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D'après la tradition, Nichiren aurait été le fils du régisseur du domaine
de "Tohoku-no Sho" dans la province d'Awa.
Les seigneuries (domaines privés) avaient vu le jour au cours de la période
Nara (710-794). Ryoke-no-ama, épouse du seigneur du lieu, était une
nonne laïque qui, sous l'influence de
Nichiren, avait adopté la foi dans le Sutra du Lotus.
A peu près à l'époque où Nichiren établissait son école
bouddhiste et instaurait la récitation du daimoku,
Tojo Kagenobu, un seigneur local du comté
de Tojo, avait tenté d'envahir le territoire voisin de Tohoku-no Sho appartenant
à la famille Ryoke. Kagenobu, adepte du bouddha Amida,
essayait de convertir les moines des temples Seichoji
et Futama-dera situés dans le comté de Tojo. Solidaire de la famille Ryoke,
Nichiren aida celle-ci à gagner le procès qui lui permettrait de conserver
sa terre et participa à la réduction de l'influence de Kagenobu dans les
deux temples.
Nichiren n'était pas seulement un moine érudit, il était également bien
au courant des procédures judiciaires. On dit qu'il fut chargé de régler
certains différends au sein du temple de Seichoji.
Débouté, Kagenobu devint un ennemi acharné de Nichiren.
Le onzième mois de 1264, il fomenta une attaque contre Nichiren à Komatsubara
(actuellement Kamogawa). Le couple Ryoke et les parents de Nichiren étant
très liés en tant que seigneurs et vassaux, à la suite de ces événements,
l'épouse de Ryoke et sa fille (ou belle-fille ?) devinrent de fidèles
disciples de Nichiren. Ce dernier nomma la mère « O-ama (nonne aînée)
» et la fille « Nii-ama (nouvelle nonne) ».

Plus tard, le dixième mois de 1271, Nichiren fut exilé
sur l'île de Sado à la suite de l'annulation de son exécution à Tatsunokuchi
(Kamakura).
Le groupe de ses disciples fut victime d'une grave persécution
de la part de Heino Yoritsuna associé
à d'autres personnalités du shogunat de
Kamakura. Au cours de ces événements dramatiques, Nichiren dispensa
de nombreux encouragements à ses disciples et amis.
O-ama Ryoke abandonna la foi dans le Sutra du Lotus
alors que Nii-ama continua à envoyer des dons à Nichiren sur l'île de
Sado. Celui-ci fut profondément touché de la constance de la jeune femme.
Nichiren fut gracié le troisième mois de 1274 et revint à Kamakura
d'où il envoya un avertissement au shogunat sur l'imminence de l'invasion
mongole avec une troisième admonestation concernant la pratique bouddhique
erronée. Sachant que son action était dangereuse et vaine, il se retira
au Mont Minobu le cinquième mois de
la même année.
Au cours du deuxième mois de l'année suivante, Nichiren
reçut au Mont Minobu des algues*
séchées de la part de Nii-ama et O-ama. Dans une lettre de remerciements
à Nii-ama, Nichiren écrit :
"Vous
m'avez envoyé un sachet d'algues séchées et je
l'ai bien reçu, ainsi que celui que m'a fait parvenir O-ama Gozen."
Réponse
à Nii-ama (Minobu,
16 février 1275 à Nii-ama)
Cette lettre exprime ses sentiments complexes d'avoir
reçu des dons de la part de O-ama qui avait abandonné la foi dans le Sutra
du Lotus. Puis il décrit les conditions géographiques du Minobusan
dans sa lettre de remerciements à Nii-ama :
Cette
région s'appelle le Mont Minobu
: au sud, se trouve la province de Suruga, et, du littoral d'Ukishima-gahara (note)
dans cette province jusqu'au domaine d'Hakiri,
sur le Mont Minobu, dans la province
de Kai, il y a plus de cent ri. Ce
trajet est plus difficile à effectuer que dix fois la même
distance sur une autre toute. La rivière Fuji, connue pour être
la plus rapide du Japon, coule du nord au sud. A l'est et à l'ouest
de cette rivière, de hautes montagnes s'élèvent,
formant des vallées profondes dans lesquelles d'énormes
rochers s'entassent comme de hauts paravents. Les eaux de la rivière
coulent dans la vallée aussi rapidement qu'une flèche
tirée dans un tube par un puissant archer. Le courant est si
rapide et tant de rochers encombrent son parcours que parfois un bateau
vient s'écraser en longeant les rives ou en essayant de traverser
de l'une à l'autre. Une fois franchie cette passe dangereuse,
on arrive à une grande montagne appelée le Mont Minobu.
