Voici les points essentiels concernant le chapitre
Yakuo
(réf):
ce chapitre se trouve dans le septième volume, et c'est le vingt-troisième
parmi les vingt-huit chapitres
composant le Sutra du Lotus.
Le premier volume du Sutra comprend deux chapitres, Jo
(réf)
et Hoben (réf).
Le chapitre Jo (réf)
sert d'introduction à l'ensemble des vingt-huit chapitres.
Les huit chapitres qui vont du chapitre
Hoben (réf)
jusqu'au chapitre Ninki (réf)
traitent principalement de l'atteinte de la boddhéité
par les personnes des Deux véhicules
et, accessoirement, par les bodhisattvas
et les personnes ordinaires.
Les cinq chapitres suivants - Hosshi
(réf),
Hoto (réf),
Daibadatta, Kanji
(réf)
et Anraku
(réf)-
indiquent de quelle manière les enseignements des huit chapitres
précédents [du II au IX] doivent être mis en pratique
par les personnes ordinaires à l'époque des Derniers
jours du Dharma.
Le chapitre suivant, Yujutsu
(réf),
est une introduction au chapitre Juryo
(réf).
Les douze chapitres qui suivent, à partir du chapitre Fumbetsu
kudoku (réf),
indiquent essentiellement comment les principes du chapitre Juryo
(réf)
doivent être appliqués
par les personnes ordinaires à l'époque des Derniers
jours du Dharma, et, accessoirement, comment mettre en pratique
les principes énoncés dans les huit chapitres à
partir de Hoben (réf).
Par conséquent, le chapitre Yakuo
explique comment il convient de concrétiser à la fois
l'enseignement des huit chapitres commençant par Hoben
(réf)
et les principes énoncés dans le chapitre Juryo
(réf).
Le chapitre Yakuo
contient dix images, la première étant la comparaison
avec le grand océan. J'expliquerai d'abord sommairement cette
image. Jambudvipa, le continent
du sud, compte 2500 rivières; Godaniya,
le continent de l'ouest, en compte 5000. L'ensemble des quatre
continents totalise 25900 rivières. Certains de ces cours
d'eau sont longs de quarante lieues, d'autres de cent lieues, quelques
uns seulement d'une lieue, d'une demi-lieue ou de quelques brasses.
Mais aucun d'eux n'égale en profondeur le grand océan.
Parmi des sutras antérieurs au Sutra
du Lotus tels que Kegon,
Agon, Hodo,
Hannya,
Jimmitsu, Amida, Nirvana,
Vairocana, Kongocho,
Soshitsuji et
Mitsugon, parmi
tous les sutras enseignés par les bouddhas Shakyamuni, Vairocana,
Amida, Yakushi,
et par les divers bouddhas des Trois
phases de l'existence, le Sutra du Lotus est le plus élevé.
Les autres sont donc comparables à des grands fleuves, à
des rivières moyennes et petites, tandis que le Sutra du
Lotus est semblable au grand océan.
L'océan possède dix caractéristiques remarquables
qui marquent sa supériorité sur les rivières. Premièrement,
l'océan devient de plus en plus profond, ce qui n'est pas vrai
des rivières. Deuxièmement, l'océan rejette les
cadavres, ce que ne font pas les rivières. Troisièmement,
les rivières et les fleuves perdent, en se jetant dans l'océan,
le nom qu'ils possédaient auparavant. Quatrièmement, l'eau
de l'océan a partout la même saveur, ce qui n'est pas vrai
des rivières. Cinquièmement, l'océan recèle
des trésors que l'on ne trouve pas dans les rivières.
Sixièmement, la profondeur de l'océan est immense, mais
pas celle des rivières. Septièmement, l'étendue
de l'océan est si grande que l'on n'en voit pas les limites,
alors que les limites des rivières sont visibles. Huitièmement,
l'océan abrite des espèces vivantes de grande taille,
introuvables dans les rivières. Neuvièmement, l'océan
connaît le flux et le reflux des marées, ce qui n'est pas
le cas des rivières. Et dixièmement, à la différence
des rivières, l'océan peut absorber l'eau de pluies torrentielles
ou de fleuves gigantesques sans jamais déborder.
