Histoire des Écoles du Lotus


13. Naissance de la Soka Gakkai

Ryuei Michael McCormick

http : //nichirenscoffeehouse.net/Ryuei/SokaGakkai-01.html
 

I. Tsunesaburo Makiguchi
(1871 - 1944)

Tsunesaburo Makiguchi était le fondateur et le premier Président de la Soka Gakkai, Société pour la création de valeurs. Il était éducateur et directeur d’école primaire à Tokyo et se sentait profondément concerné par le système éducatif du Japon. En 1928, un ami le convertit au bouddhisme de la Nichiren Shoshu. Depuis l'âge de trois ans il avait été élevé dans la maison de son oncle affilié à la Nichiren Shu mais la religion n'a jamais occupé une large part dans sa vie jusqu'à sa conversion. Les années entre 1924 et 1932 furent pour lui des plus difficiles. Son deuxième fils mourut à l'âge de 23 ans et son quatrième fils, à l'âge de 19 ans en 1928. Son premier fils mourut à l'âge de 31 ans, en 1929, et sa quatrième fille, à l'âge de 14 ans en 1932. (Son dernier fils mourra à la guerre en 1944). A ce stade de la vie, la religion devint pour lui très importante mais ils était avant tout pris par ses tentatives pour réformer le système éducatif japonais. En 1930, il publia le premier volume de Soka kyoikkgaku taikei, (Théorie pour une pédagogie créatrice de valeurs), sur une réforme pédagogique, La Soka Gakkai considère la publication de ce livre comme la création de la Soka Gakkai car pour l'éditer Makiguchi fonda la Soka Kyoiku Gakkai, (Société pour une pédagogie créatrice de valeurs). Mais en réalité l'assemblée inaugurale n'eut pas lieu avant 1937. Lors de cette première assemblée la Soka Kyoiku Gakkai ne comptait que 60 membres dont la plupart étaient des amis éducateurs. A cette époque, Makiguchi commença à intégrer les enseignements du bouddhisme de la Nichiren Shoshu dans ses propres idées d'une réforme pédagogique. En 1941, le nombre d'adhérents s'éleva à 400, grâce à la diffusion de leur revue qui tirait à 3000 exemplaires. En 1943, le gouvernement impérialiste décréta que tous les citoyens japonais devaient enchâsser chez eux un talisman shinto de la divinité Amaterasu du sanctuaire d'Ise pour montrer leur loyauté à l'empereur. Non seulement Makiguchi refusa lui-même de compromettre sa foi en enchâssant le talisman mais il l'interdit à tous les membres de la Soka Kyoiku Gakkai. Il alla même jusqu'à admonester le Grand-patriarche de la Nichiren Shoshu de soutenir le culte de l'empereur. Makiguchi et vingt autres dirigeants de la Soka Kyoiku Gakkai furent arrêtés pour lèse-majeste et sédition. Parmi eux seulement trois ont refusé de renoncer à leur opposition au shinto d'Etat : Tsunesaburo Makiguchi, Josei Toda et Shuhei Yajima. Yajima deviendra directeur de la Soka Gakkai après la guerre puis prêtre de la Nichiren Shoshu. Quant à Makiguchi, en 1944, il mourut de malnutrition pendant son incarcération.

II. Josei Toda
(1900 - 1958)

Josei Toda fut le deuxième Président de la Soka Gakkai. Il avait été engagé par Makiguchi en tant qu'enseignant, en 1920, et a toujours fait preuve d'une grande loyauté à l'égard de son protecteur jusqu'à la mort de Makiguchi en prison. Lorsqu'en 1928 Makiguchi se convertit à la Nichiren Shoshu,Toda en fit autant. Tout comme son maître, Toda traversait une période difficile. En 1924, sa fille mourut en bas-âge. Sa femme mourut de tuberculose en 1925. Toda lui-même contracta la tuberculose et n'en est jamais vraiment guéri. En 1930, Josei Toda dirigea la publication du livre de son maître sur la pédagogie. Lorsque Makiguchi fut arrêté pour son refus d'enchâsser le talisman d'Ise, Toda le fut également. Toda aurait pu devenir un homme d'affaires prospère, mais il a volontairement renoncé au confort et la tranquillité pour rester aux côtés de Makiguchi et par fidélité aux enseignements de Nichiren, tels qu'il les comprenait. En prison, Toda a lu le Sutra du Lotus et pratiqué daimoku. Plus tard, il racontera qu'après avoir fait deux millions de daimoku, il vécut une expérience mystique lors de laquelle il s'est senti présent à la Cérémonie dans les Airs.