A
l'est, se trouve le Mont Tenshi, au sud, le Mont Takatori, à
l'ouest, le Mont Shichimen et au nord, le Mont Minobu.
Ces sommets dominent tout le paysage, comme si l'on avait installé
là quatre paravents géants. Réponse
à Nii-ama (Minobu,
16 février 1275 à Nii-ama)

Nichiren décrit les environs du Mont Minobu comme s'il
les observait en vue aérienne. Les femmes, qui vivaient dans la péninsule
de Boso, pouvaient ainsi se faire une idée du sévère paysage montagneux
dans lequel vivait Nichiren. Celui-ci est encore décrit plus loin dans
la lettre :
Du
haut des sommets, on découvre au-dessous de grandes étendues
de forêt et, si l'on descend dans les vallées, on y trouve
quantité d'énormes rochers dressés les uns à
côté des autres. Le hurlement des loups emplit les montagnes
et les appels des singes résonnent dans les vallées, on
entend le bramement plaintif des cerfs adressé aux biches et
on est assourdi par le cri strident des cigales. Ici, les fleurs de
printemps s'épanouissent en été et les arbres,
qui d'ordinaire donnent des fruits en automne, les produisent en hiver.
La seule rencontre que l'on puisse faire est celle d'un bûcheron
ramassant du bois et les seuls visiteurs que je reçoive sont
des amis de longue date. [...] On monte vers le sommet en croyant y
voir pousser des algues, mais ce ne sont que des champs de fougères.
On descend dans la vallée, persuadé d'avoir vu des plantes
comestibles, et, en regardant mieux, on n'y trouve que des herbes aux
racines vénéneuses. Bien
que depuis longtemps s'estompent les souvenirs de ma province natale,
la vue des algues que vous m'avez envoyées me rappelle de nombreux
souvenirs et me rend nostalgique. Réponse
à Nii-ama (Minobu,
16 février 1275 à Nii-ama)

Dans cette lettre de remerciements, on perçoit toute
la nostalgie de Nichiren, loin de sa région natale.
Refus de donner un Gohonzon à Ryoke-no-ama
A Ichinosawa, sur l’île de Sado,
Nichiren écrivit le Kanjin Honzon-sho
(Traité sur le Véritable Objet de Vénération), l’un de ses traités
majeurs, dans lequel il se présente comme un bodhisattva missionné
par le Bouddha atemporel pour propager son enseignement dans notre monde
lors des Derniers Jours du Dharma. S'appuyant
sur cette prise de conscience, il inscrivit pour la première fois un gohonzon
(Objet de Vénération) sous la forme d’un mandala.
Par la suite, il confia ces mandalas à plusieurs de ses disciples. Il
existe à ce jour plus de 120 mandalas, authentifiés comme étant inscrits
de la main de Nichiren.
Comme plusieurs pratiquants de sa connaissance avaient
reçu ces mandalas, Ryoke-no-ama en demanda un pour elle. Cependant Nichiren
refusa de le lui donner, bien qu’il eût sérieusement hésité. En effet,
Ryoke-no-ama était l’épouse d’un daimyo qui avait beaucoup aidé Nichiren
ainsi que les parents de celui-ci. Mais sa foi n’était pas assez ferme
pour que Nichiren lui confie un Gohonzon.
La valeur du Gohonzon
Nichiren explique dans sa Lettre
à Nii-ama :
Le vénérable Shakyamuni conservait ce Gohonzon
dans son coeur depuis le lointain passé de gohyaku
jintengo*
mais il ne le révéla pas, depuis le moment où il apparut en ce monde
et pendant les quarante et quelques premières années où il enseigna.
Même dans le Sutra du Lotus il n'y fit pas allusion dans les
premiers chapitres de l'enseignement
théorique*.
C'est seulement dans le chapitre Hoto* (XI)
qu'il le mentionna en passant. C'est
seulement dans le chapitre Hoto* (XI)
qu'il le mentionna en passant. Il le révéla dans le chapitre
Juryo*
(XVI), et conclut son explication dans les chapitres
Jinriki*
(XXI) et Zokurui* (XXII).
Cette révélation commence au chapitre XI avec l’apparition
de la Tour aux Trésors. Cette Tour s’élève
dans les Airs ainsi que Shakyamuni et toute la grande
Assemblée. Le chapitre XVI qui révèle l’atemporalité du Bouddha, contient
implicitement les caractéristiques de tous les participants à la Cérémonie
dans les Airs et que Nichiren va inclure dans le mandala. Dans les chapitres
XXI et XXII la signification du Gohonzon est parachevée par la transmission
du Sutra du Lotus aux bodhisattvas Surgis
de Terre, les disciples atemporels du Bouddha.
