J'ai entendu dire que vous êtes malade. Est-ce vrai? Ce monde
est celui de l'impermanence. Même les gens bien portants ne peuvent
échapper à la mort, à plus forte raison les personnes
malades. Ceux qui ont l'esprit de recherche devraient donc penser à
leurs vies futures. Mais nos seules capacités ne nous permettent
pas de nous préparer en esprit à la vie prochaine. Nous
ne pouvons y parvenir qu'en nous appuyant sur les enseignements du Bouddha
Shakyamuni, maître originel
de tous les simples mortels.
Toutefois, les enseignements du Bouddha sont d'une grande diversité.
Est-ce parce que les pensées des êtres humains sont également
très diverses? Quoi qu'il en soit, Shakyamuni enseigna pendant
cinquante ans. Au cours des quarante et quelques premières années,
il exposa successivement: le Sutra
Kegon dans lequel il est dit: "L'esprit, bouddha et tous les êtres
vivants n'appartiennent pas à trois catégories distinctes";
les sutras Agama, énonçant
les principes de souffrance,
non-substantialité, impermanence,
et non-moi; le Sutra
Daijuku qui
affirme que l'on ne peut dissocier le pur de l'impur (note);
le Sutra Daibon hannya
qui énonce les principes d'identification mutuelle et de non-dualité;
et les sutras Muryoju,
Kammuryoju
et Amida, qui parlent
de la renaissance sur la Terre de la
Béatitude parfaite. Tous ces enseignements furent très
clairement exposés afin de sauver tous les êtres humains
aux périodes du Dharma correct,
du Dharma formel et des Derniers jours
du Dharma.
Néanmoins, pour une raison connue de lui seul, le Bouddha déclara,
dans le Sutra
Muryogi : "En exposant le Dharma de diverses façons,
je me suis servi de moyens habiles. Mais au cours de ces quarante et
quelques dernières années, je n'ai toujours pas révélé
la vérité." Comme un parent revenant sur les termes
d'une lettre de donation écrite précédemment, il
revint sur tous les sutras exposés pendant les quelque quarante
années précédentes, notamment ceux qui promettaient
la renaissance sur la Terre de la Béatitude parfaite, et il déclara
que "même si on les pratiquait avec ferveur pendant d'innombrables
asogi kalpa,
ils ne pourraient jamais conduire à l'Éveil." Il
réitéra cette affirmation dans le chapitre
Hoben (réf)
du Sutra du Lotus, lorsqu'il dit: "En rejetant
sincèrement les enseignements provisoires, j'exposerai uniquement
la Voie suprême". Par
"en rejetant les enseignements provisoires", il invitait à
rejeter le Nembutsu et les autres enseignements
exposés durant cette période d'une quarantaine d'années.
Après être ainsi très clairement revenu sur ses
enseignements antérieurs, il exprima sa véritable intention
en disant: "L'Honoré du
monde expose depuis longtemps ses doctrines, il est temps maintenant
qu'il révèle la vérité" (réf)
et "Pendant longtemps le Tathagata
a gardé le silence, il n'a pas enseigné immédiatement
la vérité essentielle."(réf)
Puis, le bouddha Taho sortit des
profondeurs de la Terre et apporta son témoignage en confirmant
la véracité de tout ce qui avait été dit
par Shakyamuni; après quoi les bouddhas des Dix
directions s'assemblèrent dans les Huit directions (note),
et leurs longues et larges langues
s'étirèrent jusqu'à toucher le séjoir
de Brahma. Tous les êtres des Deux Plans et des Huit
enseignements, réunis dans les Deux
lieux et les trois assemblées sans en excepter un seul, furent
témoins de cela.
Mais, sans parler des personnes mauvaises, des non-bouddhistes et des
croyants d'autres religions, même parmi les bouddhistes, certains,
ne tenant aucun compte de ces passages, ont une foi ardente en des enseignements
provisoires antérieurs au Sutra du Lotus, tels que
le Nembutsu. Ils le récitent avec
dévotion dix fois, cent fois, mille fois, dix mille fois, et
jusqu'à soixante mille fois par jour. Mais ils ne récitent
pas une seule fois Namu Myoho Renge Kyo
en dix ou vingt ans. N'est-ce pas préférer un acte de
donation annulé à sa version définitive? Aux yeux
des autres comme à leurs propres yeux, ceux qui agissent de la
sorte peuvent passer pour des bouddhistes fidèles, mais si nous
nous en tenons à l'enseignement du Bouddha lui-même, nous
voyons bien que, en réalité, ils ne le suivent pas.
