Le duc Huan,
seigneur de l'État de Qi, aimait
porter des vêtements de couleur pourpre si bien que tous ses sujets
en faisaient autant (réf).
Le souverain Zhuang
de Chu (note),
n'aimait pas les femmes à la taille épaisse. Par conséquent
toutes les courtisanes de l'État essayaient d'avoir des tailles
fines, et beaucoup d'entre elles mouraient de faim en s'efforçant
d'y parvenir. Ainsi, ce qui plaisait à un seul homme, le dirigeant,
était suivi par tous les sujets du pays, même si cela ne
correspondait pas nécessairement à leur propre goût.
On pourrait comparer le dirigeant à un grand vent qui courbe
les plantes et les arbres, ou à un grand océan qui attire
à lui tous les cours d'eau et les rivières. Quand les
plantes et les arbres ne se plient pas sous le vent, ne sont-ils pas
brisés et déracinés? Et si les petits cours d'eau
n'allaient pas vers le grand océan, quelle autre destination
pourraient-ils prendre?
Le roi d'un pays est une personne qui, dans une vie précédente,
surpassait de loin tous les autres dans l'observance des grands
préceptes, et que, le Ciel, la Terre et les diverses divinités,
comme rétribution, ont autorisée à devenir un dirigeant.
C'est selon les mérites qu'il a acquis dans l'observance des
préceptes qu'un roi règne sur tel pays ou sur tel autre.
Deux ou trois personnes ne sont pas choisies pour gouverner mais seulement
une, et toutes les divinités qui régissent le ciel et
la terre, les océans et les montagnes, se rassemblent autour
d'elle et la protègent. Comment les sujets de ce royaume pourraient-ils
donc ne pas obéir à leur souverain?
Par conséquent, si le dirigeant commet de mauvaises actions ou
des crimes, la première, la deuxième ou la troisième
fois, les divinités s'efforceront de ne pas le punir. Mais, s'il
continue à agir d'une manière qui déplaît
aux dieux du ciel et aux autres divinités, ceux-ci provoqueront
l'apparition de prodiges et d'événements inhabituels pour
le réprimander. Et, s'il va trop loin dans sa mauvaise conduite,
les dieux du ciel et les autres divinités l'abandonneront et
quitteront son pays. Ou, si la bonne
fortune acquise par ce dirigeant en observant les préceptes
s'est totalement épuisée, il est possible que son État
tout simplement périsse. Ou encore, s'il accumule un trop grand
nombre de crimes et de Mauvaises
actions, son État sera conquis par un royaume voisin. Pour
le meilleur comme pour le pire, le sort d'un peuple est inévitablement
lié au sort de son dirigeant.
Il en va ainsi dans le monde, et cela s'observe aussi en bouddhisme.
Le Bouddha, il y a très longtemps, confia au dirigeant la protection
de ses enseignements. Car, même si des personnes sages, de mérite
et de valeur, apparaissent, si elles sont en conflit avec l'autorité
du dirigeant, elles ne parviendront pas à propager le bouddhisme.
Ou, même si le bouddhisme parvient à se propager, il rencontrera
inévitablement par la suite de grands obstacles.
Le roi Kanishka vécut
plus de quatre cents ans après la disparition du Bouddha et gouverna
à sa guise le royaume de Gandhara.
Il rassembla autour de lui cinq cents arhats
et leur rendit hommage, et il permit ainsi la compilation du Daibibasha
Ron en deux cents fascicules. Mais tous les croyants du royaume
pratiquaient le Hinayana, et
les enseignements du Mahayana
ne s'y répandaient qu'avec beaucoup de difficulté. De
plus, le roi Pushyamitra
entreprit la destruction totale des enseignements du Bouddha dans les
cinq régions de l'Inde,
faisant décapiter les moines bouddhistes, et personne, pas même
un grand sage, ne put s'opposer à lui.
