J'ai bien reçu tous
vos dons : un tonnelet de saké clair et dix pots verseurs en
métal (1), cent mushi mochi et
un baril contenant un ou deux sho
de sirop, un panier de mandarines et dix brochettes de kakis séchés.
J'ai lu votre message. Vous y dites votre joie au début du printemps
,
comparable à ce que l'on ressent devant l'épanouissement
des fleurs de cerisier et l'éclat de la pleine lune.
Je ne peux m'empêcher de penser à votre fils Goro.
Les fleurs tombées hier sont prêtes à refleurir
aujourd'hui. Et les herbes séchées sont sur le point de
repousser. Pourquoi le regretté Goro
ne revient-il pas lui aussi? Ah Si Goro
pouvait revenir avec les fleurs ou les herbes éphémères,
même sans être le poète Hitomaro
,
nous l'attendrions auprès de ces fleurs! Même sans être
des chevaux attachés à un piquet, nous ne quitterions
plus la prairie!
Un passage de sutra dit que les enfants sont pour leurs parents des
ennemis
.
Une telle affirmation n'est pas sans fondement. Le petit d'une chouette
mange sa propre mère, et la bête sauvage qu'on appelle
hakei
tue son propre père. Un homme appelé An
Lu-shan a été assassiné par son fils
Shi Shi-ming; et le samouraï Yoshitomo
tua son père Tameyoshi. Ainsi, ce
sutra a de bonnes raisons de dire que certains enfants sont les ennemis
de leurs parents.
Un autre passage de sutra dit que les enfants sont pour leurs parents
un trésor. Le roi Myoshogon,
au terme de sa vie, devait tomber dans l'enfer
de la grande citadelle des souffrances incessantes, mais il a été
sauvé par son fils, le prince héritier Jozo.
Il parvint non seulement à échapper aux souffrances de
ce grand enfer, mais devint un bouddha appelé Sharaju-o.
Une femme du nom de Shodai-nyo, tombée
par sa propre faute dans les voies de l'avarice et de l'avidité,
était prisonnière du domaine des esprits faméliques,
mais elle fut sauvée par son fils Maudgalyayana
et parvint grâce à lui à s'en libérer
.
Ainsi ce sutra a de bonnes raisons de dire que certains enfants sont
un trésor pour leurs parents
Le défunt Goro avait seize ans.
Non seulement il était très remarquable par ses dispositions
et sa beauté, mais il était déjà doté
d'autant de force qu'un homme et suscitait les éloges de tous.
De plus, il obéissait à ses parents aussi fidèlement
que l'eau prend la forme du récipient qui la contient, ou que
l'ombre suit le corps. Il était votre soutien, le pilier de votre
maison; il était votre bâton de marche sur la route; tous
les trésors contenus dans vos coffres étaient pour cet
enfant, ainsi que toutes les personnes à votre service. Vous
étiez sans doute fermement convaincue que si vous mouriez, c'était
lui qui vous porterait au cimetière sur son dos, et que vous
n'auriez plus à vous préoccuper de rien. Mais, quel grand
malheur, il vous a précédé dans la mort. Vous avez
sans doute pensé: "Pourquoi? Pourquoi est-ce arrivé?
Cela doit être un cauchemar, une illusion. Je vais me réveiller!"
Mais vous ne vous êtes pas réveillée et une année
entière s'est écoulée, ramenant une nouvelle année.
Jusqu'à quand devrez-vous attendre? Vous ne le savez pas. Vous
devez sans doute penser: "Ah, s'il m'avait au moins laissé
le nom d'un lieu où je puisse le retrouver!" Alors, même
sans ailes, vous vous seriez envolée jusqu'au ciel, même
sans bateau, vous seriez allée jusqu'en Chine. Et si vous aviez
appris qu'il était sous terre, rien n'aurait pu vous empêcher
de creuser.
Il y a pourtant un moyen très facile de le rencontrer. En prenant
le Bouddha Shakyamuni pour guide, vous pouvez aller le rejoindre sur
la Terre pure du Pic
du Vautour. Il est dit dans le Sutra : "Parmi ceux
qui entendent ce Sutra, pas un seul ne manquera d'atteindre la boddhéité."(réf)
Cela veut dire que, même si une flèche en visant le sol,
le manquait, même si le soleil et la lune tombaient sur la Terre,
même s'il n'y avait plus ni flux ni reflux de la mer, même
si les fleurs ne donnaient plus de fruits en été, il serait
impossible qu'une femme qui récite Namu
Myoho Renge Kyo ne puisse pas retrouver son enfant aimé.
Poursuivez avec assiduité votre pratique de daimoku
et hâtez-vous de le vérifier.
Avec mon profond respect,
Nichiren.
Le 13e jour du 1er mois.
ARRIÈRE-PLAN- Nichiren Daishonin écrivit
cette lettre à Minobu, le 13e jour du 1er mois de 1281, dans
l'année précédant sa mort, à Dame Nanjo,
la veuve mère de Nanjo Tokimitsu connue aussi sous le nom d'Ueno-ama
Gozen.
Le titre de ce texte, "La lettre du saké clair", est
emprunté au premier article mentionné dans la liste des
offrandes de Dame Nanjo. Selon l'ancien calendrier lunaire, le Jour
de l'An tombait entre le 21 janvier et le 19 février, et était
célébré comme le commencement du printemps.
C'était le premier Nouvel An depuis le décès de
Shichiro Goro, le plus jeune fils de Dame Nanjo, qui était mort
quatre mois plus tôt à l'âge de seize ans. (Commentaire
ACEP)
En anglais : Clear Sake Gosho
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_Sake.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=1092&m=0&q=