Readings of the Lotus Sutra


 
 
Ruben L. F. Habito est professeur des religions du monde et de la spiritualité à la Perkins School of Theology, Southern Methodist University. Spécialiste de longue date de Nichiren, il a coédité Revisiting Nichiren, un numéro spécial de Japanese Journal of Religious Studies (1999). On peut citer parmi ses oeuvres Experiencing Buddhism: Ways of Wisdom and Compassion (New York: Orbis Books, 2005) et Healing Breath: Zen for Christians and Buddhists in a Wounded World (Somerville, Mass.: Wisdom Publications, 2006).

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Lire le Sutra du Lotus avec son corps

 

Un des textes les plus influents dans toute l'histoire de l'Asie du Sud-Est, le Sutra du Lotus, a été accueilli et lu par les disciples bouddhistes, à travers les âges, de façons bien différentes. Le présent essai porte sur la notion de "lire le Lotus avec son corps" (Hokke shikidoku), un terme associé à la vie et aux enseignements du moine bouddhiste japonais du XIIIe siècle, Nichiren (1222–1282). (note) En introduction, j’esquisse la façon dont le Sutra du Lotus a été reçu, lu et interprété dans l'histoire du bouddhisme en tant que texte porteur de pouvoirs spirituels et profanes. (note.) Dans les deux sections suivantes, j'expose les fondements philosophiques et religieux de la lecture qu’en fit Nichiren, en m’appuyant sur ses écrits, et j’en examine les implications herméneutiques. En conclusion, je pose un regard sur quelques bouddhistes japonais modernes influencés par Nichiren et analyse brièvement la façon dont leurs lectures personnelles du Sutra ont façonné leur vision du monde et leur connaissance d'eux-mêmes.

La puissance du texte

Que « recevoir, garder et propager le Sutra » mène directement à l’Éveil complet et parfait et sans supérieur (anuttarasamyaksambodhi) est un thème récurrent dans le Sutra du Lotus à partir du chapitre X. Cet enseignement a joué un rôle essentiel dans la doctrine de Nichiren qui met l'accent sur le pouvoir salvateur du Sutra du Lotus, accessible à tous les êtres grâce à la récitation de son Titre (daimoku).

Le chapitre X du Sutra du Lotus, Le maître du Dharma, met en retrait un point figurant dans les neuf premiers chapitres, où la vénération des stupas contenant les reliques du Bouddha est proposée comme une des formes de pratique menant à l'Éveil. On lit, par exemple dans le chapitre II, Les Moyens appropriés :

« Après la Disparition des Éveillés,
ceux qui ont fait offrande aux reliques,
dressé des pagodes de myriades de sortes, […]
de telles gens
ont tous désormais réalisé la voie d'Éveillé » (Hurvitz, 36; Robert, ch. II, p. 83).

Mais à partir du chapitre X, le Sutra du Lotus est assimilé au corps même de l’Ainsi-Venu et présenté comme un objet de vénération de plein droit. Par exemple, parmi les nombreux passages de ce chapitre se référant à la réception et la propagation du Sutra, on trouve :

« Si des fils et des filles de bien reçoivent, gardent, lisent, récitent, expliquent et recopient ne serait-ce qu'un verset du Livre du lotus de la Loi sublime et font aux volumes du texte canonique toutes sortes d'offrandes de fleurs, encens, colliers, poudres, onguents, fumigations, dais de soie, bannières, vêtements, musique, ou joignent les paumes en vénération, de telles gens seront regardés avec respect par l'ensemble des mondes, on leur fera offrande des offrandes dues à l'Ainsi-Venu. Sache-le : de telles personnes sont de grands êtres d'Éveil qui, ayant accompli l'Éveil complet et parfait sans supérieur, ont pris en pitié les êtres et ont fait vœu de naître parmi eux pour exposer largement et détailler le Livre du lotus de la Loi sublime. » (Hurvitz, 160 ; Robert, ch. X, p.212)

Plusieurs autres passages énumèrent ces actions méritoires (garder le Sutra, le lire, l’exposer etc.) qui mènent le pratiquant à l’Éveil complet et parfait, sans supérieur, et soulignent l'importance de l’attitude sous-jacente de l’adepte qui reçoit le Sutra avec le désir de diffuser ses enseignements. (note)

Recevoir le Sutra du Lotus avec une vénération qui mène à sa diffusion et son explication, entraine la présence du Bouddha en personne sous sa forme corporelle :

« Partout et en tout lieu où on le prêchera, le lira, le récitera, le copiera, ou même où l'on en gardera les volumes, il conviendra à chaque fois d'y ériger une pagode des sept matières précieuses, que l'on fera extrêmement haute, vaste et décorée. Il ne sera pas nécessaire d'y mettre en plus des reliques. Pourquoi cela ? C'est qu'il y aura déjà le corps entier de l'Ainsi-Venu. Ces pagodes devront être, par tout ce qui existe comme fleurs, encens, colliers, dais de soie, bannières, musiques et hymnes, honorées, respectées, vénérées, célébrées. Ceux qui obtiendront de voir ces pagodes, de les révérer et d'y faire offrande, seront tous, il faut le savoir, proches de l'Éveil complet et parfait sans supérieur. » (Hurvitz, 163 ; Robert, ch. X, p. 216)

Il importe de noter ici l'identification des rouleaux physiques du Sutra avec le Corps du Tathagata (l’Ainsi-Venu), le texte méritant le même respect et la même vénération que le Bouddha en personne. Il est expressément indiqué dans ce passage qu’en vénérant le texte du Sutra, l'adepte est destiné à réaliser l'Éveil complet et parfait sans supérieur. La phrase-clé « Il ne sera pas nécessaire d'y mettre en plus des reliques » marque la transition de la première partie du Lotus où la vénération des reliques du Bouddha s’inscrit dans la voie vers l’Éveil et la seconde partie qui insiste sur le recevoir et garder, ainsi que sur l’importance de l’expliquer aux autres. En un mot, c'est maintenant le texte du Sutra du Lotus qui est proposé à la vénération, au même titre que les reliques du Tathagata, et qui est considéré comme non moins physique ‒ ou peut-être même plus ‒ du point de vue de l’efficacité sotériologique. (réf.)

L'attitude prescrite dans la série des actes méritoires orientés vers le Sutra (y compris la lecture) est celle du « recevoir et garder » avec déférence et dévotion. Recevoir le Lotus, c’est l'adopter avec ferveur en tant que phare et guide dans sa vie et dans sa pratique religieuse, ce qui garantit l’atteinte de la bodhéité parfaite. Et cette pieuse adhésion au Sutra est inséparable de l'empressement à proclamer son enseignement à tous les êtres, afin qu'eux aussi puissent le recevoir et parvenir à l’Éveil.

Ainsi, d’après le Lotus, la lecture du Sutra doit être faite avec une attitude de totale adhésion et avec le désir de se consacrer à sa propagation. Cette disposition à recevoir et garder (sk. dharana) un sutra, cause de l’Éveil suprême, est également enseignée dans la Prajnaparamita (Perfection de la sagesse) - un ensemble de textes de la littérature mahayana. Certains de ces sutras, qui auraient été composés avant le Lotus, peuvent bien l’avoir influencé à cet égard. Quelques passages d’Astasahasrika Prajnaparamita (Perfection de la sagesse en 8000 lignes) sur les mérites de recevoir, garder et lire le sutra ressemblent fort à ceux du Lotus. (réf.) Mais, au fil des siècles en Asie du Sud-Est, les sutras de la Perfection de la sagesse n'ont pas été aussi populaires, comme objet de dévotion et de vénération, que le Lotus. (note)

Ceci ouvre la voie à d’importantes évolutions dans la façon de lire les sutras. Je fais ici référence à la récitation des dharanis (formules détentrices), une pratique qui fleurira plus tard, en particulier dans le contexte du bouddhisme ésotérique.

