J'ai bien reçu les
cinq kan de pièces seifu
que vous m'avez envoyés. Le premier des cinq
préceptes est l'interdiction d'ôter la vie, et la première
des Six paramita est celle du
don. Les dix préceptes
de bien, les deux cent cinquante
préceptes, les dix
préceptes majeurs, et toutes les autres règles de
conduite commencent par l'interdiction du meurtre. Chaque être,
du plus grand sage au plus petit moustique ou moucheron, considère
la vie comme son trésor le plus précieux. Priver un être
de la vie est commettre le plus grave de tous les crimes.
Quand le Bouddha apparut en ce monde, le premier principe sur lequel
il appuya sa conduite fut la bienveillance à l'égard des
êtres vivants. Ne pas ôter la vie et pourvoir à la
subsistance de ce qui vit sont les deux principaux préceptes
exprimant la compassion à l'égard des êtres vivants.
En permettant à un autre de subsister, on obtient trois sortes
de bienfaits. D'abord, on soutient sa propre vie. Deuxièmement,
le visage prend des couleurs. Troisièmement, on gagne en énergie.
"On soutient sa propre vie" signifie naître dans les
mondes-états des Hommes
ou du Ciel et obtenir la rétribution
karmique d'une grande longévité.
En atteignant la boddhéité,
vous devenez un Ainsi-Venu sous
l'aspect du Corps du Dharma, dont
le corps est aussi vaste que l'espace.
Parce que l'on gagne en énergie, étant né dans
les mondes-états des Hommes ou du Ciel, on devient une personne
de mérite, influente, que de nombreuses personnes suivent. En
devenant bouddha, on obtient le Corps
de la rétribution, en se manifestant sous l'aspect d'un bouddha
assis sur un trône en forme de lotus, aussi brillant que la pleine
lune dans un ciel sans nuage un 15 août.
Enfin, parce que "le visage prend des couleurs", en étant
né dans les mondes-états des Hommes ou du Ciel on acquiert
les Trente-Deux Traits caractéristiques
et on devient d'une beauté aussi exquise et frappante qu'une
fleur de lotus. En atteignant la boddhéité, on apparaît
sous la forme d'un bouddha du Corps
manifesté, comme le Bouddha Shakyamuni.
Si nous nous interrogeons sur l'origine du mont Sumeru,
nous voyons qu'il a commencé par un simple grain de poussière;
de même, le grand océan commence par une seule goutte de
rosée. En additionnant des éléments un à
un, on en obtient deux, puis trois, pour arriver à dix, cent,
mille, dix mille, cent mille, ou asogi.
Pourtant, un est le nombre qui engendre tous les autres.
Pour ce qui est des débuts du bouddhisme au Japon, après
sept générations
de divinités célestes et cinq générations
de divinités terrestres, commencèrent les cent
règnes des souverains humains, dont le premier fut l'empereur
Jimmu. Sous le règne du
trentième souverain à partir de Jimmu, l'empereur Kimmei,
les écrits bouddhiques furent introduits au Japon, en provenance
du royaume de Paekche, ainsi
qu'une statue de Shakyamuni, seigneur de la doctrine, apportés
par des moines et des nonnes.
Puis le prince Shotoku, fils
de l'empereur Yomei, commença l'étude
des écrits bouddhiques. Il se fit rapporter de Chine un exemplaire
du Sutra du Lotus, écrivit
des commentaires sur le texte et entreprit d'en propager les enseignements.
Par la suite, à l'époque du trente-septième souverain,
l'empereur Kotoku, l'administrateur des moines Kanroku introduisit
au Japon les écoles Sanron
et Jojitsu, en provenance du
royaume de Silla. Et, à la même époque, le moine
Dosho ramena de Chine les
doctrines des écoles Hosso
et Kusha, et un moine appelé
le Précepteur Shinjo introduisit
l'école Kegon.
Sous le règne du quarante-quatrième souverain, l'impératrice
Gensho, un religieux
venu d'Inde
introduisit
le Sutra Vairocana;
et, à l'époque du quarante-cinquième souverain,
l'empereur Shomu, le moine Ganjin,
venu de Chine, introduisit l'école Ritsu
au Japon. Il apportait aussi avec lui des exemplaires du Hokke
Gengi, du Hokke Mongu,
du Maka Shikan, du
Jomyo Sho, et d'autres ouvrages de l'enseignement
de Zhiyi. Mais il ne propagea pas
l'enseignement des écoles Shingon
et Hokke.