Ainsi, le Sutra du Lotus a dix qualités, tandis que
les autres sutras ont dix défauts. Dans le cas du Sutra,
les bienfaits qu'il procure sont de plus en plus profonds, et se transmettent
jusqu' à la cinquantième
personne qui l'entend. Alors que les autres sutras, incapables de
procurer des bienfaits même à la première personne
qui les entend, seraient bien en peine d'en procurer à la deuxième,
troisième, quatrième, encore moins la cinquantième.
Les rivières peuvent être profondes, mais aucune n'égale
en profondeur les parties les moins profondes de l'océan. Les
divers autres sutras peuvent bien proclamer qu'un seul caractère
ou une seule strophe des textes qui les composent ou que les Dix
méditations ont le pouvoir de sauver ceux qui subissent les
rétributions négatives dues aux Dix
mauvaises actions ou aux Cinq
forfaits - ces bienfaits sont encore inférieurs à
ceux qu'obtient même la cinquantième personne à
se réjouir d'entendre ne serait-ce qu'un seul caractère
ou une seule strophe du Sutra du Lotus.
Dans le cas du Sutra du Lotus, de même que l'océan
ne conserve pas les cadavres, une personne qui s'oppose
au Dharma et au Sutra sera rejetée par le Sutra,
même si c'est par ailleurs une personne de grande bonté.
Cela sera encore plus vrai d'une personne mauvaise ajoutant à
ses mauvaises actions le crime d'opposition au Dharma! Si elle respecte
le Sutra du Lotus, une personne qui n'a pas foi
en d'autres sutras est certaine d'atteindre la boddhéité.
Par contre, on peut avoir foi en d'autres sutras, si l'on s'oppose au
Sutra du Lotus, on tombera inéluctablement dans la grande
citadelle de l'enfer avici.
Parlons maintenant de la huitième vertu de l'océan, sa
capacité à abriter des créatures de grande taille.
L'océan contient des poissons géants comme celui qu'on
appelle makara. On dit que l'enfer
avici mesure quatre-vingt mille
yojana de long et autant de large.
Mais une personne qui tombe dans cet enfer pour avoir commis l'un des
Cinq forfaits en remplit à
elle seule tout l'espace. Ainsi, celles qui résident dans cet
enfer, personnes ayant commis un ou plusieurs des Cinq
forfaits, sont des formes de vie de très grande taille.
Ces petites rivières ou ces grands fleuves que sont les autres
sutras ne contiennent pas de poissons de la taille du makara,
mais on en trouve bel et bien dans le grand océan du Sutra
du Lotus. De même, dans les autres sutras, il n'est pas dit
que les personnes ayant commis un ou plusieurs des Cinq forfaits pourront
atteindre la boddhéité. Ou même si certains sutras
le prétendent, ils ne font que l'affirmer sans révéler
encore le véritable principe.
C'est pourquoi, dans son commentaire sur le Sutra du Lotus,
Zhiyi, le Grand-maître de
sagesse qui avait mémorisé tous les enseignements
sacrés exposés par le Bouddha de son vivant, déclare:
"Les autres sutras prédisent que seuls les bodhisattvas
parviendront à l'Eveil, mais pas les personnes des Deux
véhicules. Ils annoncent que seules les personnes bonnes
atteindront la boddhéité mais pas les personnes mauvaises...
Ce Sutra [du lotus], lui, prédit que tous les êtres
vivants parviendront à la boddhéité."
(réf)
Je n'irai pas plus loin dans l'explication des dix vertus de l'océan.
