde et parmi
ceux qui se sont intéressés au bouddhisme au Japon, de
nombreux maîtres et fondateurs de doctrine n'ont pas su comprendre
les véritables intentions du Bouddha. Certains ont dit que le
Sutra Vairocana
était supérieur au Sutra du Lotus. D'autres ont
dit que le Sutra du Lotus était non seulement inférieur
au sutra Vairocana, mais même
inférieur au Sutra Kegon,
ou que le Sutra du Lotus était inférieur aux
Sutra du Nirvana,
Hannya
et Jimmitsu.
D'autres encore ont affirmé que chaque sutra ayant ses caractéristiques
propres est tantôt supérieur, tantot inférieur sur
certains points. Il y eut des maîtres pour soutenir que la valeur
d'un sutra se mesure au fait qu'il correspond ou non aux capacités
des gens. Les sutras correspondant aux capacités des gens à
une époque donnée sont supérieurs, tandis que ceux
qui n'y correspondent pas sont inférieurs (note).
Certains ont encore avancé que, si une personne avait la capacité
d'atteindre l'Eveil en croyant au principe "les phénomènes
ont une existence réelle" [umon],
il fallait réfuter le principe "les phénomènes
sont sans substance" [kumon]
et affirmer la supériorité de l'enseignement fondé
sur le principe que les phénomènes existent réellement
(note).
Selon eux, il faudrait agir ainsi dans tous les autres cas.
Parce que personne, parmi ceux qui vécurent à ces époques,
n'a réfuté ces principes erronés, les souverains
et dirigeants des divers États, dans leur ignorance, ont commencé
à leur prêter foi. Ils ont fait don de rizières
et de champs à ceux qui les propageaient, tant et si bien que
le nombre de leurs adeptes n'a cessé d'augmenter. Ainsi, le temps
passant et ces croyances étant admises depuis déjà
longtemps, les gens ont acquis la ferme conviction qu'il s'agissait
là de croyances correctes et personne n'a même plus songé
à les mettre en doute.
Mais, ensuite, nous sommes entrés dans l'époque des Derniers
jours du Dharma. C'est à ce moment-là qu'est apparu
un homme plus sage que les maîtres ou les fondateurs de doctrine
en qui on avait eu confiance jusqu'alors. Il a commencé à
mettre en doute les principes enseignés par ces maîtres
et à les réfuter point par point, soulignant qu'ils s'écartaient
des sutras sur lesquels s'appuyaient leurs écoles, ou clarifiant,
à la seule lumière des divers sutras, le fait que, en
exposant leurs enseignements, ils n'avaient su distinguer ni l'ordre
dans lequel le Bouddha les avait exposés de son vivant, ni leur
degré relatif de profondeur ou de superficialité. Ainsi
attaqués, les tenants de ces doctrines ont été
incapables de protéger les enseignements erronés de leurs
écoles, et n'ont su que répondre. Certains, dans leur
doute, ont déclaré que les fondateurs de leur doctrine
et les maîtres qu'ils suivaient avaient dû connaître
les preuves littérales, dans les sutras ou les traités,
qui fondaient leurs principes, mais qu'eux-mêmes, ne possédant
pas la même sagesse, ne pouvaient pas donner les bonnes réponses.
D'autres, également dans le doute, dirent que leurs maîtres
avaient été de grands sages des temps anciens, mais qu'ils
n'étaient eux-mêmes que des ignorants de l'époque
des Derniers jours du Dharma. Ainsi,
ils ont convaincu des personnes vertueuses ou de position élevée
de s'allier avec eux, et [s'opposant à celui qui met en doute
leurs croyances] ils n'éprouvent que haine et jalousie [à
l'égard du Pratiquant du Sutra
du Lotus].
Pour ma part, j'ai rejeté tout attachement ou idée préconçue
en faveur de l'opinion des autres aussi bien que de la mienne propre,
et j'ai mis de côté les interprétations des fondateurs
de doctrine et des maîtres. Mais, en m'appuyant exclusivement
sur les passages de sutra eux-mêmes, j'en suis venu à comprendre
que, parmi tous les sutras, le Sutra du Lotus mérite
d'occuper la première place. Si certains affirment que d'autres
sutras sont supérieurs au Sutra du Lotus, c'est nécessairement
pour l'une des raisons suivantes : d'abord, ces personnes ont peut-être
été abusées par des passages, dans d'autres sutras,
qui ressemblent au Sutra du Lotus. Ou elles ont été
trompées par de faux passages de sutra, inventés et ajoutés
aux sutra à des dates ultérieures comme s'il s'agissait
des paroles du Bouddha. Ceux qui n'avaient pas la sagesse de distinguer
le vrai du faux ont donc cru que ces paroles avaient été
réellement prononcées par le Bouddha. A commencer par
Hui-neng et son sutra Dan,
ou Shan-dao et son sutra Kannen
homon, il y a eu de nombreux faux maîtres, en Inde,
en Chine et au Japon, qui ont fabriqué leurs propres sutras.
De plus, beaucoup ont inventé ce qu'ils prétendent être
des passages de sutra, ou ont ajouté leurs propres interprétations
à des passages de sutra.
Malheureusement, les ignorants pensent que ces rajouts sont des passages
de sutra authentiques. Ils sont comparables à des aveugles qui,
si on leur disait qu'une étoile est plus brillante que le soleil
et que la lune, accepteraient la chose comme un fait. Quand quelqu'un
dit: "Le fondateur de ma doctrine était un sage vertueux
des temps anciens tandis que Nichiren n'est qu'un ignorant de l'époque
des Derniers jours du Dharma",
les insensés auront tendance à le croire.
Ce n'est pas du tout la première fois que s'élèvent
des doutes de ce genre. A l'époque des dynasties
Chen et Shui,
apparut un simple moine du nom de Zhiyi,
qui devint par la suite le maître des empereurs des deux dynasties
et reçut le titre honorifique de Grand-maître sage Tiantai
dashi. Bien avant d'avoir obtenu ces honneurs, il réfuta,
non seulement les théories de divers moines lettrés et
maîtres ayant vécu pendant plus de cinq cents ans auparavant
en Chine, mais aussi la doctrine de maîtres apparus pendant mille
ans en Inde. Cela eut pour effet de faire s'élever contre lui
une nuée de sages du sud et du nord [de la Chine] et de faire
briller les personnes de mérite, à l'est et à l'ouest,
comme une constellation. Les critiques se mirent à pleuvoir sur
lui, et ses principes furent malmenés comme par une tempête.
Mais, finalement, Zhiyi parvint à
réfuter les préjugés et les principes erronés
des lettrés et des maîtres, et à établir
l'enseignement correct de l'école Tendai.