Il sortit de prison en 1945, et s'est mis immédiatement à reconstruire sa vie et la Soka Gakkai. Il supprima Kyoiku (éducation) de l'appellation car il avait décidé de mettre l'accent sur la religion et ouvrir l'organisationà un plus large public. Lorsque le 1er janvier 1946 il commença au Taisekiji sa série de cours sur le Sutra du Lotus, il n'y avait que trois autres membres. Le 1er mai, ils étaient assez nombreux pour créer un conseil d'administration dont il fut nommé directeur. Pourtant, jusqu'en 1950 Toda a dirigé la plupart de ses efforts sur différentes entreprises commerciales mais aucune d'elles ne connut la réussite dans le Japon d'après-guerre. A la fin, Toda dut se déclarer en faillite et démissionna de son poste de directeur de la Soka Gakkai en novembre 1950. Shuhei Yajima occupa momentanément son poste. Après une période d'intense réflexion, Toda conclut que ses faillites en affaires étaient dues à des rétributions karmiques pour son refus de se consacrer en priorité au succès de la Soka Gakkai. Jusqu'alors celle-ci s'était développée à un rythme assez lent de 95 familles par an, ce qui faisait dire à Toda : "A cette allure nous serons très nombreux dans mille ans" (Murata, p.94). Toda décida donc de remédier personnellementà la lenteur de sa croissance. Le 3 mai 1951, il accepta finalement d'être investi du titre de deuxième Président de la Soka Gakkai et formula le voeu suivant : "Je suis déterminé à convertir 750 000 familles avant ma mort. Si cela ne se réalise pas de mon vivant, ne m'organisez pas de service funèbre mais jetez mes cendres dans la mer de Shinagawa." (Murata, p.94)

Le 20 mai 1951, Nissho, le soixante-quatrième Grand-patriarche de la Nichiren Shoshu à inscrit et conféré un Gohonzon à la Soka Gakkai, répondant à la requête de Toda. Ce Gohonzon fut inscrit avec la dédicace suivante : "Pour l'achèvement de la vaste diffusion du Grand Dharma grâce à une propagation de compassion. (SGI-USA, p.126). A cette époque la Soka Gakkai conclut un accord avec la Nichiren Shoshu qui stipulait que la Soka Gakkai 1) s'assurera que tous les membres seront enregistrés auprès d'un temple de la Nichiren Shoshu ; 2) observera strictement toutes les enseignements de la Nichiren Shoshu ; 3) protégera les Trois trésors tels qu'ils sont définis pas la Nichiren Shoshu. Dès lors, la Soka Gakkai entreprit sa campagne de shakubuku. Ce terme bouddhique signifie littéralement "casser et soumettre". A l'origine, il voulait dire casser et soumettre les vues erronées par le Dharma enseigné par un Maître. Désormais il prit la signification d'un prosélytisme agressif. Kosen-rufu fut enseigné comme but final de shakubuku. Kosen rufu est une expression du Sutra du Lotus qui signifie "annoncer et diffuser largement [le Dharma]. Pour Toda kosen rufu devint la conversion de la nation japonaise et l'établissement d'un Honmon no Kaidan national (Estrade de préceptes de l'enseignement essentiel). Le Honmon no Kaidan est le troisième Grand Dharma caché de Nichiren. Dans l'optique de Toda et de la Nichiren Shoshu le Honmon no Kaidan devait être un endroit précis commandité par le gouvernement, tout comme l'avaient été les kaidans précédents des écoles de Nara et du Mont Hiei. Ce Honmon no Kaidan ne représenterait toutefois pas l'acceptation des préceptes du Hinayana ou du Mahayana, mais l'acceptation par le Japon du bouddhisme de la Nichiren Shoshu comme nouvelle religion d'Etat. Dans son discours inaugural en tant que nouveau Président de la Soka Gakkai, Toda a déclaré : "Certains pensent que kosen rufu sera achevé si l'empereur accepte un Gohonzon et lui témoigne le respect. C'est une idée totalement absurde. Kosen rufu aujourd'hui peut être atteint seulement si chacun de vous se charge des religions erronées et convertit toutes les personnes dans ce pays, leur faisant accepter un Gohonzon. C'est le seul moyen pour nous d'établir le Honmon no Kaidan (Murata, p.104)

