Dans le 7ème rouleau du Sutra
du Lotus, au chapitre sur les Pouvoirs
supranaturels, il est dit : "Dans ce Sutra j'ai révélé
et expliqué brièvement toutes les doctrines des Ainsi-venus,
tous leurs pouvoirs supranaturels sans entraves (note),
les mystères de leurs trésors et toute leur profondeur.
Et le Hokke-mongu interprète
ce passage en disant: "La profonde essence du Sutra du Lotus
est contenue dans quatre phrases importantes."(réf)
Question: Quelle est
la doctrine dont parlent ces quatre phrases importantes?
Réponse: Le
Vénéré du monde
n'a pas dévoilé cette doctrine au moment où il
a commencé à exposer son enseignement juste après
son Eveil, et même plus tard
quand il a exposé les quatre premières saveurs
et les trois enseignements,
jusqu’au moment où il a explicité la doctrine de
kokai-san-ken-ichi (3 véhicules
en un). Il l’a gardée secrète jusqu’au moment
où il a commencé à enseigner la doctrine du Bouddha
Sans commencement et à exposer ryaku gon-ken-on
(clore le proche et révéler le lointain) contenu
dans le chapitre des bodhisattvas
Surgis de Terre, puis explicité plus tard dans le chapitre
Longévité de la Vie
de l'Ainsi-venu. Il y est expliqué que le Bouddha a en réalité
atteint la boddhéité depuis l'éternité (gohyaku
jintengo). Telle est la doctrine du Véritable objet de dévotion
(gohonzon), du Lieu d'ordination
(kaidan) et du Titre sacré
(daimoku) exprimé par
les cinq caractères Myo Ho Ren Ge Kyo.
Le Maître de la doctrine, le Vénérable Bouddha,
a tenu cachée cette doctrine durant les Trois phases de la vie
(présent, passé, futur). Il ne l'a même pas confiée
à Fugen ni à Manjushri,
et encore moins aux autres disciples de rang inférieur.
C'est pourquoi le lieu au moment où les Trois grands Dharmas
sont énoncées est différent de celui où
fut révélée la doctrine
transitoire des 14 premiers chapitres du Sutra du Lotus.
En fait, le lieu de la révélation des Trois grands Dharmas
est la Terre originelle de la
Lumière toujours paisible et le Maître qui a révélé
cela est le Bouddha Atemporel des Trois
corps, non-soumis à la production conditionnée (musa
sanjin). Ceux qui ont reçu cet enseignement
étaient eux-aussi différents, c'étaient les disciples
primordiaux, qui glorifiaient le Bouddha Eternel, les quatre bodhisattva
conduits par Jogyo. Le Bouddha
les a appelés depuis la Terre de la Lumière paisible pour
leur transmettre son enseignement.
Commentant ce passage Daoxuan
Lushi dit : "La doctrine qui est exposée ici est la
doctrine véritable de l'Eveil
sans commencement et c'est pourquoi elle doit être confiée
aux vrais disciples de l'Eveil
primordial."
Question
: Quand, après la disparition du Bouddha, cette doctrine doit-elle
être exposée et enseignée?
Réponse : Il est
écrit dans le 7ème rouleau du Sutra du Lotus
au chapitre Yakuo
(réf):
"Dans les cinquième cinq
cent ans cette doctrine doit être enseignée et propagée
parmi les hommes, sans discontinuer."
Quand on examine avec respect les écritures on constate que 2000
ans ont passé depuis la disparition du Bouddha, s'étendant
sur les Âges du Dharma correct
et du Dharma formel, et qu'actuellement nous vivons dans la dernière
période de cinq cents ans, à "une époque où
les querelles et les luttes feront rage entre mes disciples et où
le Dharm pur aura disparu".
Question
: La bienveillance de tous les bouddhas est comme la lune dans le ciel.
Si les eaux de la réceptivité sont claires, la lune reflétera
son image de bienfaits dans les eaux de la réceptivité
de tous les hommes sans exception. Comment se fait-il que de Trois Âges,
ceux du Dharma correct, du Dharma formel et des Derniers
jours du Dharma, cette doctrine soit enseignée seulement
dans à l’Âge des Derniers jours du Dharma? Est-ce
que cela ne signifie pas que la bienveillance du Bouddha est partiale
et discriminante? Qu'en est-il?