Le chapitre XXI du Sutra sanskrit (chapitre XXVI dans la version chinoise de Kumarajiva) expose des dharanis dont la récitation serait efficace pour l’obtention de divers avantages séculiers comme la prévention ou la guérison des maladies, la protection contre les dangers et les calamités, etc. Certains chercheurs considèrent ce chapitre, ainsi que d'autres passages faisant référence aux dharanis, comme des additifs plus tardifs au texte. Quoi qu'il en soit, l’important dans ce chapitre est que la recherche de protection par la récitation des dharanis contre les diverses calamités soit conférée à des pratiquants dont l’attitude est de recevoir et garder le Sutra. (réf.) Le lien souligné ici par la racine linguistique commune entre « garder » (dharana) des sutras et «formules détentrices imprégnées de puissance spirituelle » (dharanis) figure en bonne place pour comprendre le pouvoir de la psalmodie du daimoku du Sutra du Lotus chez Nichiren.

On trouve, particulièrement dans le bouddhisme d'Extrême-Orient, la tradition de la lecture et de la récitation des sutras sous forme de pratique jugée efficace surtout pour le transfert des mérites aux personne décédées, mais aussi pour acquérir des bénéfices séculiers pour le lecteur ou le récitant ainsi que pour ceux à qui il (ou elle) désire transférer le mérite de cette pratique. (note) Cette pratique dévotionnelle du lire et réciter le Sutra du Lotus fut largement répandue notamment en Chine, en Corée et au Japon, en association avec le culte du bodhisattva Guanyin (coréen : Kwan Um, Kannon). Le culte de Guanyin était aussi exprimé en psalmodiant la « grande compassion dharani» (dabei tuoloni de xin zhou ou dabei), laquelle était censée apporter divers avantages séculiers pour le récitant. (réf.)

Le recueil du XIe siècle de contes japonais miraculeux liés au Sutra du Lotus, le Dainihonkoku Hokekyo kenki, ou simplement Hokke genki (Contes miraculeux du Sutra du Lotus du Japon), illustre précisément comment ce Sutra a été reçu et lu. Beaucoup de ces histoires sont centrées sur la pratique de la récitation du Sutra du Lotus par de saints ascètes (j. hijri). Il s'agit de personnes qui se sont retirées de la vie mondaine et des institutions bouddhistes établies et qui s'efforcent de vivre l'enseignement du Lotus. Les histoires de ce recueil relatent des épisodes merveilleux de guérison, d’actes de courage surhumain et d'autres phénomènes miraculeux qui se produisent au bénéfice de personnes en situation de détresse ou de besoin, tous étant attribués à la puissance du Sutra du Lotus par la médiation du pieux ascète qui a acquis des mérites inexprimables en récitant le Sutra. (réf.)

Donc, lorsqu’au XIIIe siècle, Nichiren apparait sur la scène japonaise, il existait déjà une tradition bien établie de vénération particulière envers le Lotus, icône religieuse dotée de pouvoirs, capable de procurer des avantages spirituels et séculiers aux fidèles qui pratiquaient selon la prescription de recevoir et garder, lire, réciter, expliquer et copier le Sutra. (réf.) Pour Nichiren, la récitation du titre du Sutra (Myohorengekyo, prononciation japonaise du titre tel que traduit par Kumarajiva) englobe toutes ces pratiques. Dans l'enseignement de Nichiren, réciter daimoku (scander le titre) est efficace tant pour l’atteinte de l’Éveil parfait que pour la protection contre les dangers ou d'autres avantages mondains. Tout au long de sa carrière religieuse, Nichiren insiste sur la récitation du titre du Sutra qui, pour lui, réunit ce qu’enseigne le Sutra sur sa propre  vénération en tant que Voie vers la bodhéité et la croyance bien établie dans la puissance des phrases incantatoires (dharanis) afin de susciter des avantages séculiers. Nichiren est héritier à la fois de la tradition populaire des couches sociales qui considèrent le Lotus comme un objet sacré doté de pouvoirs miraculeux et salvifiques,  et de la tradition intellectuelle métaphysique concernant le Lotus telle qu’elle fut exposée par les maîtres de l’école Tiantai en Chine,  poursuivie ensuite par l'école Tendai au Japon avec Saicho (766 ou 767–822) et ses successeurs au centre tendai sur le Mont Hiei. Pour faire court, Nichiren réunit les traditions des pratiques dévotionnelles et de la spéculation théorique centrée sur le Sutra au sein d'une vision globale fondée sur la praxis. Sa devise « lire le Sutra du Lotus avec son corps » ouvre à une vision spirituelle intégrale de l'univers, qu’il résume dans son enseignement sur les « trois mille mondes en un seul instant-pensée » (ichinen sanzen). (réf.)

Lecture du Sutra du Lotus avec son corps selon Nichiren

Un des premiers traités de Nichiren, le Shugo kokka ron (Traité pour la Protection de la Nation), écrit en 1259, expose méthodiquement son projet religieux : la propagation de la foi dans le Sutra du Lotus est le seul moyen efficace pour assurer la protection des pays et le salut des peuples. Nichiren a composé ce traité après plus de vingt ans de quête spirituelle, celle-ci incluant des séjours d'étude au grand monastère tendai du Mont Hiei  et dans d’autres grands centres religieux de l'époque, où il s’était plongé dans l’étude des sutras et des commentaires. Dans cette quête, son objectif principal était de déterminer quel sutra parmi les innombrables écrits bouddhiques et les non moins nombreuses écoles bouddhistes à travers la Chine, la Corée et le Japon, représentait l’enseignement suprême de Shakyamuni.

Le passage suivant du Shugo kokka ron (Traité pour la Protection de la Nation) offre un premier aperçu sur la façon dont Nichiren comprenait la pratique de la lecture du Sutra du Lotus :

« Le grand-maître Zhanlan écrit : "Si les personnes stupides et ignorantes de ces Derniers jours du Dharma pratiquent le Sutra du Lotus, elles égaleront le bodhisattva Fugen [Samantabhadra], ainsi que le Bouddha Taho [Prabhutaratna] et les bouddhas des dix directions". Il affirme ainsi que le Lotus représente la voie facile (igyodo). Et il ajoute : "Même avec un esprit dispersé, même sans entrer dans le samadhi*, il faut réciter le Sutra du Lotus, et, que ce soit assis, debout ou en marchant, il faut résolument garder à l’esprit les paroles du Sutra du Lotus". Ce passage du commentaire indique que le Sutra du Lotus vise à sauver les personnes stupides et ignorants des Derniers jours du Dharma (mappo). "Esprit dispersé" est le contraire de "concentration samadhi*". "Réciter le Sutra du Lotus" c’est lire et réciter les huit rouleaux ou un seul, ou bien une lettre, une strophe, un verset ou son titre (daimoku). Cela se réfère à celui qui se réjouit un seul moment en entendant ne serait-ce qu’un verset du Sutra, et ce, de proche en proche, jusqu'à la cinquantième personne. "Assis, debout ou en marchant" signifie qu'on ne doit pas faire de distinction entre les quatre positions. "Résolument garder à l’esprit" n’indique ni le samadhi*, ni l’esprit en tant que principe universel mais l’instant-pensée [ichinen] d’un homme ordinaire (bompu) dans la vie quotidienne. "Garder à l’esprit les paroles du Sutra du Lotus", c’est comprendre en quoi les paroles du Sutra sont différentes des autres textes. Même si l’on ne peut lire qu’un seul caractère, les resserres de quatre-vingt-mille trésors de caractères qui composent les enseignements du Bouddha y sont inclus, tout comme les mérites de tous les bouddhas.» (réf.)