C'est pourquoi il est dit, dans le deuxième volume du Sutra
du Lotus: "Maintenant, ce Monde
des trois plans est tout entier mon domaine. Les simples mortels
qui y vivent sont tous mes enfants. Ce monde est en proie à de
nombreuses difficultés et à des troubles dont je suis
seul à pouvoir les délivrer. Mais j'ai beau les instruire
et leur enseigner, ils ne parviennent ni à croire ni à
accepter mon enseignement
(note)."
Ce passage signifie que pour nous, simples mortels, le Bouddha Shakyamuni
est Parent, Maître et Souverain. Pour nous, simples mortels, Amida,
Yakushi et d'autres bouddhas
peuvent avoir la qualité de Souverain mais pas celle de Parent
ou de Maître. Shakyamuni est le seul et unique bouddha doté
de ces Trois vertus. Il existe
quantité de parents, mais aucun n'est son égal. Il y a
toutes sortes de maîtres et de souverains, mais aucun n'est plus
respectable. Comment ceux qui s'opposent à l'enseignement de
leur parent, maître et souverain pourraient-ils ne pas être
abandonnés par les divinités
du Ciel et de la Terre? C'est le plus grave manquement à la piété
filiale. Voilà pourquoi il est dit: "j'ai beau les instruire
et leur enseigner, ils ne parviennent ni à croire ni à
accepter mon enseignement." Quand bien même ils pratiqueraient
les sutras antérieurs
au Sutra du Lotus pendant cent, mille, dix mille ou cent mille
kalpa,
s'ils ne croient pas au Sutra du Lotus et s'ils ne récitent
jamais, ne serait-ce qu'une fois, Namu Myoho Renge
Kyo, ils n'accomplissent pas leur devoir de piété
filiale. Ils seront donc abandonnés par les êtres sacrés (note) des trois phases de la vie et des
Dix directions, et haïs par les divinités du Ciel et de
la Terre. C'est là le premier point des Cinq
guides pour la propagation.
Même en ayant commis les Cinq
forfaits, les Dix mauvaises
actions, ou d'innombrables autres méfaits, certaines personnes
peuvent atteindre la boddhéité si elles ont des capacités
supérieures. Devadatta
et Angulimala en sont l'exemple.
Et même des personnes de capacités médiocres peuvent
parvenir à l'Eveil si elles
s'abstiennent de commettre toute faute. Shuddhipanthaka
en est l'exemple. Nos capacités sont encore plus médiocres
que celles de Shuddhipanthaka. Nous ne
distinguons pas mieux les couleurs et les formes que l'oeil d'un mouton.
Nos états d'avidité,
d'asura, d'ignorance sont si profonds
que nous commettons chaque jour les Dix mauvaises actions et, même
sans commettre les Cinq forfaits, nous nous rendons quotidiennement
coupables de fautes similaires.
De plus, chacun s'oppose au Dharma
faute plus grave encore que les Dix mauvaises actions ou les Cinq forfaits.
Rares sont ceux qui, en s'opposant au Sutra du Lotus, le dénigrent
ouvertement, mais très peu ont véritablement foi en lui.
Certains donnent l'apparence de croire, mais, en réalité,
leur foi en ce Sutra est bien inférieure à celle
qu'ils accordent au Nembutsu ou à
d'autres enseignements. Et même ceux dont la foi est profonde
ne réfutent pas les ennemis du Sutra du Lotus. Quelle
que soit l'importance de nos bonnes actions, même si nous lisons
et copions mille ou dix mille fois l'intégralité du Sutra
du Lotus, ou même si nous maîtrisons la méditation
sur le principe d' ichinen
sanzen, si nous nous abstenons de réfuter les ennemis du
Sutra du Lotus, cela suffit pour nous rendre impossible l'atteinte
de l'Eveil. Imaginons une personne, au service de la Cour impériale.