De même, au Japon, sous le règne de l'empereur Kammu,
apparut un simple moine du nom de Saicho,
qui reçut par la suite le titre honorifique de Grand-maître
Dengyo. Il réfuta les principes
des écoles établies depuis deux cents ans, depuis [l'introduction
du bouddhisme sous] le règne de l'empereur Kimmei.
Au début, il suscita beaucoup de colère, mais par la suite,
tous finirent par devenir ses disciples.
Ceux qui critiquaient Zhiyi et Saicho
disaient : "Les fondateurs de notre école appartenaient
aux Quatre rangs de saints, étaient
des sages vertueux des temps anciens alors que vous n'êtes qu'un
simple mortel ignorant de la fin de l'époque
du Dharma formel." La question, toutefois, n'est pas de savoir
si une personne vit à l'époque du Dharma correct, du Dharma
formel ou des Derniers jours du Dharma, mais si elle s'appuie ou non
sur le texte du Sutra véridique. Une fois de plus, la question
n'est pas de savoir quelle est la personne qui enseigne mais si l'enseignement
est oui ou non vérifiable.
Les brahmanistes ont critiqué
le Bouddha en disant : "Vous n'êtes qu'un ignorant vivant
à la fin du kalpa de formation
et au début du kalpa de continuité, alors que les fondateurs
de nos doctrines furent des sages des temps anciens, les deux divinités
brahmaniques [Shiva et Vishnou] et les Trois Ascètes."
Néanmoins, pour finir, les 95 écoles non bouddhiques furent
réfutées. En étudiant les Huit
Écoles du bouddhisme, moi, Nichiren, j'ai découvert
ceci: les écoles Hosso,
Kegon et Sanron,
s'appuyant sur des sutras de l'enseignement
provisoire, prétendent qu'ils sont identiques au Sutra de
l'enseignement véridique,
ou même que ce Sutra de l'enseignement
véridique est inférieur aux sutra des enseignements
provisoires. Ces erreurs flagrantes ont leur origine chez les maîtres
et les fondateurs de leurs doctrines. Les écoles Kusha
et Jojitsu sont des cas à
part (note) et l'école Ritsu représente
le niveau le plus bas de l'enseignement du Hinayana.
Les maîtres de doctrine
(ronji) surpassent les simples maîtres
et les sutras du Mahayana définitif est supérieur aux
sutras du Mahayana provisoire.
Par conséquent le Sutra
Vairocana de l'école Shingon
ne peut pas égaler le Sutra
Kegon, et moins encore le Sutra
du Nirvana et le Sutra
du Lotus. Pourtant, lorsque le savant maître
Shubhakarasimha (Shan-wu-wei)
évalua les qualités relatives des sutras Kegon,
Lotus, Vairocana, etc., il avança une interprétation
erronée en disant que, d'un point de vue théorique, tous
ces sutras sont de même valeur, mais que, d'un point de vue pratique,
le Sutra Vairocana est supérieur aux autres. Depuis
lors, les tenants de cette école n'ont cessé de prétendre
avec arrogance que le Sutra du Lotus ne soutient pas la comparaison
avec le Sutra Kegon, et moins encore avec les sutras de l'école
Shingon ou que, parce qu'il ne contient ni mudra
ni mantra dharani, le Sutra
du Lotus n'est même pas comparable au Sutra Vairocana.
Ou ils soulignent le fait que de nombreux maîtres et patriarches
de l'école Tendai ont
reconnu la supériorité de l'école Shingon,
et que c'est une opinion généralement admise que l'école
Shingon est supérieure aux autres.
Parce que c'est une erreur commise par beaucoup de gens, j'ai étudié
cette question très en détail. J'ai exprimé ce
que je pense à cet égard dans d'autres écrits (note)
dont j'aimerais que vous preniez connaissance. Et j'espère que
ceux qui recherchent la Voie se serviront du temps qu'ils ont en cette
vie pour étudier et transmettre la vérité aux autres.
Il ne faut pas se laisser influencer par le fait que ceux qui adhèrent
à de telles croyances sont nombreux. La vérité
d'un principe n'a rien à voir avec le fait qu'il soit ancien
ou récent. La question est seulement de savoir s'il est conforme
au texte des sutras et à la logique.
Les nombreuses erreurs de l'école Jodo
sont imputables à Tanluan,
Daochuo
et Shandao, qui entraînèrent
quantité de personnes dans des croyances erronées. Au
Japon, Honen adhéra à
leur enseignement et non seulement exhorta chacun à croire dans
le Nembutsu,
mais s'efforça de faire disparaître toutes les autres écoles
bouddhiques de l'empire. Parce que les trois mille moines du mont
Hiei, ainsi que ceux des temples Kofuku-ji,
Todai-ji et d'autres temples
de Nara - en fait, tous ceux des
Huit Ecoles bouddhiques - tentèrent
de mettre un terme à cela, les empereurs, l'un après l'autre,
promulguèrent des édits, et le shogunat
décréta des interdictions pour tenter d'arrêter
la propagation de cet enseignement, mais en vain. Au contraire, ce mouvement
se répandit de plus en plus, au point que l'empereur, l'empereur
retiré, et le peuple dans son ensemble finirent par s'y convertir.
Moi, Nichiren, suis le fils d'une famille de chandala,
né sur le littoral de Kataumi, dans
le village Tojo, de la province d'Awa,
et je n'ai ni pouvoir ni vertus exceptionnelles. J'ai pensé:
"Comment pourrais-je arrêter la propagation du Nembutsu
alors même que les réfutations des temples de Nara
et du mont Hiei et les puissantes interdictions
des empereurs n'y sont pas parvenues? Mais, en utilisant les sutras
comme un clair miroir et en conservant comme outil de divination les
principes de Zhiyi et de Saicho,
j'ai réfuté ces enseignements pendant ces dix-sept dernières
années, depuis la cinquième année de l'ère
Kencho (1253) (note)
jusqu'à maintenant, la septième année de l'ère
Bun'ei (1270). Et il semble désormais
évident que la propagation du Nembutsu
au Japon a presque entièrement cessé. Même si, par
la bouche, certains n'ont pas cessé de psalmodier le Nembutsu,
je crois que, dans leur coeur, ils en sont venus à penser que
ce n'est pas la voie qui leur permettra de se libérer du cycle
des souffrances de la vie et de la
mort.
