Il y a trois catégories
de personnes qu'hommes et femmes doivent tous respecter. Ce sont le
souverain, le maître, et le parent. Il y a trois types de doctrines
qu'il faut étudier. Ce sont le confucianisme, le brahmanisme
et le bouddhisme.
Le confucianisme décrit les trois souverains, les cinq empereurs,
et les trois rois, qu'il appelle les Honorés du Ciel.
Gosho
Zenshu p. 186 - Kaimoku Sho
Le
Bouddhisme Japonais (Le Traité qui ouvre les yeux)
Traducteur G. Renondeau. Albin Michel 1965
Sado, février
1272 à Shijo Kingo
ARRIERE-PLAN
- Ce traité est l'un des écrits les plus importants de
Nichiren Daishonin; il y révèle en effet qu'il est le
bouddha des Derniers Jours du Dharma doté des trois vertus de
souverain, maître et parent. En février 1272, alors qu'il
subissait encore la terrible sentence d'exil sur l'île de Sado,
Nichiren Daishonin acheva cet écrit qu'il adressa à Shijo
Kingo, l'un des disciples auxquels il faisait le plus confiance. Le
"Traité sur le véritable objet de vénération",
écrit un an plus tard, clarifie l'objet de vénération
qui permet à tous les êtres humains d'atteindre l'Eveil du point de vue du Dharma. Le "Traité pour ouvrir les yeux"
traite du même sujet du point de vue de la Personne, montrant
que Nichiren Daishonin est le bouddha fondamental qui devait établir
l'objet fondamental de vénération pour le bonheur de toute
l'humanité. L'objet de vénération est la concrétisation
de la vie de Nichiren Daishonin et la Loi suprême de l'univers,
Namu Myoho Renge Kyo.
La persécution de Tatsunokuchi en 1271 et l'exil qui suivit sur
l'île de Sado représentent les plus graves de toutes les
persécutions qui s'abattirent sur Nichiren Daishonin. Sa vie
sur cette île particulièrement inhospitalière fut
une suite d'épreuves; sa hutte était ouverte au vent et
à la neige, il manquait de nourriture, de vêtements et
de ce qu'il faut pour écrire. En plus de ses souffrances physiques,
il était affecté par le fait que bon nombre de ses disciples
de Kamakura avaient abandonné leur foi. En outre, des moines
du Nembutsu, jaloux, faisaient peser une menace continuelle sur sa vie.
L'ombre de la mort planait sur lui sans cesse. En de telles circonstances,
Nichiren Daishonin écrivit ce traité pour encourager ses
disciples comme s'il s'agissait de ses dernières volontés,
d'une sorte de testament.
Nichiren Daishonin exprima sa conviction d'être le bouddha de
l'époque des Derniers Jours du Dharma dans le gosho Sur le
comportement du Bouddha: "Lorsque tous furent partis, j'ai
terminé la mise en forme d'un ouvrage en deux parties intitulé
Kaimoku Sho [Le Traité pour ouvrir les yeux],
auquel je travaillais depuis le onzième mois de l'année
précédente [novembre]. Je voulais décrire l'expérience
mystique que j'avais vécue pour qu'elle demeure au cas où
je serais décapité. Le message essentiel de cet ouvrage
que j'ai confié au messager de Shijo Kingo, est que le destin
du Japon dépend entièrement de moi. Une maison sans pilier
s'effondre et un homme sans âme est un corps mort. Je suis l'âme
du peuple japonais. "
Le vingt-sixième grand patriarche de la Nichiren Shoshu, Nichikan
Shonin, explique, dans son exégèse de cet écrit,
que le titre "Traité pour ouvrir les yeux" signifie
ouvrir les yeux qui sont aveugles. Il écrit: "Parce que
les yeux de tous les habitants du Japon étaient obscurcis par
leur croyance dans les enseignements provisoires, ils ne pouvaient pas
reconnaître les Trois Vertus du bouddha fondamental. Par conséquent,
ils étaient comme aveugles." Il explique ensuite que ce
traité fut écrit pour ouvrir les yeux de toute l'humanité
à l'existence du bouddha fondamental doté des Trois Vertus:
la vertu de souverain, ou le pouvoir de protéger les hommes;
la vertu de maître, ou la sagesse qui les mène à
l'Eveil, et la vertu de parent, ou la bienveillance qui pousse
à agir pour les sauver du malheur. Un passage de ce traité
dit: "Le douzième jour du neuvième mois de l'année
dernière, entre l'heure du Rat et l'heure du Boeuf [entre onze
heures du soir et trois heures du matin] la personne du nom de Nichiren
a été décapitée. C'est son esprit qui est
parvenu sur l'île de Sado... " C'est avec la persécution
de Tatsunokuchi que Nichiren Daishonin acheva sa mission provisoire
en tant que bodhisattva Jogyo, guide des bodhisattva Surgis de Terre,
et révéla sa véritable identité de bouddha
fondamental de kuon ganjo. "La personne du nom de Nichiren fut
décapitée" indique "la mort" du simple
mortel appelé Nichiren et "C'est son esprit qui est parvenu
sur l'île de Sado" indique que, à dater de ce moment-là,
il allait révéler pleinement son Eveil en tant
que bouddha de l'époque des Derniers Jours du Dharma.