Elle s'est peut-être acquittée correctement de sa tâche
pendant dix ou vingt ans. Mais si, connaissant l'existence d'un ennemi
de l'empereur, elle ne prévient pas la Cour et n'éprouve
pas personnellement de haine à l'égard de cet ennemi,
tous les mérites acquis en de longues années de service
s'en trouveront effacés; au contraire, on la tiendra pour responsable
du crime. Il faut savoir que les gens de notre époque commettent
des oppositions au Dharma. C'est le deuxième point des Cinq
guides pour la propagation.
On appelle les mille ans qui suivirent la mort du Bouddha l'époque
du Dharma correct, période où ceux qui observaient les
préceptes étaient
nombreux et où certains parvinrent à l'Eveil. Les mille
ans de l'époque du Dharma correct ont été suivis
d'une période de mille ans également, l'époque
du Dharma formel. Durant cette période, ceux qui transgressèrent
les préceptes étaient nombreux, et rares furent ceux qui
parvinrent à l'Eveil. Cette époque du Dharma formel est
suivie par celle des Derniers jours
du Dharma, d'une durée de dix mille ans. Au cours de cette
période, les êtres humains n'observent pas les préceptes
et ne les transgressent pas non plus; le pays est empli uniquement de
personnes ignorant les préceptes. D'ailleurs, on l'appelle l'ère
de l'impureté et du désordre. A une époque non
corrompue, dans une ère de pureté, les hommes peuvent
rejeter ce qui est erroné et reconnaître ce qui est juste,
de même qu'un morceau de bois tordu peut être redressé
en suivant le tracé au cordeau d'un charpentier.
Au cours des époques du Dharma correct et du Dharma formel, les
Cinq impuretés sont
apparues et se sont développées de plus en plus, et à
l'époque des Derniers jours du Dharma, elles pullulent. Elles
font rage, non seulement comme des lames gigantesques qui, poussées
par l'ouragan, viennent s'écraser sur le rivage, mais comme d'énormes
vagues s'attaquant l'une l'autre. L'impureté de la pensée
est telle que, une fois passées les époques du Dharma
correct et du Dharma formel, en transmettant un enseignement mineur
erroné, les hommes détruisent le Dharma d'une vérité
insondable. Et ceux qui tombent dans les Voies
mauvaises parce que leur conception du bouddhisme est erronée
sont encore plus nombreux que ceux qui y tombent pour avoir commis des
crimes dans la société.
Maintenant, les deux mille ans des époques du Dharma correct
et du Dharma formel se sont écoulés, et nous sommes déjà
entrés dans l'époque des Derniers
jours du Dharma depuis plus de deux cents ans. Nous sommes désormais
dans l'époque où, parce que l'impureté de la pensée
prévaut, ceux qui tombent dans les Voies
mauvaises en croyant créer de bonnes causes sont plus nombreux
que ceux qui y tombent en commettant des crimes. Même un ignorant
peut reconnaître les mauvaises actions pour ce qu'elles sont et
s'abstenir de les commettre. C'est comme éteindre un feu avec
de l'eau. Mais, en pensant que toutes les bonnes actions se valent,
les gens accomplissent des gestes de petite bonté sans comprendre
qu'ils commettent du même coup un grand mal. Aussi, lorsqu'ils
voient se délabrer des sanctuaires associés à Saicho,
à Ennin et à d'autres
Grands maîtres, ils les laissent tomber en ruines sous prétexte
que ces petits temples ne sont pas consacrés au Nembutsu.
Ils préfèrent construire, à côté de
ces sanctuaires, des bâtiments consacrés à la pratique
du Nembutsu, et les terrains appartenant
aux anciens sanctuaires sont confisqués au profit des édifices
nouvellement érigés. Si l'on en croit un passage du Sutra
Zobo Ketsugi, de telles actions engendreront peu de bienfaits. Il
faudrait bien comprendre que même une action de médiocre
bonté peut entraîner dans les Voies
mauvaises si elle rend impossible une action de plus grande bonté.
Nous sommes au début de l'époque des Derniers jours du
Dharma. Ceux qui pouvaient parvenir à l'Eveil grâce aux
enseignements du Hinayana ou
du Mahayana provisoire ont tous
disparu. Demeurent uniquement des gens que le sutra du Mahayana
définitif a seul le pouvoir de sauver. Sur une petite embarcation,
il est impossible de transporter un énorme rocher. Les personnes
mauvaises ou ignorantes sont comparables à un énorme rocher,
et les sutras du Hinayana et du Mahayana
provisoire, au nombre desquels le Nembutsu,
à une petite embarcation. Si l'on voulait guérir des plaies
purulentes par des bains d'eau chaude dans une source thermale, un traitement
aussi léger n'aurait aucun effet pour un mal aussi grave. Pour
nous qui vivons à l'époque corrompue des Derniers jours
du Dharma, pratiquer le Nembutsu et d'autres
enseignements est aussi inutile que de planter du riz en hiver; cela
ne correspond pas au temps. Voilà le troisième point des
Cinq guides pour la propagation.
