Le vieux renard n'oublie jamais
la colline sur laquelle il est né. La tortue blanche rendit à
Mao Pao la faveur qu'elle avait reçue de lui. Si même des
animaux sont capables de se conduire ainsi, comment des êtres
humains pourraient-ils ne pas le faire? Ainsi [en Chine] Yu fang, un
preux de l'antiquité, s'empala sur son épée pour
s'acquitter de sa dette envers [son seigneur] Tche Po, et le ministre
Hong Yen, [pour des raisons semblables], s'ouvrit l'estomac et y inséra
le foie du duc Yi de l'état de Wei [son suzerain assassiné].
Gosho
Zenshu p. 293 - Hoon Sho
Minobu,
le 21 juillet 1276 à Joken-bo et Gijo-bo
ARRIERE-PLAN
- Le traité "Sur la dette de reconnaissance" fait partie
des dix principaux écrits de Nichiren Daishonin. Il est daté
du 21 juillet 1276, un peu plus de deux ans après qu'il se fut
retiré au mont Minobu. Il fut motivé par la nouvelle de
la mort de Dozen-bo, le supérieur du Shobutsu-bo du temple Seicho-ji
dans la province d'Awa, qui avait donné son instruction religieuse
à Nichiren Daishonin lorsqu'il était entré au temple,
garçonnet tout juste âgé de douze ans. Nichiren
Daishonin écrivit ce traité pour exprimer sa reconnaissance
à l'égard de Dozen-bo, et l'envoya à Joken-bo et
Gijo-bo, autrefois ses condisciples aînés au temple Seicho-ji,
qui devinrent par la suite ses disciples. Mimbu Niko, l'un des disciples
de Nichiren Daishonin, se rendit en son nom au temple Seicho-ji muni
de cet écrit et le lut à haute voix à Kasagamori,
au sommet du mont Kiyosumi, là où Nichiren Daishonin avait
pour la première fois récité daimoku, et, une fois
encore, sur la tombe du défunt maître Dozen-bo.
En 1233, Nichiren Daishonin était entré au temple Seicho-ji
pour étudier le bouddhisme avec Dozen-bo pour maître. A
cette époque, les temples étaient des centres qui dispensaient
l'instruction générale aussi bien que religieuse. Au cours
de son séjour dans ce temple local, Nichiren Daishonin développa
son extraordinaire talent d'écriture, qui devait par la suite
lui être si utile pour la propagation de son enseignement. Il
entreprit également une recherche qu'il poursuivrait toute sa
vie pour trouver et faire connaître la vérité unique
du bouddhisme, désormais presqu'entièrement perdue en
raison de l'apparition de diverses écoles trompeuses. Seicho-ji
avait d'abord appartenu à l'école Tendai-Hokke, qui avait
adhéré à l'enseignement du Sutra du Lotus transmis
depuis T'ien-t'ai et Miao-lo en Chine jusqu'à Dengyo au Japon.
Mais par la suite, ce temple était tombé sous l'influence,
d'abord de l'école Shingon et de ses rituels ésotériques,
puis de l'école Jodo (école de la Terre pure) qui révérait
le bouddha Amida. Ainsi, même au temple Seicho-ji, régnait
une confusion évidente quant aux formes que devait prendre le
bouddhisme, et le jeune moine ne put pas ignorer cette situation.
Dans la matinée du 28 avril 1253, Nichiren Daishonin monta sur
les hauteurs de Kasagamori et pour la première fois entonna l'invocation
du Dharma suprême, Namu Myoho Renge Kyo. Alors âgé
de trente-deux ans, il venait de retrouver le Seicho-ji après
plus de dix ans d'études dans les temples de Kyoto, Nara et dans
les centres importants d'étude bouddhique. Il avait été
convenu qu'il prononcerait un sermon, à midi, au Shobutsu-bo,
pour faire connaître le fruit de ses efforts. En cette occasion,
Nichiren Daishonin, non content de proclamer que Namu Myoho Renge Kyo était le seul enseignement qui puisse conduire
directement à l'illumination à l'époque des Derniers
Jours du Dharma, réfuta les principes de l'école, alors
toute puissante, du Nembutsu. Parmi les membres de l'auditoire se trouvait
Tojo Kagenobu, l'intendant de la région, fervent adepte de l'école
de la Terre pure. Furieux, il envoya ses hommes au temple pour arrêter
Nichiren Daishonin. Dozen-bo avait lui-même une croyance fervente
en la doctrine de la Terre pure, mais il avait une grande affection
pour son jeune disciple. Tout en craignant de le défendre ouvertement,
il donna l'ordre à deux moines plus âgés, Joken-bo
et Gijo-bo, de lui indiquer un chemin peu connu qui lui permettrait
de fuir en sécurité.
Nichiren Daishonin et son ancien maître se rencontrèrent
une fois encore, en 1274, lorsque Nichiren Daishonin se rendit dans
son pays natal au retour de son exil sur la péninsule d'Izu.
Il écrivit par la suite que Dozen-bo lui avait demandé,
à cette occasion, si sa pratique de la Terre pure le ferait tomber
dans l'enfer avici. Nichiren Daishonin lui répondit qu'il ne
pourrait pas se libérer des effets de son opposition à
la véritable Loi s'il ne révérait pas le Sutra du Lotus comme l'enseignement fondamental. Après quoi, sans tout
à fait renier sa croyance en Amida, Dozen-bo fit sculpter une
statue du bouddha Shakyamuni. Nichiren Daishonin se réjouit de
voir que Dozen-bo commençait, semblait-il, à comprendre
son erreur, car il se sentait une dette à l'égard de l'homme
qui l'avait initié à la vie religieuse, et désirait
ardemment le conduire vers l'enseignement correct. Même la mort
de Dozen-bo ne pouvait atténuer le sentiment de gratitude qu'éprouvait
Nichiren Daishonin à l'égard de son maître. [...]
Nichiren Daishonin
explique également qu'en établissant les Trois Grandes
Lois ésotériques pour conduire tous les êtres à
l'illumination, il s'acquitte aussi de sa dette de reconnaissance à
l'égard du défunt Dozen-bo. Dans le gosho "Sur les
fleurs et les graines", écrit deux ans avant le présent
texte, on lit : "Les bienfaits que moi Nichiren obtiens en propageant
le Sutra du Lotus rejailliront sur Dozen-bo." (Commentaire ACEP)