Ailleurs, dans le même Traité, Nichiren confirme que "pratiquer le Lotus" en soi et à l’extérieur de soi c’est "contempler le Bouddha". Citant le chapitre XXVIII, sur le bodhisattva Fugen [Samantabhadra], il dit :

« Et encore il est écrit : "s'il s'en trouve pour accepter et garder, lire et réciter, mémoriser correctement, mettre en pratique, copier et recopier ce Livre du lotus de la Loi, sache que cela reviendra pour eux à voir l'Éveillé Çâkyamuni, que ce sera comme entendre ce texte canonique de la bouche de l'Éveillé. Sache que ces gens font offrande à l'Éveillé Çâkyamuni." D’après ce passage le Sutra du Lotus et le Bouddha sont un seul et même.» (réf.)

Voilà donc le premier point que nous pouvons distinguer concernant  la façon dont Nichiren comprend la façon de lire le Sutra du Lotus : c’est pour lui rien  moins que de se mettre en présence du Bhagavat, le Bouddha Shakyamuni. En d'autres termes, le Sutra du Lotus est devenu, pour Nichiren, l'incarnation du Shakyamuni atemporel, méritant même hommage et dévotion. Dès lors, lire le Sutra du Lotus n'est pas  simplement lire attentivement les mots du texte pour comprendre le sens profond qu’ils véhiculent: c’est s'engager dans un cycle complet d'actes impliqués par l'attitude fondamentale de recevoir et garder le Sutra, y compris la récitation, la copie, l’explication aux autres, l’hommage rendu par des offrandes de fleurs et d'encens, etc. (note) Recevoir et garder le Sutra du Lotus, c’est recevoir et garder le Bouddha Shakyamuni dans son cœur et tout son être.

Notons aussi que le Bouddha Shakyamuni, dont il est question ici, n'est pas le Gautama historique mais l’Éveillé qui ne demeure pas dans un temps historique, le Bouddha primordial révélé au chapitre XVI du Lotus, Durée de vie de l’Ainsi-Venu, celui qui choisit d'entrer de nouveau dans l'Histoire et de s'engager dans des activités humaines afin de sauver les êtres vivants de leur état misérable et de leurs frustrations. C’est le Shakyamuni constamment présent, le « père du monde », que décrit le chapitre III du Sutra, celui qui regarde ses enfants pris au piège dans une maison en feu et propose toutes sortes de moyens appopriés* pour les libérer.

Le deuxième point capital que Nichiren distingue dans la lecture du Lotus est qu'il affirme que lire ne serait-ce qu’un seul mot du Sutra équivaut à lire le contenu des « réserves de quatre-vingt-mille trésors » qui constituent l'intégralité des enseignements du Bouddha et incluent les mérites de tous les bouddhas. En déclarant cela, Nichiren ne fait que suivre le texte même du Lotus qui, comme nous l'avons vu, proclame que le texte du Sutra est égal au Bouddha. Voici comment Nichiren explique le caractère myo (ch. miao, merveilleux) du titre, en cinq caractères, Myo Ho Ren Ge Kyo, du Sutra dans la traduction de Kumarajiva :

« Myo se dit sad en Inde ; en Chine, il se prononce miao. Myo signifie "incluant tout", ce qui a également le sens de "parfait". Chaque mot et chaque caractère du Sutra du Lotus contient en lui tous les 69 384 caractères qui composent le Sutra. De même, une seule goutte du grand océan comprend les mêmes éléments que l'eau de toutes les rivières qui se déversent dans l'océan ; le "joyau qui exauce les vœux", bien qu'à peine plus grand qu'une graine de pavot, a le pouvoir de prodiguer tous les trésors qu'une personne peut désirer. » (réf.)

La notion de "l’un incluant tout" vient de la tradition mahayana ; elle est expliquée, par exemple, dans le Sutra Avataṃsaka (Sutra de la Guirlande de Fleurs) et fut développée de différentes façons par les commentateurs bouddhistes chinois et coréens. Une déduction importante de cette idée est le concept du Maître tiantai Zhiyi (538–597), « trois mille mondes en un seul instant-pensée » (yinian sanqian, ichinen sanzen), que Nichiren a adopté comme élément central de sa compréhension religieuse de la réalité. Nichiren cite spécifiquement ce concept d’ichinen sanzen dans plusieurs de ses écrits, surtout dans son traité majeur le Kanjin honzon sho (Le véritable objet de vénération), une œuvre qu'il qualifie de « seule question importante dans ma vie ». (réf.) Pour Nichiren, le principe d'ichinen sanzen est le fondement de l'enseignement selon lequel tous les êtres sensitifs ont en eux le potentiel pour devenir bouddha. Il décrit ce principe comme « le père et la mère des bouddhas » et « la graine de vie de tous les bouddhas ». (réf.) Pour Nichiren, cette graine de bodhéité n'était pas simplement un principe abstrait car il reçut une concrétisation dans la pratique psalmodiée (daimoku), adhésion aux cinq caractères du titre du Sutra. Nichiren écrit :

« Avec une compassion profonde pour ceux qui ignorent le joyau d'ichinen sanzen, le Bouddha fondamental l'enveloppa dans la seule phrase Namu Myoho Renge Kyo, et en orna le cou de ceux qui vivent à l'époque des Derniers jours du Dharma. » (réf.)

La récitation des cinq caractères Myo, Ho, Ren, Ge, Kyo précédés de Namu qui indique une attitude de vénération et d'hommage, devient ainsi le véhicule concret par lequel le principe d’ichinen sanzen (trois mille mondes en un seul instant-pensée) est activé et devient une réalité. Selon Nichiren, quoi de plus facile pour parvenir à la bodhéité que de réciter juste cette phrase qui contient toutes les richesses de l'univers et toutes les vérités dans les enseignements de tous les bouddhas ? Lui-même a non seulement récité le titre dans cet esprit, mais il lisait aussi habituellement le texte du Sutra. Tout au long de sa vie religieuse, il emportait avec lui un manuscrit du Lotus qu’il annotait, insérant des passages pertinents de commentaires tiantai ou d'autres sutras. Ce Sutra annoté lui a toujours servi dans ses prédications et ses écrits. Pour ses disciples il a prescrit la simple récitation du titre, exprimant l'hommage et la vénération. Comme nous l’avons vu, dans la pensée de Nichiren, cette récitation simple ouvre pour le récitant la resserre du Trésor infini contenu dans le Lotus et le mène vers l'Éveil suprême tout en lui assurant dans ce monde des mérites et des bienfaits indicibles.