Il faut également avoir une compréhension correcte du
pays. Dans chaque pays, l'esprit des gens est différent. Un oranger
du sud du fleuve Yangtsé, transplanté
au nord de la rivière Hui, devient
un oranger à feuilles triples. Même des végétaux
et des arbres non dotés de conscience évoluent en fonction
du lieu. Comment des êtres dotés d'esprit ne changeraient-ils
pas encore davantage en fonction du lieu où ils se trouvent!
Un ouvrage d'un Maître du
Tripitaka, Xuanzang,
le Daito Saiiki Ki, décrit
abondamment plusieurs royaumes d'Inde aux caractéristiques très
différentes: dans certaines contrées, les habitants ne
respectent pas les règles de la piété filiale,
alors que dans d'autres ils les observent. Dans certains pays, l'état
de colère domine, alors que dans d'autres, c'est l'ignorance
qui prévaut. On trouve des pays où sont pratiqués
uniquement les enseignements du Hinayana,
d'autres, exclusivement ceux du Mahayana,
d'autres encore où l'on passe indifféremment des pratiques
du Mahayana à celles du Hinayana.
Dans certains pays, les meurtres sont fréquents, ailleurs, le
vol est courant; certains pays produisent principalement du riz, et
d'autres, du millet. Telle est la grande diversité des pays en
Inde.
On peut se demander quel enseignement doit suivre le Japon pour que
ses habitants se libèrent des souffrances
de la naissance et de la mort. A cet égard on lit dans le Sutra
du Lotus: "Après la disparition du Bouddha, je propagerai
largement le Sutra à travers tout le continent de Jambudvipa,
sans jamais laisser son flot tarir."(réf)
Le passage indique que le Sutra du Lotus convient parfaitement
aux habitants de Jambudvipa, le continent
du Sud. Le bodhisattva Maitreya
déclara: "A l'Est se trouve un petit pays que les aptitudes
de ses habitants prédisposent exclusivement aux enseignements
du Mahayana
(note)."
Selon ce passage de traité, à l'Est du Jambudvipa,
se trouve un petit pays que les capacités de ses habitants rendent
particulièrement aptes à recevoir le Sutra du
Mahayana définitif. Dans son commentaire,
Seng-zhao
indique: "Ce sutra est lié à un petit pays du Nord-Est."(réf)
Le Sutra du Lotus a donc un lien avec un pays du Nord-Est.
L'éminent moine Annen déclara:
"Dans mon pays, le Japon, tous croient dans le Mahayana."(réf)
Dans le Ichijo Yoketsu, Genshin
affirme: "Les habitants du Japon tout entier ont en commun la capacité
de parvenir à la boddhéité grâce à
l'enseignement parfait
du Sutra du Lotus."
Ainsi, selon l'opinion exprimée avec autorité avant moi
par le Bouddha Shakyamuni, le bodhisattva Maitreya,
les maîtres du Tripitaka
Shuryasoma et Kumarajiva,
le maître du Dharma Seng-zhao,
le moine éminent Annen et
le supérieur des moines Genshin,
les habitants de ce pays nommé Japon, de par leurs capacités,
ont un lien tout particulier avec le Sutra du Lotus. Ceux qui
pratiquent ne serait-ce qu'un verset ou un vers de ce Sutra
sont certains d'atteindre la boddhéité
car c'est l'enseignement qui leur correspond. On peut comparer cela
à l'attraction de la limaille de fer par un aimant, ou au dépôt
de gouttes de rosée sur un miroir (note).
D' autres pratiques de dévotion telles que le Nembutsu
n'ont aucun rapport avec notre pays. Elles sont comme un aimant n'attirant
pas le fer, ou un miroir sur lequel la rosée ne peut adhérer.
C'est pourquoi Annen déclare dans
ses commentaires: "Ne pas utiliser l'enseignement du Véhicule
unique, c'est se tromper soi-même et tromper les autres."
