X
.

PRESENTATION

SUTRA DU LOTUS - CHAPITRE XXII

Commentaire de Nikkyo Niwano dans "Un bouddhisme de notre temps"(réf.)

DICTIONNAIRE


LA PASSATION

Après avoir de prêché le chapitre XXI,

« Shakyamuni se leva de son trône du Dharma et manifesta ses grands pouvoirs surnaturels; il caressa de la main droite le sommet du crâne des innombrables bodhisattvas-mahasattvas et leur dit ces paroles: "Je me suis exercé durant d'innombrables milliers de millions de myriades de quantités incalculables de kalpa à la pratique de ce Dharma de l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, difficile à obtenir; je vous la remets à présent. Vous devrez diffuser de tout coeur ce Dharma et en augmenter amplement les bienfaits."»

D'après une coutume indienne, poser sa main sur la tête de quelqu'un ou tapoter légèrement sa tête est un signe de félicitations. En Occident, c'est généralement un simple geste d'affection. En Inde, une telle action signifie se fier à quelqu'un, comme si on disait : "Je t'en charge. Fais de ton mieux". On raconte que Suryasoma, qui enseigna le Sutra du Lotus à son disciple favori Kumarajiva, mit sa main sur sa tête et lui dit : "Propage ce sutra avec révérence". Que le Bouddha, grâce à son pouvoir surnaturel, pose sa main droite sur la tête d'innombrables bodhisattvas signifie qu'il place une grande confiance en eux. Ils ont dû être profondément émus par le geste du Bouddha.

Shakyamuni sachant qu'il allait disparaître, le prédit à ses disciples. Une profonde émotion dut alors s'emparer du Bouddha et de ses disciples. Devant l'imminence de sa mort, il n'enseigna plus que le Dharma. Tout bouddhiste doit s'incliner devant l'esprit pur, élevé et bienveillant du Bouddha.

Le Bouddha posa sa main trois fois sur la tête des bodhisattvas-mahasattvas et répéta les mots suivants :

« Je me suis exercé durant d'innombrables milliers de millions de myriades de quantités incalculables de kalpa à la pratique de ce Dharma de l'Eveil complet et parfait sans supérieur* ; je vous la remets à présent. Vous devrez recevoir, garder, lire, réciter, divulguer amplement ce Dharma rare et permettre universellement à l'ensemble des êtres de l'entendre et de le connaître. Pourquoi cela? C'est que l'Ainsi-Venu est de grande compassion, sans aucune avarice et sans crainte non plus: il est capable de donner aux êtres la sagesse d'Éveillé, la sagesse d'Ainsi-Venu et la sagesse existant d'elle-même. L'Ainsi-Venu est le grand donateur de l'ensemble des êtres.»

La répétition du geste et de la parole montre combien cette déclaration est importante.

En parlant d'un Dharma rare puis en spécifiant que sa diffusion se fait sans avarice et sans crainte Shakyamuni laisse entendre qu'il ne faut pas s'attendre à l'Eveil sans passer par d'extraordinaires difficultés. En plus de sa longue période de pratique dans les vies précédentes, le Bouddha supporta de nombreuses souffrances dans ce monde pour parvenir à la bodhéité. Ce n'est qu'après qu'il put enseigner ouvertement le Dharma rare de l'Eveil parfait. Il dut utiliser des méthodes diverses et adaptées sans épargner sa peine de façon à ce que tous les êtres vivants puissent progresser aussi vite que possible et sans s'engager dans une mauvaise voie.

Lorsque nous comparons cette attitude au mode de vie de la majorité des hommes, nous pouvons seulement nous incliner devant tant de générosité. Lorsque les érudits et les experts enseignent leur science et leurs techniques aux jeunes, très peu d'entre eux prennent la peine de les guider de façon à ce qu'ils puissent maîtriser la connaissance et les techniques en deux fois moins de temps qu'il leur a fallu pour les acquérir. Les vieux maîtres estiment souvent en-dessous de leur dignité d'initier leurs cadets aux secrets de leur acquis, ou bien ils forcent les plus jeunes à peiner au moins autant qu'ils ont dû peiner eux-mêmes. C'est là un esprit mesquin qui ne fait que freiner le progrès commun.

