J'ai bien reçu les algues comestibles, deux sacs d'amanori,
dix feuilles de wakame, un sac
de komo et les champignons que vous m'avez fait parvenir.
L'esprit humain est inconstant; il est insaisissable, en perpétuel
mouvement. Lorsque j'étais dans la province de Sado,
j'ai trouvé merveilleux que vous ayez foi en mon enseignement
et j'admire, plus encore, la sincérité qui vous a poussée,
malgré la distance, à envoyer votre mari jusqu'ici. Nous
vivons dans des provinces très éloignées et, les
mois et les années passant, je craignais que votre croyance ne
se relâche. Mais vous faites preuve d'une foi toujours plus forte
et vous accumulez les actions méritoires. C'est sans doute le
résultat de liens, entre nous, encore plus anciens que ceux que
nous aurions pu tisser au cours d'une ou deux vies.
Il est difficile d'avoir foi dans le Sutra du Lotus. C'est
pourquoi le Bouddha emprunte diverses formes, se changeant en un enfant,
un parent ou une épouse pour nous inciter à croire en
cet enseignement. Mais en ce qui vous concerne, vous êtes mari
et femme, sans enfant. Il est dit dans le Sutra : "Les
êtres humains en son sein [le monde des Trois
plans] sont tous mes enfants."(réf)
Par conséquent le Bouddha Shakyamuni, maître de la doctrine,
est sans doute un père bienveillant pour Ko
nyudo et son épouse. Moi, Nichiren, je suis certainement
votre enfant mais mon désir de sauver les habitants du Japon
m'amène à résider pour le moment dans la région
centrale du pays. Les actions méritoires que vous avez multipliées
dans vos existences antérieures sont en réalité
très précieuses.
Quand les Mongols envahiront le Japon, j'aimerais que vous veniez prendre
refuge ici. Et, puisque vous n'avez pas de fils, quand vous serez très
âgés, pensez à venir vivre auprès de moi.
Il n'est pas possible de demeurer indéfiniment au même
endroit. Considérez que l'ultime demeure est l'état de
bouddha.
Avec tout mon respect,
Nichiren
Le 12e jour du 4e mois.
ARRIÈRE-PLAN
- On pense que cette lettre a été écrite au
mont Minobu, le 12e jour du 4e mois de 1275. Il ne reste que deux
gosho adressés à Ko Nyudo et à son épouse
Ko-no-ama : celle-ci et la "Lettre à Ko-no-ama-Gozen " et
nous savons très peu de choses à leur sujet.
Parce qu'ils vivaient dans la ville où se trouvait le siège
du gouvernement de l'île de Sado, le mari était connu
sous le nom de Ko nyudo, - le nyudo (religieux séculier) résidant
au siège du gouvernement provincial (ko). Bien qu'elle fût
adressée aux deux membres du couple, le contenu de cette lettre
- en particulier l'éloge rendu par Nichiren Daishonin à Ko-no-ama
qui avait envoyé son mari lui rendre visite, malgré la
longue distance - suggère qu'elle lui était adressée à elle.
Durant l'exil de Nichiren Daishonin sur l'île de Sado, Ko Nyudo
et sa femme l'avaient protégé et lui avaient présenté des
offrandes, même quand cela leur faisait prendre des risques auprès
des autorités locales. Et, lorsque Nichiren Daishonin se fut
installé à Minobu, Ko Nyudo effectua ce voyage éprouvant
depuis Sado - le parcours en était véritablement périlleux
- pour lui rendre visite.
Les nombreux efforts que fit ce couple pour aider Nichiren Daishonin
durant son exil sur l'île de Sado sont décrits plus en
détail dans "Lettre à Ko-no-ama Gozen" (Commentaire ACEP)
En anglais : Reply to Ko Nyudo ou Reply to the Lay Priest of Ko
- commentaires : http://nichiren.info/gosho/bk_ReplyKoNyudo.htm
- http://www.sgilibrary.org/view.php?page=491