Nichiren affirme que cette pratique est particulièrement adaptée à notre monde terrestre (monde Saha), notamment au Japon, et à un moment précis de l'Histoire, c'est-à-dire la période des Derniers jours du Dharma (mappo) ; en d'autres termes, adaptée au pays et à l’époque de Nichiren. Et c'est le troisième point important de sa compréhension de la pratique de la lecture du Sutra du Lotus : la conscience aiguë de l'importance du moment et du lieu où doit être effectuée cette lecture.

Beaucoup de gens de l'époque de Nichiren croyaient que les Derniers jours du Dharma (mappo) avaient commencé en 1052, deux mille ans après le nirvana final du Bouddha, que l’on supposait avoir eu lieu en 949 avant notre ère. (réf.) Cet « âge » de la fin du Dharma était considéré comme une période de l'histoire où les êtres humains, accablés par leur mauvais karma, ne seraient plus en mesure d'atteindre l'Éveil par des disciplines traditionnelles de méditation et d'observation des préceptes. Dans la pensée de Nichiren, l'âge mauvais après le parinirvana du Bouddha était celui où les gens, pensant qu'ils agissaient en accord avec la doctrine de Shakyamuni, allaient en fait contre elle et persécutaient même ceux qui en étaient les vrais porteurs ; une époque où beaucoup de ceux qui semblaient confirmer le Dharma en réalité le calomniaient et le dénigraient. Le Sutra du Lotus, dit-il, prévoit précisément cette époque :

« Ce livre canonique, alors même que l'Ainsi-Venu est présent en personne, est déjà en butte à mainte rancœur ; à plus forte raison alors après son passage en Disparition. » (Hurvitz, 162–63; Robert, ch. X, p. 215)

En toile de fond de cette affirmation de Nichiren, il faut se rappeler qu'en son temps, l'enseignement exclusif de la Terre Pure de Honen (1133–1212), qui prêchait l'abandon de toutes les pratiques au profit de la seule récitation du nembutsu (invocation du nom du Bouddha Amida), bénéficiait de la faveur généralisée. Du point de vue du Lotus, tel qu’expliqué dans les enseignements du Tendai que Nichiren a acceptés et développés, en cette ère de décadence, seul le Sutra du Lotus mène réellement à la délivrance. Ainsi, se livrer à des pratiques comme le nembutsu, préconisé par Honen et les adhérents de la Terre Pure, était non seulement inutile mais revenait aussi à dénigrer le véritable Dharma. Nichiren voyait le Sutra du Lotus comme adapté non seulement à son époque, mais aussi à un endroit particulier, c'est-à-dire à son pays, le Japon. Il l’a enseigné sous la forme des "cinq guides pour la propagation", les cinq points de la supériorité du Sutra du Lotus dans son efficacité : l'enseignement, la capacité, le temps, le pays et la propagation. Pour lui :

« Les habitants de ce pays nommé Japon, de par leurs capacités, ont un lien tout particulier avec le Sutra du Lotus. » (réf.)

Bref, Nichiren se situait en un lieu pour lequel lire le Sutra du Lotus était le plus adapté et précisément dans le temps historique où ce sutra était le plus efficace. Mais il voyait aussi cet endroit et ce temps caractérisés par le dénigrement du Dharma, par un abandon généralisé de la foi dans le Sutra du Lotus en faveur du nembutsu de Honen et d’autres pratiques.

Cela nous amène au quatrième point de l’enseignement de Nichiren concernant la lecture et la pratique du Lotus. Convaincu que ce sutra était particulièrement efficace pour son temps et son pays et qu'il était ignoré en faveur de pratiques qu’il considérait comme inférieures ou inutiles, il a appelé ses partisans à se joindre à lui pour dénoncer les autres enseignements et proclamer, même au péril de leur vie, que le Lotus est le seul sutra efficace. Ainsi, il écrit :

« Quelle que soit l'importance de nos bonnes actions, même si nous lisons et copions mille ou dix mille fois l'intégralité du Sutra du Lotus, ou même si nous maîtrisons la méditation sur le principe d'ichinen sanzen, si nous nous abstenons de réfuter les ennemis du Sutra du Lotus, cela suffit pour nous rendre impossible l'atteinte de la bodhiéité (réf.)

En d'autres termes, dans une situation où le Sutra est mal compris, méprisé ou décrié, les vrais pratiquants ne doivent pas négliger cette situation ni garder leur pratique du Lotus pour eux-mêmes. Au contraire, mus par la compassion, ils devront considérer ces calomnies avec le plus grand sérieux et les dénoncer sans hésitation. Nichiren continue :

« Imaginons une personne, au service de la cour impériale. Elle s'est peut-être acquittée correctement de sa tâche pendant dix ou vingt ans. Mais si, connaissant l'existence d'un ennemi de l'empereur, elle ne prévient pas la cour et n'éprouve pas personnellement de haine à l'égard de cet ennemi, tous les mérites acquis en de longues années de service s'en trouveront effacés ; au contraire, on la tiendra pour responsable du crime. » (réf.)

Nous avons identifié ici les quatre points essentiels, tels que les a définis Nichiren, concernant la lecture du Sutra du Lotus.

Premièrement, lire le Sutra c’est rencontrer en face et être réellement en présence du Bouddha. Deuxièmement, lire et réciter, ne serait-ce qu’une seule phrase du Sutra, c’est être sûr d'atteindre l’Éveil ainsi que divers bienfaits de ce monde ; la phrase la plus appropriée pour la lecture et la récitation étant le titre du Sutra qui contient tous les mérites du Sutra du Lotus. Troisièmement, la lecture d’un sutra est un acte indissociable d'un contexte spatio-temporel particulier. Donc, les enseignements du Sutra du Lotus doivent être en adéquation avec les situations et les événements d'une époque donnée. Et, quatrièmement, au-delà de la simple lecture mentale ou verbale et de la récitation, les vrais disciples du Lotus sont exhortés, le cas échéant, à donner leur vie pour sa propagation et la diffusion de son message.

Pratiquer le Lotus : engagement séculier et souci de l'environnement

Dans son Shugo kokka ron (Traité pour la Protection de la Nation), où il expose sa vision religieuse basée sur le Sutra du Lotus, Nichiren dit qu'il « regarde et écoute les conditions sociales de son époque» et qu’il recherche une corrélation entre ce qu’il voit et entend et les Ecrits bouddhiques. (réf.) En 1260, il commence son célèbre Rissho ankoku ron (Sur l'établissement de l'enseignement correct pour la paix dans le pays) par une description impressionnante du chaos social de son époque, ce que tout un chacun peut constater :

« Bœufs et chevaux gisent morts au bord des chemins, les squelettes humains s'entassent sur les routes. Plus de la moitié de la population a déjà été emportée par la mort, et pas une seule famille n'est épargnée par le malheur.» (réf.)