Le Bouddha nous met en garde contre cette avarice d'esprit. Un enseignant doit non seulement être généreux dans la transmission de son savoir mais aussi il doit les aider par diverses méthodes afin qu'ils maîtrisent le sujet plus vite possible.

Sans crainte c'est n'avoir peur de rien et ne pas être troublé par quoi que ce soit. Avoir peur implique la plupart du temps que l'on a peur de ne pas être aimé ou de ne pas être loué par les autres si on leur prêche le dharma. Etre troublé implique qu'on désire recevoir des autres quelque récompense ou être reconnu lorsqu'on prêche le Dharma.

Les Trois Sagesses de l'Ainsi-Venu

En prêchant le Dharma l'Ainsi-Venu est bienveillant et généreux, il l'expose à la perfection et dans la sérénité, sans avarice de l'esprit, sans aucune crainte et sans se laisser détourner de son but. Nous devons essayer de nous rapprocher autant que possible de l'esprit de l'Ainsi-Venu. Il sait parfaitement comment transmettre à tous la sagesse du Bouddha, la sagesse de l'Ainsi-Venu et la sagesse innée. Ces trois sagesses résument les vérités enseignées dans le Sutra du Lotus. Mais elles ont toutefois été mal comprises par de nombreux commentateurs.

"Bouddha" veut dire l'Eveillé ou Celui qui Connaît, c'est-à-dire celui qui a compris la vérité de toutes les choses dans l'univers. Par conséquent, la sagesse du Bouddha indique la sagesse par laquelle les bouddhas prennent conscience de la vérité universelle et par laquelle ils discernent l'état réel de toute chose. C'est la sagesse de la vérité.

"L'Ainsi-Venu" signifie celui qui est venu du monde de la vérité. L'Ainsi-Venu a non seulement pris conscience de la vérité mais il est aussi venu du monde de la vérité. Le lieu où il est apparu est le monde des êtres vivants, le monde Saha de la souffrance et de l'illusion. Il est venu dans ce monde parce que son esprit est bienveillant et généreux, et pour permettre à tous les êtres vivants de comprendre la vérité afin de se libérer de la souffrance. La sagesse de l'Ainsi-Venu est la sagesse de la bienveillance et de la compassion.

Des trois sagesses, la sagesse innée est la plus difficile à comprendre."Innée" signifie inhérente à l'esprit de l'homme. Une sagesse existant en soi désigne celle qui fait rechercher la bodhéité, la sagesse de la foi.

Nous avons besoin des trois sagesses : la sagesse de la vérité, la sagesse de la bienveillance et de la compassion et la sagesse innée. L'Ainsi-Venu peut nous donner ces trois sagesses parce qu'il est le Grand seigneur du don. Tous les enseignements prêchés dans le Sutra du Lotus peuvent se résumer à ces trois sagesses.

Le Bouddha exhorta les bodhisattvas-mahasattvas comme suit :

« Vous devez aussi, en conséquence, apprendre le Dharma de l'Ainsi-Venu sans concevoir d'avarice. Dans un âge futur, si un fils de foi sincère*, ou une fille de foi sincère, croit en la sagesse d'Ainsi-Venu, il faudra lui exposer ce Sutra du Lotus du Dharma pour lui permettre de l'entendre et de le connaître, afin de le mener à obtenir la sagesse du Bouddha. S'il y a des êtres qui n'y croient pas, il faudra leur montrer, leur enseigner d'autres profonds enseignements de l'Ainsi-Venu, les en faire bénéficier et s'en réjouir. Si vous êtes capables d'agir ainsi, cela reviendra déjà à rendre les bienfaits des bouddhas.»

Quelle est l'attitude des bodhisattvas à l'égard des personnes qui ne croient pas à ce Sutra? Shakyamuni leur dit : "il faudra leur montrer, leur enseigner d'autres profonds enseignements de l'Ainsi-Venu, les en faire bénéficier et s'en réjouir."
Comme nous l'avons déjà vu, montrer, enseigner, faire bénéficier et réjouir quelqu'un par l'enseignement indique l'ordre que nous devons respecter en guidant les hommes vers le Dharma.