L'empereur Taizong fut un dirigeant
de grande valeur. Prenant pour guide le savant maître Xuanzang,
il adhéra aux enseignements de l'école Hosso,
et aucun de ses sujets ne prit le risque de faire autrement. L'école
Hosso est une branche du Mahayana,
mais elle enseigne un principe, celui des Cinq
natures distinctes, qui est un grand fléau du bouddhisme.
C'est un principe pernicieux, pire que le plus fallacieux des principes
enseignés par des religions non bouddhiques, et il n'aurait jamais
dû être accepté par quiconque, dans aucun des trois
pays, Inde, Chine et Japon. Pour finir, il fut réfuté
au Japon par le Grand-maître
Saicho. Et pourtant, malgré
la gravité des erreurs de l'école Hosso,
l'empereur Tai-zong eut foi en sa doctrine,
et tous suivirent cet exemple, sans le contester.
L'école Shingon s'appuie
sur les sutras Vairocana,
Kongocho et Soshitsuji.
On les appelle les trois sutras
de Vairocana. Ils furent introduits par les savants maîtres
Shan-wu-wei et Jin-gang-zhi
sous le règne de l'empereur Xuan-Zong.
Ce dernier éprouvait le plus grand respect pour ces sutras, et
les considérait comme supérieurs aux enseignements des
écoles Tendai et Kegon.
A ses yeux, ils dépassaient aussi les enseignements Hosso
et Sanron. Si bien que chacun,
en Chine, en vint à croire le Sutra
Vairocana supérieur au Sutra
du Lotus. Et au Japon aussi, jusqu'à notre époque,
les gens ont cru l'école Tendai
inférieure à l'école Shingon.
Les moines éminents (note)
du To-ji et de l'école Tendai
qui pratiquent les enseignements Shingon,
sont coupables d'une extrême arrogance; c'est le comble de la
présomption que d'agir comme ils le font!
Si l'on met côte à côte le Sutra Vairocana
et le Sutra du Lotus, et si on les étudie sans partialité
ni préjugé, on voit que le Sutra Vairocana est
comme une luciole, et le Sutra du Lotus comme la pleine lune;
que les enseignements de l'école Shingon
sont comme une multitude de petites étoiles tandis que ceux de
l'école Tendai sont comme un brillant
soleil. Une personne de parti pris en ce domaine dira: "Vous n'avez
pas pleinement saisi les principes profonds de l'école Shingon,
voilà pourquoi vous ne cessez d'en dire du mal." Mais plus
de six cents ans se sont écoulés depuis que le Shingon
fut introduit en Chine, et plus de quatre cents ans depuis qu'il s'est
répandu au Japon, et j'ai pris connaissance de l'ensemble des
attaques ou réfutations qu'il a suscitées de la part des
maîtres pendant cette période. Le Grand-maître Saicho
fut le seul à saisir les points essentiels de la doctrine de
cette école. C'est pourtant celle qui, de nos jours, au Japon,
commet les plus graves oppositions au
Dharma. Elle tient ce qui est inférieur pour supérieur,
si bien que maintenant, lorsqu'on lui demande de prier pour repousser
l'invasion mongole, ce sont précisément ses prières
qui risquent d'attirer l'invasion sur nous (note).
L'école Kegon fut fondée
par le maître du Dharma Fazang.
Parce que l'impératrice Wu avait
pleine confiance en sa doctrine, cette école bénéficia
de faveurs qui lui donnèrent la supériorité sur
toutes les autres. Ainsi, il semble bien que les mérites relatifs
des diverses écoles aient été établis en
fonction du pouvoir et de l'autorité des souverains plutôt
qu'en fonction des doctrines qu'elles enseignent.