En ce temps-là, des catastrophes naturelles (inondations, tremblements de terre) et la détérioration des conditions sociales résultant de la famine, des épidémies et des guerres intestines avaient créé un sentiment généralisé d'insécurité. Comme il l'explique dans ce traité, Nichiren a cherché les causes de cette crise ainsi que les solutions possibles dans les écrits bouddhiques pour tenter d'établir une corrélation entre la situation observée et les enseignements du Lotus ainsi que d’autres sutras. Il en conclut que la cause fondamentale (honnin-myo) de la souffrance du peuple réside dans la négligence et la calomnie du Dharma de Shakyamuni tel qu'il est incarné dans le Sutra du Lotus. Nichiren estimait que ce dénigrement du vrai Dharma était perpétré, dans une large mesure, par la propagation de l'enseignement de Honen qui prêchait la récitation du nom du Bouddha Amida. Ses études l’avaient amené à comprendre qu'Amida n'était que l’une des nombreuses émanations de Shakyamuni, le Bouddha primordial transhistorique. Concentrer sa dévotion sur telle ou telle émanation du Bouddha primordial sans tenir compte de la véritable source constituait, pour Nichiren, une offense à l’égard de Shakyamuni et équivalait à discréditer le véritable Dharma. En outre, le fait que les autorités politiques et les chefs de guerre admettaient la diffusion de cette pratique était, à ses yeux, officialiser ce discrédit.

Arrivé à la conclusion que la cause du chaos et de la souffrance résidait dans cette calomnie flagrante du vrai Dharma, Nichiren estima qu'il fallait logiquement mettre un terme à cet état de choses, et n'épargna aucun effort pour y parvenir. Il écrivit son Rissho ankoku ron et le présenta aux autorités en place pour les convaincre de prendre les mesures nécessaires pour allèger la crise sociale en s'attaquant à la racine du mal. Dans ce traité, Nichiren s’appuie sur plusieurs sutras qui parlent de la protection de la nation, comme le Sutra de la Lumière d’Or (Jinguangming jing, Konkomyo*) et le Sutra des Rois Vertueux (Renwang jing, Ninno*), ces sutras  énumérant les malheurs qui détruiront un pays où le vrai Dharma est négligé ou dénigré. A partir de ces textes, Nichiren prédit deux catastrophes supplémentaires, une invasion étrangère et des conflits au sein du clan dirigeant, qui arriveraient si la situation actuelle persistait. Toute sa vie, il a maintenu cette position qui consistait à se référer au Lotus et à d'autres sutras pour expliquer les événements sociaux et politiques de son temps,  et aussi en lisant les sutras en tenant compte de ce qui se passait autour de lui.

Les deux calamités prévues par Nichiren se sont réalisées. En 1268, une ambassade de l'empire mongol remit au gouvernement un mandat exigeant du Japon l’établissement de relations de vassalité ; comme cette demande fut rejetée, les forces mongoles ont tenté d'envahir le Japon, en 1274 puis encore en 1281. La menace mongole était le plus grave danger auquel le Japon avait eu à faire face en tant que nation. Mais, même sous cette menace extérieure, les intrigues politiques au sein des familles au pouvoir (notamment la rébellion de 1271 de Hojo Tokisuke, demi-frère du régent shogunal) ont plongé le pays entier dans un état d'agitation et d'incertitude. Nichiren voyait dans ces événements l’accomplissement des « prédictions » trouvées dans les sutras qu’il avait cités dans le Rissho ankoku ron. Ils l’ont conforté dans sa conviction de la véracité du Sutra du Lotus, des malheurs qui découlent de sa diffamation et de la justesse de l'interprétation de ses lectures des écritures à la lumière de l'enseignement du Lotus.

Les déclarations et les actions publiques de Nichiren, en particulier ses exhortations, adressées aux autorités politiques et militaires, à prendre des mesures pour arrêter ce qu'il considérait comme la calomnie du Dharma, découlent de sa conviction religieuse basée sur la lecture du Sutra du Lotus à la lumière des événements de son époque. Ce sont ces actions qui ont entraîné ses arrestations et ses exils. Les expériences que Nichiren tira de ses persécutions ont réaffirmé sa conviction de la justesse de son enseignement et de l'exactitude de sa lecture du Sutra du Lotus. Son attitude fondamentale se positionnait à l’entrecroisement de sa lecture du Lotus, des événements de son époque et de la situation générale de son temps : ce n'était pas une lecture objective et impartiale, mais un engagement qui allait jusqu’à être prêt à donner sa vie pour le Dharma, « sans ménager sa vie corporelle » (Hurvitz, 186; voir également 190, 223 ; Robert, ch. XIII, p. 243 et 247, ch. XVI, p. 287). Dans ses nombreux écrits, Nichiren cite à maintes reprises cette phrase tirée du Sutra du Lotus pour illustrer l’abnégation que requiert le Sutra. Il a maintenu ce comportement tout au long de sa vie, supportant des épreuves et des difficultés répétées pour protéger le vrai Dharma.

Parmi les persécutions que Nichiren a subies au cours de la propagation de son enseignement, il y eut l’exil dans la petite île septentrionale de Sado (de 1271 à 1274), ordonné par les gouvernants du Japon contre un homme qu’ils considéraient comme nuisible et qui défiait leur autorité. Au cours de son séjour sur cette île inhospitalière, Nichiren connut une période d’introspection qui l'a fait réfléchir sur les événements de sa vie qui l’ont conduit au bannissement et à la souffrance. C'est à cette époque qu’il prit clairement conscience de sa véritable vocation de pratiquant du Lotus, confirmée par tout ce qu'il avait dit et fait depuis le début de sa vie publique. Un passage du Sutra du Nirvana, considéré par Nichiren comme un "sutra sœur" du Lotus, détaille notamment les persécutions et les souffrances qui seront inévitablement le lot de ceux qui propagent le Dharma. Nichiren a vu dans ces lignes comme un miroir de sa vie, en résonance avec son expérience :

« Désormais, tous mes doutes se dissipent et des milliers de difficultés ne sont plus rien pour moi. Mais laissez-moi vous démontrer phrase par phrase que ce texte s'applique bien à moi. "Vous serez peut-être méprisé" ou, comme il est dit dans le Sutra du Lotus, "Ils éprouveront du mépris, de la rancune, de la haine et de la jalousie" à votre égard - or depuis plus de vingt ans j'ai été traité avec mépris et arrogance. "Vous serez affligé d'une laide apparence", "Vous serez pauvrement vêtu" - cela s'applique à moi. "Vous rechercherez la richesse en vain" - cela s'applique à moi. "Vous naîtrez dans une famille pauvre" - cela s'applique à moi. "Vous serez persécuté par votre souverain" - Cela s'applique à moi. Comment en douter, si peu que ce soit, en lisant ces passages des sutras ? Dans le Sutra du Lotus, il est dit : "Nous serons bannis encore et encore", et dans le Sutra Hatsunaion, il est fait allusion à "toutes sortes de difficultés". » (réf.)