Dans ce traité, Nichiren Daishonin commence par dire: "Il
y a trois catégories de personnes qu'hommes et femmes doivent
tous respecter. Ce sont le souverain, le maître et le parent."
Il entreprend ensuite d'étudier dans quelle mesure des enseignements
de plus en plus profonds se situent par rapport à ces Trois Vertus,
en commençant par le confucianisme, et en continuant par le taoïsme,
le bouddhisme du Hinayana, les enseignements du Mahayana provisoire,
l'enseignement théorique du Sutra du Lotus, pour aboutir à
l'enseignement essentiel du Sutra du Lotus.
Les Trois Vertus sont un thème qui parcourt tout ce gosho; elles
servent de critère pour évaluer la profondeur relative
des divers enseignements. Pour finir, Nichiren Daishonin déclare
qu'il est lui-même souverain, maître et parent pour tous
les hommes à l'époque des Derniers Jours du Dharma, indiquant
qu'il est le bouddha de cette époque. [...]
Le destinataire
de ce traité, Shijo Kingo, était le plus actif des disciples
de Kamakura et un samouraï au service d'Ema Mitsutoki, du clan Hojo.
En plus de son excellence dans les arts martiaux, il avait la réputation
d'être un médecin de talent. Il se convertit au bouddhisme
de Nichiren Daishonin vers 1256. Shijo Kingo aida de diverses façons
Nichiren Daishonin à propager ses enseignements et protégea
résolument ses compagnons de pratique. Il reçut trente-sept
lettres (recensées) de Nichiren Daishonin.
Un passage du gosho Trois Sortes de Trésors décrit
le lien qui les unit: "Sans cesse, sans cesse, je me rappelle ce
moment, inoubliable même maintenant, où, vous m'avez accompagné,
alors que j'allais être décapité, tenant les rênes
de mon cheval et versant des larmes de douleur. Je ne pourrais pas non
plus l'oublier dans aucune vie future. Si, pour avoir commis quelque
faute grave, vous deviez tomber en enfer, quand bien même Shakyamuni
m'exhorterait à devenir bouddha, je refuserais; j'irais plutôt
en enfer avec vous." A Tatsunokuchi, Shijo Kingo avait accompagné
Nichiren Daishonin, résolu à mourir avec lui. Il entreprit
aussi le voyage jusqu'à l'île de Sado pour rendre visite
à Nichiren Daishonin en exil. Il était interdit de communiquer
avec un exilé, et il n'y eut donc que quelques fidèles
disciples pour tenter de lui adresser, ne serait-ce qu'une lettre ou
un don. Une visite personnelle représentait un risque extrême,
particulièrement pour Shijo Kingo, qui se trouvait au service
du clan régnant des Hojo. Shijo Kingo envoya aussi son messager
à Nichiren Daishonin avec du matériel pour écrire
et d'autres produits indispensables. A Sado, Nichiren Daishonin acheva
le Traité pour ouvrir les yeux et le fit parvenir à
Shijo Kingo par son messager.
Pourquoi Nichiren Daishonin a-t-il confié ce traité à
Shijo Kingo en particulier? Il y a au moins quatre raisons possibles.
Tous d'abord, la foi dont Shijo Kingo fit preuve à Tatsunokuchi
en se montrant prêt à donner sa vie pour le Sutra du Lotus
pourrait bien l'avoir désigné pour cela dans l'esprit
de Nichiren Daishonin. Ensuite, Shijo Kingo, qui avait été
personnellement témoin de ce qui s'était passé
à Tatsunokuchi, était peut-être le plus apte à
comprendre toutes les implications de ce document. La troisième
raison est que Shijo Kingo était un personnage central parmi
les croyants laïques de Kamakura. Bien qu'il fut peut-être
le seul à saisir la profonde signification du Traité
pour ouvrir les yeux, Nichiren Daishonin avait peut-être
l'intention de donner directives et encouragements à tous les
disciples de Kamakura par l'intermédiaire de Shijo Kingo. La
quatrième raison est peut-être enfin que Nichiren Daishonin
voulut, en donnant en exemple Shijo Kingo, souligner l'importance du
rôle et de la mission des croyants qui l'assistaient, comme il
est dit dans le gosho La propagation par le sage: "Même
si un sage pratiquait le bouddhisme, comment pourrait-il le propager
sans croyants pour le soutenir?" (Commentaire ACEP)