Liste de GOSHO
Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 2, p. 77
 

Traité pour ouvrir les yeux

 


Il y a trois catégories de personnes qu'hommes et femmes doivent tous respecter. Ce sont le souverain, le maître, et le parent. Il y a trois types de doctrines qu'il faut étudier. Ce sont le confucianisme, le brahmanisme et le bouddhisme.
Le confucianisme décrit les trois souverains, les cinq empereurs, et les trois rois, qu'il appelle les Honorés du Ciel
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Gosho Zenshu p. 186 - Kaimoku Sho

Le Bouddhisme Japonais (Le Traité qui ouvre les yeux) Traducteur G. Renondeau. Albin Michel 1965

Sado, février 1272 à Shijo Kingo

ARRIERE-PLAN - Ce traité est l'un des écrits les plus importants de Nichiren Daishonin; il y révèle en effet qu'il est le bouddha des Derniers Jours du Dharma doté des trois vertus de souverain, maître et parent. En février 1272, alors qu'il subissait encore la terrible sentence d'exil sur l'île de Sado, Nichiren Daishonin acheva cet écrit qu'il adressa à Shijo Kingo, l'un des disciples auxquels il faisait le plus confiance. Le "Traité sur le véritable objet de vénération", écrit un an plus tard, clarifie l'objet de vénération qui permet à tous les êtres humains d'atteindre l'Eveil du point de vue du Dharma. Le "Traité pour ouvrir les yeux" traite du même sujet du point de vue de la Personne, montrant que Nichiren Daishonin est le bouddha fondamental qui devait établir l'objet fondamental de vénération pour le bonheur de toute l'humanité. L'objet de vénération est la concrétisation de la vie de Nichiren Daishonin et la Loi suprême de l'univers, Namu Myoho Renge Kyo.
La persécution de Tatsunokuchi en 1271 et l'exil qui suivit sur l'île de Sado représentent les plus graves de toutes les persécutions qui s'abattirent sur Nichiren Daishonin. Sa vie sur cette île particulièrement inhospitalière fut une suite d'épreuves; sa hutte était ouverte au vent et à la neige, il manquait de nourriture, de vêtements et de ce qu'il faut pour écrire. En plus de ses souffrances physiques, il était affecté par le fait que bon nombre de ses disciples de Kamakura avaient abandonné leur foi. En outre, des moines du Nembutsu, jaloux, faisaient peser une menace continuelle sur sa vie. L'ombre de la mort planait sur lui sans cesse. En de telles circonstances, Nichiren Daishonin écrivit ce traité pour encourager ses disciples comme s'il s'agissait de ses dernières volontés, d'une sorte de testament.
Nichiren Daishonin exprima sa conviction d'être le bouddha de l'époque des Derniers Jours du Dharma dans le gosho Sur le comportement du Bouddha: "Lorsque tous furent partis, j'ai terminé la mise en forme d'un ouvrage en deux parties intitulé Kaimoku Sho [Le Traité pour ouvrir les yeux], auquel je travaillais depuis le onzième mois de l'année précédente [novembre]. Je voulais décrire l'expérience mystique que j'avais vécue pour qu'elle demeure au cas où je serais décapité. Le message essentiel de cet ouvrage que j'ai confié au messager de Shijo Kingo, est que le destin du Japon dépend entièrement de moi. Une maison sans pilier s'effondre et un homme sans âme est un corps mort. Je suis l'âme du peuple japonais. "
Le vingt-sixième grand patriarche de la Nichiren Shoshu, Nichikan Shonin, explique, dans son exégèse de cet écrit, que le titre "Traité pour ouvrir les yeux" signifie ouvrir les yeux qui sont aveugles. Il écrit: "Parce que les yeux de tous les habitants du Japon étaient obscurcis par leur croyance dans les enseignements provisoires, ils ne pouvaient pas reconnaître les Trois Vertus du bouddha fondamental. Par conséquent, ils étaient comme aveugles." Il explique ensuite que ce traité fut écrit pour ouvrir les yeux de toute l'humanité à l'existence du bouddha fondamental doté des Trois Vertus: la vertu de souverain, ou le pouvoir de protéger les hommes; la vertu de maître, ou la sagesse qui les mène à l'Eveil, et la vertu de parent, ou la bienveillance qui pousse à agir pour les sauver du malheur. Un passage de ce traité dit: "Le douzième jour du neuvième mois de l'année dernière, entre l'heure du Rat et l'heure du Boeuf [entre onze heures du soir et trois heures du matin] la personne du nom de Nichiren a été décapitée. C'est son esprit qui est parvenu sur l'île de Sado... " C'est avec la persécution de Tatsunokuchi que Nichiren Daishonin acheva sa mission provisoire en tant que bodhisattva Jogyo, guide des bodhisattva Surgis de Terre, et révéla sa véritable identité de bouddha fondamental de kuon ganjo. "La personne du nom de Nichiren fut décapitée" indique "la mort" du simple mortel appelé Nichiren et "C'est son esprit qui est parvenu sur l'île de Sado" indique que, à dater de ce moment-là, il allait révéler pleinement son Eveil en tant que bouddha de l'époque des Derniers Jours du Dharma.
Dans ce traité, Nichiren Daishonin commence par dire: "Il y a trois catégories de personnes qu'hommes et femmes doivent tous respecter. Ce sont le souverain, le maître et le parent." Il entreprend ensuite d'étudier dans quelle mesure des enseignements de plus en plus profonds se situent par rapport à ces Trois Vertus, en commençant par le confucianisme, et en continuant par le taoïsme, le bouddhisme du Hinayana, les enseignements du Mahayana provisoire, l'enseignement théorique du Sutra du Lotus, pour aboutir à l'enseignement essentiel du Sutra du Lotus.
Les Trois Vertus sont un thème qui parcourt tout ce gosho; elles servent de critère pour évaluer la profondeur relative des divers enseignements. Pour finir, Nichiren Daishonin déclare qu'il est lui-même souverain, maître et parent pour tous les hommes à l'époque des Derniers Jours du Dharma, indiquant qu'il est le bouddha de cette époque. [...]