Sous le règne du cinquantième souverain, l'empereur Kammu,
vécut un jeune moine du nom de Saicho,
que l'on connaîtrait ensuite sous le nom de Grand-maître
Dengyo. Avant de se rendre en Chine, il
passa quinze ans à étudier seul les écrits et les
commentaires des écoles Shingon
et Tendai. Puis, le septième mois
de la vingt-troisième année de l'ère
Enryaku (804), il fit voile vers la Chine.
Il revint au Japon au cours du sixième mois de l'année
suivante, et, dès lors, enseigna, à plusieurs douzaines
de moines érudits des sept temples
principaux de Nara, les doctrines des écoles Tendai
et Shingon.
Quatre cents ans se sont écoulés depuis lors. Au total,
plus de sept cents ans ont passé depuis l'introduction du bouddhisme
au Japon. Dans cet intervalle, certains ont exhorté le peuple
à invoquer le nom d'Amida,
d'autres à invoquer le nom de Vairocana
ou celui de Shakyamuni. Mais personne n'a encore jamais conseillé
de réciter Namu Myoho Renge Kyo,
le Titre du Sutra du Lotus.
Et cela n'est pas seulement vrai au Japon. En Inde, au cours des mille
ans qui suivirent la disparition du Bouddha, il y eut de grands érudits
tels que Mahakashyapa, Ananda,
Ashvaghosha, Nagarjuna,
Asanga et Vasubandhu,
qui entreprirent de propager le bouddhisme dans les cinq
régions de l'Inde. Et, dans les premiers siècles qui
suivirent l'introduction du bouddhisme en Chine, des hommes tels que
Kashyapa Matanga et Chu
Fa-lan, le savant maître Kumarajiva,
Huisi,
Zhiyi et Zhanlan
écrivirent des commentaires et firent connaître l'enseignement
des sutras. Mais aucun d'eux ne conseilla jamais d'invoquer le Titre
du Sutra du Lotus de la même manière que l'on
invoque le nom du bouddha Amida.
Ils se contentèrent de le réciter eux-mêmes, ou,
lorsqu'ils donnèrent des cours sur le Sutra du Lotus,
celui qui professait seul récitait [cette invocation, le daimoku].
Les enseignements des huit et neuf
écoles
diffèrent les uns des autres, mais, d'un point de vue général,
nous voyons que, dans la majorité des cas, les fondateurs et
maîtres de ces écoles ont récité le nom du
bouddha Amida. Viennent ensuite, par ordre
d'importance, ceux qui récitèrent le nom du bodhisattva
Kannon
,
ceux qui invoquèrent le nom du Bouddha Shakyamuni, suivis par
ceux qui psalmodièrent le nom de Vairocana,
de Yakushi ou d'un autre bouddha.
Mais, pour une raison quelconque, aucun d'eux n'a jamais récité
le Titre du Sutra du Lotus, le coeur même et l'essence
de l'enseignement dispensé par le Bouddha tout au long de sa
vie.
Vous devriez sérieusement vous demander quelle en est la raison.
Un excellent médecin, par exemple, même s'il discerne les
causes de toutes les sortes de maladies, et connaît l'efficacité
relative de divers médicaments, s'abstiendra d'appliquer le remède
le plus puissant, préférant en employer d'autres, selon
la nature de la maladie. Ainsi, peut-être parce que, au cours
des deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma
formel, après la disparition du Bouddha, la maladie de l'illusion
n'était pas encore devenue critique, personne n'a prescrit d'utiliser
les cinq caractères de Myoho Renge Kyo,
le meilleur remède qui se puisse trouver dans tous les enseignements
exposés par le Bouddha de son vivant. Mais, maintenant, nous
sommes entrés dans l'époque des Derniers
jours du Dharma, et les gens sont tous gravement malades. Il serait
difficile de guérir cette maladie par des remèdes aussi
anodins que l'invocation des bouddhas Amida,
Vairocana ou Shakyamuni.
La lune est belle en toute saison, mais c'est seulement en automne qu'on
la voit briller dans toute sa splendeur. Les fleurs de cerisier sont
exquises, mais c'est seulement au printemps qu'elles s'épanouissent.
Tout est régulé par le temps. Puisqu'il en est ainsi,
ne pourrions-nous pas supposer que, pendant les deux mille ans des époques
du Dharma correct et du Dharma formel, le temps n'était pas encore
venu pour que le daimoku soit
propagé.