En deuxième lieu vient la comparaison avec les montagnes. Le
Sutra dit que parmi les dix montagnes aux trésors et
parmi toutes les montagnes, le mont Sumeru
est le plus élevé. Les dix montagnes aux trésors
sont : premièrement, Sessen [Montagne
neigeuse]; deuxièmement, Kosen [Montagne
aux parfums]; troisièmement, le mont Khadira;
quatrièmement, Sen sho sen [Mont
des immortels et des sages]; cinquièmement, le mont Yugamdhara
[Yukenda-sen]; sixièmement, le mont
Meni [Meni-sen]
; septièmement, le mont Nimindhara [Nimindara-sen];
huitièmement, le mont Chakravada
[Shakara-sen] ; neuvièmement, le
mont Shukue-sen [Sagesse du passé];
et dixièmement, le mont Sumeru.
Parmi ces dix montagnes, les neuf premières sont comparables
aux divers autres sutras, ce sont des montagnes ordinaires. Chacune
d'elles contient un seul trésor. Mais le mont Sumeru
contient des trésors multiples et, pour cette raison, leur est
supérieur. C'est comme l'or de Jambunada,
incomparablement plus précieux que l'or ordinaire.
Le Sutra Kegon
énonce le principe que la conscience seule crée le monde
phénoménal; les sutras Hannya
enseignent qu'il y a dix-huit sortes de non-substantialité;
le Sutra Vairocana
définit les cinq aspects de la méditation pour parvenir
à la boddhéité, et dans le Sutra
Kammuryoju se trouve le principe de la renaissance sur la Terre
pure. Mais le principe de l'atteinte
de la boddhéité sans changer d'apparence (sokushin
jobutsu), contenu dans le Sutra du Lotus, les dépasse
tous.
Le mont Sumeru est de couleur dorée.
Tout être qui s'en approche, qu'il s'agisse d'un bœuf ou
d'un cheval, d'un être humain ou d'un être céleste,
d'un oiseau ou de toute autre créature, perd invariablement sa
couleur d'origine et se teinte d'une couleur dorée. Cela ne se
produit sur aucune autre montagne. De même, les autres sutras,
quand ils sont placés à côté du Sutra du
Lotus, perdent leur couleur originelle. Ils sont comme des objets noirs
qui, une fois exposés à la lumière du soleil et
de la lune, perdent leur couleur. Ainsi en est-il des multiples couleurs
que sont les principes de la renaissance sur une autre Terre ou de l'atteinte
de la boddhéité décrite dans les autres sutras
: ils perdent leur sens lorsqu'ils sont exposés à la lumière
du Sutra du Lotus.
En troisième lieu vient la comparaison avec la lune. Certaines
étoiles peuvent éclairer sur une distance d'une demi-lieue
(note),
d'autres sur une distance d'une lieue ou de huit lieues mais aucune
ne peut jamais éclairer sur plus de seize lieues. La lune, par
contre, peut illuminer sur plus de huit cents lieues. Chaque étoile
a son propre rayonnement mais aucune ne peut rivaliser avec l'éclat
de la lune.
Même sous la lumière additionnée de millions et
de millions d'étoiles, de toutes les étoiles des quatre
continents, d'un système majeur
de mondes et de tous les mondes des Dix
directions, cette clarté resterait toujours inférieure
à celle de la lune toute seule. Comment pourrait-on prétendre
alors que la clarté répandue par une seule étoile
est plus forte que celle de la lune?
Ainsi, même si l'on réunissait tous les divers sutras -
Kegon, Agon, Hodo, Hannya, Nirvana,
Vairocana et
Kammuryoju - ils ne seraient même pas l'équivalent
d'un seul caractère du Sutra du Lotus.