Le destinataire de ce traité, Shijo Kingo, était le plus actif des disciples de Kamakura et un samouraï au service d'Ema Mitsutoki, du clan Hojo. En plus de son excellence dans les arts martiaux, il avait la réputation d'être un médecin de talent. Il se convertit au bouddhisme de Nichiren Daishonin vers 1256. Shijo Kingo aida de diverses façons Nichiren Daishonin à propager ses enseignements et protégea résolument ses compagnons de pratique. Il reçut trente-sept lettres (recensées) de Nichiren Daishonin.
Un passage du gosho Trois Sortes de Trésors décrit le lien qui les unit: "Sans cesse, sans cesse, je me rappelle ce moment, inoubliable même maintenant, où, vous m'avez accompagné, alors que j'allais être décapité, tenant les rênes de mon cheval et versant des larmes de douleur. Je ne pourrais pas non plus l'oublier dans aucune vie future. Si, pour avoir commis quelque faute grave, vous deviez tomber en enfer, quand bien même Shakyamuni m'exhorterait à devenir bouddha, je refuserais; j'irais plutôt en enfer avec vous." A Tatsunokuchi, Shijo Kingo avait accompagné Nichiren Daishonin, résolu à mourir avec lui. Il entreprit aussi le voyage jusqu'à l'île de Sado pour rendre visite à Nichiren Daishonin en exil. Il était interdit de communiquer avec un exilé, et il n'y eut donc que quelques fidèles disciples pour tenter de lui adresser, ne serait-ce qu'une lettre ou un don. Une visite personnelle représentait un risque extrême, particulièrement pour Shijo Kingo, qui se trouvait au service du clan régnant des Hojo. Shijo Kingo envoya aussi son messager à Nichiren Daishonin avec du matériel pour écrire et d'autres produits indispensables. A Sado, Nichiren Daishonin acheva le Traité pour ouvrir les yeux et le fit parvenir à Shijo Kingo par son messager.
Pourquoi Nichiren Daishonin a-t-il confié ce traité à Shijo Kingo en particulier? Il y a au moins quatre raisons possibles. Tous d'abord, la foi dont Shijo Kingo fit preuve à Tatsunokuchi en se montrant prêt à donner sa vie pour le Sutra du Lotus pourrait bien l'avoir désigné pour cela dans l'esprit de Nichiren Daishonin. Ensuite, Shijo Kingo, qui avait été personnellement témoin de ce qui s'était passé à Tatsunokuchi, était peut-être le plus apte à comprendre toutes les implications de ce document. La troisième raison est que Shijo Kingo était un personnage central parmi les croyants laïques de Kamakura. Bien qu'il fut peut-être le seul à saisir la profonde signification du Traité pour ouvrir les yeux, Nichiren Daishonin avait peut-être l'intention de donner directives et encouragements à tous les disciples de Kamakura par l'intermédiaire de Shijo Kingo. La quatrième raison est peut-être enfin que Nichiren Daishonin voulut, en donnant en exemple Shijo Kingo, souligner l'importance du rôle et de la mission des croyants qui l'assistaient, comme il est dit dans le gosho La propagation par le sage: "Même si un sage pratiquait le bouddhisme, comment pourrait-il le propager sans croyants pour le soutenir?" (Commentaire ACEP)

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