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Le temple Jisso-ji (temple de l'"Aspect
Réel "), situé au pied du Mont Iwamoto,
dans un lieu d’où l’on peut voir le Mont Fuji,
a été construit en 1145. C’est, à l’origine,
un temple Tendai. A l’époque de
Nichiren, c’était devenu un complexe composé de nombreux
bâtiments et lieux de culte. Ce qui en faisait l’intérêt
pour Nichiren, c’est qu’il détenait une série
complète de Issai-kyo (nom donné
à la collection complète des sutras : au nombre mythique
de 84 000 selon les traditions), apportée de Chine par Enchin
(814-891), le cinquième patriarche de l’école Tendai
japonaise.
Depuis le milieu des années 1250, le pays avait été
frappé par une série de catastrophes : tremblements de terre,
inondations, famines, épidémies, et guerres internes multiples.
Ces événements préoccupaient fortement Nichiren et
poussèrent celui-ci à venir chercher dans la bibliothèque
des sutras (kyozo) du Jisso-ji
des explications et des solutions à ces désastres. En août
1257, après qu’un tremblement de terre ait presque rasé
Kamakura, Nichiren rejoignit le Jisso-ji.
Pendant deux ans, Nichiren étudia les écritures bouddhiques
et conçut l’ouvrage qui, après la proclamation du
Daimoku en avril 1253, allait constituer la
seconde étape majeure dans le nouvel enseignement de Nichiren.
Il s’agit du Rissho Ankoku-ron
(Traité sur la pacification du pays et l’établissement
du Dharma correct). Cet ouvrage est un texte d’admonestation
remis, en juillet 1260, à Hojo Tokiyori.
Ce dernier avait cessé d’être Régent
(shikken) du shogun
depuis 1256, mais il continuait à exercer le pouvoir réel.
Dans cet ouvrage célèbre, écrit dans un style prophétique,
Nichiren déclarait que ceux qui gouvernent devaient suivre l’enseignement
correct, celui du Sutra du Lotus, au lieu du Zen
et du Nembutsu, sinon le pays connaîtrait
de nouveaux désastres et une invasion étrangère par
la mer. Avant d’en arriver à ce texte final, Nichiren rédigea
sur place plusieurs versions préliminaires, y compris le Shugo
Kokka Ron (Traité sur la protection de la Nation)
en 1259, ainsi que d’autres travaux, tels le Kamakura
Bakufu Hihan no sho (Critique du Bakufu de Kamakura).
Le séjour au Jisso-ji représente
donc un nouveau moment essentiel dans la formation de la doctrine de Nichiren.
Dans un contexte spécifique - un système féodal où
le bouddhisme était religion d’Etat et où plusieurs
écoles s’affrontaient -, et au-delà de celui-ci, il
s’agissait pour Nichiren de distinguer les valeurs fondamentales
qui pouvaient mettre en harmonie le pouvoir et la société.
La recherche de cette harmonie constitue la leçon de ce nouvel
enseignement, par delà les circonstances de temps et de lieu.
Un moine du Jisso-ji, nommé Chikai,
qui exerçait alors les fonctions de second du supérieur
du temple, devint le disciple de Nichiren et reçut le nom de Nichigen.
En 1276, dans un gosho au nyudo Matsuno (Les
quatorze oppositions), Nichiren parle des difficultés
survenues à Nichigen, qui a été
contraint à quitter le Jisso-ji après
sa conversion. En 1278, Nichiren écrit aussi un gosho,
connu sous le nom de Jisso-ji Gosho
(Lettre au Jisso-ji) concernant ce temple.
C’est au Jisso-ji que Hoki-bo
(1246-1333), qui allait devenir l’un des Six
Moines Aînés, rencontra, en 1257, Nichiren et, peu après,
devint son disciple sous le nom de Nikko. Il
sera désigné plus tard, selon l’école
Fuji, comme son successeur. C’est encore Nikko
qui, après 1274 (retour de Nichiren de Sado
et installation de celui-ci dans la région du Mont Fuji),
entreprit de convertir les moines du Jisso-ji
à la doctrine de Nichiren. Il rallia ainsi deux moines des provinces
Chikuzen et Buzen connus comme
Chikuzen-bo et Buzen-bo. Il existe
une lettre de Nikko aux disciples du temple
Jisso-ji, dans lequel celui-ci souligne que
ces deux moines sont restés fidèles et n’ont pas cédé
aux pressions hostiles.
Le Jisso-ji est aujourd’hui un temple
appartenant à l’école Nichiren-shu.
On y trouve une statue représentant Nichiren tenant une première
version du Rissho Ankoku-Ron.
(Références)
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