(réf) Ce passage indique que ceux qui enseignent aux habitants du Japon un
sutra autre que le Sutra du Lotus, non seulement se trompent
eux-mêmes mais, du même coup, égarent les autres.
Il faut toujours tenir compte du pays lorsqu'on propage les enseignements
bouddhiques. Il ne faut pas penser qu'un enseignement, parce qu'il convient
à un pays, convient nécessairement à un autre.
C'est là le quatrième point des Cinq guides pour la propagation.
Enfin, dans un pays où le bouddhisme s'est déjà
répandu, il faut aussi prendre en considération l'ordre
de propagation. Pour propager le bouddhisme, il faut savoir quel enseignement
a déjà été dispensé auparavant. De
même, avant de prescrire un remède à un malade,
il faut savoir quelle sorte de médication lui a déjà
été administrée. Sinon, les différents médicaments
peuvent avoir des effets contraires, et aller jusqu'à mettre
la vie du malade en danger. Pareillement, diverses pratiques bouddhiques
peuvent entrer en conflit et s'annuler mutuellement, jusqu'à
porter atteinte à la vie de ceux qui les associent.
Dans un pays où seuls des enseignements non bouddhiques ont été
jusqu'alors propagés, il convient d'utiliser le bouddhisme pour
les réfuter. C'est ce que fit le Bouddha en Inde en réfutant
les principes des brahmanes;
Kashyapa Matanga et Chu
Fa-lan se rendirent en Chine et polémiquèrent
avec les taoïstes; et le prince Jogu,
né ici, au Japon, vainquit Moriya
par l'épée. Le même principe vaut à l'intérieur
du bouddhisme même. Dans un pays où il s'est répandu,
il faut combattre le Hinayana à
l'aide des sutras du Mahayana, comme le
fit le bodhisattva Asanga lorsqu'il
réfuta les enseignements du Hinayana
pronés par Vasubandhu.
Dans un pays où il a été propagé, il faut
réfuter le Mahayana provisoire en
exposant le Mahayana définitif qui
permit au Grand-maître Zhiyi
de remporter la victoire sur les Trois
écoles de Chine du Sud et les sept écoles de Chine
du Nord.
Pour ce qui est de notre pays, le Japon, voilà plus de quatre
cents ans que la doctrine des deux écoles, Tendai
et Shingon, s'y est propagée.
Pendant cette période, on a généralement admis
que les capacités des quatre catégories de bouddhistes,
moines, nonnes, hommes et femmes laïques, convenaient parfaitement
au Sutra du Lotus. Tous, bons ou mauvais, sages ou ignorants,
peuvent connaître le bienfait
continu jusqu'à la cinquantième
personne. On peut les comparer aux monts Kun-lun,
où l'on ne peut trouver aucune pierre sans valeur, ou bien à
l'île montagneuse de P'eng-lai, totalement
dépourvue de plantes vénéneuses.
Toutefois, il y a une cinquantaine d'années environ apparut Honen,
un homme qui s'opposa ouvertement au Dharma. Il abusa tous les simples
mortels en leur présentant un simple caillou comme une pierre
précieuse, en les incitant à jeter le véritable
joyau qu'ils possédaient déjà et à le remplacer
par ce caillou-là. Cela correspond à ce que le cinquième
volume du Maka
Shikan appelle "prendre des bouts de tuile et
des cailloux pour des joyaux brillants." Tous serrent dans leurs
mains un vulgaire caillou en pensant qu'il s'agit d'un joyau précieux.
Autrement dit, ils abandonnent le Sutra du Lotus pour réciter
le nom du bouddha Amida. Mais lorsque je
leur dis cela, ils deviennent furieux et calomnient
le Pratiquant du Sutra du Lotus et, ce faisant, aggravent
le karma de tomber dans l'enfer
avici. Voilà le cinquième
point des Cinq guides pour la propagation.