En un mot, Nichiren parvint à la conviction intime que ce qu'il avait lu dans le Sutra du Lotus était réalisé dans sa vie et, qu’en même temps, sa vie était la concrétisation et l'authentification des paroles du Sutra. Ainsi peut-on dire que, pour Nichiren, « lire le Sutra avec son corps » est comme un cercle herméneutique, dans lequel le texte et le lecteur s'authentifient réciproquement et témoignent l’un de l’autre dans l'acte même de lecture. Ce n'est pas une "lecture" au sens habituel visant à déterminer la signification des mots dans leur contexte, mais un acte par lequel le lecteur ‒ dans ce cas Nichiren ‒ est authentifié dans sa connaissance de soi, comme étant celui dont parle le texte. Et, en même temps, le Sutra du Lotus qui prédit que celui qui propage son enseignement dans l’âge mauvais après le parinirvana du Bouddha sera confronté à de graves épreuves, est authentifié dans ses prédictions par le vécu de Nichiren. Ce dernier écrit :

« Regardez autour de vous dans le monde d'aujourd'hui y a-t-il d'autres moines que Nichiren qui soient méprisés et calomniés à cause du Sutra du Lotus ou que l'on attaque à coups d'épées et de bâtons ? Sans Nichiren, la prophétie faite dans ce vers du Sutra ne serait que pur mensonge.» (note)

Le même point est souligné dans une lettre à Toki Jonin, un des disciples les plus proches de Nichiren, écrite peu après que Nichiren a eu terminé son traité majeur, le Kaimoku sho (Traité pour ouvrir les yeux, 1272) alors qu’il était encore en exil sur l'île de Sado :

« ‘‘ en portant de l'herbe sèche,
pénétrer sans être brulé,
cela ne serait pas non plus difficile.
Mais qu'après ma Disparition,
l'on préserve ce livre
et qu'on l'expose ne serait-ce qu'à un seul,
voilà qui est difficile.’’
C’est à Nichiren que ces mots s’appliquent. Le chapitre X dit : ‘‘ il se trouvera des gens pour l'insulter de méchantes paroles,
pour brandir poignards, bâtons, tuiles et pierres.’’ « Et de nouveau le Bouddha prédit :
‘‘ Dans le cinquième demi-millénaire après mon parinirvana, il y aura un pratiquant du Lotus, qui sera soumis à traitement calomnieux de personnes ignorants ; qui sera frappé avec des épées et des bâtons et des pierres et des briques ; et qui va être exilé et condamné à mort.’’
S’il ne s’agit pas de Nichiren, toutes ces prédictions de Shakyamuni, de Taho et des bouddhas des dix directions ne seraient que de grands mensonges.» (note)

Pour Nichiren, lire le Sutra du Lotus avec son corps signifie également qu'il s'identifie à certains personnages du Sutra. Au cours de son exil à Sado, Nichiren a commencé à parler de lui-même comme d’une figure du bodhisattva Jogyo (Visistacaritra) qui conduit les bodhisattvas Surgis-de -Terre chargés par Shakyamuni de la mission de propager le Sutra du Lotus après son parinirvana dans les Derniers jours du Dharma. Nichiren s’identifiait également au bodhisattva Jofukyo (Sadaparibhuta, Toujours-sans-Mépris), du chapitre XX, qui était insulté et persécuté lorsqu'il propageait le Dharma, tout comme lui-même était confronté à l’adversité lorsqu’il délivrait son message sur le Sutra du Lotus.

En un mot, la lecture de Nichiren, son expérience des persécutions et les difficultés pour propager le Sutra du Lotus confirmaient la vérité des enseignements du Lotus, comme autant de paroles qui se réalisaient dans sa propre personne. En ce sens, Nichiren se voyait une incarnation du Dharma tel qu'il est enseigné dans le Sutra du Lotus. C’était pour lui une source de joie, dont il a souvent parlé dans ses écrits, qui imprègne son être, même au milieu des tribulations et malgré son échec à être entendu des gouvernants du Japon ou à convertir plus d’une poignée de disciples. Cette absence apparente de résultats tangibles l’a conduit, en 1274, à se retirer au Mont Minobu, dans la province de Kai, où il passa ses dernières années. Durant cette dernière période au Mont Minobu il revint maintes fois sur les principaux événements de sa vie, en particulier sur les épreuves et les difficultés qu'il avait endurées pour propager le Sutra du Lotus. Il écrit :

«Quelle chance pour moi que d'offrir ma vie au Sutra du Lotus ! Si je dois perdre cette pauvre tête pour devenir bouddha, ce sera comme si j'échangeais du sable contre de l'or ou du gravier contre des pierres précieuses !» (note)

Dans ses réflexions durant cette dernière période de sa vie, Nichiren a confirmé une fois de plus la direction qu'il avait prise dès les premières années de son activité religieuse. Il voyait les événements et les personnes qu'il avait rencontrés dans sa vie comme autant de réalisations de ce qui avait été exposé dans le Sutra du Lotus. Il écrit :

« Le roi Suzudan servit un ermite du nom d'Ashi avec la plus grande endurance afin d'obtenir les bienfaits du Sutra du Lotus ; et même si le bodhisattva Fukyo fut frappé à coups de bâton par des moines arrogants, il eut l'honneur d'être le Pratiquant du Véhicule suprême. Maintenant, rien ne me rend plus heureux que d'être né à l'époque des Derniers jours du Dharma, et d'être en butte à des persécutions pour avoir propagé le Dharma des cinq caractères Myo Ho Ren Ge Kyo. Pendant plus de deux mille deux cents ans depuis la mort du Bouddha Shakyamuni, personne, pas même le grand sage Zhiyi, n'a vécu cette phrase du Sutra : "En ce monde, il y aura beaucoup de haine et il sera difficile de croire." Je suis le seul à avoir vécu la phrase du Sutra qui dit : "Nous [les pratiquants du Sutra du Lotus] seront exilés bien des fois." Dans le Sutra du Lotus, le Bouddha promet que toute personne qui croira ne serait-ce qu'en une seule phrase ou une strophe de ce Sutra deviendra bouddha. Ainsi, cela ne fait aucun doute, j'ai suivi la voie correcte qui mène à la sagesse suprême et ultime du Bouddha. Le régent Hojo Tokimune [qui m’a persécuté] a été mon ami le plus précieux. [Le haut fonctionnaire] Hei no Saemon [qui m’a fait arrêter et exiler à Sado] est pour moi ce que fut Devadatta pour Shakyamuni. Les adeptes du Nembutsu-Ritsu, à Sunakshatra [tous deux ennemis de Shakyamuni]. Shakyamuni vit aujourd'hui ; notre époque est celle du Bouddha. C'est ce que le Sutra du Lotus définit comme shoho jisso (véritable aspect de la vie) ou plus précisément la cohérence* de 1'origine jusqu'à la fin. » d'aujourd'hui sont comparables à Kokalika et les adeptes du (réf.)

Ainsi, Nichiren a-t-il interprété tous les évènements de sa vie et tous les éléments qui l'entouraient comme l'accomplissement des différentes prédictions spécifiques du Sutra du Lotus. Et, inversement, il a vu dans le texte du Sutra du Lotus le miroir des événements de sa vie. Nous pouvons aussi entrevoir la vie intérieure de Nichiren au cours de toutes ses vicissitudes dans un autre traité, écrit au Mont Minobu, où il rappelle les admonestations qu'il avait adressées aux autorités à trois reprises, et où il souligne que ses prédictions sur la rébellion interne et l'invasion étrangère s’étaient réalisées. Il écrit :

« Pourtant, ce n'est pas moi Nichiren, qui fis ces trois déclarations importantes. Ce fut plutôt, à chaque fois, l'esprit du Bouddha Shakyamuni qui s'empara de moi pour me faire agir ainsi. Et, pour avoir personnellement connu cette expérience, je suis transporté de joie. C'est là le principe primordial d'ichinen sanzen enseigné dans le Sutra du Lotus (réf.)

Ce passage rappelle les quatre points de la compréhension par Nichiren de la pratique de la lecture du Sutra du Lotus. Ces points illuminent et encadrent son parcours religieux qui a été profondément enraciné, nourri et dynamisé par sa lecture habituelle du Sutra.