D'abord nous devons leur montrer la signification générale de l'enseignement. En voyant qu'ils ont été touchés par celui-ci, nous leur enseignerons sa signification profonde. Ensuite, en voyant qu'ils le comprennent, nous les guiderons vers la pratique pour qu'ils en obtiennent les bienfaits. Nous l'exposerons de telle manière qu'ils puissent comprendre que cet enseignement apporte la plus grande joie.

On dit que les enseignements du Bouddha sont au nombre de quatre-vingt-quatre mille et que parmi ceux-ci il n'y en a aucun qui soit inutile. Tous les enseignements du Bouddha sont sacrés. Le Bouddha prêcha le Dharma suivant l'occasion et suivant les capacités mentales et spirituelles de ses auditeurs. On peut dire que parmi ses enseignements il y a des manières de prêcher appropriées à n'importe quel genre de personne. Shakyamuni enseigna même aux bodhisattvas de ne pas se limiter au Sutra du Lotus et d'exposer n'importe lequel de ses enseignements. Certes le Sutra du Lotus est le sommet de tous les enseignements du Bouddha. Mais ce n'est pas pour autant que nous devons devenir rigides et exclusifs dans notre foi. Nichiren ne s'en tenait pas uniquement à ce sutra : dans ses commentaires, il utilisait librement des citations de nombreux autres sutras. A notre époque nous devons en faire au moins autant. Si nous déployons tous nos efforts pour guider les autres vers le Vrai Dharma, "cela reviendra déjà à rendre les bienfaits des bouddhas."

Tous les bodhisattvas-mahasattvas, ayant entendu ce discours du Bouddha, et

« inclinés, la tête baissée, les paumes jointes vers l'Éveillé, ils prirent la parole de concert : "Nous en ferons exactement comme l'ordonne le Bhagavat. Certes, c'est notre seul souhait; que le Bhagavat ne se fasse pas de souci!"»

Tout le groupe de bodhisattvas-mahasattvas répéta trois fois ces paroles. Cette triple répétition d'une seule voix représente la sincérité du voeu des bodhisattvas de faire tout ce qui leur a été demandé. Ils n'auraient pas été aussi affirmatifs s'ils n'avaient pas la ferme résolution de tenir leur promesse et sans une grande confiance dans le Bouddha. C'étaient tous de merveilleux bodhisattvas. L'ancienne scolastique fait une distinction de rang entre les bodhisattvas qui devaient recevoir, garder et propager le Dharma dans le chapitre XXI et ceux à qui le Dharma est confié dans le chapitre XXII. Je pense, cependant, que le Bouddha confia le Dharma de manière égale à tous les bodhisattvas.

Ayant entendu le voeu sincère des bodhisattvas,

« le Bouddha Shakyamuni fit s'en retourner, chacun en sa terre d'origine, les bouddhas en corps d'émanation venus des dix directions, avec ces paroles: "Que chacun des bouddhas s'en aille en paix. Que la Tour du bouddha Taho* retourne à son état précédent."»

Ayant reçu l'assurance que les enseignements du Sutra du Lotus seraient reçus, gardés et propagés dans les âges futurs, Shakyamuni peut faire ses adieux au Bouddha Taho et à tous les bouddhas émanés qui étaient venus de tous les univers témoigner de la vérité des enseignements du Sutra du Lotus et de sa valeur infinie.

Le chapitre termine par les mots suivants :

« Les innombrables bouddhas en corps d'émanation des dix directions, assis sur leurs trônes léonins au pied des arbres précieux, le bouddha Taho*, de même que Jogyo* et la vaste multitude des infinies quantités incalculables de bodhisattvas, Shariputra* et les quatre congrégations d'auditeurs-shravakas*, ainsi que les devas*, hommes, asuras* et autres de l'ensemble des mondes, entendant ce qu'avait dit l'Éveillé, furent tous en grande liesse.»

"Ce qu'avait dit l'Éveillé" conclut son enseignement sur le monde Saha se transformant en la Terre de la Lumière toujours paisible grâce au Sutra du Lotus. Ce chapitre clôt donc le premier niveau de l'enseignement du Bouddha dans le Sutra du Lotus.

Suite

Retour au chapitre du Sutra

Menu du Sutra du Lotus

haut de la page