Il existe Trois catégories
d'illusions inhérentes à l'esprit de tous les êtres
humains: celles de la pensée, du désir et les illusions
aussi nombreuses que les grains de poussière et de sable, illusions
sur la véritable nature de l'existence. Le karma
créé par les Dix mauvaises actions et les Cinq forfaits
- tout cela peut aussi se comparer à une nuit obscure. Le sutra
Kegon et les divers autres sutras sont semblables à
des étoiles dans cette nuit profonde, mais le Sutra du Lotus
y figure la lune. Ceux dont la foi dans le Sutra du Lotus est
peu profonde sont éclairés dans cette nuit sombre par
une demi-lune. Mais pour ceux dont la foi est profonde, c'est comme
si la pleine lune dissipait les ténèbres.
Par une nuit sans lune, sans autre lumière que celle des étoiles,
des personnes fortes ou résolues sortiront de chez elles, mais
les personnes âgées et les femmes n'oseront pas se promener.
Alors que si la lune est pleine, même les femmes et les personnes
âgées vont où bon leur semble, à une fête
ou à une réunion. De même, il est dit dans les divers
sutras que les bodhisattvas et les personnes de grandes capacités
parviendront à la boddhéité. Mais les personnes
des Deux véhicules, les personnes ordinaires, les personnes mauvaises
et les femmes, ou encore les personnes qui vivront à une époque
future, âgées, oisives et n'observant pas les préceptes,
ne reçoivent pas l'assurance de renaître sur la Terre
pure ou d'atteindre la boddhéité. Le Sutra du
Lotus est différent parce qu'il y est clairement affirmé
que les personnes des Deux véhicules, tout comme les personnes
mauvaises et les femmes, atteindront la boddhéité. A plus
forte raison les bodhisattvas et les personnes de grandes capacités.
Par ailleurs, la lune est plus brillante à l'approche de l'aube
qu'au début de la nuit, plus éclatante en automne et en
hiver qu'au printemps et en été. De même, le Sutra
du Lotus procure plus de bienfaits
aux êtres humains à l'époque des Derniers jours
du Dharma que pendant les deux mille ans des époques du Dharma
correct et du Dharma formel.
Question. Avez-vous des
preuves écrites pour appuyer ce que vous avancez?
Réponse. C'est
d'une évidence éclatante. Il est dit encore, plus loin
dans le chapitre Yakuo ):
"Après ma disparition, dans la cinquième
période de cinq cents ans, propagez largement le Sutra
du Lotusà travers tout le Jambudvipa,
et ne laissez jamais son flot tarir." Ce passage du Sutra,
exhortant à une large propagation dans tout le Jambudvipa
deux mille ans après la disparition du Bouddha Shakyamuni, justifie
la troisième comparaison avec la lune. Le Grand-maître
Kompon, plus connu sous le nom de Grand-maître
Saicho, le commente en disant:
"Les époques du Dharma correct et du Dharma formel arrivent
à leur terme, et les Derniers jours du Dharma sont tout proches.
Le temps est maintenant venu où le Véhicule
unique du Sutra du Lotus prouvera qu'il est bien celui
qui convient parfaitement aux capacités de tous les êtres
humains." (réf)
Les bienfaits procurés par le Sutra du Lotus pendant
les mille ans de l'époque du Dharma correct et les mille ans
de l'époque du Dharma formel dépassaient déjà
ceux qui pouvaient être obtenus grâce aux divers autres
sutras. Mais une fois passés le printemps et l'été
des deux mille ans du Dharma correct et du Dharma formel, lorsque arrivent
l'automne et l'hiver des Derniers jours du Dharma, la lune brille d'un
éclat encore plus grand qu'aux époques précédentes.
En quatrième lieu vient la comparaison avec le soleil.
Quand la lune apparaît dans un ciel où brillent les étoiles,
sa lumière est plus forte mais elle n'annule pas celle des étoiles.
Par contre, une fois le soleil levé, non seulement les étoiles
s'éteignent mais la lune aussi perd son éclat.
Si les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus sont
comparables aux étoiles, l'enseignement
théorique du Sutra du Lotus, lui, est comparable
à la lune, et le chapitre Juryo
(réf),
au soleil. Quand le chapitre Juryo
(réf)
apparaît, la lune de
l'enseignement théorique ne peut l'égaler, encore moins
ces étoiles que représentent les sutras antérieurs.