Ce discours montre bien que Toda ne croyait plus que la religion pouvait être imposée d'en haut, comme dans le Japon d'autrefois. Il était convaincu que le bouddhisme de la Nichiren Shoshu deviendrait la religion nationale par un processus démocratique, après une conversion massive due aux efforts de la Soka Gakkai. Cette convergence entre le politique et le religieux était appelée obutsu myogo. Elle résulterait naturellement de kosen rufu dans tout le Japon. Dans son discours du 27 mars 1955, Toda précise sa pensée : "Lorsque kosen rufu sera achevé ou sur le point de l'être, tous les hommes, qu'ils soient hommes d'affaires, journalistes, cinéastes, gouvernants, qu'ils soient au sommet de la hiérarchie ou simples portiers, tous auront compris la valeur du Gohonzon. Il y aura des membres de la Diète parmi ces personnes et ils présenteront une pétition pour la construction du honmon no kaidan qui sera approuvé par la Diète. Alors l'empereur comprendra le grand bienfait divin du Gohonzon. Et alors kosen rufu sera achevé. (Murata, p.113)

Toda organisa ses divisions des Jeunes gens et des Jeunes filles comme des unités militaires et les envoya convertir les autres et mener des débats religieux avec les responsables des autres religions, avec éventuellement l'exigence d'excuses écrites de la part des perdants de ces débats. Le 31 octobre 1954, se tint au Taisekiji une réunion massive de milliers de jeunes de la Soka Gakkai. Tel un général, Toda passa en revue ses "troupes" à cheval et leur adressa les paroles suivantes :

"Dans notre combat pour kosen rufu nous n'avons pas d'alliés. Nous devons considérer toutes les religions comme nos ennemis et nous devons les détruire. Mesdames et messieurs, il est évident que la route devant nous est pleine d'obstacles. C'est pourquoi vous devez vénérer le Gohonzon, garder l'esprit gakkai dans votre coeur et développer vos jeunes forces. Je m'attends à ce que vous vous leviez pour relever les nombreux défis qui se dressent devant vous. (Murata, p. 100)

Le militantisme de la campagne de shakubuku de la Soka Gakkai, pendant la présidence de Toda, était intense, incessant et parfois trop zélé. Dans son livre The Soka Gakkai and Mass Society, James W. White décrit la manière dont étaient menés les shakubuku à cette époque : "Jusqu'au début des années 60 la traduction littérale de shakubuku, "casser et soumettre" correspondait assez précisément au processus de prosélytisme. Il arrivait que des hommes de Gakkai encerclent une maison et fassent du tapage jusqu'à ce qu'une personne de la famille accepte de rejoindre l'organisation. Ou bien, ils s'en prenaient à un homme et le harcelaient d'arguments et d'exhortations pendant des heures jusqu'à ce qu'il cède. Parfois, ils menaçaient de châtiment divin : de grands dommages et des calamités étaient annoncés comme prix de la résistanceà la Vraie Religion ; la maladie d'un enfant ou un décès étaient attribués aux croyances hérétiques des parents. Dans ces exemples, la "peur du châtiment" instillée dans un esprit affaibli et rendu réceptif par des heures de pression, pouvait entraîner l'abandon de tout sens critique et des défenses intellectuelles, et le sujet souscrivait aux exigences des prosélytes." (White p.82)

Une fois que la personne avait adhéré à la Soka Gakkai, elle devait se débarrasser de tous les objets liés à d'autres religions. Cela s'appliquait aux tablettes familiales des ancêtres et provoquait la colère des autres membres de la famille qui, eux, n'étaient pas convertis. Parfois les membres trop zélés de la Gakkai venaient eux-mêmes enlever ces objets, contre la volonté du nouveau converti et de sa famille. Finalement, Toda donna de nouvelles instructions pour que l'on laisse aux nouveaux membres le temps de prendre la décision de se débarrasser des objets de leur ancienne religion avant de recevoir le Gohonzon. En tous cas, cette pratique de débarras forcé a grandement contribué à créer la mauvaise réputation de la Soka Gakkai parmi de nombreux Japonais.

Bien qu'aucun parti politique formel n'ait été créé dans la décennie suivante, la Soka Gakkai a commencé, dès la moitié des années 50, à présenter des candidats pour les élections aux différentes instances du gouvernement. Cela débuta par la campagne fort bien réussie de 1955, où 55 membres de la Soka Gakkai ont été élus aux assemblées de districts et aux conseils municipaux, dans les environs de Tokyo. En 1956, ils accédèrent au niveau national en gagnant trois sièges à la Chambre des Conseillers. Ils gagnèrent d'autres sièges en 1958, au niveau local et national. Etant donné le but avoué de Toda de convertir le gouvernement japonais au bouddhisme de la Nichiren Shoshu et d'établir un kaidan national, les victoires politiques de la Soka Gakkai provoquèrent l'inquiétude chez de nombreux Japonais.