Il en va de même pour l'école Zen
[qui commet de graves erreurs de doctrine]. L'observation d'un seul
fait permet d'en déduire dix mille autres. Je peux dissiper les
erreurs du Shingon et de toutes
les autres écoles sans la moindre difficulté. La sagesse
des moines éminents et des maîtres du Shingon,
à notre époque, est inférieure à celle d'une
vache ou d'un cheval, la lumière qu'ils répandent est
plus faible que celle d'une luciole. Attendre d'eux quoi que ce soit
est aussi inutile que de placer un arc et une flèche dans les
mains d'un cadavre, ou de poser des questions à un dormeur. Ils
forment des mudra avec les mains
et récitent des mantra dharani
avec la bouche, mais, dans leur coeur, ils ne comprennent rien aux principes
bouddhiques. En vérité, leur arrogance est haute comme
une montagne, et leur avidité plus profonde que la mer. Et toutes
leurs conceptions erronées découlent de leur mauvaise
évaluation des mérites relatifs des sutras et des traités,
et du fait qu'aucun d'eux n'a jamais corrigé les erreurs des
maîtres fondateurs de leurs écoles.
Des personnes sages devraient naturellement étudier la totalité
des Quatre-vingt mille Corbeilles
et maîtriser les Douze Catégories
de sutras. Mais les ignorants qui vivent de nos jours, à l'époque
des Derniers jours du Dharma où
règnent le mal et la confusion, devraient rejeter les fausses
distinctions qu'établissent les adeptes du Nembutsu
entre Voie difficile à pratiquer
et Voie facile à pratiquer et devraient réciter exclusivement
le Titre du Sutra du Lotus,
Namu Myoho Renge Kyo. Lorsque le soleil
se lève dans le ciel à l'est, le ciel tout entier du Jambudvipa
au sud s'illumine, tant est puissante la lumière qui émane
du soleil, alors que la faible lueur émanant d'une luciole serait
bien incapable d'éclairer l'ensemble d'un pays. Celui qui porte
dans sa manche le joyau exauçant
tous les voeux peut faire pleuvoir toutes sortes de bienfaits, mais
des débris de tuiles ou de simples cailloux n'ont pas le pouvoir
de faire pleuvoir quelque trésor que ce soit. Comparés
au daimoku du Sutra du Lotus,
le Nembutsu et les autres pratiques sont
comme des tuiles ou des cailloux par rapport au joyau exauçant
tous les voeux, ou comme la lueur d'une luciole comparée à
la lumière du soleil.
Comment pourrions-nous, avec notre faible vision de personnes ordinaires,
à la seule lueur d'une luciole, distinguer la vraie couleur des
choses? C'est un fait que les sutras du Hinayana
et les enseignements provisoires du Nembutsu
et du Shingon ne permettent pas à
de simples mortels d'exaucer leur voeu de boddhéité.
Notre maître, le Bouddha Shakyamuni, exposa de son vivant quatre-vingt
mille enseignements sacrés. Il fut le premier bouddha à
apparaître en ce monde saha
qui est le nôtre, dans lequel il n'y avait jusqu'alors jamais
eu de bouddha, et il ouvrit les yeux de tous les êtres humains.
Tous les autres bouddhas de l'Est et de l'Ouest, et les bodhisattvas
de toutes les terres des Dix
directions reçurent l'enseignement de ce bouddha.
Avant sa venue, le monde était comparable à ce qu'il était
avant l'apparition des Trois Augustes
et Cinq Empereurs, les êtres humains ne reconnaissaient pas
leur père et étaient comparables à des animaux.
A l'époque antérieure au règne du roi
Yao, les êtres humains ignoraient tout des tâches qui
doivent être accomplies au fil des quatre saisons, ils étaient
aussi ignorants que des vaches ou des chevaux.
Avant l'apparition du Bouddha Shakyamuni, il n'y avait pas d'Ordre
de moines ou de nonnes; il n'y avait d'autres catégories
que celles des hommes et des femmes. De nos jours, il y a des moines
et des nonnes qui, parce qu'ils pratiquent le Shingon,
font du bouddha Vairocana leur
objet fondamental de vénération et relèguent à
une position inférieure le Bouddha Shakyamuni. D'autres, parce
qu'ils croient aux vertus du Nembutsu,
adressent leurs prières exclusivement au bouddha Amida,
en négligeant totalement le Bouddha Shakyamuni. Ils ne sont pourtant
tous moines et nonnes que grâce au Bouddha Shakyamuni, mais ils
agissent ainsi en raison des erreurs commises par les fondateurs de
leurs diverses écoles.
Il y a trois raisons pour lesquelles le Bouddha Shakyamuni, plutôt
que n'importe quel autre bouddha, a établi un lien avec tous
les êtres humains de ce monde saha.
Tout d'abord, il est l'Honoré
du monde, le souverain de tous les êtres humains de ce monde
saha. Le bouddha Amida
n'est pas le monarque de ce pays, alors que le Bouddha Shakyamuni, lui,
est tout à fait comparable au souverain du pays dans lequel nous
vivons. Il faut avant tout respecter le roi de son propre pays, et ensuite
seulement, celui des autres pays. La déesse du soleil, Tensho
Daijin, et le grand bodhisattva Hachiman
sont les souverains originels de notre pays, des manifestations provisoires
du Bouddha Shakyamuni qui apparurent sous la forme de divinités
locales. Celui qui s'opposerait à ces divinités ne pourrait
jamais être le souverain du Japon. Ainsi, la déesse du
soleil Tensho Daijin est vénérée
sous la forme du miroir que l'on appelle Naishidokoro
(note)
et des messagers sont envoyés par la famille impériale
au bodhisattva Hachiman pour lui faire
un rapport et pour recueillir ses oracles. Le Bouddha Shakyamuni, l'Honoré
du monde, est notre auguste souverain. C'est lui que nous devons considérer
comme l'objet suprême de vénération [honzon].
La deuxième raison est que le Bouddha Shakyamuni est le père
et la mère de tous les êtres humains de ce monde saha.
Il convient de respecter d'abord ses propres père et mère,
et ensuite seulement de manifester un respect semblable aux parents
des autres. [Dans les temps anciens, en Chine,] nous avons l'exemple
du roi Wu de la dynastie
des Zhou, qui fit sculpter, à
l'image de son propre père, une statue en bois qu'il plaça
sur un char et désigna comme le général qui conduirait
ses troupes à la bataille. En agissant ainsi, il s'acquit la
protection du ciel et remporta la victoire contre le roi Zhou
de la dynastie Yin.
Le roi Yu-Shun , se désolant
du fait que son père était devenu aveugle, versa des larmes.
Mais lorsqu'il toucha de ses mains mouillées de larmes les yeux
de son père, celui-ci recouvra la vue. Le Bouddha Shakyamuni
se comporte de la même manière à notre égard,
nous ouvrant les yeux pour nous éveiller à la sagesse
du bouddha que nous, simples mortels, possédons tous de manière
inhérente. Jamais aucun autre bouddha ne nous a ainsi ouvert
les yeux.
La troisième raison est que ce Bouddha Shakyamuni est le maître
primordial de tous les êtres humains de ce monde saha.
