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Nichiren
est né le 16 février (?) la première année
de l'ère Joö
(1222), dans le village de Kominato
Ses parents
lui donnent le nom de Zennichi-maro A
l’âge de 12 ans, Zennichi-maro
entre au monastère de Seicho-ji,
sur le mont Kiyosumi, près de chez
lui. Il apprend à lire et écrire en japonais et chinois
et commence l'étude des fondamentaux du bouddhisme sous la direction
de Dozen-bo, le supérieur du monastère,
qui devint son premier maître. Zennichi-maro commence à manifester un zèle religieux qui le fait remarquer par ses instructeurs. A quinze ans, Dozen-bo lui confère l'ordination bouddhique et le nom de Rencho. Cette époque
est marquée par des changements importants. Consécutivement
à l'affaiblissement du pouvoir impérial, de nouvelles
classes émergent, par exemple la classe des guerriers (bushi)
ou des fonctionnaires. La société est relativement moins
figée que précédemment, et un jeune moine comme
Rencho peut nourrir différentes
aspirations. Les nouveaux courants religieux se développent.
Aux anciennes écoles de Nara se sont
ajoutées celles du Tendai et du
Shingon puis l'Amidisme
et le Zen. Dans le monastère où
Nichiren étudie, le honzon est le
bouddha Vairocana (tendance ésotérique
Tendai), on apprend également le
Sutra du Lotus, ce qui est normal pour un temple d'obédience
Tendai, mais on psalmodie le nom du bouddha
Amida. Des écrits
de Nichiren, il apparaît que diverses expériences l'ont
poussé à douter très tôt de l'amidisme. A
dix-sept ans, le maître Dozen l'autorise
à se rendre à Kamakura, siège
du gouvernement militaire. Il y reste deux ans et étudie les
nouvelles écoles du bouddhisme : l'amidisme et le zen. Leurs
doctrines ne permettent pas de satisfaire sa quête. Il revient
au monastère Seicho-ji et rédige
le premier traité que nous connaissons de lui Durant dix ans, il étudie avec acharnement et se rend dans les centres d'enseignement du bouddhisme, notamment dans la capitale impériale, Kyoto, et dans l'ancienne capitale, Nara. Ce jeune moine avide de savoir et issu d'une famille pauvre et d'une région reculée devait être assez atypique dans les centres du savoir qu'étaient les monastères de la capitale. Il s'intéresse également à la religion shinto et au confucianisme. Pourtant, il déplore l'état du monde religieux de son époque, la diversité des interprétations, le manque d'unité du courant bouddhique, la dissolution des murs. Il fait vu de réaliser l'Eveil pour restaurer le vrai bouddhisme et dégage des doctrines originelles du Tendai la prééminence absolue du Sutra du Lotus. Après plus de quinze années d'études approfondies et de pérégrinations, au terme d'une quête sans relâche, Nichiren résout enfin les questions qui le hantaient. Il décide de revenir à son point de départ pour révéler le contenu de son Eveil. Vu la dégradation du monde religieux, il en redoute les conséquences : "Je le sais. Si je ne le dis pas, cette vie sera sans difficulté, mais dans la vie prochaine je serai inexorablement voué à l'enfer sans rémission. Si je le dis, trois obstacles et quatre démons surgiront à l'envie. Dans cette alternative, je dois parler" (Traité qui ouvre les yeux, Kaimoku sho). D'après
la tradition, à l'aube du 28e jour du quatrième mois de
la cinquième année de l'ère
Kencho (1253), d'une hauteur face à
l'océan, il proclame Namu Myoho Renge Kyo.
Il
se rend ensuite au grand hall du monastère de Seicho-ji
où un auditoire qui rassemblait des moines, des notables
et des paysans, attendait son prêche et le récit de ses
voyages. Il leur exprime alors la suprématie du Lotus
et l'invocation de son Titre, puis s'en prend
avec véhémence aux écoles existantes du bouddhisme.
Chez certains la stupéfaction fait place à la colère. Il prend
le nom de Nichiren (Soleil
Lotus). L'origine de ce nom viendrait de deux passages du Sutra
du Lotus. Dans le premier d'entre eux (chapitre
XXI), il est fait allusion à la clarté du soleil et
de la lune qui dissipent les ténèbres Ses parents
sont les premiers à se convertir à la nouvelle école.
