J'ai bien reçu les chimaki, le saké, le riz séché,
les poivrons, le papier, et tout ce que vous avez pris la peine de me
faire parvenir par votre messager. Il m'a aussi transmis votre message
demandant que tous ces dons soient tenus secrets. Je ferai comme vous
le désirez.
ACEP
vol. 2, p. 59
Gosho Zenshu p. 1445 - Funamori Zasaburo moto Gosho
Izu, juin
1261 à Funamori Yasaburo
ARRIERE-PLAN
- Cette lettre fut adressée le 27 juin 1261 à Funamori
Yasaburo qui habitait à Kawana, petit village de pêcheurs
situé sur la côte nord-est de la péninsule d'Izu,
à environ quatre-vingt-dix kilomètres à l'ouest
de Kamakura. Nichiren Daishonin, alors âgé de quarante
ans, se trouvait en exil à Izu. Yasaburo était plus couramment
connu sous le nom de Funamori (littéralement "capitaine
de bateau") parce qu'il dirigeait une entreprise de pêche.
Lui et sa femme protégèrent le Daishonin durant son exil,
au risque même de leur vie, et se convertirent à son bouddhisme.
Par la suite, le Daishonin leur envoya plusieurs lettres pour les remercier
de leur aide pendant les presque deux ans de son exil à Izu.
En 1260, Nichiren Daishonin avait soumis le Rissho Ankoku Ron (Traité
pour la pacification du pays par l'établissement du Dharma correct)
à Hojo Tokiyori, l'ancien régent. Dans ce traité,
Nichiren Daishonin affirmait que le Japon s'opposait au Dharma correct et favorisait les doctrines erronées, tout spécialement
le Nembutsu. Cette lettre était une longue thèse imputant
le chaos de l'époque à la décadence religieuse.
Non seulement son avertissement restera totalement ignoré, mais
pire encore, un groupe d'adeptes du Nembutsu attaquèrent son
modeste lieu de résidence, à Matsubagayatsu, dans l'intention
de le tuer. Le Daishonin ne leur échappa que de justesse et se
réfugia dans la province de Shimosa, chez Toki Jonin, un seigneur
influent devenu son disciple. Mais moins d'un an plus tard, son sens
de la mission le poussa à revenir à Kamakura pour y reprendre
la propagation.
Les moines du Nembutsu, que sa capacité à attirer des
disciples inquiétait, intriguèrent pour présenter
des accusations fausses le concernant au gouvernement de Kamakura. Le
régent de l'époque s'appelait Hojo Nagatoki. Son père,
Shigetoki, était adepte du Nembutsu et ennemi confirmé
du Daishonin. Sans enquête ni procès, le régent
admit les charges et, le 12 mai 1261, condamna Nichiren Daishonin au
bannissement à Ito, dans la péninsule d'Izu. Parce que
la région d'Izu était entièrement gagnée
à l'école Nembutsu, un tel exil mettait donc la vie de
Nichiren Daishonin gravement en danger.
Les représentants du gouvernement chargés de conduire
le Daishonin par bateau à Izu n'allèrent apparemment pas
jusqu'à Ito. Ils préférèrent abandonner
leur prisonnier sur une plage, à Kawana, le laissant à
la merci des habitants des environs. Il se trouva que Yasaburo, qui
vivait non loin de là, le découvrit par hasard et le recueillit
dans sa propre maison où il lui offrit le gîte et le couvert.
Nichiren Daishonin vivait depuis environ un mois chez Yasaburo lorsque
le seigneur de la région d'Ito, Ito Sukemitsu, eut vent de sa
présence. Gravement malade, il envoya un messager pour demander
au Daishonin de venir prier pour sa guérison. Ito recouvra la
santé et, en guise de remerciement, offrit au Daishonin une statue
du Bouddha trouvée dans la mer.
Quand le Daishonin se rendit à Ito afin de prier pour la guérison
du seigneur, Yasaburo et sa femme eurent tous deux quelque inquiétude
pour sa sécurité. Yasaburo lui envoya donc un messager
à Ito avec divers dons. L'exil d'Izu est la réponse du
Daishonin que le messager rapporta au retour. Six mois seulement après
que Nichiren Daishonin ait été envoyé en exil,
les habitants de Kamakura apprirent avec effroi la mort de Hojo Shigetoki,
frappé par un mal mystérieux. Peu après, apparemment
sur la proposition de l'ancien régent, Hojo Tokiyori, le gouvernement
accorda son pardon, et Nichiren Daishonin revint à Kamakura en
février 1263. (Commentaire ACEP)