Il est né en Inde centrale, en tant que fils du roi Suddhodana,
au cours du neuvième kalpa
de décroissance dans l'actuel kalpa
de sagesse, à une époque où la longévité
moyenne de l'homme était de cent ans. Il quitta sa famille à
l'âge de dix-neuf ans, atteignit l'Eveil à l'âge
de trente ans, et passa les plus de cinquante ans qu'il lui restait
à vivre à exposer les enseignements sacrés. Il
mourut à l'âge de quatre-vingts ans, léguant ses
reliques (note)
comme moyen de salut pour tous les êtres humains aux époques
du Dharma correct, du Dharma formel et des Derniers jours du Dharma.
Les bouddhas Amida, Yakushi,
Vairocana et les autres sont les bouddhas
d'autres terres ; ils ne sont pas l'Honoré de notre monde saha.
Ce monde saha est le plus bas de tous les mondes des Dix directions.
Par rapport à tous ces mondes sa position est comparable à
celle d'une prison dans un pays. Tous ceux qui, dans tous les mondes
des Dix directions, ont commis l'une ou l'autre des Dix
mauvaises actions, des Cinq
forfaits, qui ont commis la lourde offense
de s'opposer au Dharma correct ou d'autres crimes graves et qui ont
été chassés de ces mondes par les divers bouddhas,
ont été rassemblés ici, sur cette terre saha, par
le Bouddha Shakyamuni. Ces gens, ayant expié leurs crimes après
être tombés dans les Trois mauvaises
voies et dans l'enfer avici,
ont pu renaître dans les Mondes
des hommes et le Monde du ciel.
Mais, parce que certains vestiges de leurs crimes demeurent, ils sont
facilement enclins à dénigrer le Dharma correct et à
parler avec mépris de personnes de sagesse, commettant ainsi
de nouvelles offenses au Dharma. Par exemple Shariputra,
bien qu'il soit parvenu à l'étape d'arhat,
se laissait parfois emporter par la colère. Pilindavasta,
bien que s'étant libéré des illusions
de la pensée et du désir, faisait encore preuve d'arrogance,
et Nanda, bien que s'étant
libéré des désirs sexuels, continuait à
rechercher le contact des femmes. Même ces disciples du Bouddha
dans l'état d'auditeurs-shravakas,
ayant éliminé les désirs, en conservaient des vestiges.
Pourrait-il en être autrement lorsqu'il s'agit de simples mortels?
Pourtant, le Bouddha Shakyamuni fit sa venue dans notre monde saha
paré du titre de Nonin [le
Persévérant]. On l'appelle ainsi parce qu'il ne
réprimande pas les simples mortels pour leurs offenses au Dharma,
mais fait preuve de patience à leur égard.
Telles sont les qualités mystiques que possède le Bouddha
Shakyamuni qui font défaut aux autres bouddhas.
Le bouddha Amida et les divers autres bouddhas
ont fait le voeu de bienveillance. Pour cette raison et peut-être
avec une certaine honte (note)
ils ont fait leur apparition en ce monde saha,
le bouddha Amida proclamant ses Quarante-huit
voeux et le bouddha Yakushi, ses douze
grands voeux. Avalokitesvara
(Kanzeon), ainsi que d'autres bodhisattvas
venus d'autres terres ont fait de même.
Lorsque l'on considère les bouddhas du point de vue de l'éternelle
équivalence de leur Eveil, il n'y a pas la moindre discrimination
à faire entre eux. Mais, si l'on tient compte des différences
évidentes de leurs enseignements, il devient nécessaire
de comprendre que chaque bouddha a son domaine propre dans les mondes
des Dix directions, et de distinguer entre les bouddhas avec qui on
a déjà eu un lien et ceux avec qui on n'en a jamais eu
aucun.
Chacun des seize princes, fils du bouddha Daitsuchisho,
prit résidence dans l'une des terres des Dix directions et, là,
chacun d'eux conduisit au salut ses propres disciples. Le Bouddha Shakyamuni,
l'un d'eux, correspond à notre monde. Nous aussi, simples mortels,
sommes nés dans ce monde saha. Par
conséquent, en aucun cas, nous ne devons nous écarter
de l'enseignement du Bouddha Shakyamuni. Mais personne ne comprend cela.
Ceux qui étudient pourraient pourtant lire, dans le Sutra
du Lotus: "Je [Shakyamuni] suis le seul à pouvoir sauver
les simples mortels"(réf)
et comprendre qu'ils ne devraient pas s'éloigner de la main bienveillante
du Bouddha Shakyamuni.
C'est pourquoi tous les simples mortels dans ce monde qui veulent échapper
aux souffrances de la vie et de la
mort et souhaitent adresser des prières à un objet
de vénération devraient d'abord faire sculpter en bois
ou peindre des images de Shakyamuni et s'en servir comme objet de vénération.
Ensuite, s'ils ont encore assez d'énergie pour cela, ils peuvent
faire représenter Amida et les autres
bouddhas.
Mais quand les gens qui vivent de nos jours en ce monde, ne pratiquant
pas les Voies sacrées, veulent sculpter ou peindre des images
du Bouddha, ils préfèrent d'autres bouddhas que Shakyamuni.
Cela ne correspond ni aux voeux de ces autres bouddhas à qui
un culte sera rendu ni aux intentions du Bouddha Shakyamuni lui-même.
De plus, cela enfreint même les règles de bienséance
du monde profane.
Le grand roi Udayana, lorsqu'il
fit sculpter l'image du Bouddha dans du bois de santal rouge n'en voulut
aucune autre que celle du Bouddha Shakyamuni. Et la peinture offerte
au roi Sento (note)
représentait également le Bouddha Shakyamuni. Mais les
gens de nos jours s'appuient sur divers sutras du Mahayana,
et, parce qu'ils considèrent que le sutra particulier sur lequel
ils s'appuient est supérieur aux autres, en viennent à
placer le vénérable Bouddha Shakyamuni dans une position
subalterne.
Ainsi, les maîtres du Shingon pensent
que le Sutra Vairocana est supérieur à tous les
autres sutras, et c'est pourquoi ils considèrent le bouddha Vairocana
décrit dans ce sutra comme le bouddha suprême, comme celui
avec qui ils ont un lien particulier. Les croyants du Nembutsu,
qui ont foi dans le Sutra
Kammuryoju, considèrent le bouddha Amida
comme celui qui a un lien particulier avec ce monde saha.
Parce que les gens de notre époque, en particulier, ont pris
les principes erronés de Shan-dao
et de Honen pour l'enseignement
correct, et les trois sutras de la Terre pure comme guide, sur dix temples qu'ils font construire, huit ou neuf ont
comme objet de vénération des statues du bouddha Amida.
Et le lieu de culte attaché à la résidence de dizaines,
de centaines, de milliers de croyants laïques aussi bien que de
moines est consacré au bouddha Amida.