Il aide une de ses premières disciples, Nagoe
no ama, dans une procédure juridique qui l'oppose à
un officiel local, Tojo Kagenobu,
qui est également un fervent amidiste. Les
moines du Seicho-ji tendent à soutenir
l'une ou l'autre des parties et bien que le procès tourne en
faveur de la disciple de Nichiren, ce dernier doit partir et se rend
à Kamakura.
Là, il continue de dénoncer les voies dans lesquelles
le bouddhisme s'est égaré. En 1256, Kamakura, ravagée deux ans plus tôt par un incendie, est frappée par un typhon suivi d'un raz-de-marée. Les épidémies se multiplient et la famine s'abat sur le pays. L'année suivante, la capitale est partiellement détruite par un violent tremblement de terre. Les calamités se succèdent durant plusieurs années. Nichiren
voit dans ces désastres la rétribution de l'opposition
au Sutra du Lotus. Il décide de se rendre à Iwamoto,
au temple de l'Aspect réel (Jisso-ji),
célèbre pour sa bibliothèque qui renferme l'ensemble
du canon bouddhique. Il veut, en effet, juger
des évènements à la lumière des écrits.
Il rédige alors les traités qui fourniront les fondements
doctrinaux de la nouvelle école, notamment Les dix
Ainsi (Ju nyoze)
et Le principe d'Une pensée
trois mille (ichinen
sanzen). Il maîtrise et revivifie les doctrines d'origine
de l'école Tiantai. Il
prend en note, consigne des phrases et des passages qui lui fournissent
les matériaux de réflexion dont il se servira pour rédiger
ses nombreuses œuvres
futures et tout particulièrement le Traité sur la
pacification du pays et l'établissement de l'orthodoxie
(Rissho
ankoku ron). Un jeune
moine, Hoki bo, devient son disciple. Plus
connu ensuite sous le nom de Nikko,
celui-ci l’aide
dans ce travail considérable de compilation des sources. Les désastres naturels continuent de frapper le Japon et Nichiren, qui a achevé ses recherches dans les écritures, fait remettre à l'ancien régent du shogounat Hojo Tokiyori le Rissho ankoku ron (1260). Dans ce texte aux accents prophétiques, il appelle les dirigeants laïcs et religieux à se convertir au Lotus pour le salut du pays. Il voit en effet dans les malheurs successifs qui frappent le Japon le résultat de la croyance dans des doctrines erronées issues de la dégénérescence dans laquelle le bouddhisme est tombé. Nichiren
entame plusieurs débats avec des prêtres amidistes renommés.
Ceux-ci ont du mal à parer les arguments de ce moine jusqu'alors
inconnu. Leur ressentiment s'accroît et finalement
une bande de zélateurs amidistes attaque sa chaumière
de Matsubagayatsu et l'incendie (1261).
Ils ne parviennent cependant pas à tuer Nichiren qui se réfugie
chez un disciple, peut-être Toki Jonin. Les
persécutions continuent et, à l'instigation de religieux
amidistes qui décidément semblent lui en vouloir, Nichiren
est arrêté puis condamné à l'exil. Le gouvernement
hésitait à exécuter les accusés pour ne
pas mécontenter les croyants bouddhistes qui considéraient
la vie comme sacrée. Mais l'exil était souvent synonyme
de mort. Nichiren est débarqué sur une côte déserte
de la péninsule d'Izu
et abandonné sans aucun moyen de subsistance au milieu d'une
population amidiste hostile. Durant
les quatre années suivantes, il écrit et voyage pour encourager
les nouveaux croyants. En 1264, apprenant que sa mère était malade, il prend le risque de se rendre auprès d'elle. Ses prières permettent à la vieille femme de guérir. Sur le chemin de retour vers Kamakura, Nichiren est attaqué à Komatsubara par ses ennemis amidistes. Deux de ses disciples sont tués, et lui-même est blessé au front et à la main. En 1268, l'empire mongol de Kublai Khan, qui a déjà conquis la Chine et la Corée, adresse une lettre aux autorités du Japon leur enjoignant de devenir ses vassaux. Nichiren, qui dans le Rissho ankoku ron avait prédit l'attaque d'une puissance étrangère, chose unique au Japon à l'époque médiévale, voit ses dires confirmés. Il adresse des lettres à des officiels et des religieux de haut rang et les somme de se rendre aux arguments exposés huit ans