Vous-même, en tenant compte de mes affirmations, vous avez rejeté
le Nembutsu pour pratiquer le Sutra
du Lotus. Mais à l'heure actuelle, vous êtes probablement
redevenu adepte du Nembutsu. Souvenez-vous
pourtant qu'abandonner le Sutra du Lotus pour la pratique du
Nembutsu, c'est être comme un rocher
qui, lâché du sommet d'une montagne, déboule dans
la vallée; comme la pluie qui, en tombant du ciel, se retrouve
à terre. Il ne fait aucun doute que la personne qui agit ainsi
tombera dans le grand enfer avici. Ceux
qui avaient créé un lien avec les fils du bouddha Daitsu
ont dû passer dans les Voies
mauvaises une durée égale à sanzen-jintengo,
et ceux qui avaient reçu la graine de la boddhéité
dans le lointain passé, ont été contraints d'y
demeurer pendant une durée équivalente à gohyaku-jintengo.
Et ce parce que, en suivant de très mauvais
amis, ils ont abandonné le Sutra du Lotus pour retomber
dans des enseignements provisoires tels que le Nembutsu.
Si les membres de votre famille sont des adeptes du Nembutsu,
ils vous conseillent probablement de le pratiquer. Cela se comprend
aisément puisqu'eux-mêmes ont foi en cet enseignement.
Mais considérez-les comme des personnes qui se sont laissé
tromper par Honen et ses disciples, serviteurs
du démon. Faites surgir une foi inébranlable et ne tenez
pas compte de leurs propos. Ce sont des stratagèmes du grand
démon qui se déguise
en moine vénérable ou pénètre dans le coeur
d'un père, d'une mère ou d'un frère pour faire
obstacle à notre bonheur dans la vie future. Quoi qu'ils vous
disent, et quelles que soient les ruses qu'ils emploient pour vous pousser
à abandonner le Sutra du Lotus, ne vous laissez pas
convaincre.
Pensez-y: s'il existait des textes prouvant de manière irréfutable
que la pratique du Nembutsu conduit à
la renaissance sur la Terre pure,
alors que j'affirme depuis douze ans que les adeptes du Nembutsu
tomberont dans l'enfer avici, d'où
vient que ces derniers, en aucune circonstance, ne les aient jamais
utilisés contre moi? A vrai dire, leurs arguments doivent être
bien faibles! Moi, Nichiren, je connais des enseignements comme ceux
de Honen et de Shan-dao
depuis l'âge de dix-sept ou dix-huit ans. Et les discours tenus
de nos jours ne sont pas plus convaincants.
Sachant bien qu'ils ne pourraient pas l'emporter sur moi dans un débat
de doctrine, ils essaient de me vaincre par la force et la supériorité
numérique. Les croyants du Nembutsu
se comptent par dizaines de millions et bénéficient de
très nombreux soutiens. Moi, Nichiren, je suis seul, sans le
moindre allié. On a peine à comprendre comment je suis
encore vivant. Cette année même, le 1le jour du 11e mois,
entre l'heure du Singe et l'heure du Coq [vers cinq heures de l'après-midi],
sur la grand-route de Matsubara,
à Tojo, dans la province d'Awa,
plusieurs centaines d'adeptes du Nembutsu
m'ont tendu une embuscade. J'étais sans escorte. Je n'avais près
de moi qu'une dizaine d'hommes dont trois ou quatre tout au plus étaient
capables d'offrir une quelconque résistance. Une pluie de flèches
s'est abattue sur nous, et les sabres ont fondu sur nos têtes
à la vitesse de l'éclair. L'un de mes disciples a été
tué sur le champ, et deux autres ont été gravement
blessés. J'ai moi-même été frappé
et blessé, et je me suis demandé si ma dernière
heure n'était pas venue. Mais contre toute attente, j'ai réussi
à échapper à cette attaque et à survivre
jusqu'à présent.
Cela n'a fait que rendre plus forte encore ma foi dans le Sutra
du Lotus. On lit, dans le quatrième volume du Sutra:
"Puisque haines et jalousies envers ce Sutra abondent déjà
du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore dans le monde
après son trépas?"(réf)
Et dans le cinquième volume : "Il y aura beaucoup d'hostilité
dans le monde et il sera difficile de croire [en ce sutra]."(réf)
Ici, au Japon, nombreux sont ceux qui lisent et étudient le Sutra
du Lotus. Beaucoup aussi ont été condamnés
à subir sévices et châtiments pour avoir essayé
de séduire une femme mariée, pour vol, ou pour divers
autres crimes. Mais jamais personne encore n'avait reçu de blessures
pour sa seule fidélité au Sutra du Lotus. Les
Japonais qui croient en ce sutra n'ont donc pas encore vérifié
la justesse des passages que je viens de citer. Moi seul, Nichiren,
ai lu le Sutra avec ma propre vie. Je comprends le sens du
passage: "Nous ne sommes attachés ni à notre corps
ni à notre vie; notre seul désir est d'accéder
à la Voie suprême."(réf) Je suis donc, moi, Nichiren, le premier Pratiquant
du Sutra du Lotus au Japon.