Pendant la nuit, à la lumière des étoiles et de
la lune, les êtres humains ne vaquent pas à leurs occupations.
Mais une l'aube venue, ils reprennent invariablement leurs diverses
tâches. De même, lorsque les sutras antérieurs ou
l'enseignement théorique du Sutra du Lotus prévalent,
les êtres humains ont du mal à se libérer des souffrances
de la naissance et de la mort. Mais une fois apparu le chapitre
Juryo (réf)
de l'enseignement
essentiel, les êtres humains sont assurés de pouvoir
se libérer des souffrances
de la naissance et de la mort.
Je n' expliquerai pas en détail les six autres comparaisons.
Outre ces dix comparaisons, le chapitre Yakuo
en comporte beaucoup d'autres. Notamment celle d'un voyageur
trouvant un bateau au moment où il a besoin d'effectuer une traversée.
Le sens de cette comparaison est que, sur l'océan des souffrances
de la naissance et de la mort, les enseignements antérieurs au
Sutra du Lotus sont comparables à des radeaux ou à
de petites barques. Ils permettent de passer d'une rive à l'autre
dans le domaine de la naissance et
de la mort, mais ils sont incapables d'effectuer la traversée
de l'océan des naissances et des morts jusqu'au lointain rivage
de la Béatitude parfaite
[Sukhavati].
Ces sutras sont comme ces petits bateaux qui, dans notre monde, peuvent
aller de Kyushu à la région
de Bando [Kanto], ou de Kamakura
à Enoshima, mais ne peuvent effectuer
la traversée jusqu'en Chine. Alors qu'avec un bateau chinois,
il est tout à fait possible d'aller du Japon jusqu'en Chine sans
difficulté.
Une autre comparaison est "comme des pauvres découvrant
un trésor". La pauvreté règne dans les pays
qui suivent les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus,
et leurs habitants sont dans l'état
d'avidité. Mais le Sutra du Lotus est une véritable
montagne aux trésors comblant de bonne
fortune les habitants du pays qui le pratique.
Question. Sur quel passage
de sutra fondez-vous cette affirmation que les pays qui croient aux
enseignements antérieurs au Sutra du Lotus sont des
pays où règne la pauvreté?
Réponse. Il est
dit dans le chapitre Juki (réf)
: "C'est comme une personne venue d'un pays de famine se trouvant
soudain devant un festin de roi."
Concernant la renaissance sur la Terre pure et l'atteinte de la boddhéité
par les femmes, il est dit dans le Sutra: "Si, au cours
de la cinquième période
de cinq cents ans après la disparition de l'Ainsi-Venu,
il se trouve une femme qui entend ce Sutra et le pratique tel
qu'il est enseigné, quand sa vie actuelle sur terre parviendra
à son terme, elle renaîtra immédiatement dans le
monde de paix et de délices où réside le bouddha
Amida, entouré d'une assemblée
de grands bodhisattvas, et elle prendra place sur un trône précieux
au cœur d'une fleur de lotus."
(réf)
Question. Pourquoi ce
Sutra et ce chapitre du Sutra en particulier s'attachent-ils
à la question de la renaissance des femmes sur la Terre pure?
Réponse. Il est
difficile de sonder les intentions du Bouddha, et cette question n'est
pas facile à élucider. Mais, en y réfléchissant,
je dirais que c'est peut-être parce que l'on attribue aux femmes
l'origine des fautes et de la ruine d'un pays. C'est pourquoi les écrits
bouddhiques comme non bouddhiques abondent en interdictions concernant
les femmes. On trouve, par exemple, dans les écrits non bouddhiques,
les Trois Règles d'obéissance
les soumettant à trois sortes d'autorité. Celle de leurs
parents dans la jeunesse; celle de leur époux une fois mariées;
et celle de leur fils dans la vieillesse. Ces trois formes d'obéissance
entravent leur liberté.