Toutefois, ce sont les envoyés
du Bouddha qui répandent ses enseignements. Et ces disciples
du Bouddha ont reçu de lui des doctrines différentes.
Ainsi, les maîtres apparus au cours des mille ans de l'époque
du Dharma correct, comme au cours des mille ans de l'époque
du Dharma formel, furent pour la plupart des hommes qui avaient reçu
les doctrines du Hinayana ou
du Mahayana provisoire, les
enseignements théoriques du Sutra du Lotus ou d'autres enseignements secondaires.
Le bodhisattva Jogyo, à qui fut
confié le daimoku, coeur
de l'enseignement essentiel, n'était pas encore apparu en ce
monde.
Mais, maintenant, à l'époque des Derniers
jours du Dharma, il va apparaître et propager les cinq caractères
de Myoho Renge Kyo dans tous les pays et
auprès de tous les peuples du monde. Certainement, cette récitation
se répandra et deviendra aussi courante que l'invocation du nom
du bouddha Amida partout au Japon à
notre époque.
Moi, Nichiren, je ne suis ni le fondateur d'une nouvelle école
ni l'adepte moderne d'une école plus ancienne. Je suis un moine
qui ignore les préceptes,
je ne les observe pas plus que je ne les transgresse. Je suis une créature
ordinaire, que l'on pourrait comparer à un boeuf ou à
un mouton, me préoccupant aussi peu de la sagesse que du manque
de sagesse.
Pourquoi ai-je commencé à psalmodier comme je le fais.
C'est le destin du bodhisattva Jogyo d'apparaître
en ce monde pour propager les cinq caractères de Myoho
Renge Kyo. Mais, avant même son apparition, comme on parlerait
dans un rêve, presque sans savoir ce que je faisais, j'ai commencé
à réciter les mots Namu Myoho Renge
Kyo, et je les récite désormais. En définitive,
ai-je raison ou non d'agir comme je le fais. Je ne sais, et personne
ne peut le dire de manière certaine.
Quand j'ouvre respectueusement le Sutra du Lotus et le lis
attentivement, je vois que même les bodhisattvas Manjushri,
Maitreya, Kannon
et Fugen, pourtant parvenus au
stade de togaku avaient bien du
mal à mettre en pratique ne serait-ce qu'une phrase ou un seul
vers de ce Sutra, parce que dans le texte même il est
dit qu'il "ne peut être compris et partagé que par
des bouddhas."(réf)
Le Sutra Kegon constitue le
premier énoncé de l'enseignement
soudain, exposé immédiatement après l'Eveil
du Bouddha, un sutra concrétisant l'enseignement complet et parfait,
et pourtant il fut confié aux quatre bodhisattva, au nombre desquels
Sagesse-du-Dharma, pour qu'ils l'exposent. Les sutras de
la Sagesse-prajna, bien que d'un autre niveau que le Sutra Kegon,
sont néanmoins les plus élevés de tous les sutras
exposés par le Bouddha jusqu'alors. Et pourtant ce fut Subhuti
qui reçut la mission de les exposer.
Il n'y a que le Sutra du Lotus qui représente
l'enseignement merveilleux, des paroles d'or directement sorties de
la bouche de Shakyamuni, Bouddha parfaitement doté des Trois
Corps. Par conséquent, même les bodhisattvas Fugen
et Manjushri furent à
peine capables d'en exposer ne serait-ce qu'une phrase ou une stance.
Combien plus difficile encore doit-il être pour nous, simples
personnes ordinaires vivant à l'époque des Derniers
jours du Dharma, de graver dans notre propre vie ne serait-ce qu'un
mot ou deux de ce Sutra!
Parce que les fondateurs des diverses écoles lurent et enseignèrent
le Sutra du Lotus, leurs disciples respectifs pensèrent
tous que leur propre maître avait saisi le coeur du Sutra
du Lotus. Toutefois, si nous y regardons de plus près, nous
voyons que le Grand-maître Ci-en
lut le Sutra du Lotus tout en faisant ses maîtres du
Sutra Jimmitsu
et du Yuishiki Ron, de même
que le Grand-maître Jizang
lut aussi le Sutra du Lotus avec pour maîtres les sutras
de la Sagesse-prajna et le Chu
Ron. Des hommes comme Dushun
et Fa-zang ont lu le Sutra
du Lotus en se fondant sur le Sutra
Kegon et le Jujubibasha
Ron. Shan-wu-wei,
Jin-gang-zhi et Pukong
(Amoghavajra)ont
lu le Sutra du Lotus en prenant le Sutra
Vairocana pour base.