En premier lieu, c’est la conscience de la présence vivante de Shakyamuni qui accompagne Nichiren dans les vicissitudes de sa mission. Il en avait acquis la certitude par sa façon de lire le Sutra non seulement d'une manière conceptuelle, mais dans l'immédiat et l’expérientiel, « avec son corps ». Ses traités majeurs et de nombreuses lettres à ses disciples témoignent de cette attitude que l'on pourrait très bien qualifier de mystique. (note.)

Deuxièmement, chez Nichiren, l’ancrage de cette prise de conscience venait de ce que l'on pourrait appeler un sentiment de « plénitude cosmique » qui accompagnait chaque pensée, chaque parole, chaque geste en fonction du Sutra du Lotus. Il s’appuyait sur le concept d'ichinen sanzen, compris comme le noyau essentiel du Sutra, et selon lequel chaque pensée (parole ou acte) contient en soi l'ensemble des trois mille mondes. Pour lui, ce qui manifestait le plus explicitement cette plénitude cosmique n’était rien d'autre que la récitation du titre du Sutra du Lotus. Son message était simple : recevez et gardez le Sutra du Lotus et exprimez cette fidèle acceptation en récitant les cinq caractères du titre. Mais cette simplicité repose sur une vision complexe de la réalité ultime qui se dévoile dès que l’on se penche davantage sur les différents niveaux de cette doctrine de plénitude cosmique en un seul instant-pensée, une doctrine que la conscience mystique de Nichiren a incarnée et à laquelle elle a donné vie.

Troisièmement, ce que j'appelle « conscience mystique » de Nichiren, qui embrasse le sentiment de la présence constante de Shakyamuni et l'expérience de plénitude cosmique, se réalise dans un moment historique donné (les Derniers jours du Dharma) et un lieu géographique spécifique (le Japon), en réponse à des événements concrets et des situations qui rendent actuel et activent le pouvoir du Sutra du Lotus. La réponse de Nichiren, le pratiquant du Lotus, à ces situations et ces événements l’a exposé à des persécutions qui, ayant été annoncées dans le Sutra du Lotus, furent pour lui la confirmation de la vérité de son enseignement et ont approfondi sa conscience mystique.

Quatrièmement, tout au long de sa vie, Nichiren a manifesté de façon évidente qu'il était prêt à sacrifier son corps et sa vie pour répandre le message du Sutra du Lotus. Ce dévouement total au Lotus l’a toujours empli d’un sentiment de joie, de paix et d’accomplissement en dépit des souffrances et des difficultés qu’impliquait son engagement.

Ces quatre points sur la compréhension de Nichiren de ce que signifiait lire le Sutra du Lotus constituent l'élément central de son message religieux. Ce sont ces éléments, qu'il a concrétisés et appliqués tout au long de sa vie, qui peuvent, du début à la fin, être compris, comme la lecture du Sutra avec son corps. Ce qui a poussé Nichiren à s’engager socialement dans son époque était justement cette compréhension et les événements qui se produisaient sous ses yeux, événements prédits dans le Lotus et d’autres sutras, ces prédictions scripturaires ayant été authentifiées par des événements réels. Cette authentification réciproque, prévisions (dans le texte) et évènements (dans le monde réel) ont amené Nichiren à se reconnaître comme l’Envoyé du Lotus, autrement dit, celui par qui le Sutra du Lotus vient à s'incarner dans le monde.

Lire le Sutra du Lotus après Nichiren

Après la mort de Nichiren, son œuvre de propagation du Sutra du Lotus a été reprise par un petit groupe de disciples fidèles qui s’est agrandi au long des siècles pour former, au Japon, un puissant courant bouddhiste qui porte maintenant son nom. Et, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, plusieurs nouveaux mouvements religieux ont vu le jour, notamment le Reiyukai, le Rissho Koseikai et la Soka Gakkai, qui s’inspirent de l'enseignement de Nichiren. (réf.) Durant cette période, plusieurs penseurs influencés par les enseignements de Nichiren ont acquis une certaine notoriété dans certains cercles intellectuels et politiques japonais. (note) Au cours de la période de la modernisation du Japon, cette recrudescence d’intérêt pour Nichiren et son message centré sur le Sutra du Lotus a été appelée "nichirénisme" (nichiren-shugi), un mouvement social et intellectuel dans lequel on peut distinguer trois courants de pensée. (note)

Le premier, et peut-être le principal courant du nichirénisme, dans les années précédant la seconde guerre mondiale, est associé aux idées ultranationalistes et ethnocentriques liées à la ferveur impérialiste et militariste de cette époque. Un deuxième courant est celui d’une vision d'une société mondiale transnationale, idéal basé sur des principes universels tirés du Sutra du Lotus. Et un troisième courant, plus explicitement axé sur la pratique religieuse, est soutenu par des organismes religieux s'inspirant du message de Nichiren.

Le plus important représentant du courant nationaliste est sans conteste Chigaku Tanaka (1861-1931), bien que plusieurs autres, influencé principalement par Tanaka, aient eu une certaine influence. (note.)   Comme l’écrit plus en détail Jacqueline I. Stone dans le chapitre 8 du présent volume, Tanaka a fondé le Kokuchukai (Société des Piliers de la Nation), qui est devenu le bastion du nationalisme d'inspiration nichirenienne dans l'histoire moderne du Japon. Tanaka encourage les adeptes à adopter l'attitude de Nichiren « d'offrir son corps » pour le Sutra du Lotus et se donner pour objectif suprême d’amener la race humaine entière sur la « Voie merveilleuse » dont parle ce sutra. Conformément au nationalisme de l'époque, Tanaka voyait le Japon jouer un rôle essentiel dans cette entreprise. Par exemple, il écrit :

« La nation japonaise est en effet chargée de la mission céleste de réaliser l'unification spirituelle de l'univers tout entier. L'univers tout entier doit être amené à l'unité par le Japon. Par le Japon, la grande pacification spirituelle de l'univers tout entier et de toute l'humanité doit être accomplie pour toute l'éternité.» (réf.)

Tanaka a utilisé l'imagerie militaire pour exposer sa vision de l'unification de toute l'humanité et de l'univers tout entier sous l'égide du Lotus, avec le grand empire du Japon comme leader pour le reste du monde. On ne peut manquer de voir que cette réflexion a servi de pilier idéologique à la conception impérialiste et militariste de chefs de file du Japon dans les années qui ont abouti à la seconde guerre mondiale. (réf.)

Cette vision d'une communauté universelle unissant tous les peuples de la terre a pris une tout autre direction avec Seno'o Giro (1890–1961), penseur et militant socialiste, qui représente le deuxième courant universaliste ou humaniste du nichirénisme. Bien qu'inspiré par les idéaux de Tanaka Chigaku au début de sa vie, Seno'o abandonne plus tard le nationalisme de Tanaka et fonde le Shink o Bukkyo Seinen Domei (Nouvelle Ligue Bouddhiste de la Jeunesse) adoptant les idéaux démocratiques humanistes, socialistes et pacifistes fondés sur les principes bouddhistes. Pour Seno'o la vie de Nichiren incarnait parfaitement ces principes. Il invite tous les bouddhistes à s’unir sous la bannière de Shakyamuni pour construire une société fondée sur la confiance mutuelle et l’amour entre les êtres humains. Seno'o condamnait le capitalisme considéré incompatible avec ces principes. Il entreprit de nombreux pèlerinages à pied dans la campagne japonaise, appelant à une transformation de la société. Son slogan était : "Laissez-nous sortir dans les rues en portant le Bouddha sur le dos. Laissez-nous aller dans les villages de paysans et de pêcheurs !" (réf.) La vie et la pensée de Seno'o sont devenues une source d'inspiration pour les bouddhistes  nichiréniens et d’autres qui, sans être nécessairement des disciples de Nichiren, en sont venus à épouser des idéaux et devises socialistes dans leurs efforts pour reconstruire la société japonaise après la seconde guerre mondiale.