Les écrits bouddhiques mentionnent les Cinq
entraves. La première de ces Cinq entraves est l'impossibilité
pour les femmes, au cours de leurs renaissances successives dans les
Six Voies, de renaître,
comme le peuvent les hommes, sous la forme du dieu Bonten.
Le deuxième obstacle est qu'elles ne peuvent pas renaître
sous la forme de Taishaku. Le
troisième, qu'elles ne peuvent pas renaître sous la forme
d'un Roi-dragon. Le quatrième,
qu'elles ne peuvent pas renaître sous la forme d'un Roi-faisant-tourner-la-roue.
Et le cinquième, qu'elles sont condamnées à transmigrer
éternellement dans les Six voies, sans pouvoir échapper
au Monde des Trois plans ni pouvoir
jamais devenir bouddha. Ce passage se trouve dans le Sutra Chonichigatsu
sammai. Voici à ce sujet le commentaire du Sutra Gonjikinyo:
"Même si les yeux de tous les bouddhas dans les Trois
phases de la vie tombaient sur le sol, aucune femme, de quelque
monde que ce soit, ne pourra jamais devenir bouddha."
Les bons souverains, les sages et même des personnes ordinaires
ne prononcent pas de mensonges. Un homme du nom de Fanyochi
(Fan Yo-tch'i) fit porter sa propre tête
au roi Ching Ko, et le prince Chizha
planta son sabre sur la tombe du seigneur de Si.
Ils agirent ainsi pour ne pas trahir leur promesse ou ne pas être
coupables de mensonges. Il est donc encore moins concevable que des
auditeurs-shravakas, des bodhisattvas
ou des bouddhas puissent mentir!
Par le passé, alors que le Bouddha n'était encore qu'un
simple mortel pratiquant les enseignements des sutras du Hinayana,
il observa les cinq préceptes.
Le quatrième d'entre eux est l'interdiction du mensonge. Il respecta
rigoureusement ce précepte, sans jamais le transgresser, même
si cela mettait ses biens ou sa vie en danger.
Quand il commença à pratiquer les enseignements des sutras
du Mahayana, il observa les
Dix préceptes majeurs,
le quatrième proscrivant totalement le mensonge. Il observa fidèlement
ce précepte sans le violer une seule fois durant un nombre incalculable
de kalpa, jusqu'à ce que finalement,
grâce au mérite ainsi acquis, il obtînt le corps
d'un bouddha; et, parmi les Trente-Deux
marques caractéristiques du corps d'un bouddha, la langue
longue et large.
La langue du Bouddha est si fine, si large et si longue qu'elle est
capable de lui recouvrir le visage, de recouvrir ses cheveux jusqu'à
la nuque, voire de s'élever jusqu'au séjour
de Brahma. Cette langue, d'une couleur rouge cuivrée, porte
cinq dessins que l'on pourrait croire gravés. Sous elle se trouvent
deux joyaux qui sécrètent la rosée d'ambroisie.
Tel est le bienfait acquis par le Bouddha en observant le précepte
de ne jamais mentir. Et c'est avec cette langue qu'il affirma que les
yeux de tous les bouddhas des Trois
phases de la vie pourraient bien tomber mais qu'aucune femme dans
quelque monde que ce soit ne pourrait jamais devenir bouddha. On pourrait
donc croire que, quelle que soit l'époque, il est vain pour une
femme d'espérer atteindre la boddhéité. Il faudrait
admettre, dans ce cas, qu'une personne née en tant que femme,
put devenir impératrice, épouse de l'empereur retiré,
ou encore mère ou grand-mère d'un empereur, sans que cela
n'y changeât rien, et que même si elle accomplissait des
actes méritoires et pratiquait les enseignements du bouddhisme,
cela ne lui vaudrait aucun bien.