De plus, parmi les milliers ou dizaines de milliers d'images sculptées
ou peintes du Bouddha que l'on trouve dans les demeures de nos jours,
la plupart représentent le bouddha Amida.
Pourtant, les personnes qui prétendent au titre de sages
à notre époque, même lorsqu'elles voient ce phénomène
se produire, ne le considèrent pas comme une calamité.
Au contraire, elles sont parfaitement d'accord avec cette manière
d'agir et n'ont pour la décrire que louanges et félicitations.
Paradoxalement, ce sont peut-être des personnes totalement mauvaises,
qui n'ont pas la moindre compréhension de la loi de causalité
et ne vénèrent aucun bouddha quel qu'il soit, qui semblent
libres de toute erreur en ce qui concerne le bouddhisme.
L'Honoré du monde, notre
père et notre mère, doté de la triple
vertu de Souverain, Maître et Parent, est celui qui nous a
encouragés, nous qui avons été repoussés
par tous les autres bouddhas, en nous disant : "Moi seul ai le
pouvoir de vous sauver." La dette de reconnaissance que nous avons
à son égard est plus profonde que l'océan, plus
lourde que la terre, plus vaste que le ciel. Même si nous nous
arrachions les deux yeux pour les lui offrir, et même si les yeux
ainsi présentés en offrande
au Bouddha étaient plus nombreux que les étoiles dans
le ciel... même si nous nous arrachions la peau, et même
si nos peaux, ainsi étalées côte à côte
par dizaines et par centaines de milliers, étaient assez nombreuses
pour couvrir le ciel comme un plafond... même si, en guise d'eau,
nous lui donnions nos larmes et même si nous lui offrions des
fleurs pendant cent milliards kalpa... même si nous offrions au
Bouddha notre chair et notre sang pendant un nombre incalculable de
kalpa... même si nos corps empilés s'élevaient aussi
haut qu'une montagne et même si nous avions répandu plus
de sang qu'il n'y a d'eau dans l'océan, nous ne nous serions
pas acquittés, si peu que ce soit, de la reconnaissance que nous
devons à ce bouddha !
Mais les lettrés de notre époque s'accrochent à
des conceptions erronées. Ils auront beau être des sages
ayant maîtrisé l'enseignement des quatre-vingt
mille corbeilles et connaissant par coeur les douze catégories
de sutra, et observer strictement les préceptes
du Hinayana et du Mahayana,
s'ils tournent le dos à ce principe, il faut savoir qu'ils ne
pourront éviter de tomber dans les mauvaises voies.
Prenons un exemple. Le savant maître Shan-wu-wei
(Shubhakarasimha) fut le fondateur de l'école
Shingon en Chine. Il était le fils
du roi Busshu monarque du royaume d'Udyana. Le vénérable
Bouddha Shakyamuni quitta le palais de son père à l'âge
de dix-neuf ans pour entrer dans la vie religieuse. Mais ce savant maître
Shan-wu-wei renonça au trône
à l'âge de treize ans, après quoi il voyagea à
travers plus de soixante-dix royaumes de l'Inde, parcourant à
pieds quatre-vingt-dix mille ri, et
étudiant les multiples sutras et commentaires des diverses écoles.
Dans un royaume du nord de l'Inde, il se tint au pied du stupa élevé
par le roi Konzoku (note),
contempla le ciel et formula des prières, après quoi le
mandala du Monde de la matrice
lui apparut suspendu dans les airs avec, assis au centre, le bouddha
Vairocana
Par bienveillance, Shubhakarasimha décida
de propager la connaissance de cet enseignement dans des contrées
lointaines et se rendit en Chine où il exposa cet enseignement
secret à l'empereur Xuan-Zong.
En période de grande sécheresse, il fit des prières
pour faire tomber la pluie et au bout de trois jours la pluie tomba
du ciel. Ce savant maître pouvait reconnaître sans la moindre
hésitation les graines (note) représentant plus de mille deux cents Honorés, leurs nobles
caractéristiques et leurs samaya.
De nos jours, tous les adeptes de l'école Shingon
rattachés au To-ji et à
tous les temples Shingon du Japon sans
aucune exception se considèrent comme les disciples du savant
maître Shan-wu-wei (Shubhakarasimha).
Mais un jour, subitement, le savant maître mourut. Et de nombreux
gardiens de l'enfer apparurent, le ligotèrent avec sept chaînes
de fer et le conduisirent au palais du roi. N'est-ce pas là une
grande source d'étonnement?
Quel crime avait-il bien pu commettre pour recevoir une telle punition?
Peut-être dans la vie qu'il venait de vivre avait-il commis certaines
des Dix mauvaises actions,
mais il ne s'était certainement rendu coupable d'aucune des Cinq
forfaits. Et en réfléchissant à ses existences
passées, pour être né fils de roi, prince héritier
d'un grand royaume, il devait avoir strictement observé les Dix
préceptes de bien et loyalement servi cinq cents bouddhas.
Quelle faute, alors, pouvait-il avoir commise?
De plus, à l'âge de treize ans, il avait volontairement
abandonné sa position de roi et était entré dans
la vie religieuse. Personne dans le monde entier n'avait plus grand
désir de parvenir à l'Eveil. Une telle vertu aurait dû
effacer toutes les fautes, mineures ou graves, commises dans ses vies,
présente ou passées. Il avait étudié et
maîtrisé tous les sutras et tous les traités des
diverses écoles répandues en Inde à son époque.
Cela n'aurait-il pas dû le laver de tous les crimes qu'il aurait
pu commettre?
Il faut ajouter à tout cela que les enseignements ésotériques
du Shingon sont différents des autres
enseignements bouddhiques. Ils affirment que si l'on a formé
avec les mains ne serait-ce qu'un seul mudra,
si l'on a prononcé de sa bouche ne serait-ce qu'un seul mantra-dharani,
même les crimes les plus graves accumulés dans les Trois
phases de la vie seront expiés. Ils ajoutent qu'il suffit de poser les
yeux sur un mandala ésotérique pour que toutes les fautes
et entraves karmiques accumulées pendant d'innombrables koti de kalpa s'effacent immédiatement. Cela aurait dû être
d'autant plus vrai dans le cas de ce savant maître, qui avait
mémorisé tous les mudra et
les mantra dharani des plus de mille deux
cents Honorés, qui avait compris aussi clairement que si elle
avait été reflétée dans un miroir la pratique
de la contemplation qui permet d'atteindre la boddhéité
sans changer d'apparence, et qui, pendant la cérémonie
d'onction dans le monde du Diamant
et dans le monde de la Matrice, s'était métamorphosé
en roi illuminé Vairocana ou en
bouddha Vairocana lui-même! Pourquoi
une personne de ce genre devait-elle se présenter devant Emma,
le roi des enfers, et subir une punition?
