Liste de GOSHO
Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 4, p. 199

Traité sur la dette de reconnaissance


Le vieux renard n'oublie jamais la colline sur laquelle il est né. La tortue blanche rendit à Mao Pao la faveur qu'elle avait reçue de lui. Si même des animaux sont capables de se conduire ainsi, comment des êtres humains pourraient-ils ne pas le faire? Ainsi [en Chine] Yu fang, un preux de l'antiquité, s'empala sur son épée pour s'acquitter de sa dette envers [son seigneur] Tche Po, et le ministre Hong Yen, [pour des raisons semblables], s'ouvrit l'estomac et y inséra le foie du duc Yi de l'état de Wei [son suzerain assassiné].

Gosho Zenshu p. 293 - Hoon Sho

Minobu, le 21 juillet 1276 à Joken-bo et Gijo-bo

ARRIERE-PLAN - Le traité "Sur la dette de reconnaissance" fait partie des dix principaux écrits de Nichiren Daishonin. Il est daté du 21 juillet 1276, un peu plus de deux ans après qu'il se fut retiré au mont Minobu. Il fut motivé par la nouvelle de la mort de Dozen-bo, le supérieur du Shobutsu-bo du temple Seicho-ji dans la province d'Awa, qui avait donné son instruction religieuse à Nichiren Daishonin lorsqu'il était entré au temple, garçonnet tout juste âgé de douze ans. Nichiren Daishonin écrivit ce traité pour exprimer sa reconnaissance à l'égard de Dozen-bo, et l'envoya à Joken-bo et Gijo-bo, autrefois ses condisciples aînés au temple Seicho-ji, qui devinrent par la suite ses disciples. Mimbu Niko, l'un des disciples de Nichiren Daishonin, se rendit en son nom au temple Seicho-ji muni de cet écrit et le lut à haute voix à Kasagamori, au sommet du mont Kiyosumi, là où Nichiren Daishonin avait pour la première fois récité daimoku, et, une fois encore, sur la tombe du défunt maître Dozen-bo.
En 1233, Nichiren Daishonin était entré au temple Seicho-ji pour étudier le bouddhisme avec Dozen-bo pour maître. A cette époque, les temples étaient des centres qui dispensaient l'instruction générale aussi bien que religieuse. Au cours de son séjour dans ce temple local, Nichiren Daishonin développa son extraordinaire talent d'écriture, qui devait par la suite lui être si utile pour la propagation de son enseignement. Il entreprit également une recherche qu'il poursuivrait toute sa vie pour trouver et faire connaître la vérité unique du bouddhisme, désormais presqu'entièrement perdue en raison de l'apparition de diverses écoles trompeuses. Seicho-ji avait d'abord appartenu à l'école Tendai-Hokke, qui avait adhéré à l'enseignement du Sutra du Lotus transmis depuis T'ien-t'ai et Miao-lo en Chine jusqu'à Dengyo au Japon. Mais par la suite, ce temple était tombé sous l'influence, d'abord de l'école Shingon et de ses rituels ésotériques, puis de l'école Jodo (école de la Terre pure) qui révérait le bouddha Amida. Ainsi, même au temple Seicho-ji, régnait une confusion évidente quant aux formes que devait prendre le bouddhisme, et le jeune moine ne put pas ignorer cette situation.
Dans la matinée du 28 avril 1253, Nichiren Daishonin monta sur les hauteurs de Kasagamori et pour la première fois entonna l'invocation du Dharma suprême, Namu Myoho Renge Kyo. Alors âgé de trente-deux ans, il venait de retrouver le Seicho-ji après plus de dix ans d'études dans les temples de Kyoto, Nara et dans les centres importants d'étude bouddhique. Il avait été convenu qu'il prononcerait un sermon, à midi, au Shobutsu-bo, pour faire connaître le fruit de ses efforts. En cette occasion, Nichiren Daishonin, non content de proclamer que Namu Myoho
Renge Kyo était le seul enseignement qui puisse conduire directement à l'illumination à l'époque des Derniers Jours du Dharma, réfuta les principes de l'école, alors toute puissante, du Nembutsu. Parmi les membres de l'auditoire se trouvait Tojo Kagenobu, l'intendant de la région, fervent adepte de l'école de la Terre pure. Furieux, il envoya ses hommes au temple pour arrêter Nichiren Daishonin. Dozen-bo avait lui-même une croyance fervente en la doctrine de la Terre pure, mais il avait une grande affection pour son jeune disciple. Tout en craignant de le défendre ouvertement, il donna l'ordre à deux moines plus âgés, Joken-bo et Gijo-bo, de lui indiquer un chemin peu connu qui lui permettrait de fuir en sécurité.
Nichiren Daishonin et son ancien maître se rencontrèrent une fois encore, en 1274, lorsque Nichiren Daishonin se rendit dans son pays natal au retour de son exil sur la péninsule d'Izu. Il écrivit par la suite que Dozen-bo lui avait demandé, à cette occasion, si sa pratique de la Terre pure le ferait tomber dans l'enfer avici. Nichiren Daishonin lui répondit qu'il ne pourrait pas se libérer des effets de son opposition à la véritable Loi s'il ne révérait pas le Sutra du Lotus comme l'enseignement fondamental. Après quoi, sans tout à fait renier sa croyance en Amida, Dozen-bo fit sculpter une statue du bouddha Shakyamuni. Nichiren Daishonin se réjouit de voir que Dozen-bo commençait, semblait-il, à comprendre son erreur, car il se sentait une dette à l'égard de l'homme qui l'avait initié à la vie religieuse, et désirait ardemment le conduire vers l'enseignement correct. Même la mort de Dozen-bo ne pouvait atténuer le sentiment de gratitude qu'éprouvait Nichiren Daishonin à l'égard de son maître. [...]
Nichiren Daishonin explique également qu'en établissant les Trois Grandes Lois ésotériques pour conduire tous les êtres à l'illumination, il s'acquitte aussi de sa dette de reconnaissance à l'égard du défunt Dozen-bo. Dans le gosho "Sur les fleurs et les graines", écrit deux ans avant le présent texte, on lit : "Les bienfaits que moi Nichiren obtiens en propageant le Sutra du Lotus rejailliront sur Dozen-bo." (Commentaire ACEP)

Accueil
haut de la page