Les conflits avec la Nichiren Shoshu commencèrent presque dès le début. Ce fut d'abord l'incident Ogasawara. En avril 1952, la Nichiren Shoshu organisa quatre jours de célébrations du 700ème anniversaire de la première récitation de Namu Myoho Renge Kyo par Nichiren. Les deux premiers jours étaient gérés par le Hokkeko, l'organisation laïque traditionnelle de la Nichiren Shoshu. Les deux derniers, revenait à la Soka Gakkai. Etaient présents 4000 membres de la Soka Gakkai et 2500 membres du Hokkeko. Pendant la célébration, Toda apprit la présence d'un prêtre du nom de Jimon Ogasawara qui, durant la guerre, avait poussé la Nichiren Shoshu aux compromissions avec le gouvernement impérialiste. Outragé, Toda lança sur ses traces 47 membres, dont Daisaku Ikeda, avec pour but une confrontation. (Le nombre 47 est peut être une référence à l'histoire légendaire de 47 ronins). La Division de la Jeunesse trouva Ogasawara en train de boire avec des amis, dans un pavillon où logeaient les prêtres invités. Toda se présenta et exigea des excuses pour ses activités pendant la guerre qui, pour Toda, avaient causé la mort de Makiguchi. Lors d'une interview avec Kiyoaki Murata, Toda aurait même admis avoir frappé Ogasawara durant cette confrontation. Comme Ogasawara refusait de s'excuser et d'admettre quelque mauvaise action que ce soit durant la guerre, la Division de la Jeunesse l'a déshabillé, le laissant en sous-vêtements et l'a porté jusqu'à la tombe de Makiguchi où il a été forcé de signer des excuses. Dans les mois qui suivirent, Toda s'est rendu compte que son comportement et celui de la Division de la Jeunesse avait compromis les relations entre la Nichiren Shoshu et la Soka Gakkai. Il s'est radouci et s'est même excusé auprès du Grand-patriarche. Ogasawara intenta un procès contre Toda et même le Grand-patriarche qui lui avait demandé de retirer sa plainte contre Toda, puisque celui-ci s'était excusé. L'opinion publique s'est alors retournée contre Ogasawara qui finit par abandonner ses poursuites et s'est même excusé auprès du Grand-patriarche.

La fracture entre la Soka Gakkai et le clergé de la Nichiren Shoshu semblait s'être refermée et une période d'entraide et de coopération s'ensuivit. Elle débuta par la publication, en 1952, d'une série de lettres de Nichiren, le Gosho Zenchu sous la directions de Nichiko Hori, le 59ème Grand-patriarche retiré. Avant même la fin des années 50, la Soka Gakkai avait réuni assez d'argent pour entreprendre la rénovation du Taisekiji et la construction, en 1958, du Grand Hall de lecture. Toutefois Toda se méfiait encore du clergé comme le montre le passage suivant de son discours inaugural d'un temple.
"Il est de notre devoir de faire shakubuku et de servir le temple. Maintenant nous en avons un ici, tout neuf et j'aimerais que vous en preniez grand soin. Assurez-vous que le prêtre d'ici ne meurt pas de faim. Mais ne le laissez pas devenir arrogant. Les prêtres ont toujours eu cette fâcheuse habitude, celle de se servir des paroissiens comme si les laïcs étaient leurs domestiques ou leurs serviteurs. Ne permettez jamais que cela arrive au Taisekiji. Si le prêtre est un officier, vous êtes les soldats. Dans le grand combat de shakubuku, les soldats ne peuvent pas rester assis à attendre alors que l'officier ne bouge pas. Ils doivent pousser l'officier au combat.. (Murata, p.95)