Moi, Nichiren, parmi les deux voies du bouddhisme, exotérique
et ésotérique, j'étais résolu à adhérer
à l'enseignement suprême, celui qui nous permet de nous
libérer le plus facilement du cycle des souffrances de la vie
et de la mort. Par conséquent, j'ai étudié
dans ses grandes lignes l'enseignement secret du Shingon
et je me suis interrogé sur ce destin de Shubhakarasimha.
Mais personne ne m'a jamais donné de réponse satisfaisante
à la question que je posais plus haut. Si lui-même ne parvint
pas à échapper aux mauvaises voies, comment, à
notre époque, un seul des moines du Shingon
ou des laïcs qui n'ont pas fait plus d'un mudra
ou récité plus d'un mantra dharani,
pourrait-il espérer ne pas y tomber?
J'ai longuement étudié la question et j'ai conclu que
Shubhakarasimha avait été
conduit devant Emma, roi des enfers, pour
deux fautes qu'il avait commises. Tout d'abord, le Sutra Vairocana
est non seulement inférieur au Sutra du Lotus mais il
n'est même pas du niveau du Sutra du Nirvana et des sutras
Kegon et Hannya.
Pourtant, Shubhakarasimha prétendit
qu'il était supérieur au Sutra du Lotus, commettant
ainsi la faute de dénigrer le Dharma.
Deuxièmement, bien que le bouddha Vairocana
soit une émanation du Bouddha Shakyamuni, Shubhakarasimha
s'est forgé la croyance erronée que le bouddha Vairocana
est supérieur au Bouddha Shakyamuni. Le crime que représentent
ces formes d'opposition au Dharma est si grave qu'une personne qui s'en
est rendue coupable ne pourra jamais éviter de sombrer dans les
mauvaises voies, même si elle accomplissait les pratiques des
plus de mille deux cents Honorés pendant d'innombrables kalpa...
Shubhakarasimha a commis ces erreurs, à
la rétribution desquelles il est très difficile d'échapper,
par conséquent, bien qu'il ait pratiqué les mudra
et les mantra particuliers des divers Honorés,
cela n'eut pas le moindre résultat. Mais lorsqu'il récita
un passage du chapitre Hiyu
(réf)
du deuxième volume du Sutra du Lotus "Maintenant,
ce Monde des Trois Plans tout
entier est mon domaine. Tous les êtres humains qui l'habitent
sont mes enfants. Pourtant, ce monde est en proie à une multitude
de souffrances dont moi seul peux le délivrer", il s'est
libéré des chaînes de fer qui le maintenaient prisonnier.
(note)
En dépit de cela, les maîtres du Shingon
qui vécurent après Shubhakarasimha
maintinrent tous que le Sutra Vairocana est non seulement supérieur
au divers autres sutras mais aussi au Sutra du Lotus. D'autres
prétendirent même que le Sutra du Lotus est inférieur
au Sutra Kegon. Bien
qu'il s'agisse là de conceptions divergentes, elles constituent
toutes la même grave opposition au Dharma.
Le savant maître Shubhakarasimha
professait que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana
étaient deux sutra méritant un égal respect, prétendant
qu'ils étaient identiques d'un point de vue doctrinal mais que,
parce que le Sutra du Lotus ne mentionnait ni les mudra
ni les mantra-dharani, il était
inférieur au Sutra Vairocana. C'était une théorie
erronée. Les maîtres du Shingon
qui lui succédèrent allèrent encore plus loin,
déclarant que, même du point de vue doctrinal, le Sutra
du Lotus est inférieur pour ne rien dire de l'infériorité
due à l'absence des mudra et des
mantra-dharani. La gravité de leur
opposition au Dharma n'en est que plus lourde. Ils ne pourront sans
doute pas retarder encore longtemps la punition infligée par
le roi Emma et les souffrances de l'enfer.
En fait, ils ne font que se précipiter directement dans les flammes
de l'enfer avici.
A l'origine, le profond principe d'ichinen
sanzen (une pensée - 3000 mondes) n'était mentionné
nulle part dans le Sutra Vairocana. Cette notion ne se trouvait
que dans le Sutra du Lotus. Mais Shubhakarasimha,
ayant lu le Sutra du Lotus, entreprit de voler ce profond principe
formulé par le Grand-maître Zhiyi
et l'incorpora dans sa propre interprétation du Sutra Vairocana.
Il affirma ensuite que les mudra et les
mantra du Sutra Vairocana qui
furent à l'origine exposés seulement pour servir d'ornement
au Sutra du Lotus, sont précisément les éléments
qui fondent la supériorité du Sutra Vairocana
sur le Sutra du Lotus. Shubhakarasimha
développa une théorie fausse lorsqu'il prétendit
que les deux sutra sont identiques d'un point de vue doctrinal, et son
affirmation que les mudra et les
dharani sont des éléments
qui rendent le Sutra Vairocana supérieur au Sutra
du Lotus est également erronée. C'est aussi illusoire,
par exemple, que l'erreur d'un serf qui croirait que ses six
organes des sens sont des trésors qui lui appartiennent en
propre, alors qu'en fait, ils sont à la disposition de son seigneur.
Et cette erreur entraîne toutes sortes d'actions indésirables.
Nous devrions garder cette comparaison à l'esprit, si nous voulons
comprendre tous les sutras, parce que les théories exposées
dans les sutras inférieurs ne sont là en réalité
que pour servir d'ornement au Sutra du Lotus qui contient l'enseignement
véritablement supérieur.
Moi, Nichiren, j'ai vécu au temple Seicho-ji
sur le mont Kiyosumi, dans le village Tojo
de la province d'Awa. Dans mon enfance,
j'ai adressé au bodhisattva Kokuzo
la prière de devenir la personne la plus sage du Japon. Le bodhisattva
Kokuzo s'est changé sous mes yeux
en un vénérable moine qui m'a confié un joyau de
sagesse aussi étincelant que l'étoile du matin. Sans doute
est-ce pourquoi maintenant je comprends, pour l'essentiel, les enseignements
des Huit Ecoles ainsi que ceux
du Zen et du Nembutsu.
Pendant seize ou dix-sept ans, de la cinquième année de
l'ère Kencho
environ, jusqu'à présent, la septième année
de l'ère Bun'ei, j'ai maintes fois
réfuté les principes des écoles Zen
et Nembutsu. Par conséquent les
maîtres de ces deux écoles se sont agités comme
un essaim de guêpes et se sont massés comme des nuages
alors qu'il suffit, en réalité, d'un mot ou deux pour
réfuter leur argumentation.