Tous ces hommes ont cru avoir lu le Sutra du Lotus. Mais, en
réalité, ils n'en ont pas lu une seule phrase, ni même
une seule stance.
Pour finir, comme le dit le Grand-maître
Saicho: "Même en faisant l'éloge du Sutra
du Lotus, il est possible d'en détruire le coeur."
Ils sont comparables aux non-bouddhistes qui, ayant lu les sutras bouddhiques,
les jugèrent identiques aux enseignements non bouddhiques; ils
sont comme des chauve-souris que leur aveuglement amène à
confondre le jour et la nuit; ou comme un homme au visage rouge qui,
se voyant dans un miroir, pense que c'est le miroir qui est rouge; ou
encore, comme un homme au visage rond, qui apercevant son reflet dans
une lame de sabre étroite, pense que son visage est devenu long
et étroit.
Moi, Nichiren, je suis différent de personnes de ce genre. Je
garde la conviction absolue que l'enseignement du Sutra du Lotus
est suprême parmi tous les sutras que le Bouddha "a enseignés,
enseigne et enseignera".
De plus, je récite daimoku,
le coeur et le noyau du Sutra tout entier, et j'encourage les
autres à faire de même. La personne qui agit ainsi est
comparable au liseron serpentaire qui pousse dans un champ de chanvre,
ou au bois marqué d'une ligne à l'encre par le charpentier.
Même si l'armoise et le bois ne sont pas droits au début,
ils le deviendront par la suite.
Pareillement, l'esprit de celui qui récite
daimoku en suivant l'enseignement du Sutra
du Lotus ne sera jamais déformé. Car, il faut le
savoir, si l'esprit du Bouddha n'avait pas pénétré
en nous, il nous serait impossible, en fait, de réciter daimoku.
Les doctrines bouddhiques propagées par d'autres personnes leur
ont toujours été enseignées et transmises par leurs
maîtres respectifs. Elles sont comparables aux fiefs appartenant
aux proches vassaux du suzerain, ou aux États administrés
par les intendants des diverses provinces. Même si leurs terres,
parfois, ne mesurent pas plus d'un ou deux cho,
ils les doivent toujours à une faveur du défunt shogun.
Combien plus redevables encore lui sont ceux dont les propriétés
mesurent cent ou mille cho, ou couvrent
une ou deux provinces entières!
On appelle juste celui qui suit la doctrine d'un bon maître. Et
on appelle sage celui qui parvient à la vérité
par lui-même, sans l'aide d'un maître. En Inde, en Chine
et au Japon, depuis la disparition du Bouddha, il y eut deux sages :
Zhiyi et Saicho.
Ces deux hommes méritent pleinement le titre de sages. On peut
également les appeler des justes, car le Grand-maître Zhiyi
pratiqua les principes enseignés par Huisi;
en ce sens, il fut un juste. Mais il appréhenda aussi, par lui-même,
sur le lieu de méditation, le Véhicule
suprême qui mène à la boddhéité;
en ce sens, il fut un sage.
De même, le Grand-maître Saicho
reçut, de ses maîtres Dao-sui
et Xing-man,
les principes de la méditation
shikan, et les grands préceptes de l'Eveil
parfait. Cela fait de lui un juste. Mais, avant même d'aller
en Chine, alors qu'il était encore au Japon, il avait déjà
compris et maîtrisé tous les principes de shingon
et de shikan sans l'aide d'aucun maître
et il avait compris que la sagesse de l'école Tendai
surpassait celle des Six et
Sept Ecoles. Cela fait de lui un sage.
Il se trouve que l'on peut lire, dans un des classiques du confucianisme:
"Ceux qui ont des choses une compréhension innée
sont les plus éminents." Eminent ici, veut dire sage. "Ceux
qui étudient, et qui, par l'étude, parviennent à
la même compréhension, les suivent Ceux qui... désigne
les justes. Et dans l'un des sutras bouddhiques, on lit: "Dans
ma pratique religieuse, je ne suis aidé par aucun maître."
Shakyamuni, seigneur du Dharma, est le plus grand sage en ce monde
saha. Zhiyi et Saicho
furent tous deux des sages, en même temps que des justes. Ashvaghosha,
Nagarjuna, Asanga,
Vasubandhu, Lao-Zi
et Confucius furent à
la fois des sages et des justes, soit des enseignements du Hinayana,
soit du Mahayana provisoire
ou des enseignements non bouddhiques; toutefois, aucun d'eux ne fut
un sage ou un juste du Sutra du Lotus.