Réponse : La lune
du rayonnement serein de tous les bouddhas déverse ses rayons
de bienfaits sur tous les êtres et illumine l'obscurité
des neuf mondes mais sa lumière
ne peut pas se réfléchir dans l'eau sale et boueuse des
icchantika qui calomnient
le Dharma correct.
En outre, les doctrines du Hinayana
et du Mahayana provisoire
étaient appropriées pour ceux qui vivaient pendant les
mille ans du Dharma correct, et avaient la réceptivité
propre à cet Âge. Pour ceux qui vivaient pendant les mille
ans de l’Âge du Dharma formel, seule les doctrines
transitoires du Bouddha – contenues dans la première
partie du Sutra du Lotus – étaient appropriées
à leur réceptivité.
Mais dans ces cinq cent ans de l’Âge des Derniers jours
du Dharma, nous sommes arrivés dans un temps où, même
dans la deuxième série de 14 chapitres de la doctrine
essentielle (honmon) nous ne devons pas
tenir compte des treize autres, et enseigner seulement la doctrine du
chapitre sur la Longévité de la Vie de l’Ainsi-Venu
(réf).
Cependant, cette doctrine n’aurait pas été appropriée
à aux capacités que les hommes avaient pendant les deuxièmes
500 ans de l’Âge du Dharma formel, et beaucoup moins encore
pour ceux qui sont dans les premiers 500 ans de ce même Âge.
De la même manière, la doctrine
transitoire (shakumon) – qui
était appropriée pour l’Âge du Dharma formel
– n’aurait pas été capable de sauver les hommes
de l’Âge du Dharma correct: ils n’étaient pas
susceptibles de comprendre la doctrine transitoire. Combien moins auraient-ils
pu avoir compris la doctrine du Bouddha
primordial!
Mais maintenant que nous sommes entrés dans l’Âge
des Derniers jours du Dharma, la doctrine transitoire est absolument
incapable de libérer quiconque des chaînes
de la vie et de la mort. La doctrine qui est maintenant nécessaire
pour nous sauver des chaînes de la vie et de la mort est seulement
celle contenue dans le chapitre sur la Longévité de l’Ainsi-Venu.
Si nous considérons ceci, nous voyons qu’il n’y a
ni partialité ni discrimination dans la manière dont tous
les bouddhas nous conduisent à l'Eveil.
Question
: Je comprends maintenant clairement que, après la mort du Bouddha,
la doctrine à enseigner fut confiée, aux disciples
de l’Enseignement Originel (honmon)
et à ceux de l’Enseignement transitoire (shakumon),
conformément aux Trois Âges du Dharma correct, du Dharma
formel et des Derniers jours du Dharma. Mais je ne vois pas encore clairement
sur quelle écriture est fondée votre déclaration,
selon laquelle seule la doctrine contenue dans le chapitre Longévité
de la Vie peut sauver les êtres vivants de cet Âge impur
et mauvais des Derniers jours du Dharma. Je voudrais bien entendre ces
preuves scripturaires.
Réponse
: Vous faites votre demande avec tant d’insistance que je vais
répondre à votre question. Mais rappelez vous que, une
fois que vous aurez écouté la réponse, vous devrez
croire fermement. Il est dit, dans le chapitre sur la Longévité
de la Vie: "J’ai préparé ce bon médicament,
et je vais vous le laisser : prenez-le et buvez-le, et croyez fermement
que cela va vous guérir".
Question
: Maintenant, je peux voir clairement, d’après ce texte,
que la doctrine contenue dans le chapitre sur la Longévité
de la Vie est la seul qui peut sauver l’homme dans cet Âge
impur et mauvais des Derniers jours du Dharma. Après ceci, je
ne devrais plus poser de questions indésirables. Et pourtant,
je voudrais demander : quelle est l’essence des Trois grands Dharmas
cachés?
Réponse
: Pour moi, Nichiren, il n’y a pas de sujet plus important que
ces Trois grands Dharmas, et, comme votre désir est très
louable, je vais en dire quelques mots.