Pourtant, dans le chapitre Yakuo
du Sutra du Lotus, le Bouddha déclare que les
femmes pourront renaître sur la Terre pure. Voilà qui est
difficilement concevable! Serait-ce donc l'autre sutra qui ment? Ou
bien est-ce celui-ci? Il faut nécessairement que, d'un côté
ou de l'autre, quelqu'un ne dise pas la vérité. Et dans
ce cas, cela voudrait dire que le Bouddha tient des propos contradictoires,
ce qui est difficilement concevable. Mais dans le Sutra
Muryogi, le Bouddha déclare: "En plus de quarante
années, je n'ai pas encore révélé la vérité."
Et dans le Sutra du Nirvana:
"L'Ainsi-venu ne dit pas
de contre-vérités, mais si je savais qu'en affirmant des
choses fausses je pourrais aider les êtres humains à obtenir
les bienfaits du Dharma, alors, pour leur bien, j'adopterais la conduite
la mieux adaptée et je prononcerais de telles affirmations à
titre d'expédient provisoire."
A la lumière de ces passages, il semblerait que le Bouddha n'ait
pas dit la vérité en déclarant que les femmes ne
pouvaient pas atteindre la Terre pure et parvenir à la boddhéité.
Et au vu des passages du Sutra du Lotus "L'Honoré
du monde expose depuis longtemps ses enseignements et doit maintenant
révéler la vérité"(réf)
et "Tout ce que vous avez dit dans le Sutra du Lotus est
véridique"(réf),
nous pouvons conclure qu'est véridique l'affirmation que les
femmes peuvent immanquablement renaître sur la Terre pure et atteindre
la boddhéité, et que cette assertion ne transgresse aucunement
la règle interdisant au Bouddha tout mensonge.
Dans le monde profane, un homme de vertu peut désavouer son fils
si son comportement est contraire au bon sens ou s'il a commis une faute
quelconque. Pour authentifier ce désaveu, il peut même
écrire un testament ou prêter serment. Mais, en voyant
approcher l'heure de sa mort, il peut aussi pardonner à son fils.
Même en pareil cas, nous ne mettons pas son honnêteté
en doute et ne l'accusons pas d'avoir prononcé des paroles mensongères.
Il en va de même pour le Bouddha.
Pendant quarante et quelques années, en exposant les enseignements
antérieurs au Sutra du Lotus, le Bouddha reconnut que
les bodhisattvas pouvaient atteindre la voie qui mène à
la boddhéité, tout comme les simples mortels de grandes
capacités, les personnes de bien et les hommes. Mais il dénia
cette possibilité aux personnes des Deux véhicules, aux
personnes mauvaises et aux femmes. En certaines occasions, pourtant,
il sembla bien en reconnaître la possibilité, mais un doute
subsistait en ce domaine. Cependant, au terme de quarante-deux années
d'enseignement, au début de cette période de huit ans
pendant laquelle il allait enseigner le Sutra du Lotus, sur
le Pic du Vautour, à Rajagriha,
dans le royaume du Magadha, il enseigna
tout d'abord le Sutra Muryogi.
Et dans ce sutra, nous lisons: "Pendant plus de quarante années
je n'ai toujours pas révélé la vérité."
Nichiren
ARRIERE-PLAN
- On pense généralement que Nichiren Daishonin écrivit
cette lettre en 1265, toutefois, d'autres hypothèses sont également
avancées. L'identité du destinataire n'est pas non plus
connue de façon certaine, mais comme il est question à
la fin de ce gosho de l'atteinte de la boddhéité par les
femmes, il semble très vraisemblable qu'il ait été
envoyé à une femme pratiquante, peut-être à
la mère de Nanjo Tokimitsu, intendant du village d'Ueno, dans
la région de Fuji. (Commentaire ACEP)
En anglais : The Essence of the Yakuo Chapter ou The Essence of
the “Medicine King” Chapter
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_EssenceYakuo.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=97&m=0&q=