De nos jours, moi, Nichiren, je ne suis ni un sage ni un juste; je n'observe
pas plus les préceptes que je ne les transgresse; quant à
la sagesse, je ne la possède pas plus qu'elle ne me fait défaut.
Mais je suis né quelque 2.220 ans après la disparition
du Bouddha, dans la dernière période
de cinq cents ans, au moment où le Titre
du Sutra du Lotus doit être propagé. Et, avant
que quiconque, dans aucune autre école - pas plus au Japon que
dans ces pays lointains que sont l'Inde et la Chine - ait révélé
l'invocation du Titre, j'ai commencé à réciter
Namu Myoho Renge Kyo d'une voix sonore,
et je continue à le faire depuis plus de vingt ans.
Dans ce laps de temps, j'ai été insulté, battu,
parfois blessé. A deux reprises, j'ai été exilé,
en une occasion, j'ai été condamné à mort,
et les autres grandes épreuves que j'ai subies sont trop nombreuses
pour être énumérées; j'ai été
comme un germe de soja plongé dans un grand chaudron d'eau bouillante
ou comme un gros poisson dans une petite flaque d'eau.
Il est dit dans le Sutra du Lotus: "Puisque haine et jalousies
abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas
pires encore en ce monde après son trépas." (réf) On lit aussi : "Dans le monde, à cette époque, les
gens seront très hostiles, et il sera extrêmement difficile
de croire."
Ou encore : "Beaucoup d'ignorants nous insulteront et médiront
de nous" (réf) et "Ils nous attaqueront à coups de sabre et de bâton,
de pierres et de tuiles (…) encore et encore, nous serons bannis."(réf)
Si moi, Nichiren, je n'étais pas né sur la terre du Japon,
ces passages du Sutra n'auraient été que de vaines
paroles dans la bouche du Bouddha - des mots vides de toute signification.
Ils auraient été comme des bourgeons fleurissant sans
donner de fruit, ou des coups de tonnerre jamais suivis de pluie. Ces
paroles d'or du Bouddha auraient été prononcées
en vain, et le Sutra du Lotus, dont chaque mot est véridique,
aurait été extrêmement mensonger. Lorsque je pense
à cela, j'ai l'impression d'être l'égal des sages
Zhiyi et Saicho,
et d'être supérieur à Lao-Zi
et Confucius.
Dans le Japon entier, je suis la seule personne à avoir récité
Namu Myoho Renge Kyo. Je suis comme le
premier grain de poussière à l'origine du mont Sumeru,
ou la seule goutte de rosée au départ du grand océan.
Mais, par la suite, deux, trois, dix, cent personnes se réuniront
pour réciter [ce mantra],
tant et si bien qu'il se répandra dans une province, deux provinces,
dans toutes les soixante-six provinces du Japon, en parvenant jusqu'aux
deux îles. Les personnes qui m'ont calomnié le réciteront
un jour de la même manière; et tous, du souverain jusqu'à
la multitude de ses sujets, comme c'est décrit dans le chapitre
Jinriki (réf)
du Sutra du Lotus, réciteront à l'unisson Namu
Myoho Renge Kyo. Même si les
arbres voulaient rester immobiles, le vent ne cesserait pas pour autant
de souffler; et si désireux que nous soyons de retenir le printemps,
il devra bien faire place à l'été.
Les Japonais ont une haute opinion du Sutra du Lotus, mais
parce qu'ils sont hostiles au moine Nichiren, ils refusent de réciter
Namu Myoho Renge Kyo. Pourtant, quand les
envahisseurs venus du grand royaume des Mongols frapperont de nouveau,
une fois ou deux, comme ils l'ont fait à Iki
et à Tsushima, attaquant
et tuant les hommes, et emmenant les femmes en captivité, livrant
bataille pour arriver jusqu'à Kyoto
la capitale, et jusqu'à la ville de Kamakura,
capturant le souverain lui-même, ses grands ministres et cent
personnages officiels, quand [les Mongols] les jetteront dans la poussière,
sous les sabots de leurs bœufs et de leurs chevaux, les frappant
à coups de pieds et les brutalisant de multiples façons
- comment les habitants du Japon pourront-ils éviter de réciter
Namu Myoho Renge Kyo.
Par le passé, à plusieurs reprises, j'ai été
frappé au visage avec le cinquième rouleau du Sutra
du Lotus (note),
mais je n'en ai pas éprouvé de colère. En fait,
j'en étais même ravi. Car être attaqué de
la manière décrite dans le chapitre
Fukyo (réf),
subir l'assaut prédit dans le chapitre
Kanji (réf)
est, en réalité, un grand honneur.