Nichiren en parle ainsi dans sa Lettre
à Nii-ama :
Puis,
le Bouddha déclara : "J'ai de véritables disciples
cachés dans les profondeurs de la terre depuis la lointaine époque
de gohyaku jintengo* et c'est
à eux que je confierai cette
tâche." Ce disant, il fit apparaître ces disciples
décrits dans le chapitre Yujutsu*
(XV) leur
transmit les cinq caractères de Myoho Renge Kyo, le coeur de
l'enseignement
essentiel*
du Sutra du Lotus [comme il est dit dans le chapitre Jinriki*
(XXI)].

Puis le Bouddha fit cette déclaration extraordinaire :
"Il ne faudra pas propager [le Dharma] dans les premiers mille
ans qui suivront ma disparition, à l'époque du Dharma
correct ni pendant les mille ans de l'époque du Dharma
formel. Au début de l'époque des Derniers
jours du Dharma,
le monde entier sera empli de moines qui s'opposeront
au Dharma. C'est pourquoi les divinités
célestes se mettront en colère, des comètes
traverseront le ciel et des séismes
secoueront la terre comme de grandes vagues. D'innombrables désastres
et calamités surviendront ensemble, tels que sécheresse,
incendies, inondations, typhons, épidémies, famine et
guerres. Dans le monde entier chacun ira revêtu d'une armure,
et avec arc et bâton à la main, mais, parce que aucun des
bouddhas, bodhisattva et divinités
bienveillantes ne seront plus là pour les protéger,
tous les hommes mourront et tomberont comme une pluie dans l'enfer avici.
Mais, à ce moment-là, les rois pourront sauver leur pays
et leurs sujets échapper aux désastres s'ils croient en
ce grand mandala et le protègent,
et, après leur mort, ils ne tomberont pas dans les grands feux
de l'enfer." Telles furent les prédictions du Bouddha.
Ce Gohonzon-mandala nous pouvons l’installer dans un endroit précis en
tant qu’objet de vénération, ou bien le porter sur nous ou encore le mentaliser
lors de méditations.
O-ama est réprimandée pour son manque de foi
Nichiren poursuit :
Moi,
Nichiren, [...] je comprends tout cela et je l'enseigne depuis plus
de vingt ans. Une personne décidée à propager cet
enseignement rencontrera inévitablement des difficultés,
comme il est dit dans le Sutra : "Haines et jalousies abondent
déjà du vivant du Bouddha. Ne seront-elles pas pires encore
en ce monde après son trépas ? "(réf.)
"Les gens seront pleins de haine et il sera difficile de
croire."(réf.)
[Parmi les trois sortes de Grands
ennemis dont l'apparition est prédite dans le Sutra, la première
sorte d'ennemi comprend le souverain du pays, les gouverneurs des provinces
et les intendants d'un domaine aussi bien que les gens du peuple. Croyant
les accusations portées par les deuxième et troisième
sortes d'ennemis, qui sont des moines, ils dénigrent ou calomnient
le Pratiquant du Sutra du
Lotus ou l'attaquent à coups de sabre et de bâton.
Parmi
tous les lieux du monde, c'est dans la région de Tojo, dans la
province d'Awa,
au Japon, que Nichiren a propagé pour la première fois
l'enseignement correct. Comme c'était à prévoir,
le seigneur de cette région s'y est opposé mais la moitié
de son clan a déjà été détruite.
O-ama Gozen est peu sincère et manque de sérieux. Elle
est également indécise dans sa croyance, y restant fidèle
à certains moments et la trahissant à d'autres. Lorsque
Nichiren a encouru la disgrâce des autorités, elle a immédiatement
abandonné le Sutra du Lotus. Pourtant, depuis longtemps,
à chaque fois que nous nous sommes vus, je lui ai enseigné
que le Sutra du Lotus est "difficile à croire,
difficile à comprendre".
Si je lui donne ce Gohonzon parce
que j'ai une dette à son égard, les dix
Filles-démones penseront que je suis un moine bien partial.
Si je ne lui donne pas ce Gohonzon
parce qu'elle manque de foi, je n'aurai rien à me reprocher mais
O-ama Gozen m'en gardera peut-être rancune, parce qu'elle ignore
sa faute.
Finalement, en suivant l’esprit du Sutra du Lotus, Nichiren
lui fait dire qu’il ne peut pas lui donner un Gohonzon.
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