Même les lettrés et les maîtres qui ont compris le
sens profond du bouddhisme ne peuvent pas s'élever contre l'autorité
du dirigeant. Ceux qui, éventuellement, essayèrent de
le faire furent en butte à de grandes persécutions. Le
vénérable Aryasimha
fut décapité par le roi Dammira,
le bodhisattva Aryadeva fut
tué par un brahmane, Zhu
Daosheng fut contraint de se retirer dans les montagnes du Su-thou,
et le savant maître Fadao
fut marqué au visage et exilé au sud du Yangzi.
Moi, Nichiren, je ne suis pas digne d'être appelé Pratiquant
du Sutra du Lotus, ni de faire partie des membres de l'Ordre
bouddhique (Sangha). J'ai même,
à un moment donné, fait comme les gens de mon époque
et invoqué le nom du bouddha Amida.
Le moine Shan-dao, qui passait
pour être la réincarnation d'Amida,
a dit: "[Parmi les personnes qui invoqueront le nom du bouddha
Amida] dix sur dix, cent sur cent renaîtront
dans la Terre pure. Mais pas une
personne sur mille ne pourra être sauvée [par le Sutra
du Lotus et les autres sutras]."(réf)
Le moine Honen, révéré
comme une réincarnation du bodhisattva Seishi,
interpréta cette phrase en disant: "A l'époque des
Derniers jours du Dharma, parmi
les personnes qui récitent le Nembutsu
mais le mêlent à d'autres pratiques telles que la dévotion
au Sutra du Lotus, pas une sur mille ne sera sauvée.
Mais parmi celles qui adhèrent exclusivement au Nembutsu,
dix personnes sur dix obtiendront de renaître dans la Terre pure."(réf)
Depuis plus de cinquante ans, dans ce pays du Japon, tous, sages comme
insensés, ont respecté cette doctrine et ont eu foi en
elle, et personne ne l'a mise en doute. Moi seul, Nichiren, je me distingue
des autres en soulignant que le bouddha Amida,
dans son voeu originel, exprima le désir de sauver tout le monde
"à l'exception de ceux qui commettent les Cinq
forfaits ou qui calomnient le
véritable Dharma." (note)
Et je fais également remarquer que, selon le Sutra du Lotus,
"celui qui refuse d'avoir foi en ce Sutra, et au contraire s'y
oppose, détruit immédiatement les graines qui permettent
d'atteindre la boddhéité en ce monde (...) Après
sa mort, il tombera dans l'enfer avici."(réf)
Ces affirmations révèlent que Shan-dao
et Honen s'opposent au véritable
Dharma, et que, par conséquent, ils ont sûrement été
abandonnés par le bouddha Amida
dont ils attendent la protection. Et puisqu'ils ont eux-mêmes
déjà rejeté tous les autres sutras et bouddha,
ils ne peuvent aucunement attendre de leur part le salut. Exactement
comme il est dit dans le Sutra du Lotus, il ne fait aucun doute
qu'ils tomberont inéluctablement dans l'enfer
avici.
Mais, puisque tous les habitants du Japon sont des disciples de Shan-dao
et de Honen [en tenant de tels propos],
je ne peux évidemment pas échapper à de grandes
épreuves. Voilà pourquoi les gens me haïssent et
intriguent sans cesse en secret pour me nuire.
Je ne reviendrai pas sur diverses persécutions subies auparavant,
et me contenterai de rappeler que, l'année dernière, le
douzième jour du neuvième mois, ayant encouru la colère
des autorités gouvernementales, j'aurais dû, dans la nuit
du même jour, être décapité. Pour quelque
raison, j'ai survécu jusqu'au matin, et je suis venu dans cette
partie de l'île de Sado, où je réside depuis. J'ai
été abandonné par le monde, abandonné par
le Dharma du Bouddha, et le ciel ne me manifeste aucune clémence.
Le monde profane comme le monde bouddhique m'ont rejeté.