plus tôt. Il ne reçoit aucune réponse. L'année 1271 voit le paroxysme de l'antagonisme que les autorités nourrissent à l'égard de Nichiren. Il s'était attiré la haine de Ryokan, un moine influent d'alors, notamment après l'affaire des prières pour la pluie. Durant l'été 1271, une terrible sécheresse s'était abattue sur le Japon, laissant craindre une famine de grande ampleur. Les autorités avaient demandé, comme cela se faisait alors, aux moines de prier pour la pluie. Ryokan fit de nombreuses prières qui n'amenèrent pas la pluie. Nichiren se moqua de lui et lui écrivit que, si en sept jours il amenait la pluie, Nichiren deviendrait son disciple. Ryokan qui ne parvint pas à faire pleuvoir en fut certainement vexé et une instruction fut menée à l'encontre de Nichiren. Il lui était reproché de détruire des statues bouddhiques et de fomenter une insurrection. Ces deux accusations, bien que non fondées, montrent les griefs et les peurs que Nichiren et ses disciples inspiraient. Ils ne manifestaient pas de dévotion envers les bouddhas révérés dans les temples tels Amida ou Vairocana et ne révéraient que le bouddha Shakyamuni. De plus, ce moine, entouré de nombreux samuraï ou guerriers convertis à ses doctrines, pouvait sembler un danger potentiel. Convoqué à comparaître, Nichiren s'attire la haine d'un officiel de haut rang, le saemon (garde de gauche des portes) Hei no Yoritsuna, amidiste dévot, par des critiques répétées à propos du culte d'Amida. De plus, après comparution, il lui fait porter une copie de son Rissho ankoku ron, probablement en espérant que cela le convaincrait. Mais le résultat fut inverse. Nichiren note, non sans humour, que sous le règne d'un roi vertueux, un sage qui aurait fait des prédictions aussi justes que celles qu'il avait faites, aurait été honoré et récompensé mais que dans son cas, contre toute attente, la réalisation de ce qu'il avait prévu ne lui a amené que de la haine et des ennuis. Quelques jours plus tard, on s'emparare de lui et on le condamne à l'exil, mais Hei no Saemon Yoritsuna a décidé de le faire exécuter. Le 12 septembre, sur la plage de Tatsunokuchi, lieu des exécutions, il réchappe par miracle, au dernier moment, à la décapitation. Cet épisode, consigné par la suite dans ses mémoires, nous montre Nichiren amené de nuit sur les lieux de son exécution, la plage de Tatsunokuchi (la Gueule du Dragon) prendre à partie les divinités tutélaires du Japon qui, rompant leur serment, permettent que le pratiquant du Sutra du Lotus soit mis à mort. Au moment fatidique, l'apparition d'un corps céleste lumineux aveugle le bourreau et terrorise la foule. On renonce à le tuer, il est assigné à résidence durant un mois puis déporté à Sado. Même si le futur semble incertain, la jeune communauté nichirenienne sort renforcée de ces évènements. Les croyants ont tenu bon; certains, bravant les autorités, ont accompagné leur maître jusque sur le lieu de l'exécution ou, comme Shijo Kingo, ont promis de se suicider si leur maître était décapité. Par sa foi dans le Sutra du Lotus, Nichiren a éveillé en eux une conviction que les autorités ne peuvent supprimer. Pour Nichiren,
l'exécution de Tatsunokuchi met
symboliquement fin à son existence terrestre et lui permet de
s'affranchir de tous les liens pour révéler son identité
réelle. "L'an passé le douze du neuvième
mois, entre l'heure du rat et celle du buf, un homme nommé
Nichiren a été décapité. Son âme est
parvenue au pays de Sado. Ses disciples les
plus proches ont été effrayés de ce qu'il leur
a écrit au beau milieu de la neige. Il n'y a pas lieu cependant
d'être troublé; il ne s'agit là que du clair miroir
que Shakya, Taho et les
bouddhas des dix directions nous ont révélé,
mais transposé dans le Japon actuel. Cela doit être considéré
comme le legs" Nichiren
a quarante-neuf ans. Dans le climat rigoureux de l'île de Sado,
il est assigné à résidence dans la chapelle en
ruine d'un cimetière désolé. Il survit difficilement
mais réussit à gagner à sa cause de nouveaux fidèles