Mais, en voyant ces attaques, quelle honte doivent ressentir Bonten,
Taishaku, les divinités
du Soleil et de la Lune,
et les Quatre Rois du ciel, eux
qui firent le serment, en présence du Bouddha, de ne jamais permettre
à des hommes mauvais de frapper le Pratiquant
du Sutra du Lotus! Si ceux qui m'attaquent ne sont pas punis
en cette vie même, les conséquences n'en seront pas légères.
Non seulement ces divinités [pour ne pas les avoir punis] seront
détruites dans les Trois phases
de la vie, mais, en ce moment même, le Bouddha doit leur demander
de rendre compte de leurs actions. Et, si cela se produit, ce ne sera
en rien la faute de Nichiren! Ce sont plutôt ces divinités
elles-mêmes, en s'alliant aux moines qui s'opposent
au Dharma, qui appellent les catastrophes sur elles.
Lorsque je pense à tout cela, la sincérité avec
laquelle vous me faites parvenir un don de cinq
kan de pièces seifu, chaque
fois que vous en avez l'occasion, mérite de vous faire connaître
comme une personne qui propage le daimoku
du Sutra du Lotus au Japon. Peu à peu, lorsqu'une personne,
deux, mille, dix mille, cent mille, puis tous les habitants du pays,
en viendront à réciter daimoku,
avant même que vous le réalisiez, les bienfaits
dus à leur pratique s'accumuleront en vous. Ces bienfaits seront
comme les gouttes de rosée se rassemblant pour former un grand
océan, ou comme des grains de poussière s'accumulant jusqu'à
former un mont Sumeru.
Les dix Filles-démones,
en particulier, ont fait vœu de protéger ceux qui récitent
le daimoku du Sutra du Lotus;
ces divinités doivent donc veiller sur vous, Myomitsu
Shonin, ainsi que sur votre femme, comme une mère protège
son enfant unique. Elle vous chériront autant qu'un yak est attaché
à sa propre queue, et veilleront sur vous jour et nuit. Comme
c'est rassurant!
J'aimerais vous dire encore bien d'autres choses, mais je n'ai pas le
temps d'écrire plus en détail. S'il vous plaît,
expliquez bien tout cela à votre femme. Ce que j'écris
ici n'est pas flatterie à votre égard.
Plus on travaille l'or à la flamme, plus il acquiert de brillant;
plus on aiguise un sabre, plus il devient tranchant. Et plus une personne
vante les bienfaits du Sutra du Lotus, plus les bienfaits qu'elle
reçoit augmentent. Souvenez-vous que, parmi les vingt-huit
chapitres du Sutra du Lotus, seuls quelques passages sont
là pour révéler la vérité, mais qu'on
y trouve de très nombreuses phrases de louanges (note).
Nichiren
Le cinquième jour
du troisième mois intercalaire
ARRIERE-PLAN.
- Nichiren Daishonin écrivit cette lettre au mont Minobu, le
cinquième jour du troisième mois intercalaire de 1276,
à l'âge de cinquante-cinq ans. Elle était adressée
à Myomitsu Shonin, un croyant qui vivait à Kuwagayatsu,
à Kamakura. On sait peu de chose de Myomitsu, sinon que sa femme
et lui semblent avoir souvent envoyé des offrandes à Nichiren
Daishonin, dans son petit ermitage isolé du mont Minobu.
A l'époque où cette lettre fut écrite, les convertis
devenaient de plus en plus nombreux, grâce aux efforts de propagation
conduits, à Suruga et dans d'autres provinces, par Nikko Shonin,
le plus proche disciple de Nichiren Daishonin. A Kamakura aussi, les
croyants propageaient ce bouddhisme de manière plus active. Mais,
au fur et à mesure que le nombre de nouveaux croyants augmentait,
la répression gouvernementale se faisait également plus
sévère. Pourtant, Myomitsu et sa femme, avec d'autres
adeptes regroupés autour de Shijo Kingo, conservèrent
leur foi et persévérèrent, malgré diverses
épreuves dues à leurs efforts pour pratiquer et propager
l'enseignement de Nichiren Daishonin. (Commentaire ACEP)
En anglais : Letter to Myomitsu Shonin ou The Blessings of the Lotus Sutra
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_LetterMyomitsuShonin.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=673&m=0&q=