Et malgré tout, vous avez eu la sincérité d'envoyer
votre messager de très loin jusqu'ici, avec des offrandes,
pour la troisième cérémonie anniversaire à
la mémoire de votre mère bien-aimée (note),
moment marquant dans votre vie. Aussi, ces deux ou trois derniers jours,
j'ai vécu comme dans un rêve. J'éprouve la même
impression que l'administrateur du
temple Hossho-ji lorsque, en exil sur l'île de Iogashima,
il rencontra soudain le jeune homme qui avait été longtemps
à son service. Quand Yang Gong,
barbare du nord prisonnier en Chine, fut emmené vers le sud,
voyant des oies sauvages traverser le ciel [ et pensant qu'elles devaient
venir du nord, la direction de son pays natal], il poussa des soupirs
de nostalgie. Mais ce qu'il ressentit en cette occasion n'est rien,
comparé à ce que je ressens maintenant.
Il est dit dans le Sutra du Lotus: "S'il est une personne,
homme ou femme, qui, à l'époque qui suivra ma disparition,
enseigne à une autre ne serait-ce qu'une seule phrase du Sutra
du Lotus, il faut savoir qu'elle est le messager du Bouddha, envoyée
pour accomplir l'oeuvre du Bouddha."(réf)
Une personne qui récite ne serait-ce qu'un mot ou une phrase
du Sutra du Lotus, et qui le fait connaître aux autres,
est envoyée par le vénérable Bouddha Shakyamuni.
Et moi, Nichiren, malgré ma position modeste, j'en ai reçu
l'ordre royal du vénérable Shakyamuni, et je suis venu
dans ce pays. Il est donc évident, d'après le Sutra, que
quiconque dira un mot d'insulte à mon égard commettra
un crime le condamnant à l'enfer
avici, et que quiconque prononcera, ne serait-ce qu'un mot ou une
phrase pour ma défense, obtiendra des bienfaits
plus grands que s'il avait fait des offrandes
à d'innombrables bouddhas.
Le Bouddha Shakyamuni est le seigneur de tous les enseignements bouddhiques,
le guide et le maître de tous les êtres humains. Les quatre-vingt
mille enseignements qu'il exposa sont tous des paroles d'or; les
douze catégories de sutra
sont véridiques, toutes sans exception. L'interdiction de proférer
des mensonges, observée par le Bouddha pendant d'innombrables
millions de kalpa, a produit la
totalité des sutras. Il ne peut y avoir de doute concernant la
véracité d'aucun d'eux.
Toutefois, c'est là le point de vue général. Si
on les étudie de manière plus spécifique, les enseignements
sortis de la bouche d'or du Bouddha peuvent être divisés
en catégories distinctes - Hinayana
et Mahayana, enseignements
exotériques et ésotériques,
sutra provisoires et définitifs.
Il est dit dans le Sutra du Lotus: "En rejetant sincèrement
les enseignements provisoires, [j'exposerai uniquement la Voie
suprême]."(réf)
Il y est dit aussi: "L'Honoré du monde a longtemps exposé
ses doctrines, et doit maintenant révéler la vérité."(réf)
A la lumière de ces affirmations, comment douter [du fait que
le Sutra du Lotus représente la vérité
ultime]? Et à cela vint s'ajouter le témoignage du bouddha
Taho et de tous les autres bouddhas
qui tirèrent la langue
jusqu'au séjour de Brahma
en guise de confirmation supplémentaire.
Ainsi, l'ensemble du texte constitue en réalité trois
textes, chacune de ses phrases représente trois phrases, chacun
de ses mots vaut trois mots, car le bienfait procuré par le Sutra
du Lotus est tel qu'un seul de ses mots contient les triples bienfaits
des bouddhas Shakyamuni, Taho et de tous
les autres bouddhas des dix
directions.