L’Objet
véritable de dévotion (Gohonzon)
qui est inclu implicitement dans le chapitre sur la Longévité
de la Vie est le Bouddha primordial
des Trois Corps non-soumis à
la production conditionnée (musa sanjin),
le Maître et Seigneur Bouddha qui a atteint l’Eveil depuis
l’éternité, et qui a une relation si profonde et
si bienveillante avec notre monde. Dans le chapitre sur la Longévité
de la Vie, ceci est traduit par les mots: "Les Pouvoirs supranaturels
secrets et immanents de l’Ainsi-Venu".
Le Hokke-mongu, dans son neuvième chapitre, interprète
ce passage de la manière suivante : "Hi
: «caché», signifie la vérité
selon laquelle Un Corps est égal aux Trois Corps (sanjin).
Mitsu : «mystère» signifie
la vérité selon laquelle les Trois Corps sont égaux
au Corps Unique. Aussi, moi [Zhiyi] j’appelle
hi ce qui n’a pas été
révélé depuis l’éternité, et
j’appelle mitsu ce que le Bouddha
seul est capable de savoir." Le Bouddha dans les Trois phases de
la vie est égal aux Trois Corps - et cette vérité,
il l’a gardée cachée et ne l’a révélée
dans aucune autre écriture."
Le Titre Sacré (Daimoku)
est de deux sortes : le Titre Sacré des Âges du Dharma
correct et du Dharma formel, et celui des Derniers jours du Dharma.
Vasubundhu et Nagarjuna
avaient l’habitude de réciter le Texte Sacré,
mais leur récitation du mantra n’allait pas plus loin qu’une
pratique personnelle ascétique. A l’Âge du Dharma
formel, Huisi (Nan-yueh),
Zhiyi et les autres récitaient
aussi le Titre sacré, mais cela également était
simplement fait comme une pratique ascétique personnelle, et
n’était pas enseigné pour le bénéfice
des autres. C’était le Titre Sacré compris comme
un concept à méditer.
Mais maintenant – comme nous vivons à l’Âge
des Derniers jours du Dharma – le Titre sacré que moi,
Nichiren, je récite est nettement différent de celui des
Âges précédents: c’est le Namu Myoho Renge
Kyo qui comprend à la fois la pratique personnelle et pratique
pour autrui (jigyo keta). Ce sont les cinq
mots qui expriment le Quintuple Mystère de "myo, tai, shu,
yu, kyo".
Quant à
l’Estrade d’Ordination (Kaidan),
[elle sera établie] quand la loi du souverain et le Dharma du
Bouddha seront unis et deviendront Un, et que souverain et sujets deviendront
Un dans leur foi dans la doctrine des Trois grands Dharmas cachés
[de sorte que] le même lien qui existait dans le temps entre le
roi Utoku et le moine Kakutoku
existera aussi dans le monde futur de l’Âge impur et mauvais
des Derniers jours du Dharma.
A ce moment, un édit impérial et un décret du shogun
seront octroyés; un endroit très élevé –
semblable au Pic duVautour –
sera trouvé, et là l’Estrade d’Ordination
sera implantée. Nous n’avons qu’à attendre
le bon moment pour que cela se produise. Cela marquera l’avènement
du Dharma véritable établie par le Bouddha parmi les hommes.
A cette Estrade d’Ordination viendront, non seulement tous les
habitants des trois pays – Inde, Chine et Japon – pour se
repentir de leurs fautes et être sauvés, mais même
Brahma et Indra et les autres dieux viendront et se rassembleront autour.
Une fois que ce Sharma du Bouddha sera établi, l’Estrade
d’Ordination qui existe maintenant au Enryaku-ji
perdra sa raison d’être, puisqu’elle est basée
seulement sur les régles de la doctrine transitoire.
A partir
du moment où la charge de zasu
fut pour la première fois établie au Hieizan,
les troisième et quatrième spérieurs des moines,
Jitaku et Chigo,
sans aucune raison, agirent contrairement aux enseignements du premier
Maître Saicho (Dengyo)
et de son disciple Gishin, et
déclarèrent que les doctrines conceptuelles du Shingon
et du Sutra du Lotus avaient la même valeur, mais que,
dans les conditions concrètes, le Shingon
était supérieur au Sutra du Lotus. Ainsi apportèrent
ils la disgrâce sur notre montagne (Hiei),
et ridiculisèrent-ils le Sutra du Lotus et, sans raison,
transformèrent-ils en boue les excellents préceptes
qui étaient la voie du milieu
pure et sans tache jadis professée au Enryaku-ji.