Une autre grande figure du deuxième courant nichiréniste était Miyazawa Kenji (1896–1933), connu comme poète, conteur, artiste et humaniste visionnaire ainsi qu’organisateur de la paysannerie. Miyazawa puisait son inspiration de ses lectures du Sutra du Lotus et de Nichiren. On le cite souvent comme l’exemple même d'un bodhisattva japonais moderne, consacrant sa vie au service total des autres. Cet esprit transparaît dans ses poèmes et ses récits largement lus encore aujourd'hui. Tout comme Seno'o Giro, Miyazawa fut, dans sa jeunesse, alors qu'il était étudiant à Tokyo, d'abord inspiré par les enseignements du Sutra du Lotus par l'intermédiaire du Kokuchukai (Société des Piliers de la Nation) de Tanaka Chigaku,. Comme Seno'o également, il se sépara du groupe de Tanaka et abandonna les idéaux nationalistes en faveur d'un message universaliste. Miyazawa revint dans sa ferme familiale, dans le nord-est du Japon, et y a vécu une vie de simplicité et de dévouement total au service de son entourage. Ses écrits, qui touchent à différents genres, témoignent de son cœur magnanime et de son esprit altruiste. Après sa mort, son œuvre a attiré l'attention du public au Japon et à l'étranger. (note)

Uehara Senroku (1899–1975) est un autre penseur du courant universaliste inspiré de Nichiren. Il fut un historien et un intellectuel éminent qui a contribué à la création de Kokumin Bunka Kaigi (l'Association pour la Culture populaire), un cercle influent dans les années 1950 et 1960. Uehara a lu le Sutra du Lotus et Nichiren dans le contexte de ce qu'il appelle «une conscience mondiale contemporaine». Il établit les lignes directrices méthodologiques pour transposer la vision religieuse de Nichiren dans le contexte mondial du XXe siècle, décrivant les tâches de base qui doivent être mises en œuvre afin de libérer les contemporains. Uehara a écrit pendant la Guerre Froide et le début de la période du boom économique du Japon. C’était également un moment dans l'histoire mondiale où les peuples, dans de nombreux pays asiatiques, africains et latino-américains, ont commencé à faire entendre leur voix et luttaient pour se libérer des structures socio-économiques et politiques héritées de leur long passé colonial. Inspiré par la vision religieuse de Nichiren et celle du Sutra du Lotus, Uehara invitait ses collègues japonais à prendre en main leur « mission nationale » et à s’allier avec ces peuples dans un effort commun pour construire une communauté mondiale fondée sur la paix, la justice et l'égalité de tous. (réf.) Cette « mission nationale » comprenait les points suivants : 1) la survie, correspondant à l'établissement de la paix et la sécurité de la nation et de son peuple ravagés par une guerre récente ; 2) les moyens de subsistance ou la satisfaction des besoins fondamentaux grâce à l'agriculture et à l'industrie; 3) la liberté et l'égalité, portant sur l'assurance des droits fondamentaux de chaque citoyen ; 4) le progrès et la prospérité, par le développement économique assurant au peuple le bien-être matériel, médical, éducatif, culturel, etc. ; 5) l'indépendance et l'autonomie, qui implique l'exercice effectif du pouvoir et l'autodétermination, à la place de l'hégémonie des conquérants du Japon, les Etats-Unis et leurs alliés, vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Dans l’exposé de ces efforts concrets, Uehara s'est inspiré des enseignements de Nichiren et du Sutra du Lotus, forgeant sa vision d'une nation japonaise et d’une société qui serait alliée de tous les peuples partout dans le monde, poursuivant des objectifs similaires et s’attaquant à des tâches similaires en tant qu'êtres humains habitant la même planète.

Maruyama Teruo est un moine de Nichiren et un activiste social et religieux. C’est un disciple de Uehara, dont il a poursuivi l’œuvre. Maruyama a dirigé des groupes d'étude d'activistes japonais en collaboration avec les communautés autochtones d'autres pays asiatiques qui se consacraient à des tâches de transformation sociale dans leurs contextes respectifs. Il a conclu des alliances avec des groupes de ces pays comme avec des groupes locaux au Japon, pour résoudre les problèmes de discrimination, d'injustice économique et de militarisation, pour la promotion des droits de l'homme et de la protection de l'environnement. Maruyama a coopéré avec des bouddhistes socialement engagés en Thaïlande pour former une filiale japonaise de l’INEB (International Network of Engaged Buddhists) et a également formé des alliances avec des groupes chrétiens aux Philippines qui étaient activement engagés dans les efforts de réforme sociopolitique, économique et écologique. En observant la société japonaise à la lumière de ses alliances asiatiques, Maruyama, comme Nichiren en son temps, a pris sur lui le rôle du trublion critiquant sévèrement les hommes de pouvoir et les autorités religieuses pour leur politiques et leurs actions souvent contraires aux principes de paix, d'égalité et de justice, lui-même les interprétant à la lumière de l'enseignement du Lotus. Maruyama cherche ainsi à mettre en pratique l'esprit de Nichiren et sa lecture du Sutra du Lotus avec le corps. (réf.)

Le troisième courant nichirénien est celui d’une pratique spécifique adoptée par les nouveaux mouvements religieux orientés sur Nichiren ou sur le Lotus. Dans la période d'après-guerre, deux de ces mouvements, en particulier, le Rissho Koseikai et la Soka Gakkai, se sont considérablement développés en nombre et en influence, réussissant à établir des communautés de fidèles dans de nombreux pays en plus de leur large audience au Japon. Curieusement, ces deux mouvements, décrits plus en détail dans le chapitre 8, sont en désaccord et entretiennent très peu de contacts officiels, bien que chacun cherche, à sa manière, à promouvoir le message de Nichiren et celui du Sutra du Lotus chez eux et sur la scène internationale et soutiennent tous deux le dialogue interreligieux et la coopération dans les actions pour la paix et le bien-être social et l'écologie. (note)

Ce que tous ces groupes et tous ces personnages ont en commun, c'est d’avoir lu le Sutra du Lotus et les écrits de Nichiren écrits à la lumière des événements contemporains et d’avoir, en même temps, interprété ces événements, tant locaux que mondiaux, à la lumière du Sutra et des écrits de Nichiren. Dans le cadre de leurs différentes communautés religieuses et leurs institutions, leurs lectures les ont incités à s'engager dans des actions de mobilisation sociale visant à la transformation personnelle et mondiale, pour réaliser la Terre du Lotus ici dans notre monde. Ainsi, la lecture du Sutra du Lotus avec son corps, qui a marqué la vie de Nichiren, demeure une tradition vivante de nos jours. (réf.)

 

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