On pourrait comparer cela au joyau
qui exauce tous les voeux. Un joyau de cette sorte est l'équivalent
de cent joyaux de même nature. Un de ces joyaux a le pouvoir de
procurer d'innombrables trésors, et cent joyaux peuvent également
procurer des trésors inépuisables. C'est comme réduire
en poudre cent plantes médicinales pour confectionner un médicament,
ou pour en fabriquer cent. Qu'il n'y en ait qu'un ou qu'il y en ait
cent, dans tous les cas, le remède aura le pouvoir de guérir
la maladie. C'est comparable encore au grand océan: chacune de
ses gouttes est faite des divers cours d'eau qui se jettent dans l'océan,
et l'océan lui-même contient la saveur de tous les cours
d'eau qui se déversent en lui.
Myoho Renge Kyo est le nom de l'ensemble,
alors que chacun des vingt-huit chapitres a son titre particulier. De
même, Gasshi (note)
est le nom qui désigne l'Inde en général, tandis
que, plus spécifiquement, l'Inde comprend cinq régions
qui ont chacune leur nom. Ou encore, nous parlons du Japon, nom désignant
ce pays en général, ou bien, quand nous voulons être
plus précis, nous en nommons les soixante-six provinces (note).
Les joyaux exauçant tous les voeux sont les reliques du Bouddha
Shakyamuni. Les Rois-dragons
les ont reçus et les ont portés sur la tête, et
Taishaku les a tenus en main,
faisant pleuvoir des trésors. La raison pour laquelle le corps
et les os du Bouddha peuvent devenir des joyaux exauçant les
voeux est que les grands préceptes (note),
qu'il observa pendant d'innombrables kalpa,
ont imprégné son corps de leur parfum et pénétré
ses os, jusqu'à en faire des joyaux capables de sauver tous les
êtres.
Les gens disent que les crocs d'un chien se dissolvent au contact des
os d'un tigre, ou que le souffle des cormorans fait fondre les arêtes
de poisson (note).
Ou encore que, si des cordes de koto
sont en boyaux de lion, lorsqu'on les gratte, les cordes faites avec
les boyaux d'autres animaux se rompent immanquablement, sans que personne
ne les coupe. On compare l'enseignement du Dharma par le Bouddha au
rugissement du lion et le Sutra du Lotus est le plus fort rugissement
du lion.
Un bouddha a trente-deux traits caractéristiques.
Chacun de ces traits comporte un ornement, résultat de cent bienfaits
qu'il a acquis. La protubérance de chair sur le haut du crâne,
la touffe de poils blancs entre les sourcils, et d'autres traits distinctifs,
peuvent être considérés comme les fruits, et les
pratiques passées du Bouddha, comme des fleurs qui ont produit
tous ces bienfaits; c'est ainsi que les trente-deux traits finissent
par apparaître sur le corps du Bouddha.
Un de ces traits est la protubérance invisible au sommet de sa
tête. Le corps du Bouddha Shakyamuni mesurait seize pieds de haut.
Mais un brahmane appelé Canne de bambou fut incapable de le mesurer.
Lorsqu'il voulut voir le haut du crâne de Shakyamuni, il n'y parvint
pas. Le bodhisattva Oji, pareillement,
ne réussit pas à voir le haut du crâne du Bouddha,
et le dieu Daibonten n'y parvint
pas non plus. Si l'on s'interroge sur les raisons d'un tel phénomène,
on voit que, par le passé, le Bouddha inclina la tête jusqu'au
sol pour rendre hommage à ses parents, à son maître
et à son souverain, et qu'il en acquit ce trait comme rétribution.
Le plus exceptionnel des trente-deux traits du Bouddha est sa voix pure
et portant loin. Les petits rois, les grands rois et les rois
faisant tourner la roue possèdent tous ce trait à
quelque degré. Par conséquent, un mot de l'un d'entre
eux a le pouvoir de détruire le royaume ou d'y instaurer l'ordre.
Les édits promulgués par les dirigeants sont un aspect
de la voix pure et portant loin. Dix mille mots prononcés par
dix mille sujets ordinaires sont moins écoutés qu'un seul
mot prononcé par un roi. Les ouvrages connus sous le titre de
Trois Recueils et
Cinq Canons sont les paroles de petits rois.