Même les maîtres des écoles Tendai
et Shingon, perdant de vue les principes
sur lesquels se fondent leur propre école, établissant
quels enseignements doivent être adoptés ou rejetés,
en sont venus à professer des opinions semblables à celles
d'autres écoles comme le Zen ou
le Nembutsu. Parce que les croyants laïques
de leurs communautés prêtent foi à des enseignements
erronés, ils ont eux-mêmes pensé qu'il était
préférable de soutenir ces écoles et leurs principes
falsifiés, en déclarant que les enseignements des écoles
Tendai et Shingon
sont les mêmes que ceux des écoles Nembutsu
et Zen. De cette manière, ils se
joignent aux autres dans leurs efforts pour me contredire. Mais même
si leurs intrigues semblent avoir pour but de réfuter Nichiren,
en réalité, ce sont les enseignements de leurs propres
écoles, Tendai et Shingon,
qu'ils détruisent. C'est une conduite véritablement honteuse
que la leur!
On dit que même une tortue s'acquitte de sa dette de reconnaissance
(note).
A plus forte raison, des êtres humains ne devraient-ils pas faire
de même? En ce qui me concerne, pour m'acquitter de ma dette envers
mon ancien maître Dozen-bo,
j'ai voulu propager les enseignements du Bouddha au mont Kiyosumi
et conduire mon maître Dozen-bo à
l'Eveil. Mais c'est un homme de peu de sagesse, plutôt ignorant,
et de plus, qui pratique le Nembutsu. Il
me paraissait peu probable qu'il puisse échapper aux Trois mauvaises
voies. En outre, il ne tient aucun compte des conseils de Nichiren.
Néanmoins, le quatorzième jour du onzième mois
de la première année de Bun'ei
(1264), j'ai eu une entrevue avec lui, au monastère de Saijo
à Hanabusa (note).
Il m'a dit alors: "Je n'ai ni sagesse ni espoir de promotion. Je
suis un vieil homme, qui ne revendique aucun moine célèbre
du Nembutsu pour maître. C'est simplement
parce que cette pratique à notre époque est devenue partout
si répandue que je me contente de réciter Namu
Amida Butsu. De plus, sans l'avoir véritablement décidé,
j'ai eu l'occasion de faire sculpter cinq statues du bouddha Amida.
Peut-être cela est-il dû à un karma formé
par le passé. Tomberai-je en enfer en raison de ces fautes?"
A ce moment-là, je n'avais pas la moindre intention de débattre
avec lui. Mais, en raison de l'incident avec Tojo
Saemon Nyudo Renchi, je n'avais pas revu mon maître depuis
plus de dix ans. C'était comme si nous étions devenus
étrangers l'un à l'autre et même hostiles. J'ai
pensé qu'il serait plus poli et courtois de raisonner calmement
avec lui, de lui parler avec douceur. Mais d'un autre côté,
dans le domaine de la vie et de la mort, personne ne peut prévoir
de manière certaine qui mourra jeune ou vieux. Il m'est apparu
que je n'aurais peut-être plus jamais l'occasion de le revoir.
J'avais déja averti son aîné Dogi-bo
Gisho (note)
qu'il tomberait dans l'enfer avici
s'il ne changeait pas d'attitude, et apparemment, il était mort
dans de très mauvaises conditions. Pensant que Dozen-bo
pourrait connaître le même sort, j'ai ressenti pour lui
une grande pitié et j'ai donc décidé de lui parler
en termes vigoureux.
Je lui ai dit que, pour avoir fait sculpter cinq statues du bouddha
Amida, il s'était condamné
lui-même à tomber cinq fois dans l'enfer avici. Et cela,
lui ai-je expliqué, parce qu'il est dit dans le Sutra du
Lotus, dans lequel le Bouddha s'engage désormais à
"rejeter sincèrement les enseignements provisoires"(réf)
que le Bouddha Shakyamuni est notre père et le bouddha Amida,
notre oncle. Faire exécuter cinq statues de l'oncle et leur faire
des offrandes sans en avoir fait sculpter une seule à l'image
de son propre père, n'est-ce pas là manquer à la
piété filiale? Même les chasseurs de la montagne
et les pêcheurs incapables de distinguer l'est de l'ouest et qui
n'accomplissent pas le plus petit acte de piété sont coupables
de crimes moins graves!
Ceux qui de nos jours recherchent la Voie espèrent sans aucun
doute une meilleure existence dans leur vie prochaine. Pourtant, ils
rejettent le Sutra du Lotus et le Bouddha Shakyamuni, sans
manquer un seul instant de révérer le bouddha Amida
et d'invoquer son nom. Est-ce la bonne façon d'agir? Ils donnent
peut-être l'apparence de personnes de bien, mais je vois mal comment
on pourrait nier qu'ils abandonnent leur propre parent pour s'allier
à d'autres qui leur sont moins proches. Par contre, une personne
entièrement mauvaise qui ne s'est jamais engagée dans
la pratique du bouddhisme ne peut pas être accusée de la
faute d'abandonner le Bouddha Shakyamuni. Peut-être, si les circonstances
s'y prêtent, parviendra-t-elle un jour à croire en l'enseignement
du Bouddha.
Quant à ceux qui ont foi dans l'enseignement erroné de
Shan-dao, de Honen
et des maîtres bouddhistes de notre époque, considérant
le bouddha Amida comme leur objet de culte
et se consacrant exclusivement à l'invocation de son nom, il
ne me semble pas que, même au terme de nombreuses vies, au cours
d'innombrables kalpa, ils puissent corriger leurs conceptions erronées
et se convertir à l'enseignement du Bouddha Shakyamuni et du
Sutra du Lotus. Ainsi, le Sutra du Nirvana, enseigné
par Shakyamuni aux derniers instants de sa vie dans le bosquet
de shala, prédit l'apparition de personnes effrayantes qui
commettront des fautes plus graves que les Dix mauvaises actions ou
les Cinq forfaits, ceux que l'on appelle des icchantika
qui s'opposent au Dharma. Nous y lisons aussi que ces personnes ne se
trouveront nulle part ailleurs que parmi les sages qui observent les
Deux cent cinquante préceptes,
ceux qui revêtent la triple robe
du moine bouddhiste et portent le bol
pour les aumônes.
J'ai expliqué cela en détail à Dozen-bo
mais il n'a pas eu l'air de bien comprendre ce que je lui disais. Et
les personnes qui se trouvaient près de lui ne semblaient pas
moins perplexes. J'ai entendu dire que, par la suite, Dozen-bo
s'est converti à l'enseignement du Sutra du Lotus. J'en
déduis qu'il a fini par abandonner ses conceptions erronées
pour devenir une personne dont la croyance est juste et cette pensée
me remplit de joie. Quand j'ai appris, de plus, qu'il avait fait enchâsser
une statue du Bouddha Shakyamuni, mon émotion fut indescriptible.