Le scandale d'Ogasawara, la tactique agressive de prosélytisme, l'aspect militaire de l'organisation, les ambitions politiques et l'intolérance de la Soka Gakkai à l'égard des autres religions ont terni sa réputation auprès des médias japonais et d'un large public. Malgré cela, le rêve de Toda d'atteindre 750 000 de familles converties aurait été atteint en 1957. L'une des raisons du succès de la Soka Gakkai fut la promesse de bienfaits matériels par la simple vertu de la pratique de daimoku devant le Gohonzon. Toda décrivait le Dai-Gohonzon comme une sorte de "machine à bonheur".
"Imaginez qu'une machine qui ne manque jamais de rendre quiconque heureux, ait été fabriquée grâce au pouvoir de la science ou de la médecine.. Je pense qu'une telle machine vaudrait un prix fort élevé. Vous êtes bien d'accord ? Si vous l'utilisiez avec sagesse vous pourriez être sûr de devenir heureux et de créer une sacrée entreprise. Vous pourriez gagner beaucoup d'argent. Je pourrais vendre une telle machine100.000 ¥ pièce.
"Mais la science occidentale n'a pas encore inventé cette machine. Cela ne peut pas être fabriqué. Cependant, une telle machine existe dans notre pays, le Japon, depuis 7000 ans. C'est le Dai-Gohonzon. [Nichiren] Daishonin a fabriqué cette machine pour nous et nous l'a donnée, à nous, simples hommes du peuple. Il nous a dit : "Utilisez [cette machine] librement. Elle ne vous coûtera aucun argent." Mais les gens d'aujourd'hui ne veulent pas l'employer parce qu'ils ne comprennent pas que le Dai-Gohonzon est une machine splendide. (Murata, p. 107)

Toda ne parlait pas de bénéfices de façon métaphorique. Pour lui, la vraie foi apportait en retour les bienfaits de la santé et de la prospérité. Cela apparaît dans un autre de ses discours : "En vous rencontrant je ne vous demande pas : "Avez-vous la foi ? " C'est que je tiens pour acquis votre shakubuku. Ce que je vous demande, c'est comment vont vos affaires, gagnez-vous de l'argent et êtes-vous en bonne santé ? Je ne serai heureux que lorsque chacun de vous aura reçu les divins bénéfices. Une personne qui dit : "Je garde la foi, je fais des shakubuku" mais qui serait pauvre, je ne la considère pas comme mon disciple. Vote foi n'a qu'un but, améliorer votre vie professionnelle et familiale. Ceux qui parlent de foi sans s'occuper de leur travail, sont sacrilèges. Le travail c'est un service rendu à la communauté. Je rejette tous ceux qui ne font que shakubuku sans s'engager dans le travail. (Murata, pp.107-108)

Shakyamuni et Nichiren auraient sans doute été effarés d'entendre que le seul but de la foi était d'améliorer sa vie professionnelle et familiale. En réalité tous les deux ont enseigné que la foi dans le Dharma Merveilleux transcendait les considérations séculières. Mais Toda enseignait une version du bouddhisme qui donnait la priorité à la réussite dans ce monde. Il a défini cette réussite en termes de santé et de prospérité matérielle. Dans un autre entretien, Toda reprend l'idée du Gohonzon-machine du bonheur et source d'une puissante énergie vitale. Inutile de préciser que ni Shakyamuni ni Nichiren n'ont jamais parlé de "machine à bonheur" ou d'énergie vitale pour acquérir les richesses matérielles et le confort.
"Comment pouvons-nous vivre heureux dans ce monde et apprécier la vie ? Si quelqu'un dit qu'il apprécie la vie sans être riche et même en étant malade, c'est un menteur. Nous devons avoir de l'argent et la santé physique et, plus que tout, nous avons besoin d'énergie vitale. On ne peut pas l'obtenir par des théories ou uniquement par ses propres efforts. Vous ne pouvez pas l'avoir tant que vous ne vénérez pas le Gohonzon. [...] C'est peut-être peu révérencieux d'utiliser cette image mais le Gohonzon est une machine qui vous rend heureux. Comment utiliser cette machine ? Vous devez faire les cinq prières assises le matin et trois le soir, et faire shakubuku à dix personnes. Gagnons de l'argent et bâtissons-nous une forte santé pour apprécier la vie de tout notre coeur avant de mourir ! " (Murata, p.108)

Toda, cependant, semble avoir été sincèrement convaincu qu'il apportait aux Japonais la réponse à la souffrance. En réalité, pendant la guerre, il a lui-même basé sa propre vie sur ces convictions. Dans ses entretiens, il proposait même de laisser les personnes le rouer de coups, s'il s'avérait qu'il eut tort.
"Si vous faites comme je vous le dis, et que les choses ne marchent pas comme vous le voulez, la prochaine fois que je viendrai à Niigata, vous pourrez revenir ici me battre et me donner autant de coups que vous voudrez. Avec cette promesse je termine mon entretien de ce soir. (Murata, p.110)

Les arguments promotionnels et la rhétorique ardente de Toda se sont avérés efficaces. A sa mort en 1958, la Soka Gakkai avait dépassé le but qu'il s'était fixé et comptait 1.050.000 familles.

III. Daisaku Ikeda

Retour

haut de la page