Ce qui amène l'ordre dans le petit royaume du Japon, ce qui permet
au dieu Daibonten de régner
sur les habitants du Monde des Trois
plans, et ce qui permet au Bouddha de commander à Daibonten,
à Taishaku et aux autres divinités
n'est autre que la voix pure et portant au loin. Les paroles du Bouddha
sont devenues les ouvrages constituant l'ensemble des sutras et apportant
des bienfaits à tous les êtres vivants. Et, parmi les sutras,
le Sutra du Lotus est la forme écrite du voeu du Bouddha
Shakyamuni; les mots écrits contiennent sa voix. Ainsi, ces mots
écrits sont la concrétisation de l'esprit du Bouddha.
On pourrait comparer cela à des graines qui germent, qui donnent
des pousses et produisent du riz. La forme du riz peut changer, mais
la nature du riz, essentiellement, reste la même. Le Bouddha Shakyamuni
et les mots écrits du Sutra du Lotus sont deux choses
distinctes, mais leur intention est identique. Par conséquent,
lorsque vous jetez les yeux sur les mots du Sutra du Lotus,
vous devriez penser que vous êtes devant le corps vivant du Bouddha
Shakyamuni.
Le Bouddha Shakyamuni sait déjà que vous avez envoyé
des offrandes jusque dans cette province reculée de Sado.
Il ne peut y avoir, en vérité, d'acte plus loyal ni plus
sincère.
Avec mon profond respect,
Nichiren.
La neuvième année de Bun'ei
(1272)
ARRIERE-PLAN.
- Le neuvième mois de 1272, Nichiren Daishonin écrivit
cette lettre d'Ichinosawa, sur l'île de Sado, à Shijo
Kingo, un samouraï de ses disciples qui vivait à Kamakura.
Elle était motivée par la gratitude de Nichiren Daishonin
pour des offrandes que Shijo Kingo lui avait fait parvenir par un
messager, en même temps que sa demande de dire une prière à la
mémoire de sa mère, à l'occasion du troisième
anniversaire du décès de celle-ci.
Shijo Kingo était au service de la famille Ema, une branche
du clan des Hojo, au pouvoir. Il excellait dans la médecine
aussi bien que dans les arts martiaux, et il avait un caractère
droit, loyal et passionné. On rapporte qu'il se serait converti
au bouddhisme de Nichiren Daishonin vers 1256, à peu près à la
même époque que les frères Ikegami et Kudo Yoshitaka.
Lorsque Nichiren Daishonin fut conduit sur la plage de Tatsunokuchi,
le douzième jour du neuvième mois de 1271, Shijo Kingo
l'accompagna, bien décidé à mourir à ses
côtés. Peu après l'arrivée de Nichiren Daishonin
sur son lieu d'exil, à Sado, Kingo lui envoya un messager avec
divers dons. C'est à ce même messager que Nichiren Daishonin
confia, pour qu'il le remette à Kingo, son "Traité pour
ouvrir les yeux", qu'il avait terminé le deuxième
mois de 1272. Quelques mois plus tard, Kingo fit lui-même le
voyage jusqu'à Sado pour rendre visite à Nichiren Daishonin.
Il revint le voir le cinquième mois de 1273. [...]
A l'époque féodale, celle où vivait Nichiren Daishonin,
tout comme à des époques antérieures en Chine
et en Inde, le pouvoir du souverain et des ministres sur leurs sujets était
pratiquement absolu. Comme le souligne ce gosho, sans leur consentement,
il était extrêmement difficile de propager les enseignements
bouddhiques, et les moines devaient obtenir le soutien de protecteurs
puissants afin de conserver la Loi. (Commentaire ACEP)
En anglais : The Pure and Far-reaching Voice
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_PureFarReachingVoice.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=333&m=0&q=