Si vous quittez cette vie avant moi, allez vous présenter devant
Bonten, Taishaku,
les Quatre grands rois du ciel et
le grand roi Yama. Dites-leur que
vous êtes un disciple du moine Nichiren, le premier Pratiquant
du Sutra du Lotus au Japon. Et il serait impossible alors qu'ils
vous reçoivent mal. Mais si vous avez le coeur divisé,
si vous pratiquez tantôt le Nembutsu
tantôt le Sutra du Lotus, par crainte de ce que pourraient
dire les autres, vous aurez beau leur dire que vous êtes un disciple
de Nichiren, ils ne vous prêteront pas attention. Si tel était
le cas, il ne faudrait pas m'en tenir rigueur. Toutefois, le Sutra
du Lotus a le pouvoir d'exaucer nos prières en cette vie-ci,
vous pouvez donc surmonter votre maladie et survivre. J'aimerais alors
vous rendre visite le plus rapidement possible et parler avec vous.
Une lettre ne suffit pas pour tout dire, et dans celle-ci je ne trouve
pas les mots pour exprimer toute ma pensée. J'en resterai là
pour l'instant.
Avec mon profond respect,
Nichiren
Le 13e jour du 12e mois de la première année de Bun'ei
[1264]
ARRIÈRE-PLAN - Nichiren Daishonin écrivit
cette lettre le 13e jour du 12e mois de 1264, à l'âge de
quarante-trois ans. Son destinataire était Nanjo Hyoe Shichiro,
le père de Nanjo Tokimitsu. Un mois environ s'était écoulé
depuis que Tojo Kagenobu, administrateur du village de Tojo, avait tenté
de tuer Nichiren Daishonin à Komatsubara, dans la province d'Awa,
le 11e jour du 11e mois. La haine de Kagenobu, fervent adepte du Nembutsu,
avait déjà contraint Nichiren Daishonin à fuir
Awa, juste après la première proclamation publique de
son enseignement en 1253, et il n'avait pu y retourner depuis. Cependant,
en 1264, un an après le pardon qui lui permit de revenir de l'exil
d'Izu, et alors qu'il séjournait de nouveau à Kamakura,
Nichiren Daishonin, apprenant que sa mère était gravement
malade, regagna sa province natale malgré les dangers que présentait
pour lui un tel voyage. Ses prières pour le rétablissement
de sa mère ayant été suivies d'effet, il demeura
à Awa et se consacra à la propagation du Dharma merveilleux.
A ce moment-là, un croyant nommé Kudo Yoshitaka invita
Nichiren Daishonin à lui rendre visite. Alors qu'il se rendait
d'un temple appelé Renge-ji à la résidence de Yoshitaka,
Nichiren Daishonin et les personnes qui l'accompagnaient tombèrent
dans une embuscade tendue par Tojo Kagenobu et ses hommes au lieu-dit
Komatsubara. On connaît cet incident sous le nom de Persécution
de Komatsubara. Même après cette agression délibérée,
Nichiren Daishonin demeura à Awa où il poursuivit ses
efforts de propagation.
Peu après la persécution de Komatsubara, Nichiren Daishonin
apprit que Nanjo Hyoe Shichiro était tombé malade et lui
écrivit cette lettre pour l'encourager. Nanjo Hyoe Shichiro était
l'administrateur du village d'Ueno dans le district du Fuji, dans la
province de Suruga. On l'appelait aussi le seigneur Ueno. Entre 1260
et 1261, ou peut-être entre 1263 et 1264, au cours d'un voyage
officiel à Kamakura, il rencontra Nichiren Daishonin et se convertit
à son enseignement. Cependant, il ressort de cette lettre qu'il
demeurait profondément attaché à sa croyance antérieure
dans le Nembutsu et qu'il hésitait à se consacrer exclusivement
à la pratique du Sutra du Lotus.(Commentaire
ACEP)
En anglais : Encouragement to a Sick Person
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_EncourageSickPerson.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=82&m=0&q=