Il est impossible d’exprimer par les mots à quel point
une telle affaire est déplorable. Cette perte est même
pire que celle qui arriverait si le sol de la montagne Marisan
n’était plus bon qu’à faire des briques, et
si les bosquets d’arbres de santal qui poussent là se transformaient
en buissons épineux. Même s’il y avait des moines
instruits qui pourraient encore percevoir les différences entre
ce qui est correct et ce qui est erroné, et distinguer ce qui
est objectif de ce qui est déformé, comme notre Maître
le Bouddha nous l’a enseigné, comment pourraient-ils mettre
le pied dans le Enrakyu-ji d’aujourd’hui?
Ils [les moines du Enryaku-ji] devraient
s’interroger et réfléchir sérieusement sur
ce qui concerne la doctrine enseignée aujourd’hui au Enryaku-ji,
et comprendre clairement le principe exact de ce problème. Moi,
Nichiren, j’ai reçu la transmission orale et directe de
cette doctrine il y a plus de deux mille ans, personnellement de la
bouche du Maître, le Grand Eveillé, le Vénérable
Shakya, quand j’étais présent, en la personne du
bodhisattva Jogyo, le premier des
bodhisattvas auxquels il [le Bouddha] a ordonné de jaillir de
la Terre. L’oeuvre que j’accomplis maintenant ne consiste
en rien d’autre qu’à réaliser la mission qui
m’a alors été confiée sur le Pic du Vautour.
Telles sont les Trois grands Dharmas cachés non adultérés
qui constituent la grande doctrine du chapitre sur la Longévité
de la Vie du Tatagatha.
Question
: Quels sont les passages scripturaires qui sont à la base de
la doctrine ichinen sanzen
(Une pensée contient trois mille conditions possibles de vie)?
Réponse : Comme
je vais le montrer, il y a deux sortes de textes. Il est écrit
dans le chapitre des Moyens salvifiques (réf):
"La véritable réalité de chaque chose réside
dans les dix Modalités d'expression
de la vie" (nyoze)", et plus
loin, un autre autre passage: "Tous les bouddhas et les Vénérables
sont venus dans ce monde parce qu’ils voulaient faire connaître
la sagesse du Bouddha à tous les êtres vivants."
Ceci est l'enseignement théorique d'ichinen
sanzen selon lequel homme ordinaire du niveau le plus bas possède,
dans son cœur, la graine pour devenir un Bouddha.
La seconde sorte de textes doit être cherchée dans le chapitre
sur la Longévité de la Vie de l’Ainsi-Venu, là
où il dit : "Mais, hommes de foi sincère, vraiment
il y a toute une éternité qui s’est écoulée
depuis que je suis devenu Bouddha, etc."
Ceci est la doctrine littérale d'ichinen
sanzen, la doctrine que le Grand Eveillé, le Vénérable
Eternel a réalisé depuis l’éternité.
Et maintenant, à l’Âge de Nichiren, c’est la
doctrine pratique que j’enseigne et propage de toutes mes forces.
J’ai gardé cette doctrine cachée dans mon coeur
pendant de nombreuses années. Cependant, je sens maintenant que,
si je ne la consigne pas par écrit et ne la transmets pas à
mes futurs disciples, ils m’accuseront certainement d’être
sans bienveillance.
A moins de devoir me repentir de ne pas avoir fait ce que j’aurais
dû faire quand il sera trop tard, j’écris cette doctrine
et je vous l’envoie: lisez-la et gardez-la pour vous. Ne la montrez
pas et n’en parlez pas à qui que ce soit sans discernement
: ils ne la comprendraient pas.
La raison pour laquelle tous les bouddhas sont venus dans ce monde pour
prêcher le Sutra du Lotus, c’est parce que la doctrine
des Trois grands Dharmas cachés y est contenue. S’il vous
plaît, je vous en supplie, gardez-la pour vous !
Le huitième jour
du quatrième mois de la quatrième année de Koan [27
avril 1281]
Réponse au seigneur Ota
Kingo.
Sources