Au moment de notre entrevue, on aurait pu penser que j'étais
trop sévère. Mais je n'ai fait que lui expliquer les choses
telles que les enseigne le Sutra du Lotus, et c'est sans aucun
doute pourquoi il a ainsi modifié sa conduite. Comme le dit le
proverbe, "les bons conseils écorchent souvent les oreilles,
tout comme un bon médicament laisse souvent un goût amer
dans la bouche".
Désormais, moi, Nichiren, je me suis acquitté de ma dette
de reconnaissance à l'égard de mon maître et je
suis certain que les bouddhas et les divinités bouddhiques approuveront
ce que j'ai fait. J'aimerais que vous transmettiez tout ce que je viens
de dire à Dozen-bo.
Même si l'on emploie des mots sévères, si nos paroles
aident la personne à qui elles s'adressent, en réalité
on peut les considérer comme des paroles justes et douces. Inversement,
même si l'on emploie des mots doux, si nos paroles nuisent aux
personnes à qui elles s'adressent, ce sont en réalité
des paroles mensongères et brutales.
Les doctrines enseignées par les maîtres de notre époque
sont considérées par la plupart des gens comme des paroles
douces et véridiques, mais, en réalité, elles sont
brutales et mensongères. Si j'affirme cela, c'est parce qu'elles
contredisent le Sutra du Lotus, qui concrétise les véritables
intentions du Bouddha.
Lorsque que je dis que les pratiquants du Nembutsu
tomberont dans l'enfer avici et que les écoles Zen
et Shingon professent des enseignements
erronés, mes paroles peuvent sembler brutales, mais en réalité
elles sont justes et douces. Je pourrais en donner pour preuve le fait
que c'est grâce au discours sévère que je lui ai
tenu que Dozen-bo s'est converti à
la croyance du Sutra du Lotus, et qu'il a fait enchâsser
une statue du Bouddha Shakyamuni. Il en va de même pour de très
nombreuses autres personnes au Japon. Il y a environ dix ans, presque
tout le monde récitait le Nembutsu.
Mais maintenant, sur dix personnes, on constate qu'une ou deux ont commencé
à réciter Namu Myoho Renge Kyo
et que deux ou trois le récitent en même temps que le Nembutsu.
Même parmi ceux qui récitent exclusivement le Nembutsu,
certains ont commencé à éprouver des doutes, à
croire dans leur coeur au Sutra du Lotus et à peindre
ou sculpter des représentations du Bouddha Shakyamuni. Tout cela
s'est également produit parce que j'ai parlé de manière
sévère.
C'est comme si l'on voyait pousser des santals, arbres dont le bois
est parfumé, au beau milieu d'une forêt d'eranda,
arbres à l'odeur fétide, comme si l'on assistait à
l'éclosion de lotus sortant d'une eau boueuse. Ainsi, lorsque
je dis que les pratiquants du Nembutsu
tomberont dans l'enfer avici, les "sages"
de notre époque, en fait tout aussi dépourvus de discernement
que des vaches ou des chevaux, peuvent bien essayer de dénigrer
l'enseignement de Nichiren. Mais, en vérité, ils sont
comparables à des chiens squelettiques aboyant sur le passage
du lion, roi des animaux, ou à des singes stupides se moquant
du dieu Taishaku.
La septième année de Bun'ei
(1270)
Nichiren
ARRIERE-PLAN - En 1264, Nichiren se rendit dans son
village natal, dans la province d'Awa. Son père était
déjà mort (en 1258) et sa mère était à
l'époque gravement malade. Ses prières pour la guérison
de sa mère ayant été couronnées de succès,
il établit temporairement sa résidence dans un temple
appelé Renge-ji. En apprenant que Nichiren se trouvait à
Awa, Kudo Yoshikata et d'autres disciples de la région manifestèrent
un grand désir de le voir et lui demandèrent avec insistance
de se rendre au manoir de Yoshikata. Nichiren se mit en route le 11
novembre 1264, accompagné de messagers venus du temple Renge-ji
pour lui indiquer la route. Son groupe et lui arrivaient au lieu dit
Komatsubara lorsqu'ils tombèrent dans une embuscade tendue par
Tojo Kagenobu, l'intendant du village Tojo, croyant dévot du
Nembutsu, et par ses hommes. Nichiren fut blessé au front d'un
coup de sabre et il eut le poignet gauche cassé. Deux de ses
disciples, Kyonin-bo et Kudo Yoshikata, furent tués.
Nichiren rentra alors au temple Renge-ji où son maître,
désormais âgé, Dozen-bo, vint lui rendre visite
après avoir été informé de cette agression.
Ce fut probablement une rencontre poignante au cours de laquelle Nichiren
essaya de convaincre Dozen-bo de l'erreur qu'il faisait en adhérant
à l'enseignement du Nembutsu.
En 1270, Nichiren écrivit cette lettre de Matsubagayatsu (Kamakura)
à Joken-bo et Gijo-bo, moines qui avaient été ses
aînés au temple Seicho-ji, à Awa. On ne connaît
pas très précisément les raisons qui le poussèrent
à l'écrire, mais il est possible qu'il le fit poussé
par la joie d'apprendre, comme il le mentionne à la fin de sa
lettre, que Dozen-bo avait adopté la croyance du Sutra du Lotus
et fait enchâsser une statue du Bouddha Shakyamuni. Les remarques
de Nichiren nous permettent de supposer que Dozen-bo, sans avoir entièrement
renié son ancienne croyance dans les vertus du Nembutsu, se mit
à vénérer le Bouddha Shakyamuni et à avoir
foi dans le Sutra du Lotus en 1270, après sa rencontre avec Nichiren
Daishonin.
Dozen-bo était le supérieur du Shobutsu-bo, un bâtiment
situé dans l'enceinte du temple Seicho-ji où Nichiren
était entré comme novice encore enfant. Seicho-ji avait
été à l'origine un temple appartenant à
l'école Tendai mais il était tombé sous l'influence,
d'abord de l'école Shingon, puis de l'école Jodo (de la
Terre pure). A l'époque de Kamakura (1185-1333), les pratiques
de ces trois écoles y étaient toutes enseignées.
En 1233, Nichiren Daishonin entra dans ce temple et étudia le
bouddhisme sous la direction de Dozen-bo. C'est là que, pour
la première fois, il révéla la pratique essentielle
du bouddhisme du Lotus, le 28 avril 1253. Cela rendit furieux le seigneur
Kagenobu qui ordonna l'arrestation de Nichiren Daishonin. Dozen-bo,
avec l'aide de Joken-bo et de Gijo-bo, couvrit discrètement la
fuite de Nichiren Daishonin qui parvint à s'échapper. (Commentaire
ACEP)
En anglais : The Learned Doctor Shan-wu-wei ou The Tripitaka Master Shan-wu-wei
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_LearnedShanwuwei.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=178&m=0&q=