qui lui portent assistance. Certains moines de cette île veulent
entreprendre un débat religieux avec lui, mais ils sont désarçonnés
par cet orateur hors du commun. En 1272, le demi-frère du Régent, Hojo Tokisuke, fomente une rébellion pour prendre le pouvoir. Des combats ont lieu à Kamakura et Kyoto qui tournent au désavantage des instigateurs de ce coup d'état. Les prédictions du Rissho ankoku ron concernant des luttes intestines se réalisent. Nichiren est transféré à Ichinosawa, toujours dans l'île de Sado. Ses conditions sont quelque peu meilleures. Pendant les deux ans et demi où il demeure à Sado, il rédige les traités fondamentaux de son école, notamment le Traité qui ouvre les yeux (Kaimoku sho) et le Traité sur le véritable objet de vénération (Kanjin no honzon sho). Il entretient également une correspondance fournie avec nombre de disciples. Au deuxième mois de l'année 1274, le régent Hojo Tokimune révoque l'édit de bannissement et l'exilé peut regagner Kamakura. Les autorités craignent plus que jamais l'attaque des troupes mongoles. Nichiren est convoqué et rencontre une dernière fois Hei no Saemon Yoritsuna qui l'interroge à ce sujet. Nichiren a beau lui répéter que seule la foi dans le Lotus pourra sauver le pays, il n'est pas entendu. Cette
troisième remontrance, comme les précédentes, étant
restée sans effet, il décide, un mois plus tard, de se
retirer dans les abords sauvages du mont Minobu,
afin de méditer sur son action passée et préparer
les fondements de son école pour le futur. L'un de ses disciples, Hakiri Rokuro Sanenaga (1222 - 1297), seigneur de terres comprenant trois villages dans cette région lui avait proposé de lui fournir un ermitage. Jusqu'à la fin de la vie de Nichiren, ce disciple le protègera et permettra, qu'après une vie mouvementée, Nichiren puisse se consacrer aux fondations de son école et à ses disciples, dans cette région sauvage et montagneuse qu’il apprécie finalement beaucoup. Il rédige de nombreux traités où s'affirme l'importance du Gohonzon dans la pratique de son bouddhisme. Après une existence tumultueuse, dans le calme et la sérénité de cette région de montagnes et de forêts, il délivre, par des cours que ses disciples consignent, sa vision détaillée du Sutra du Lotus. Il écrit le Traité du choix du temps (Senji sho) en 1275, puis le Traité de reconnaissance (Hoon sho) à la mort du vieux maître de son enfance, Dozen-bo, en 1276. Ses
disciples continuent la propagation dans plusieurs régions, non
sans rencontrer parfois un fort antagonisme. Dans la région du
mont Fuji, sous l'impulsion de Nikko,
la nouvelle foi s'est propagée, notamment auprès de paysans.
En 1279, dans le village d'Atsuhara,
vingt d'entre eux sont arrêtés et torturés. Ils
refusent d'abjurer leur foi. Trois d'entre eux seront finalement exécutés.
Nichiren suit les événements avec attention. Le sacrifice
dramatique de ces nouveaux adeptes prouve que la foi dans le Lotus
s'est implantée dans le peuple et que les autorités malgré
leur brutalité ne pourront l'extirper. En septembre
1282, ses disciples l'incitent à quitter sa retraite du mont
Minobu pour se rendre aux sources chaudes
d'Hitachi. La santé de Nichiren
soumise à de dures épreuves s'était en effet considérablement
affaiblie. Epuisé, il doit s'arrêter en cours de route
chez ses disciples d'Ikegami Le premier
récit qui nous soit parvenu sur la vie de Nichiren est le Honmonshu
Yosho (Textes fondamentaux de l'Ecole Honmon, XIV?
siècle). A peu près à la même époque,
nous trouvons également le Godendodai
de Nichido (1283 - 1341). Il faut remarquer
que ces textes ont été écrits probablement un peu
plus de cent ans après la mort de Nichiren, mais que ceux qui
les ont rédigés ont été en rapport avec
des disciples directs de Nichiren. C'est le cas de Nichido
qui est lui-même disciple de Nichimoku,
lequel a connu et servi Nichiren. |
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| SUITE : Nichiren et la dévotion au Sutra du Lotus |
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